Une véritable attaque contre l’hôtel de ville

C’était prévisible. Depuis quelques semaines, le climat de tension était devenu insoutenable autour de la grève chez Amoco Fabrics. S’ils se sentaient appuyés par certains citoyens, qui avaient manifesté leur générosité en contribuant à leur banque alimentaire et autres sollicitations, ils se sentaient oubliés par les autorités municipales et souhaitaient l’intervention du maire et des conseillers. La première page de l’édition du 30 juillet 1980 du journal Le Carillon est consacrée à la suite des choses. « Environ 300 sympathisants et grévistes de la compagnie Amoco Fabrics ont manifesté pour une deuxième fois en trois semaines devant l’hôtel de ville de Hawkesbury en soirée lundi. Cette fois, ils ne se sont pas contentés d’arracher quelques arbustes. Ils se sont attaqués aux vitres de l’édifice de même qu’à celles de la station de police, les brisant toutes à l’aide des projectiles qui leur tombaient sous la main. Les dommages sont évalués à quelques milliers de dollars. (…) Les agents de l’ordre ont procédé à deux arrestations avant que les esprits ne se calment vers 2 h 30 mardi matin. » Le curé de la paroisse St-Jude, l’abbé Peter Cody, était « intervenu personnellement pour demander à la foule mécontente de rentrer chez eux ». Le local des grévistes était d’ailleurs situé au sous-sol de l’église St-Jude.

Entre temps, comme le rapporte la même édition, « la compagnie Standard Oil Indiana songerait sérieusement à fermer définitivement sa filiale d’Amoco Fabrics de Hawkesbury. (…) En six ans, la compagnie a connu trois conflits de travail dont deux étaient illégaux et le dernier ponctué d’actes répréhensibles. » Cette menace était proférée alors qu’Amoco procédait à un projet d’expansion important. À suivre!

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Sa décision était inévitable. Le climat des dernières semaines, sinon des derniers mois, ne pouvait entraîner une conclusion différente. Quand le conseiller Claude Demers se mettait à harceler politiquement un employé municipal, cela menait inévitablement à son départ. Dans Le Carillon du 16 août 1980, on apprend que Gilles Lefort en a assez et remet sa démission. Il devient le quatrième directeur des loisirs en huit ans à démissionner et il s’était vidé le cœur. « Je ne suis certainement pas pour toujours manger de la merde sans me défendre. Demers… un gars peut en prendre une certaine dose, mais après un certain temps le vase déborde. (…) Je ne quitte pas Hawkesbury. J’ai l’intention de demeurer ici jusqu’aux élections du mois de novembre. Je veux renseigner les gens sur tous les mensonges qu’il a racontés à mon sujet depuis que je suis ici et j’ai des preuves à l’appui pour me défendre. Demers est beaucoup trop négatif pour la ville, il faut absolument que je fasse tout en mon possible pour l’enlever de là. » Et de répondre Demers : « Ça ne m’empêchera pas de dormir ce soir. »

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Maurice Théorêt était le shérif de Prescott-Russell, celui dont le rôle était d’exécuter les ordres de la cour. Le gouvernement ontarien lui avait confié la mission d’étudier l’état des services en langue française dans les tribunaux de l’Ontario. Dans sa chronique « De choses et d’autres » du 16 août 1980, le chef de l’information Charles Burroughs commente sa nomination ainsi : « En confiant au shérif Maurice Théorêt le soin de mener une enquête sur l’état des services en langue française dans les tribunaux de la province désignés bilingues, le directeur des cours de comtés et des cours suprêmes de l’Ontario n’aurait pu faire un meilleur choix. M. Théorêt, qui possède à fond le fonctionnement du système judiciaire, est également un ardent Canadiens-français et épris de justice comme pas un. Il n’a pas l’intention, comme il le confiait au Carillon récemment, de s’en laisser imposer par le système, et nul doute que le rapport qu’il produira éventuellement collera fidèlement à la réalité. »