Un rendement plutôt optimiste

La question était évidemment très pertinente : ces actions de Postes Canada rapporteraient combien. Elle provenait du député Lee Richardson dans le cadre des délibérations d’un comité des Communes sur le projet de loi C-73 visant à créer une structure d’actionnariat et de modifier en conséquence la Loi sur la Société canadienne des postes.

La réponse de notre ministre responsable, Harvie Andre, serait forcément tout à fait différente aujourd’hui, mais le 18 novembre 1992 elle promettait un rendement de 13 à 14 p. cent, la « moyenne de cette industrie » selon lui. Il avait quand même reconnu que, dans un contexte d’un taux inflationniste de 2 p. cent, ce rendement serait plutôt de l’ordre de 8 ou 9 p. cent, ce qui était nettement supérieur à ce qu’aurait rapporté un compte d’épargne bancaire. Le régime d’actionnariat d’épargne pour les employés visait justement à encourager l’épargne.

Même le député Cid Samson avait reconnu qu’un taux de rendement de 15 p. cent n’était « pas exagéré et irréalisable ». Andre avait répété un message qui reviendrait au fil des années chaque fois qu’il s’agirait de réagir à des interventions syndicales : les syndicats étaient plus préoccupés par leurs cotisations que par la qualité du service postal. Samson avait répliqué qu’il fallait quand même donner aux syndicats le mérite qui leur revenait : « ils pensaient aux emplois futurs pour leurs enfants ». Ce à quoi Andre avait répondu que c’était bien beau, mais que si la société continuait à perdre de l’argent et à maintenir un service inadéquat, elle perdrait des clients et n’aurait d’autre choix que de réduire les emplois. C’est justement ce qui se produit ces récentes années et cela deviendra encore plus évident en 2014.

Déjà, il y a 22 ans, le spectre de la disparition de Postes Canada planait sur tous les intervenants et les concurrents de la société ne ménageraient aucun effort pour lui nuire. Même des députés mordraient à leurs hameçons. J’y reviendrai. Harvie Andre avait aussi laissé entendre qu’il n’était pas impossible qu’un futur gouvernement « decrowncorporationize » Postes Canada ou la retourne à son ancien statut de ministère. En fait, à certains moments sous le règne des libéraux de Jean Chrétien, je me suis parfois demandé si ce n’était pas leur intention tellement leur ingérence était constante. Ça, c’est une histoire pour plus tard.

Harvie Andre avait conclu cette première journée d’audience par une référence à des propos de l’ancien ministre André Ouellet au moment de la création de la société d’État en 1981. Ouellet aurait affirmé que l’intention était de maintenir la nouvelle société indépendante du gouvernement et que Postes Canada devait être gérée selon le principe de l’utilisateur payeur. Le modèle d’avant 1981 avait été abandonné justement parce qu’il était mauvais et inadéquat. Andre avait indiqué qu’à peine deux Canadiens sur 10 avaient recours aux services postaux et que rien ne justifiait que ces Canadiens subventionnent les entreprises (80 p. cent du marché) avec leurs impôts.

Pendant toutes mes années à Postes Canada, ce principe d’utilisateur payeur était à la base de tous nos messages et moi et mes collègues porte-parole l’avions répété à satiété à quiconque voulait l’entendre. Ce n’était toutefois pas le même message qui provenait des syndicats. Leur tour devant le comité approchait.

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