Au tour des syndicats…

Pendant les 35 minutes qu’avait utilisées Nancy Rich devant le comité des Communes le 26 novembre 1992, les représentants syndicaux attendaient leur tour et ont dû se demander pourquoi elle avait essentiellement épuisé les arguments. J’avais oublié de préciser, hier, que Jean-Claude Parrot, l’ancien président du Syndicat des postiers du Canada, travaillait au Congrès du travail du Canada depuis son départ de la barre du SPC. J’en conclus que c’est lui qui avait tellement bien préparé Mme Rich et pourquoi elle parlait comme si elle faisait partie du SPC. Solidarité syndicale, j’imagine.

Même le néo-démocrate Cid Samson avait joué le jeu après la présentation de Nancy Rich. Il avait même dit que la Société canadienne des postes avait été créée comme « une société de services et n’avait jamais été conçue pour faire des profits ». Il avait lui aussi fait planer le spectre de réduction d’emplois en échange de profits.

Darrell Tingley, le président du SPC, avait déclaré que « nos actions sont notre convention collective et c’est là que le rendement se trouve; c’est le peuple canadien qui est propriétaire de l’entreprise et il faudrait que ça reste ainsi ». De toute façon, selon lui, Donald Lander obligera tous les cadres à acquérir des actions et ce sont eux qui détiendront la grande majorité; ce qui laissait supposer que les employés n’en achèteraient pas étant donné que ceux-ci étaient beaucoup nombreux que les cadres à Postes Canada.

Dave Worthy, du parti progressiste-conservateur, avait reproché aux présentateurs de soumettre des arguments qui étaient essentiellement contre la privatisation, alors que le projet de loi C-73 n’avait rien à voir avec un tel projet. Ces mêmes arguments, selon lui (il représentait le gouvernement, ne l’oublions pas), équivalaient à ceux de l’époque « où on voulait retenir le cheval et l’industrie des calèches alors que tous savaient que l’industrie de l’automobile se pointait à l’horizon ». Worthy se disait « opposé à l’utilisation des services de monopole là où la concurrence existe » et il avait carrément posé la question suivante : « Voulez-vous simplement protéger le statu quo et voir des emplois disparaître si rien ne change? » Le même argument a été réutilisé à maintes reprises par Postes Canada et les gouvernements du jour.

Ernie Blois, le président de l’Association canadienne des maîtres de poste et adjoints, représentait les employés du secteur rural, ces petits bureaux de poste que la société voulait fermer… pardons, convertir… et remplacer par des comptoirs postaux dans des entreprises locales. Blois, qui était par ailleurs mon voisin de cour arrière à Embrun, avait expliqué les résultats de ce programme de conversation… un tiers des membres de moins pour son syndicat… et on leur offrait quand même d’acheter des actions. « Ce n’est pas la manière de créer la confiance », avait-il précisé. Pourtant, le député Worthy avait noté un plus grand nombre de comptoirs postaux dans sa circonscription, ce qui devait nécessairement être mieux pour ses commettants.

Worthy avait aussi reproché à Tingley de ne pas parler de gains de productivité, le mot clé selon lui. Ce à quoi Tingley avait répliqué que les gains de productivité avaient été très nombreux au cours des récentes années et que ses travailleurs étaient productifs.

Dans sa seule intervention devant le comité, Larita McFadden, de l’Union des employés des postes et communications (qui deviendrait un jour affilié à l’Alliance de la fonction publique du Canada), avait affirmé que la société n’avait « qu’à traiter les gens comme des êtres humains pour améliorer le moral et de les traiter comme égaux » au lieu de leur faire remplir « des formulaires sur un lit d’hôpital plutôt que d’attendre leur retour au travail ».

Pour le reste, c’était surtout un rappel des arguments syndicaux bien connus et quelques députés de l’opposition, bien sûr, en profitaient pour démolir eux aussi les projets de la société et de son actionnaire principal, le gouvernement fédéral alors progressiste-conservateur sous Brian Mulroney… dont le mandat tirait d’ailleurs à sa fin.

Le mot de la fin était allé à Darrell Tingley, qui avait décrit l’offre de 10 p. cent des actions de la société aux employés, comme « une privatisation à un dixième ».

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