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Les villes où j’ai vécu : Ste-Geneviève de Pierrefonds

(Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits sont relatives à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré…ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le troisième article de cette série. Vous les retrouverez dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous les «Grands thèmes » de mon blogue. Bonne lecture.)

par Alain Guilbert

Après avoir obtenu mon baccalauréat ès arts en mai 1958 au Séminaire de St-Hyacinthe, il fallait bien choisir une vocation. Pendant un grand moment, à cette période, et particulièrement à la suite d’une retraite fermée de trois jours vers la fin de ma dernière année d’études classiques, j’ai sincèrement cru être appelé à devenir prêtre. Après avoir longuement hésité entre le Grand Séminaire de St-Hyacinthe, où on formait les prêtres séculiers, j’ai finalement opté pour la Congrégation de Sainte-Croix, une communauté « moderne » (fondée au XIXesiècle), qui était à l’origine de la célèbre université Notre-Dame dans l’Indiana (États-Unis) et aussi très bien reconnue au Québec pour son Collège Sainte-Croix, rue Sherbrooke Est à Montréal, son collège St-Laurent, à ville St-Laurent, l’un des meilleurs au pays, et aussi son œuvre de l’Oratoire St-Joseph. La différence entre devenir un prêtre séculier et un père de Sainte-Croix, c’est qu’il fallait faire une année de noviciat avant d’entreprendre quatre années d’études théologiques.

C’est ainsi qu’un bon jour du mois d’août 1958, à peine âgé de 18 ans, je me suis retrouvé à Ste-Geneviève de Pierrefonds, une municipalité située dans la banlieue ouest de Montréal dont j’ignorais même l’existence, mais où se trouvaient regroupés le noviciat et le scolasticat de la Congrégation de Sainte-Croix. Le monastère qui m’a accueilli pendant huit mois (la durée de mon séjour) se trouvait le long du boulevard Gouin (la voie de circulation la plus au nord de l’île de Montréal), en bordure de la rivière des Prairies, juste en face de l’Île Bizard, et à quelques pas à peine du pont qui y donnait (et y donne encore) accès. Autre point de repère, le monastère était à peine à un kilomètre du célèbre Parc Belmont. Cet édifice (le Monastère, et non le Parc Belmont), alors la propriété de la Congrégation de Sainte-Croix, existe encore, mais il a été transformé en cégep (anglophone, je crois) il y a bien des années.

Un peu comme pour mes années de pensionnat à St-Hyacinthe, où j’ai passé près de 98 % de mon séjour de sept ans à l’intérieur des limites du séminaire, le même phénomène s’est produit au noviciat des pères de Sainte-Croix où la presque totalité de mon séjour s’est déroulée à l’intérieur des limites de la propriété. Pour ceux et celles qui ne seraient pas familiers avec la notion de noviciat, disons qu’il s’agit d’une année consacrée à la prière, à la réflexion, à la méditation, à des lectures (toutes reliées d’une façon ou de l’autre à la religion) afin de vérifier si nous avions vraiment la vocation pour devenir prêtre, ou « père », si vous le préférez. Voici à quoi ressemblait une journée typique : lever à
6 heures, messe vers 6 h 30, suivie de 30 minutes de méditation, puis petit-déjeuner. Par la suite, vers 8 heures, chacun vaquait aux tâches qui lui avaient été assignées : par exemple, pour mes trois premiers mois, j’étais sacristain; ceux qui n’avaient pas de tâches précises et les autres, lorsque leurs tâches étaient terminées, participaient à la fabrication des lampions et des lampes de sept jours que les pèlerins faisaient brûler à l’Oratoire
St-Joseph en échange d’une obole. Par la suite, il y avait une longue conférence spirituelle animée par le père « maître » des novices, laquelle était suivie du dîner. Après une récréation bien méritée, il y avait une heure ou deux pour la lecture et la réflexion personnelle, le tout suivi d’une autre conférence spirituelle et d’une autre période de méditation. Enfin, en soirée, il y avait le souper, suivi d’une seconde récréation et d’une dernière période de lecture ou de réflexion. À travers ce programme, nous nous rendions à la chapelle à plusieurs reprises pour chanter les psaumes de l’office religieux, à différentes heures de la journée, en commençant tôt le matin par les laudes, en poursuivant durant la journée par prime, tierce, sexte, none, puis vêpres et complies. Tôt les dimanches matins, on y ajoutait les matines. Je chantais tellement mal, même des choses aussi simples que les psaumes, qu’on m’avait demandé de me limiter à faire du « lipsync » (faire bouger mes lèvres sans faire de bruit).

Inutile de dire que nos journées complètes se passaient en silence, sauf pour les deux périodes de récréation. Même les repas se prenaient en silence pendant que chacun des novices, à tour de rôle (nous nous remplacions chaque semaine), faisait la lecture à haute voix d’un livre à caractère religieux à l’intention de ses collègues. Pendant mon séjour, je me rappelle que nous avions passé à travers (ou presque) « l’Histoire de l’Église » par Daniel-Rops, une œuvre de sept ou huit « briques » de plus de 500 pages chacune. Au moins, c’était très intéressant.

Je ne sais pas si nous pouvons appeler cela des « congés », mais nous avions du temps libre les mercredis et les dimanches en après-midi pour nous livrer à des activités sportives ou à des excursions. Bien sûr, ces excursions consistaient en de longues marches, quelques fois le long du boulevard Gouin, mais la plupart du temps sur l’île Bizard qui n’était pas encore passée entre les mains des promoteurs immobiliers et qui n’était alors habitée que par quelques producteurs agricoles. La campagne à la porte de Montréal, quoi! Cette île était tout simplement magnifique. Lors des grandes fêtes religieuses, comme Noël, Pâques et quelques autres, nous pouvions profiter de sorties très spéciales : en effet, nous nous rendions (en autobus) à l’Oratoire St-Joseph pour y participer aux superbes cérémonies que la Congrégation de Sainte-Croix préparait pour les fidèles et les pèlerins. Nous pouvions en même temps y voir brûler des centaines de lampions et de lampes que nous avions fabriquées de nos mains. Quelles belles sorties.

Pour les sports, c’était un peu limité puisque nous n’étions qu’une douzaine de novices, ce qui ne nous permettait pas vraiment de faire deux équipes de balle (softball ou baseball), mais nous pouvions techniquement former une équipe de hockey. La plupart du temps nous jouions entre nous (les novices), mais très occasionnellement nous pouvions affronter les scolastiques (nos aînés). Nous n’étions pas vraiment en mesure de leur livrer de trop chaudes luttes, mais au moins cela nous faisait faire de l’exercice et nous procurait une saine détente. Le plus bizarre, c’est que nous devions toujours nous « vouvoyer » par respect mutuel. Cela n’était pas trop difficile dans nos activités quotidiennes et même lors de nos excursions, mais disons que ce n’était pas évident lors des compétitions sportives. J’avais de la difficulté à crier : « Allez-y Bernard » ou encore « Envoyez Adélard ». J’avais trouvé un truc : j’utilisais l’anglais où le « tu » et le « vous » sont confondus. C’était bien plus simple de dire « Let’s Go Bernard » ou « Com’on Adélard ». Cela faisait plus sportif, du moins je le crois.

Au Séminaire de St-Hyacinthe, j’avais commencé à fumer quand j’ai atteint la classe de Versification. Mais au monastère, c’était bien sûr interdit. À l’hiver, en arrière du monastère, il y avait une longue pente qui descendait jusqu’à la rivière des Prairies. Nous y avions installé un genre de rampe surélevée qui nous permettait de nous laisser descendre en skis et de nous rendre loin sur la rivière. Un jour, j’ai pris une spectaculaire culbute au cours de laquelle je me suis accroché le nez avec mon bâton de ski. Visite chez le médecin et deux points de suture… et une occasion en or de fumer… Quand je suis retourné voir le médecin pour enlever les points, je lui ai demandé s’il pouvait n’en enlever qu’un seul à la fois, ce qui me permettrait de revenir une autre fois… et me donnerait une autre occasion de fumer… Le médecin a été supercompréhensif… Il m’a enlevé les deux points au même moment, mais m’a donné trois autres rendez-vous pour vérifier si la cicatrice guérissait bien… trois occasions de fumer… Un vrai bon médecin!

Malgré les bons soins du médecin et l’amitié sincère de mes collègues novices, j’ai réalisé au bout de huit mois que je n’étais pas destiné à devenir un prêtre ou un « père ». Par un beau matin d’avril 1959, j’ai enlevé ma soutane, fait ma valise et suis rentré chez moi à Acton Vale… où ma mère m’a accueilli les bras grands ouverts! Ma vraie vie d’adulte allait alors commencer.

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Les fermetures d’usine, ce n’est pas d’aujourd’hui

Dans son édition du 18 mai 1967, Le Carillon parle du coup dur qui frappe le petit village de Calumet, au Québec, à quelques milles de Grenville. La Compagnie internationale de papier (la CIP) annonce qu’elle ferme sa scierie de Calumet. La décision touche les 130 employés de cette scierie vieille de 55 ans. Le pin blanc, principale source d’approvisionnement pour cette scierie, n’existe plus en quantité suffisante dans la région.

En fait, l’histoire de la scierie remonte à bien plus que 55 ans. Alex Baptist avait érigé la première scierie en 1888. Après une débâcle en 1889, Sir George Perley, d’Ottawa, en a fait l’acquisition. (Je ne sais pas s’il s’agit du Perley qui a laissé son nom à l’ancien pont qui reliait Hawkesbury à Grenville.) En juillet 1911, la scierie est détruite par les flammes, mais reconstruite peu de temps après. Perley la vend ensuite à la Riordon Pulp and Paper Company, qui fait faillite. La CIP l’achète en 1925. Pendant ses belles années, la scierie produisait 30 millions de pieds de planche chaque année. Il en faut des arbres! Calumet ne s’est jamais remise de cette fermeture, bien que le village soit toujours là bien sûr.

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Dans Le Carillon du 1er juin 1967, l’Hydro de Hawkesbury écrit que « Pour quelques sous par jour, une laveuse automatique moderne vous libérera de la corvée du lavage de vaisselle, Elle lave et rince automatiquement votre vaisselle. Achetez-en une immédiatement. » En 2011, l’Hydro-Ontario, elle, vous rappelle que la laveuse automatique exige beaucoup d’énergie et qu’il est préférable de ne l’utiliser que tard le soir ou même la nuit. Autre temps, autre message.

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Un des pires incendies de l’histoire de Hawkesbury

Quatre pages dans l’édition du 27 avril 1967 du journal Le Carillontraitent d’un des pires incendies de l’histoire de Hawkesbury. Une partie du secteur commercial de la rue Principale s’envole en flammes. Pas moins de 56 personnes, qui occupaient des logements à l’étage des commerces, « attendent du secours ». Plusieurs hommes d’affaires se donnent d’ailleurs la main pour organiser une grande campagne de sollicitation de fonds et venir en aide aux neuf familles délogées et trois personnes seules. On comptait 36 enfants dans ces familles (dont une avec huit, une autre avec sept, une autre avec six, deux avec cinq). Aucune famille n’était assurée. L’effort communautaire qui suivrait avait été extraordinaire. La une du journal est consacrée à ces efforts, alors que la description de l’incendie est reléguée aux pages suivantes.

Quant aux commerces touchés, l’incendie du 20 avril avait réduit en cendres Dalfen’s, Bond Clothes et la Pharmacie Dumont et avait endommagé sérieusement l’hôtel
King Edward. Le vent avait transporté des tisons jusqu’à une rue plus au sud, mettant même le feu au toit d’une résidence privée. Les fenêtres des édifices du côté sud de la rue Principale avaient éclaté sous l’effet de la chaleur intense du brasier (dont celles du bureau de poste). Au journal, nous avions eu peur. Notre atelier et nos bureaux étaient situés dans une rue transversale et le mur arrière donnait sur les édifices en flammes. Il n’y avait pas eu de dommage dans notre cas.

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Cette nouvelle relègue au deuxième plan le choix d’Albert Bélanger, un homme d’affaires de Sarsfield, comme candidat conservateur aux prochaines élections provinciales. On sait que le député Cécile avait démissionné et qu’il avait été assermenté juge de la cour provinciale. Bélanger avait été préféré à d’autres candidats solides et très connus, plus connus en fait que Bélanger : Lomer Carrière, de Hawkesbury (justement copropriétaire de l’hôtel King Edward brûlé), Albert Cadieux et Jean-Guy Durocher, eux aussi de Hawkesbury, Gérard Chartrand, de Lefaivre, et Ernest Brisson, de Casselman. Il avait fallu cinq tours de scrutin parmi les 228 délégués pour en arriver au choix final. Bélanger aurait gagné de justesse selon le reportage. Je reviendrai sur ce député au cours des prochains mois.

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L’aide juridique fait son entrée en Ontario

Dans l’édition du journal Le Carillon du 6 avril 1967, une pleine page de publicité (ou presque) vante les mérites du nouveau régime d’aide légale de l’Ontario, en vigueur depuis le 29 mars.

L’aide juridique, comme on l’appelait, avait été conçue pour aider les personnes qui n’avaient pas les moyens de payer les honoraires des avocats. « L’incapacité de payer son avocat est un des derniers obstacles à la justice selon la loi. Mais ce problème n’existe plus en Ontario. » C’est la Law Society of Upper Canada qui avait été mandatée pour gérer ce nouveau système provincial qui « garantit qu’aucun citoyen de l’Ontario ne sera privé de ses droits légaux à cause de l’insuffisance de ses moyens ». Dans la région, c’était
Me Roch Lalande qui gérait ce nouveau service. MeLalande deviendra plus tard juge de la Cour provinciale, division de la famille, à L’Orignal.

La publicité précisait que la personne avait le choix de son avocat, « puis on prend une décision quant à la partie des frais que, le cas échéant, vous pourrez acquitter ». La publicité s’empressait d’ajouter que « ni le tribunal ni le public ne savent que vous bénéficiez d’une aide légale. C’est un secret entre vous et votre avocat. » Finalement, l’annonce décrivait le régime comme « la solution la plus progressive au monde, face au problème de l’aide légale », après tout, l’Ontario était la « province d’avenir » comme le clamait son slogan de l’époque. Aujourd’hui, c’est un service tenu pour acquis dont on n’entend presque jamais parler.

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Une simple photo en page 4 de l’édition du 13 avril 1967 du journal Le Carillon.
Fred Geizendanner, propriétaire de la compagnie Montebello Metal, remet un chèque
de 4 982,40 $ à Marcel Gélineau, le président de l’Association d’investissement industriel de Hawkesbury, pour l’achat d’un terrain d’environ quatre acres à Hawkesbury. Montebello Metal allait s’y installer et progresser avec les années. C’était le point de départ de la croissance industrielle de Hawkesbury, autre que la CIP.

Fred Geizendanner était un industriel très sympathique et très impliqué dans la communauté. Il était membre du club Rotary et avait répondu généreusement à l’appel qu’avait lancé l’Association locale d’aide aux déficients mentaux pour permettre aux personnes affligées de ce handicap d’intégrer le marché du travail. C’était toute une nouveauté à l’époque et je me souviens de m’être rendu à son usine pour faire un reportage sur ses premiers employés déficients intellectuels. Il leur confiait des tâches répétitives parce que ces employés excellaient à ce type de tâches. Montebello Metal était spécialisée dans la fabrication de tubes pliants (pâtes dentifrices, crèmes et même tubes à cigares).

Montebello Metal est toujours là au coin de la rue Cameron et Aberdeen.

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Toujours dans l’édition du 13 avril, un court article pour annoncer qu’Huguette Burroughs, de L’Orignal, avait remporté les grandes compétitions provinciales du concours de français pour les écoles secondaires de l’Ontario. Chez les garçons, Denis Pommainville, de Limoges. Toute une histoire pour ces deux-là.

Huguette était alors correspondante du journal Le Carillon à l’École secondaire régionale de Hawkesbury. Elle signait une chronique hebdomadaire sur les faits et gestes dans cette école. Elle est devenue par la suite correspondante pour le village de L’Orignal. Plus tard, elle est passée au journalisme radiophonique et est devenue sans doute la personnalité francophone la plus connue de Cornwall. Lors de ses funérailles à Cornwall il y a quelques années, l’église était bondée. La dernière fois que je l’ai vue, c’était au mariage de sa nièce sur un bateau à Gatineau. Huguette était une femme extraordinaire qu’un handicap (cécité partielle) n’avait jamais arrêtée. Son frère Charles était journaliste au Carillon avec moi. En fait, nous avons travaillé ensemble plus de 20 ans au journal et quelques années à Postes Canada par la suite. Il a pris sa retraite du journal Le Droit il y a quelques années.

Quant à Denis Pommainville, il est devenu extrêmement connu. Criminaliste tant en Ontario qu’au Québec, il a été actif en politique municipale dans son patelin pendant de très nombreuses années. En fait, peu d’adversaires osaient se présenter contre lui et il a été réélu maire de Cambridge/La Nation à plusieurs reprises. C’est lui qui a piloté le dossier du Parc aquatique Calypso dans sa municipalité et qui est rapidement devenu une attraction touristique majeure à sa première année d’exploitation en 2010. Denis n’a pas sollicité un autre mandat lors des élections municipales de novembre 2010 et a pris sa retraite comme avocat.

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Dans l’édition du 20 avril, on apprend que Campeau Construction, d’Ottawa, établira deux chaînes de montage de sa filiale Allied Building Supplies (ABS) à Alfred : une pour les laveuses à vaisselle Blanchard (un appareil qu’on installait sur le dessus de l’armoire à côté de l’évier) et une pour les cloisons mobiles Divisorwall. Campeau installait la laveuse Blanchard dans toutes les nouvelles maisons qu’il construisait Ottawa. Quant aux cloisons, exclusives à Campeau, elles avaient été utilisées dans son projet Continental Towers et Place de Ville à Ottawa et au Château Maisonneuve à Montréal, entre autres. Robert Campeau avait épousé une fille d’Alfred, la fille de M. et Mme Philippe Cadieux. Son beau-frère Alban Cadieux était d’ailleurs président d’ABS. Plusieurs membres de la haute direction de Campeau et d’ABS étaient originaires d’Alfred.

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Les villes où j’ai vécu : St-Hyacinthe

(Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits ont relatives à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré…ainsi ue des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le deuxième billet de cette série. Vous les retrouverez dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous les «Grands thèmes » de mon blogue. Bonne lecture.)

par Alain Guilbert

Après ma ville natale, Acton Vale, la première ville où j’ai habité est St-Hyacinthe, qu’on appelait à l’époque (et encore aujourd’hui) « St-Hyacinthe la jolie ». Je ne suis pas vraiment déménagé à St-Hyacinthe… j’ai plutôt fait mon entrée au Séminaire de
St-Hyacinthe pour y entreprendre mes études classiques. Les Cégeps n’existaient pas encore. À cette époque (1951), on terminait ses études primaires (7e année), puis on entreprenait des études classiques… ou on poursuivait jusqu’en 9eannée, et on se dirigeait vers l’usine ou un autre travail.

Comme je l’ai dit dans un texte précédent, nous étions pauvres, et ma mère n’avait certainement pas les moyens d’acquitter les frais de ma pension à St-Hyacinthe, quelque chose comme 36 $ par mois, logé et nourri, enseignement inclus. C’est le curé de la paroisse à Acton Vale, en espérant qu’un jour je devienne prêtre (!!!), qui a payé une partie des frais au Séminaire.

Le Séminaire de St-Hyacinthe accueillait 600 étudiants – tous des garçons –
450 pensionnaires qui habitaient sur place et 150 externes qui logeaient chez eux,
à St-Hyacinthe même) à partir de la classe des Éléments latins jusqu’à la 2e année de philosophie, soit un cours qui s’étendait en principe sur huit années. Je dis « en principe » parce que certains élèves pouvaient terminer le cours en sept années alors qu’on condensait les trois premières années en deux, soit les Éléments Latins, la Syntaxe et la Méthode qui étaient condensées en Syntaxe spéciale et Méthode spéciale. Par la suite, c’était le même parcours pour tous, soit la Versification, les Belles-lettres, la Rhétorique, la Philosophie I et la Philosophie II. Après les deux premiers mois en Éléments latins, on choisissait ceux qui passeraient directement en Syntaxe spéciale. Les autorités du séminaire hésitaient à me faire accéder à ce parcours abrégé à cause de mon jeune âge
(11 ans seulement), mais un professeur originaire d’Acton Vale, l’abbé André Beaugrand, est intervenu en ma faveur en plaidant que si j’étais plus jeune que les autres, c’est tout simplement parce que j’avais entrepris mes études primaires à cinq ans et que j’étais passé directement de la 4e à la 6e année, et que je n’avais pas à être pénalisé pour cela. Des
28 élèves qui ont été choisis pour la Syntaxe, nous sommes seulement cinq à avoir gradué en Philosophie II sans avoir abandonné les cours ou sans avoir doublé une année.

Je me souviens très bien de ma première journée au séminaire. C’était la première fois que je quittais la maison familiale (excepté pour un camp scout) en sachant que je n’y reviendrais pas avant Noël, sauf une journée en octobre et en novembre. Quand ma mère a quitté l’endroit en fin d’après-midi, j’avais le cœur gros, mais comme nous étions de nombreux nouveaux, je me suis rapidement fait des amis. Mais quand venu le temps d’aller au lit (à 21 heures… ce qui était bien plus tôt qu’à la maison) et que je me suis retrouvé dans un immense dortoir de 150 lits (le séminaire comptait trois de ces dortoirs) où nous n’avions pas le droit de parler, je me suis mis à pleurer dès que les lumières se sont éteintes. À en juger par les bruits que j’entendais autour de moi, je n’étais pas le seul. Je me suis finalement endormi, et le lendemain matin, je me sentais beaucoup mieux… et je n’ai plus jamais pleuré d’ennui par la suite.

Ma présente série de textes s’intitule « les villes où j’ai vécu », mais je dois bien avouer que mon séjour de sept années à St-Hyacinthe (j’y suis retourné plusieurs années plus tard… et j’en parlerai dans un futur texte) s’est déroulé à 98 ou 99 pour cent à l’intérieur des limites du séminaire. Nous avions rarement l’occasion d’aller « en ville ». Pour ce faire, il fallait demander la permission au directeur des études et avoir une très bonne raison pour quitter le séminaire, comme par exemple aller chez le médecin ou chez le dentiste. Pour quitter le séminaire, il fallait un billet signé de la main du directeur, billet qu’il fallait présenter à un surveillant au départ ainsi qu’au retour. Une fois par année, nous pouvions nous rendre au manège militaire de la ville où se tenait une clinique de sang de la Croix-Rouge. Nombreux étaient les étudiants qui se portaient volontaires pour donner de leur sang, mais ce n’était pas toujours par pur désintéressement. En effet, c’était une occasion de quitter le séminaire pour aller « en ville », et, petit bonus, la Croix-Rouge donnait un verre de cognac à tous ses donneurs pour les aider à se remettre rapidement sur pied, une pratique fort agréable qui a depuis bien longtemps été remplacée par un simple café.

Au Séminaire de St-Hyacinthe, il y avait des cours tous les jours, y inclus le samedi. Nos congés hebdomadaires étaient les mardis et les jeudis en après-midi, de même que les dimanches. Nous profitions des récréations et des périodes de congés pour faire du sport. Il faut dire que nous étions choyés en termes de terrains et d’équipements : nous avions huit courts de tennis (un réservé à chaque classe), huit courts de balle au mur, huit terrains de softball, trois terrains de baseball, trois terrains de football, une piste d’athlétisme, trois patinoires, un plateau de basketball intérieur (gymnase) et un autre à l’extérieur, huit tables de ping-pong, etc. Le sport était bien organisé : il y avait des ligues de softball, baseball, basketball, et hockey. L’hiver, les mardis et les jeudis après-midi, en plus de matches de hockey disputés sur les trois patinoires du séminaire, il y en avait également à l’aréna de la ville, donc d’autres occasions de quitter le séminaire pour aller « en ville ».

À l’époque des séries mondiales de baseball, il nous arrivait de quitter le séminaire « en cachette » pour aller voir les matches à la télévision. Je me souviens d’une fois où je me suis fait « attraper » et d’avoir reçu tout un « savon » de la part du directeur. Il m’avait dit que j’aurais dû demander la permission, qu’il me l’aurait accordée, ce dont je doute fortement. Mais ses paroles n’étaient pas tombées dans l’oreille d’un sourd. L’année suivante, je suis allé le voir et je lui ai demandé la permission pour aller «en ville ». Bien sûr, il m’a demandé « pourquoi? » et je lui ai avoué candidement que c’était pour aller voir la Série mondiale chez un confrère dont les parents habitaient St-Hyacinthe. Il m’a d’abord refusé… mais quand je lui ai rappelé son petit discours de l’année précédente à l’effet que
« si j’avais demandé la permission il me l’aurait accordée »… il a été pris à son propre piège et m’a autorisé à y aller. J’en ris encore quand je pense à ce coup fumant.

Pendant mes sept années au séminaire, j’ai pratiqué tous les sports possibles. Je n’excellais dans aucun, mais je me débrouillais dans toutes les activités. Je n’ai jamais été assez bon pour faire partie de la première équipe de ma classe, mais je faisais toujours partie de la deuxième équipe. Quand il n’y avait pas de longs congés, comme à Noël et à Pâques, nous avions droit à un congé par mois pour aller dans nos familles… à condition d’avoir de bonnes notes de conduite. Il faut dire que parler dans les moments de silence pouvait facilement nous valoir une mauvaise note de conduite. Et des moments de silence, il y en avait beaucoup. Inutile de dire que j’avais de nombreuses difficultés de ce côté-là… ce qui fait que je perdais souvent mes congés du mois. Ceux qui avaient leur congé du mois partaient en autobus vers 8 heures le matin, immédiatement après le petit déjeuner, pour se rendre dans leurs familles respectives, et ils devaient revenir au séminaire pour
8 heures le soir. Ceux qui n’avaient pas leur congé et ceux qui habitaient trop loin pour effectuer un aller-retour à la maison le même jour devaient rester au séminaire, mais ils étaient libres toute la journée… pas de cours, pas de session d’études… seulement des sports durant 12 heures, sauf de brèves pauses pour le dîner et le souper. J’adorais ne pas avoir mes congés du mois!!! Il y avait plusieurs élèves franco-américains au séminaire. Ils venaient des états américains voisins du Canada. Évidemment, ils n’allaient pas à la maison pour un congé d’un jour. Ils connaissaient et pratiquaient tous le football et nous l’ont enseigné. C’est comme cela que j’ai appris le football américain (que j’adore toujours) bien avant d’apprendre le football canadien.

Au séminaire, j’ai continué à développer le goût de la lecture. Il y avait tellement de moments de silence… dont je profitais pour lire. Je lisais en défilant dans les interminables corridors, je lisais pendant la messe quotidienne en dissimulant mon livre dans un étui de missel, je lisais dans la salle d’étude dès que j’avais terminé mes devoirs (ce qui ne me prenait habituellement pas beaucoup de temps), je lisais dans mon lit en attendant qu’on ferme les lumières du dortoir. Je crois avoir lu en moyenne un livre à tous les jours où j’ai été au séminaire. Nous avions une bibliothèque dont j’ai rapidement fait le tour. C’est alors que j’ai découvert que plusieurs professeurs avaient des bibliothèques personnelles intéressantes. Je n’ai pas hésité à me faire « copain » avec eux et à leur emprunter des livres. Ma mère m’avait enseigné le respect des livres… et je leur ai toujours fait attention et les ai toujours remis dans le même état où ils étaient quand je les ai empruntés. J’étais passionné par les romanciers du XXesiècle, les Mauriac, Balzac, Zola, Camus, St-Exupéry, Hemingway, Steinbeck, et combien d’autres. Durant mes années de Philosophie, nous avions des cours de littérature, particulièrement de littérature contemporaine. Il ne m’est jamais arrivé que le professeur nous parle d’un auteur dont je n’avais pas lu la majorité des œuvres.

Ces sept années au Séminaire de St-Hyacinthe ont été merveilleuses. J’y suis arrivé un enfant… j’en suis sorti un adulte… ou presque.

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Le rêve d’un parc comme tremplin économique

Dans Le Carillon du 2 mars 1967, un long article indiquant que « Le Parc Dollard-des-Ormeaux sera un tremplin économique ». C’est un représentant d’Hydro-Québec qui avait été conférencier à la Chambre de commerce de Hawkesbury. Paul Talbot expliquait les grandes lignes d’un projet grandiose d’aménagement d’un parc qui s’étendrait du barrage hydroélectrique de Carillon, à l’est, jusqu’à Pointe-Gatineau, à l’ouest, en passant bien sûr par ce qui allait devenir la réserve faunique de Plaisance.

Il s’agissait d’un projet d’Hydro-Québec dans le cadre du centenaire de la Confédération canadienne (nous sommes en 1967 ne l’oublions pas). Il avait insisté sur l’importance de ce projet comme tremplin économique. « M. Talbot a précisé que les statistiques prophétisent que la population encerclant le Parc dans les années 1985 atteindra les cinq millions ». Cinq millions d’habitants en Outaouais! Le temps, bien sûr, a démontré que rien de tout ça ne s’est matérialisé, sauf le petit parc à Carillon et la réserve faunique à Plaisance.

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Signe des temps. Dans Le Carillon de l’époque, les femmes sont toujours identifiées par le prénom et le nom de famille de leur mari avec l’indication « née xxx » entre parenthèses. Par exemple, Mme André Landry (née Suzanne Danis). Je les nomme parce que c’était des amis à l’époque et que j’ai perdus de vue. C’était il y a 45 ans. Heureusement, les temps ont changé. Au Québec, les femmes ont le droit et l’obligation de conserver leurs noms depuis longtemps.

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Publicité dans l’édition du 9 mars : Michel Charbonneau, qui est aujourd’hui juge à la Cour provinciale, est le metteur en scène de la pièce Le Malade imaginaire que présentera le théâtre L’Onyx à la salle du Christ-Roi. C’était bien avant le Cercle Gascon et le Cercle Gascon II. Michel était aussi le responsable « jeunesse » au sein de la St-Jean-Baptiste locale.

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Vous avec forcément attendu parler des gaz de schiste et des plaintes de nombreux Québécois à cet effet. À la une du journal Le Carillon du 16 mars 1967, une photo de la compagnie Consumer’s Gas, de Welland (Ontario), qui effectue des opérations de forage sur la ferme de feu D.C. McCrimmon, près du petit hameau qui porte son nom (McCrimmon’s Corner) au nord d’Alexandria. On y cherche de l’huile ou du gaz. Ce fut bien sûr une perte de temps. Personne n’avait critiqué l’opération dans les journaux de l’époque.

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St-Isidore aurait pu être anéantie

L’année 1967 n’est pas trop fertile en nouvelles importantes ou intéressantes dans les premières éditions du journal Le Carillon. Celles-ci comportent surtout des photos sur les carnavals de la région, les diverses nominations habituelles de début d’année et des thèmes plutôt ordinaires. C’était comme ça chaque début d’année.

Il faut attendre l’édition du 16 février 1967 pour trouver quelque chose d’intéressant. Un titre clame que : « Si le vent avait soufflé en sens inverse… Le village de St-Isidore-de-Prescott aurait pu être anéanti au complet ». L’article se référait bien sûr à l’incendie majeur qui avait détruit la meunerie de Maurice Lamoureux et la manufacture de portes et fenêtres de Roger Ménard. Le feu aurait pris naissance dans la partie supérieure de l’élévateur à grains de M. Lamoureux par suite de la surchauffe d’une courroie. Une centaine de pompiers volontaires avaient combattu les flammes pendant presque toute la journée de ce samedi 11 février. Les dommages étaient supérieurs à 275 000 $, ce qui était énorme pour l’époque. Heureusement, les deux proprios ont pu sauver leurs papiers importants et dans le cas de Roger Ménard, son coffre-fort. Les 25 employés de la meunerie et la quarantaine de chez Ménard étaient de retour au travail le lundi suivant, les deux ayant pu reloger leurs opérations très rapidement.

« Ironie du sort, lit-on en encadré, les pompiers volontaires de St-Isidore avaient reçu un nouveau camion-pompe vendredi et avaient rempli d’eau le réservoir de 700 gallons samedi matin, quelques heures seulement avant le début de l’incendie. (…) Les volontaires n’avaient pas encore eu la chance d’essayer le camion. » Ce dut être un sacré bon exercice!

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Dans cette édition du 16 février, en référence au Conseil des comtés unis de Prescott et Russell, on peut lire et entrefilet : « Le Comité sur la vente et la promotion du livre Histoire des comtés unis de Prescott et Russell, rédigé par Lucien Brault, suggère que l’on étudie la possibilité de donner le livre en question à des élèves de huitième année (ou sept et huit) puisqu’il s’est avéré presque impossible de se débarrasser (c’est le mot utilisé)des éditions nombreuses par la vente. » Dans une édition subséquente, sans doute en réaction à des commentaires défavorables, cette décision avait été positionnée comme étant un « projet du Centenaire ». Il n’en reste pas moins que quelqu’un avait tout simplement commandé beaucoup trop d’exemplaires de ce livre de Lucien Brault.

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Vous aurez compris que l’abondance des bureaux de poste est quelque chose que je déplore. Déformation professionnelle de mon long passage à Postes Canada. Quoi qu’il en soit, toujours dans l’édition du 16 février 1967, le ministre fédéral des Travaux publics annonce qu’un bureau de poste sera construit à St-Isidore. L’entrepreneur A. Séguin, de St-Eugène, le construira au coût de 24 935 $. Il n’y a pourtant pas d’élection fédérale en perspective… mais vaut mieux se préparer, j’imagine. Et le nom du député Viateur Éthier n’est pas dans l’article, ce qui est plutôt surprenant. Le bureau de poste est toujours là; comme tous les autres construits à l’époque…, moratoire libéral/conservateur oblige!

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Une garderie voit le jour à Hawkesbury

Dans l’édition du journal Le Carillon du 29 décembre 1966, on nous apprend que le Conseil municipal a adopté un règlement créant l’École prématernelle de Hawkesbury Nursery School. C’était une décision avant-garde. Un groupe de femmes influentes de la ville militait depuis quelque temps pour doter la ville d’une structure de garderie municipale.

La garderie était « fondée pour les parents (pères ou mères) qui doivent s’absenter le jour à cause du travail obligatoire pour vivre ». Est-ce possible que l’on écrivait ainsi? La garderie est destinée aux enfants des contribuables de Hawkesbury, mais si l’espace le permet, les enfants de l’extérieur pourront la fréquenter moyennant des frais de « 30,00 $ mensuellement ». Près de 80 p. cent des frais d’exploitation seront défrayés par des subventions provinciales. La première garderie prématernelle allait s’installer dans un local de la rue Principale, en face du presbytère de la paroisse St-Alphonse. Sa première « directrice » serait Jacqueline Lafrenière. Plus tard, la prématernelle s’est installée dans le nouvel hôtel de ville, sous la bibliothèque municipale. Mes deux enfants l’ont fréquentée. Elle existe toujours et porte aujourd’hui le nom de « Garderie Centre éducatif soleil des petits Jacqueline Lafrenière »… comme il se doit.

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Une pleine page en cette fin décembre pour annoncer le « Concours premier bébé 1967 ». Il me semble qu’il aurait fallu publiciser ce concours au mois de mars ou à la St-Valentin, pour que les parents se préparent, non?

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En cette fin de 1966, il y avait encore quatre cinémas dans la région : le Régent de Hawkesbury, le Laurentien de Grenville, le Cartier de Rockland et le Cinéma Lachute. L’Ottawan avait fermé ses portes à Hawkesbury il y a quelques années. Ce dernier cinéma me rappelle un souvenir : le clown Clarabell, de la populaire émission The Howdy Dowdy Show, avait été de passage pour rencontrer les enfants. Ce clown ne « parlait » qu’à l’aide d’un petit klaxon.

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Les villes où j’ai vécu : Acton Vale

(Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatives à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le premier article de cette série. Vous les retrouverez par la suite dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous les «Grands thèmes » de mon blogue. Bonne lecture.)

par Alain Guilbert

Je suis né à Acton Vale le 6 mars 1940, fils aîné de Roland Guilbert et de Léa Loignon. Acton Vale, « la porte des Cantons-de-l’Est », selon ce qui était écrit sur un panneau publicitaire placé près de la voie ferrée en plein centre-ville. Acton Vale, une ville industrielle comptant environ 5 000 âmes, une ville dont les principales industries étaient Acton Rubber (qui n’a pas un jour porté des caoutchoucs ou des bottes Acton?), Acton Shoe, un manufacturier de souliers qui a fermé ses portes il y a bien longtemps, et aussi les Tapis Peerless, dont les produits étaient distribués et vendus partout au Canada. Acton Vale (pour ceux et celles qui n’en ont jamais entendu parler) est située à peu près à la même distance et au milieu de villes comme St-Hyacinthe, Granby, Drummondville et Richmond, quelque part au Centre du Québec, entre la Montérégie et les Cantons-de-l’Est.

Pourquoi Acton Vale? Parce que mon grand-père maternel, Thomas Loignon, qui avait vécu à Thetford Mines jusqu’au milieu des années 1930, avait acheté un hôtel, Le Manoir, et qu’il y avait amené ses trois filles, dont ma mère, pour lui donner un coup de main.
Et c’est ainsi que ma mère a rencontré un bel électricien œuvrant à la Southern Canada Power (mais oui, c’était bien avant la nationalisation des compagnies électriques et la création d’Hydro Québec), qu’elle a épousé en septembre 1938. Tous deux étaient âgés de 33 ans. De cette union sont nés trois enfants, moi, évidemment, et mes frères, Bruno et Laval. Nous aurions possiblement été plus nombreux si un terrible cancer n’avait pas emporté mon père à l’âge de 38 ans alors que je n’avais que 4 ans et que mes frères étaient respectivement âgés de 2 ans et demi ainsi que d’un an.

Ma mère ne s’est jamais remariée, ayant fait le choix de se consacrer à ses « trois trésors », comme elle nous appelait. La vie n’était pas facile à l’époque. Mon père a été alité pendant neuf mois, dont les quatre premiers à l’hôpital St-Charles de St-Hyacinthe et les cinq suivants à la maison, alors qu’on avait jugé son cas incurable. La chimiothérapie et la radiothérapie n’avaient pas encore été inventées. Les programmes comme l’assurance-hospitalisation, l’assurance-santé, l’assurance-médicaments, les CLSC, l’aide à la maison pour les grands malades… rien de cela n’existait à l’époque. Il n’y avait même pas d’assistance sociale pour une « veuve avec trois jeunes enfants » et des dettes d’hôpital, de pharmacie et d’infirmerie.

Avant d’être condamné à garder le lit, mon père qui luttait déjà contre le cancer, avait dû abandonner son emploi comme électricien et s’était trouvé un travail prétendument plus facile en devenant le gérant d’une succursale de meubles Légaré. Au décès de mon père, ma mère a conservé cette agence pour assurer notre survie et la sienne, bien sûr. Elle était alors la seule femme agente de Légaré dans tout le Canada (qui comptait plus de
75 succursales). Quand j’étais tout jeune, je croyais naïvement qu’il s’agissait vraiment d’un magasin de meubles. Mais plus tard, j’ai réalisé qu’il s’agissait bien davantage d’une sorte d’agence de crédit, dont l’objectif était de vendre des meubles « pas trop chers », mais de faire en sorte que les acheteurs les paient à crédit pendant très longtemps. Même si les taux d’intérêt exigés n’étaient pas aussi exorbitants qu’aujourd’hui, ils étaient quand même très élevés. Les gens qui achetaient des meubles dont ils avaient vraiment besoin, mais qui ne pouvaient les payer comptant, se retrouvaient avec des versements hebdomadaires ou mensuels de quelques dollars. On disait ironiquement qu’un acheteur pouvait se procurer un bien de 100 $ en versant 1 $ par semaine… pour le reste de sa vie!!! Quand j’avais 9 ou 10 ans, je faisais parfois de la collection pour les comptes de ma mère. Je me souviens d’une « vieille fille » qui remboursait sa dette à raison de 50 cents par semaine.

Cette période de la vie a été très difficile pour ma mère, parce qu’elle devait consacrer des heures et des heures à ce magasin ouvert de 9 h à 18 h du lundi au jeudi, et de 9 h à 22 h les vendredis et les samedis. Elle en faisait la comptabilité tard le soir, et même une partie de ses nuits, c’est-à-dire quand mes frères et moi dormions.

Nous étions bien jeunes et à l’âge de l’insouciance. Ce n’est que bien des années plus tard que nous avons réalisé toute l’ampleur du travail de notre mère pour s’assurer que nous puissions manger tous les jours et que nous ne nous sentions pas différents de nos « petits amis » et des autres enfants. Nos premières bicyclettes étaient usagées, de même que nos premiers patins. Même chose pour nos premières raquettes de tennis. Lorsqu’il nous fallait des uniformes pour jouer au baseball, ma mère n’avait pas les moyens d’en acheter. Elle les fabriquait. Nous n’avions pas d’argent, mais ma mère en trouvait toujours pour les choses importantes de la vie. À Noël, par exemple, nous recevions toujours des livres en cadeau. Ma mère a tout fait pour nous donner le goût de la lecture. Elle a certainement très réussi avec moi. Elle s’était abonnée à La Tribune de Sherbrooke alors que je n’avais que 7 ou
8 ans. C’est moi qui allais chercher le journal tous les jours au bureau de poste. Je le dévorais du début jusqu’à la fin, avec une attention particulière pour la section des sports. Ce sont probablement les gestes posés par ma mère quand j’étais tout jeune qui m’ont amené à faire carrière comme journaliste et à œuvrer presque toute ma vie dans les médias d’information et les communications.

Il faut dire que j’ai développé le goût de la lecture et de l’écriture très jeune. En effet, j’ai commencé l’école alors que je n’avais que 5 ans. Il n’y avait pas de minimum requis, mais c’était habituellement 6 ans… Les Frères du Sacré-Cœur m’ont accepté à 5 ans pour libérer un peu ma mère aux prises avec trois jeunes enfants depuis le décès de mon père. J’apprenais facilement, et en 4e année, je n’avais pas besoin d’être attentif en classe pour assimiler ce qu’on y enseignait. Le frère Guy-Robert, le titulaire de la classe, me prêtait des livres que je devais lire en classe plutôt que de déranger mes voisins. Je me souviens d’avoir lu le « Tour du monde en 80 jours » de Jules Verne alors que je n’avais que 8 ans.
À la fin de l’année scolaire, on m’a fait « sauter » directement en 6e année parce qu’on estimait que je perdrais mon temps en 5e.

J’ai commencé à pratiquer les sports très jeune: la natation, le tennis et le baseball, l’été; le hockey, l’hiver. Le samedi, nous chaussions nos patins à la maison et marchions, patins au pied, jusqu’à la patinoire de l’école. Nous nous divisions en deux camps… et tout le monde jouait en même temps. Parfois nous étions trois ou quatre dans chaque camp… Parfois
15 ou 20, quand il arrivait de nouveaux joueurs, nous les partagions d’un côté à l’autre. Même chose lorsque des joueurs retournaient à la maison… nous équilibrions les nombres…mais tout le monde se retrouvait en même temps sur la patinoire. Le midi, nous retournions à la maison pour manger. Ma mère plaçait des cartons sur le plancher de la cuisine pour que nous n’ayons pas à enlever nos patins. Et aussitôt le dîner avalé, nous retournions à la patinoire de l’école, toujours avec les patins aux pieds. Lorsqu’il ne faisait pas trop froid, nous retournions parfois à l’école le soir après souper parce qu’il y avait des lumières pour éclairer la patinoire.

Quand la patinoire de l’école n’était pas prête au début de l’hiver ou lorsqu’elle fermait au printemps, nous allions patiner et jouer au hockey sur la rivière. Vous aurez compris que s’il n’y avait pas assez de glace sur la patinoire, il n’y en avait pas davantage sur la rivière. Disons que nous avons souvent terminé nos compétitions au moment où la glace cédait sous le poids de l’un des joueurs (parfois, c’était moi). Nous rentrions alors à la maison trempés jusqu’aux os… ce qui ne nous a jamais empêchés de recommencer, même quand nous savions que la glace était bien mince.

À l’époque, on ne déblayait pas les rues, ni les trottoirs, durant l’hiver. S’il neigeait beaucoup, ce qui arrivait presque toutes les années, les bancs de neige de chaque côté de la rue atteignaient presque les fils des poteaux de téléphone et d’électricité. Nous allions à l’école à pied (les autobus scolaires n’existaient pas encore) et jamais, au grand jamais, une école n’a été fermée à cause d’une tempête. Il ne nous serait jamais venu à l’idée de demeurer à la maison une journée de mauvais temps. Inutile de dire qu’avec les religieux comme enseignants les journées pédagogiques n’existaient pas non plus. Nos professeurs se perfectionnaient les fins de semaine ou durant les vacances d’été.

Le tour de force que ma mère a accompli pendant ma jeunesse, et celle de mes frères, c’est que nous étions pauvres… mais que nous ne nous en sommes jamais aperçus. C’est sûrement là une facette du bonheur!

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Le plus beau mois

Le mois de mai commence dans une dizaine de jours. Voici comment elle le voyait en ce 17 mai 1985. C’est aussi un de ses rares poèmes où les rimes ne suivent pas la même rythme.

Mai, c’est l’éveil vibrant de la nature,
C’est la reprise annuelle de la verdure.
Les arbres se parent de bourgeons fragiles
Et les jeunes poussent s’étirent à vue d’œil
Vers le ciel.
Les pommiers en fleurs offrent aux passants
Leurs bouquets blancs.
La grive siffle d’admiration
Devant la beauté du jour.

En mai, tout est lumière tout est beau,
Les feuilles, l’herbe et même l’air
Tout est nouveau.
On sent déjà une tendre chaleur
Se répandre autour de nous,
Le murmure des ruisseaux et des rivières
Est comme une balade à la terre.

Mai, c’est une nappe toute fleurie
De petites boules jaunes : les pissenlits;
C’est l’éclat d’une touffe de violettes,
Qui sortent de leur cachette.
C’est aussi l’hirondelle dans son nid
Qui nous offre sa charmante compagnie.

Mai, voilà le temps de remercier
Pour tant de choses à admirer.

Pensée que ma mère avait récoltée.

Un éclat de rire, c’est une poussière de joie qui fait éternuer le cœur.

Note du blogueur : Les autres poèmes de ma mère ont des références temporelles inappropriées pour ce temps de l’année. Je les publierai plus tard.