Dites donc NON au OUI

Le Carillon était distribué sur la rive québécoise aussi. Il comptait des centaines de lecteurs de Lachute à Papineauville. Il n’était donc pas surprenant de retrouver dans ses pages, le 23 avril 1970, des annonces liées aux élections provinciales au Québec. Dans le contexte du temps, et compte tenu des récents déboires du Parti Québécois et la débandade du Bloc québécois lors des élections fédérales du printemps dernier, deux annonces retiennent mon attention. Je les reproduis ci-dessous parce qu’elles font partie de notre histoire :

Celle-ci montre René Lévesque, cigarette à la main, devant sa marque de commerce, un tableau noir sur lequel on peut lire « Souveraineté (flèche vers le bas au-dessus de) prospérité ; 100% de nos (triple souligné) impôts ». Et le texte de l’annonce portant la signature de Lévesque :

« Le progrès économique ne tombera pas du ciel!

Le progrès est fait par l’homme. Le bons sens nous le dit. À force d’être colonisés et diminués dans la vieille cage provinciale, nous l’avions presque oublié.

Le progrès est fait par l’homme responsable. Il sait que les autres ne lui en feront pas cadeau. Compétent, muni de ses outils de développement et de son pouvoir de décision, c’est lui le seul vrai moteur de la prospérité.

Le progrès du Québec souverain sera fait par un peuple d’hommes responsables. Coopérant d’égal à égal entre voisins, ce sont souvent de petits pays qui sont à l’avant-garde. Avec moins de ressources que nous, ils réussissent et nous mangeant une tarte sur la tête.

Nous allons en faire autant…

— Avec un État à nous, un coffre à outils complet, capable d’appliquer efficacement des politiques industrielles, commerciales, agricoles, régionales — présentement impensables avec les deux tronçons ridicules qui se marchent sur les pieds à nos dépens en conservant nos sinistres championnats: chômage, langueur industrielle, stagnation régionale.

— Avec la masse de plus de six milliards de dollars de nos impôts — présentement émiettés et stérilisés dans la confusion et les conflits d’une maison de fou politique: l’ingouvernable baraque fédérale-provinciale,

— Avec un circuit financier canalisant chez-nous le flot annuel de nos épargnes présentement siphonnées au dehors par des banques, des sociétés d’assurances, et autres institutions à charte fédérale.

Le progrès économique, OUI. Faisons-le nous-mêmes! »

Dans la même édition, quelques pages avant celle du Parti québécois, c’est le Parti libéral de Robert Bourassa qui fait paraître une publicité pour contrer la « menace séparatiste ». En voici le texte :

« Le Séparatisme: non!

• Non au séparatisme des Lévesque, Bourgault, Chaput, Chartrand, Grégoire, etc.

• Non aux séparatistes du P.Q. parce que personne ne veut voir baisser son salaire par une dévaluation de notre dollar!

• Non aux séparatistes du P.Q. parce que personne ne veut risquer de perdre son emploi ou diminuer ses chances d’avancement en restreignant l’implantation de nouvelles industries!

• Non aux séparatistes du P.Q. parce que personne ne veut perdre les avantages du fédéralisme, notamment les pensions de vieillesse, les allocations familiales, l’assurance-chômage, etc.!

• Oui au Parti Libéral du Québec, le seul parti qui opte clairement pour le développement du Québec au sein du Canada et qui possède l’équipe compétente qu’il faut pour garantir la stabilité du Québec, et la sécurité aux Québécois par le développement économique!

La nouvelle équipe libérale est là! Faites-en votre gouvernement!

Seul un gouvernement libéral fort, peut améliorer votre sort!

QUÉBEC: AU TRAVAIL! »

Le Parti libéral a remporté 72 sièges, l’Union nationale, 16, le Ralliement créditiste, 12, et le PQ réussissait quand même à faire élire ses huit premiers députés à Québec. Le Nouveau parti démocratique n’avait fait élire aucun député. C’est ce que nous apprend le texte à la une de l’édition du 30 avril 1970 du journal Le Carillon.

« Québec vote Canada » est le titre de cet article. Il contient ce paragraphe qui n’allait pas sans rappeler les propos de Jacques Parizeau plusieurs années plus tard: « Enfin, disons que le chef du Parti québécois, M. René Lévesque, à la surprise générale, a subi la défaite aux mains du candidat libéral, M. André Marchand, dans Laurier. Le vote des Néo-Canadiens aurait coûté la victoire au chef péquiste. » Précisons qu’au suffrage populaire, un Québécois sur quatre avait appuyé le PQ. Et l’Union nationale de Jean-Jacques Bertrand avait pris toute une débarque.

« Nous n’avons plus le droit de prendre des risques » avait déclaré le premier ministre ontarien John Robarts. Voilà pour le cours d’histoire!

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