Les syndicats étaient contre, bien sûr

Le Congrès du travail du Canada était représenté par sa vice-présidente directrice, Nancy Rich, lors de la dernière journée d’audience du 26 novembre 1992 aux Communes. Le Syndicat des postiers du Canada y avait délégué son tout nouveau président, Darrell Tingley, qui avait remplacé Jean-Claude Parrot, tandis qu’Ernie Blois, le président de l’Association canadienne des maîtres de poste et adjoints, et Larita MacFadden, du Syndicat des employés des postes et des communications, parlaient au nom de leurs membres respectifs.

Les députés n’étaient pas nombreux autour de la table. Le progressiste-conservateur Jean-Marc Robitaille présidait cette séance, entouré de son collègue Dave Worthy, du néo-démocrate Cid Samson et du libéral Jerry Pickard. Nancy Rich avait dit tout haut que les progressistes-conservateurs ne s’intéressaient pas à eux, les syndicats. Elle aurait sûrement répété la même chose en 2014, cette fois avec les conservateurs de Stephen Harper. Vingt-deux années ne changent pas grand-chose dans la pensée conservatrice. J’avais noté l’absence de médias pendant toute la durée des audiences. Ils avaient sans doute reconnu d’avance la futilité de l’exercice.

Nancy Rich avait un long texte qu’elle lisait très rapidement… elle a en effet des choses à dire et ne voulait pas perdre de temps. Elle a rappelé la raison d’être des syndicats, celle « d’agir au nom de leurs membres » et que les syndicats sont très « fiers de ce qu’ils ont accompli dans le passé ». Elle a également avancé que « la Société canadienne des postes est un instrument d’unité nationale », un argument intéressant en 1992 quand on discute de la tenue d’un autre référendum au Québec, alors que le régime d’actionnariat sera un « désastre pour les usagers des postes ». À cause de tous les changements qui se font à Postes Canada, Nancy Rich s’opposait à toute forme de partenariat patronal-syndical. Cette position, de toute façon, était connue de tous depuis longtemps. Elle s’était référée à « de vraies négociations par opposition à un faux partenariat ».

Pour vous aider une autre idée de la divergence de perspectives entre les syndicats et l’entreprise, Nancy Rich parlait d’un certain nombre de programmes qui n’étaient destinés qu’à contourner la négociation collective : « Partenaires pour demain », les « Jeux de la SCP 92 » (Postes Canada était l’un des commanditaires de l’Association olympique canadienne pour les Jeux d’hiver de 92 à Albertville, en France), et le programme de Reconnaissance des présences qu’elle avait décrit comme un « programme de harcèlement contre l’absentéisme ».

Toute cette discussion se déroulait en même temps que Postes Canada réalisait de son programme de conversation des bureaux de poste à l’échelle nationale. Je vous en reparlerai. Nancy Rich trouvait ridicule que Postes Canada offrît quand même des actions à des employés qui risquaient de perdre leur emploi. Pour elle, le régime d’actionnariat n’était ni plus ni moins qu’un programme de prêts, alors que les syndicats avaient tenté futilement de négocier un programme de participation aux profits. Pour elle, le nouveau régime n’est qu’une première étape vers la privatisation, malgré l’assurance du contraire par le ministre Harvie Andre. Elle avait dit d’imaginer le nombre de coupures de poste qu’il faudrait effectuer pour en arriver à des profits annuels de 200 millions de dollars (l’objectif à l’époque). Depuis 1981, la course aux profits a toujours été caractérisée par le réduction des services, alors que les grands usagers postaux bénéficiaient d’un traitement préférentiel au détriment de Monsieur et Madame Tout-le-monde.

La vice-présidente du Congrès du travail du Canada avait manifestement été bien préparée par le Syndicat des postiers parce qu’elle utilisait de nombreux arguments qui étaient ceux du SPC depuis longtemps. Elle semblait croire que le mandat commercial de la société en était un d’autosuffisance (soit dépenses égales aux revenus) et non pas de génération de profits. « Les profits attribuables aux tarifs plus élevés et aux coupures devraient servir à réduire les tarifs et rétablir les services. » Elle a répété le message syndical que rien dans la loi de 1981 qu’il fallait générer des profits pour réduire les dettes.

Nancy Rich décrivait la vision de la SCP comme étant un « fournisseur de services à tous les Canadiens » et que le « gouvernement n’avait aucun mandat de privatiser la société ». Pour elle, « la privatisation n’est pas la solution et qu’il faudrait chercher les solutions par de véritables consultations avec les employés ».

Elle valorisait des pistes de solutions qui ont été répétées récemment dans le contexte de la décision de Postes Canada d’éliminer la livraison à domicile dans les zones urbaines qui en profitent présentement en 2014. Il y a deux principales pistes selon elle : (1) l’expansion des services et (2) la fin du programme de harcèlement lié à l’absentéisme.

L’expansion des services est un thème récurrent et favorise les possibilités d’emplois. Pour eux, cela sous-entend les services de livraison et autre génération de revenus : les factures, les services bancaires, les ventes par catalogue et l’emballage, les enveloppes, les cartes, les licences et permis de toutes sortes, les billets de spectacles ou de matchs sportifs, et ainsi de suite. En termes de 2014, concurrencer avec Amazon, TicketMaster, Service Ontario et autres du genre.

Pour améliorer les relations avec les employés, rien de plus simple non plus. Il suffirait de créer un plus grand nombre de quarts de jour (même si le courrier est traité la nuit), de respecter les droits des représentants syndicaux, de réduire les blessures au travail, d’offrir plus d’emplois à plein temps, de consulter de manière utile et sensée, d’honorer et de respecter les conventions collectives, de mettre fin à l’impartition et, à l’époque bien sûr, d’interrompre les conversations des bureaux de poste en comptoirs postaux. En somme, arrêter tout ce que la société essayait de faire pour atteindre la rentabilité commerciale.

Toutes ces déclarations venaient de Nancy Rich; les représentants des syndicats n’avaient même pas commencé à présenter leurs points de vue.

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