Le système métrique : allez y voir

par Alain Guilbert

Les gens de ma génération sont nés et ont été élevés en utilisant les poids et mesures du système impérial (système britannique). Les gens de 40 ans et moins sont plutôt habitués au système métrique que le Canada a adopté par législation au début des années 70 et qu’on a progressivement implanté à partir de 1975.

On aurait toutes les raisons de croire qu’après toutes ces années, le système métrique, qui est utilisé à peu près partout dans le monde, sauf aux États-Unis et dans les pays du Commonwealth britannique, aurait complètement remplacé son ancêtre. Mais si on va y voir de plus près, on s’aperçoit que nous vivons encore dans les deux mondes, et qu’au lieu de nous simplifier la tâche, ce qui était l’objectif premier, nous nous la compliquons bien plus souvent que nous pourrions le croire, et que même, certaines entreprises, se font un plaisir d’entretenir la confusion.

La première étape du système métrique au Canada en 1975 aura été celle de la température désormais affichée en degrés Celsius plutôt que Fahrenheit. En degrés Celsius, l’eau bout à 100 et gèle à 0. Bien plus simple et logique qu’en Fahrenheit où l’eau bout à 212 et gèle à 32. Mais chose curieuse, au Canada, quand on parle de la Floride, on mentionne la température en Fahrenheit, sans doute parce que 70 ou 80 degrés donnent l’impression qu’il fait plus chaud que si on dit 20 ou 25 degrés.

Deuxième étape, toujours en 1975, on a commencé à calculer les précipitations (eau ou neige) en millimètres (mm) et en centimètres (cm). Si l’annonceur de la radio dit qu’il est tombé 30 cm de neige, avez-vous remarqué que dans la conversation courante on continue à dire qu’il est tombé « un pied » de neige. Même chose avec notre poids et notre taille. La plupart des gens connaissent leur taille en pieds et pouces et l’ignorent en kilos et centimètres. On dira qu’on mesure 6 pieds plutôt que 1 m 83. Pourtant notre taille et notre poids sont bien indiqués en cm et en kilos sur notre permis de conduire. Mais c’est plus fort que nous qui préférons utiliser le « vieux » système. Autre exemple, quand un bébé naît, l’hôpital donne toujours son poids et sa taille selon le système métrique, mais les nouveaux parents trouvent toujours moyen de convertir ces chiffres pour dire fièrement que le nouveau-né pèse 7 livres 4 onces et qu’il mesure 22 pouces!!!

Troisième étape en 1977: les panneaux de signalisation routière indiquent les distances en kilomètres au lieu d’en milles et la vitesse en kilomètres/heure. Aujourd’hui, la plupart des gens utilisent ces mesures, sauf pour les courtes distances. On dira plus facilement que tel voisin est situé à environ 300 pieds plutôt qu’à 100 mètres.

Quatrième étape en 1979, les stations-services commencent à vendre l’essence et le diésel en litres plutôt qu’en gallons. Comme un gallon impérial contient 4,54 litres, l’essence semble beaucoup moins chère au litre qu’au gallon. Dans ce cas-ci, la confusion existe dans les comparaisons avec le prix de l’essence aux États-Unis, où elle est encore mesurée en gallons, sauf que le gallon américain ne contient que 3,8 litres. Mais cela est un autre sujet.

À partir de 1980, les commerces de meubles et de tissus doivent annoncer et vendre leurs produits au mètre et au centimètre seulement, et de plus cette année-là marque la date limite d’utilisation des unités de longueur impériales. Mais la confusion la plus totale continue de régner dans les marchés d’alimentation qui continuent aujourd’hui à annoncer leurs prix à la livre plutôt qu’au kilogramme (ils inscrivent habituellement le prix au kilogramme en toutes petites lettres sous le prix à la livre). Bien sûr, c’est une bonne façon de laisser croire aux consommateurs que les prix sont moins élevés. Par exemple, un steak à 6,99 $ semblera moins cher que le même steak à 15,41 $. Et pourtant, on annoncera d’autres produits par tranche de 100 grammes. Par exemple, on vendra un fromage ou une charcuterie à 1,99 $ par 100 grammes, ce qui effraie moins que le consommateur que si on lui indiquait clairement que le même produit coûte 19,90 $ par kilo. Autre problème, il n’existe pas de formats obligatoires. Par exemple, pour ne pas augmenter les prix de certains aliments, on en réduit tout simplement le format, ce qui échappe facilement à l’œil d’un consommateur non averti. Certains jus vendus en formats de 1,89 litre le sont maintenant en format de 1,75 litre, mais toujours au même prix. Cela aussi est un autre sujet sur lequel je reviendrai plus tard.

D’autres produits sont vendus selon le système impérial « déguisé » en système métrique. Ainsi le beurre se vend en paquets de 454 grammes. Ce serait pourtant beaucoup plus simple en formats de 250 ou 500 grammes, mais comme la plupart s’en souviendront, 454 grammes équivalent à une livre (16 onces). Même chose pour la bière qui est vendue en formats (réguliers) de 341 ml, ce qui équivaut à l’ancienne mesure de 12 onces, alors qu’en France la bière se vend en format de 330 ml. À la SAQ, on vend le vin au litre ou en centilitres, format régulier de 750 cl, alors qu’on vend les spiritueux (gin, vodka, scotch) en formats de 26 et 40 onces. D’autres exemples: les épreuves olympiques sont disputées sur des distances métriques: 100 m, 500 m, 1000 m, 1500 m, etc. Seul le football canadien (comme son homologue américain) utilise les verges. Les piscines sont mesurées en mètres (25, 50), mais les patinoires des arénas le sont en pieds. Le mont Everest semble beaucoup plus haut à 29 000 pieds qu’à 8 850 mètres!

Comme nous le constatons, le Canada a adopté le système métrique il y a bien longtemps. Mais après toutes ces années, nombreux sont ceux qui ne l’ont adopté que partiellement.

3 réflexions sur “Le système métrique : allez y voir

  1. En effet, c’est plus fort que moi. J’admets que je préfère parfois utiliser le « vieux » système, même si un kilomètre à pied, ça use bien moins les souliers qu’un mille à pied !

  2. Quelques jours à peine après la diffusion de mon texte sur les curieuses façons d’appliquer le système métrique, voici un texte (ci-dessous) publié dans La Presse sous la signature de Marie Allard, texte repris en tout ou en partie dans plusieurs autres journaux. Je ne suis donc pas le seul à constater que l’étiquetage dans les épiceries prête souvent à confusion…

    Marie Allard
    La Presse

    Option consommateurs accuse plusieurs marchands de ne pas donner de l’information fiable sur les prix de leurs aliments, ce qui rend difficile la quête du produit le moins cher.

    L’organisme a porté plainte hier à l’Office de protection du consommateur contre sept entreprises: Couche-Tard, IGA, Jean Coutu, Loblaws, Metro, Pharmaprix et Walmart. Il leur reproche de ne pas toujours afficher le prix à l’unité de mesure (par exemple aux 100 ml) dans le cas des produits en solde, contrairement à ce que veut la loi.

    «Sans le prix par unité de mesure, il est extrêmement difficile de comparer les produits offerts», souligne Maryse Guénette, responsable du service de recherche d’Option consommateurs. Une épicerie offre en moyenne 30 000 produits différents, et les formats jadis standard se diversifient.

    Le problème, c’est qu’il ne suffit pas de choisir un aliment soldé pour faire une bonne affaire. La preuve: des mandarines Dole étaient récemment soldées à 2,79$ le pot de 540 ml. Cela revient plus cher que d’autres mandarines dont le prix courant est de 4,99$ le litre – encore faut-il faire le calcul.

    Le quart des Canadiens trouvent «assez» ou «très difficile» de comparer les prix de produits similaires, selon un sondage mené par Environics Research en 2010 pour Option consommateurs.

    «Seul Costco ne nous a pas semblé enfreindre la loi», dit François Décary-Gilardeau, analyste du secteur agroalimentaire à Option consommateurs.

    Le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD) conteste ces plaintes. «Les détaillants québécois et canadiens oeuvrant au Québec respectent la Loi sur la protection du consommateur et la réglementation qui en découle», affirme par communiqué Gaston Lafleur, président du CQCD. Le Conseil semble estimer que les marchands n’ont pas l’obligation de donner le prix à l’unité de mesure des aliments soldés.

    Les avocats de l’Office sont en grève

    Les entreprises risquent des amendes pouvant aller jusqu’à 2000$ par infraction, a indiqué à La Presse Jean-Jacques Préaux, porte-parole de l’Office de la protection du consommateur. «Mais c’est sûr que l’Office ne partira pas en courant pour aller vérifier chez Walmart si c’est comme ça que ça se passe», a-t-il précisé. Des mises en demeure de corriger la situation pourront être envoyées, mais pas avant que la grève des avocats du gouvernement, dont ceux de l’Office, soit terminée.

    Hélène Bisson, vice-présidente aux communications du Groupe Jean Coutu, a fait valoir que les infractions sont exceptionnelles. «On essaie toujours de se conformer aux lois», a-t-elle assuré. Option consommateurs a pourtant photographié chez Jean Coutu des biscuits au chocolat vendus 2,99$ la boîte de 180g, sans mention du prix à l’unité de mesure.

    Étiquettes illisibles et compliquées

    Autres désagréments dénoncés par Option consommateurs: plusieurs étiquettes sont quasi illisibles ou écrites en petits caractères, donnent trop de détails (des prix au 10 000e de dollar près, par exemple 0,1224$ pour 100 g) ou se basent sur une unité trop petite pour être réaliste (prix de la farine donné au gramme, soit 0,00 221$ le gramme).

    Pour faciliter la vie des consommateurs, l’organisme recommande de standardiser, par produit, les unités de base devant servir à comparer les prix. Au Royaume-Uni, le prix de toutes les soupes est affiché pour 100 ml, celui de tous les biscuits pour 100 g. Plus logique que de proposer le prix d’un gramme de farine!

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