La crainte de la concentration de la presse… il y a 40 ans

Cette chronique « Pleins feux sur l’Ontario » du journaliste Marcel Desjardins, dans l’édition du 19 décembre1968 du journal Le Carillon, me fait sourire en rétrospective. Il l’avait intitulée : « L’empire Desmarais-Francoeur, une menace? » Le premier paragraphe frappe en 2011 : « L’année qui se termine aura vu plusieurs entreprises de presse passer aux mains d’un jeune homme d’affaires de Sudbury qui est en train d’éclipser les grands noms canadiens-français de la finance et de se tailler une place de choix dans les hautes sphères d’un domaine qui semblait traditionnellement réservé à d’autres. » Je ne crois pas avoir besoin de rappeler qui est Paul Desmarais, comment il est devenu un ami personnel de grands de ce monde (dont le président français Nicholas Sarkozy), que son fils est le gendre de l’ancien Premier ministre Jean Chrétien, et ainsi de suite. Sa société Gesca est l’une des plus importantes entreprises médiatiques au Canada en 2011.

Desjardins continue : « Du même coup, M. Paul Desmarais et son associé montréalais Jacques Francoeur se retrouvent avec un pouvoir indéniable, une puissance parallèle qui pourrait faire trembler n’importe quel gouvernement et tout particulièrement celui du Québec. Seuls quelques quotidiens de langue française échappent au contrôle de l’empire Desmarais. Ce sont Le Soleil et L’Action, de Québec; le Montréal-Matin, le Journal de Montréal, Le Devoir; Le Droit, d’Ottawa et L’Évangeline, de Moncton. » Desjardins affirmait alors que « même si ces entreprises de presse, parmi lesquelles figurent des quotidiens très prospères, ne font pas partie de l’empire Desmarais-Francoeur, de moins en moins il leur sera possible de se soustraire à son influence » Trois des médias nommés n’existent plus depuis belle lurette (L’Action, le Montréal-Matin et L’Évangeline).

Les journaux Trans-Canada, l’entreprise de ces hommes d’affaires, venaient d’acheter La Presse (Montréal), Le Nouvelliste (Trois-Rivières), La Tribune (Sherbrooke), La Voix de l’Est (Granby), et les grands hebdos La Patrie, Photo-Journal, Le Petit Journal, Dernière Heure et Dimanche-Matin, en plus de quatre stations de radio privées et deux stations privées de télévision.

Yves Michaud, ancien directeur de l’hebdo La Patrie, devenu député de Gouin à l’Assemblée législative du Québec (Jean-Jacques Bertrand l’a rebaptisera plus tard Assemblée nationale – voir correction d’un lecteur en commentaire), s’inquiète de cette concentration et voulait que le gouvernement se penche sur la situation, au « risque d’abandonner entre les mains d’une oligarchie financière une puissance plus grande que celle de l’État, une force éventuellement capable de contraindre ou de contrecarrer la volonté populaire exprimée par ses élus ».

Sans approuver l’interférence de l’État dans des matières comme la liberté de presse ou le contenu des journaux, Desjardins ajoutait que « l’État a le devoir, pour la propre protection de ces citoyens, de fixer les bornes, les limites que doivent observer les grandes concentrations de presse ». Ce débat se répète de temps à autre de nos jours, chaque fois qu’une grande entreprise médiatique parle de s’approprier une autre. Et fait à noter, Marcel Desjardins, à sa mort, était vice-président du journal La Presse… encore une propriété de Desmarais.

* * *

Un court article dissimulé dans les pages intérieures de l’édition du 23 décembre 1968 du journal Le Carillon. On y apprend que l’Association canadienne-française d’éducation de l’Ontario ne participera pas aux États généraux du Canada français. L’ACFEO avait pourtant envoyé des délégués aux États généraux de 1967 et de 1968 mais « ne croit pas qu’il y ait nécessité de s’y joindre en 1969 ». L’ACFEO croyait que « les francophones des autres provinces seront plus heureux de rechercher des solutions à leurs problèmes que de s’appliquer à régler ceux du Québec ».

2 réflexions sur “La crainte de la concentration de la presse… il y a 40 ans

  1. Attention, ce n’est pas René Lévesque qui a rebaptisé la législature québécoise à l’Assemblée nationale. C’est plutôt (attache ta tuque) le gouvernement unioniste de Jean-Jacques Bertrand qui, dans un véritable pied de nez contre les « Pères de la Confédération », qui ont donné aux Anglos-québécois une chambre haute, a éliminé d’une part le très fameux et partisan Conseil législatif du Québec et, d’autre part, a renommé la législature « Assemblée nationale ».

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