« On ne répare pas un tort par un autre tort » – Zoël Saindon

Je trouve souvent fascinant comment la perspective du temps vient modifier la lecture d’un texte écrit il y a plus de 35 ans. Nous sommes à l’été de 1977 et à l’Assemblée nationale du Québec les débats sont nombreux autour du projet de Loi 101 du gouvernement de René Lévesque. Le Dr Zoël Saindon est le député libéral d’Argenteuil et de nombreux électeurs de sa circonscription sont anglophones. Le Carillon du 10 août 1977 rapporte intégralement son intervention dans le débat et je retiens quelques éléments :

« Le ministre d’état aux Affaires culturelles prétend que le français dans la province de Québec est menacé et que si les mesures nécessaires pour contrer les effets d’anglicisation sur les Québécois francophones ne sont pas prises immédiatement, il s’ensuivra inévitablement l’assimilation des francophones du Québec par la minorité anglophone. » (…)
     « L’effet le plus grave du projet de Loi 101 pour les québécois anglophones, est que la communauté anglophone du Québec sera désormais privée entièrement d’immigrants. Il m’est impossible d’imaginer que le ministre, qui est psychiatre, ignore l’effet d’une telle privation. Cette loi va créer une communauté pleine de frustration et ce sentiment de désespoir sera dû au fait que la communauté anglophone saura que, dorénavant, il lui sera impossible ni de se renouveler ni de s’enrichir par la venue de nouveaux hommes. » (…)
     « C’est de la coercition brutale que cette loi se prépare à imposer et mettre en place, c’est-à-dire le même sentiment d’isolement qu’éprouvaient les Québécois francophones depuis des générations; on ne répare par un tort par un autre tort. » (…)
     « Soyez assuré, Monsieur le président, que le tout ne se passera pas sans heurts et qu’il y aura des représailles quelque part à un moment ou l’autre. Le réveil sera peut-être brutal et sanglant. J’ajouterai que la majorité des Québécois francophones ne partage pas les idées du gouvernement péquiste sur cette politique de la langue. » (…)
     « Les Canadiens-français ont appris de l’histoire de leur pays que la tolérance et la persévérance avaient, en fait, constitué pour eux la garantie fondamentale de leur survie et de leur épanouissement. Ils ont aussi appris de l’histoire que c’est en s’appuyant sur des valeurs de la démocratie et du régime parlementaire qu’ils ont pu survivre comme peuple, conserver et faire progresser leur langue, leur culture et leur religion. » (…)
     « Le gouvernement actuel a décidé de rompre avec notre longue tradition démocratique de tolérance et d’ouverture d’esprit et d’aller à l’encontre du respect que les francophones ont toujours eu autant pour leurs droits et leurs libertés individuelles que pour ceux des citoyens qui ne parlaient pas leur langue.
     La presse écrite et parlée jongle avec les mots et à force de se les répéter, a fini par développer une terminologie semblable à celle que développent les sectes qui vivent en marge de la réalité. Alors que les nationalistes parlaient depuis toujours de la nation canadienne-française, il s’est dégagé petit à petit, après les années 55, un groupe de super-frustrés, ces néo-nationalistes du vocabulaire qui inventèrent des expressions comme ‘la nation québécoise’, en référant tantôt aux Québécois qui parlent le français, tantôt à tous ceux vivent en territoire québécois. Avec ce lavage de cerveau du verbe, nous en sommes venus à un point où l’intolérance fait partie de la mentalité selon laquelle des hommes politiques peuvent parler des Québécois et des vrais Québécois, de la nation québécoise et de la vraie nation québécoise. » (…)
     « Depuis le 15 novembre dernier, c’est-à-dire depuis l’élection du Parti Québécois, ce n’est plus la partie consciente de l’homme qui entend déterminer ce que sera le Québec de demain, mais plutôt l’instinct tribal, l’intolérance. On a nettement l’impression que, consciemment ou non, ce gouvernement est en train de verser dans une forme de racisme dont les conséquences sont énormes pour la qualité de notre vie démocratique et pour la paix sociale au Québec. » (…)
     « Avant de terminer, je voudrais faire remarquer au ministre que si la langue française est en danger d’assimilation, aucune loi ne pourra la sauver. »

Voilà le point de vue du député Saindon dans le contexte de l’époque. Les temps ont changé.

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