Démocratie, domination et conservation de liberté

Dans le journal Le Carillon du 12 septembre 1968, le député Albert Bélanger invite « tous les adultes » à l’assemblée annuelle de l’Association progressiste-conservatrice. Il écrit dans son annonce : « Un bon gouvernement démocratique dominera tant que le monde y participera. Faites votre possible pour y assister et vous conserverez votre liberté. »

Démocratie et domination… conserver sa liberté… de quoi avait-il donc peur? J’aurais dû poser la question à l’époque. Avec le faible taux de participation politique que l’on connaît en 2011, il est évident qu’un tel message n’a eu aucun mérite auprès des électeurs. Il faut aussi retenir que nous sommes en 1968, en pleine révolution tranquille, en pleine montée du souverainisme dans la province voisine.

Quoi qu’il en soit, cette assemblée générale donnerait lieu à la création d’une nouvelle section jeunesse la semaine suivante. Une vingtaine de jeunes de 30 ans et moins avaient donné le coup d’envoi à l’Association des jeunes conservateurs de Prescott-Russell. Et qui avait hérité de la présidence? Maureen McTeer, de Cumberland, bien évidemment, la future conjointe de Joe Clark. Sa sœur Colleen en était la deuxième vice-présidente, alors que le premier vice-président était Lucien Denis, de Hawkesbury. Lucien était le fils de Bernard, du service de publicité du journal, et allait éventuellement lui-même devenir vendeur dans l’équipe de son père. John McTeer, le père de Maureen, avait été élu vice-président de l’Association progressiste-conservatrice… celle des « adultes »! Marcel Gélineau, le préfet de la ville de Hawkesbury, avait été choisi président, aux dépens de McTeer.

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Voici un autre exemple du passage du temps… et de l’inflation. Dans cette même édition du 12 septembre, E. Cornett Realtors annonce un « Nouveau plan de construction pour la ville de Hawkesbury ». L’entreprise écrit : « Nous pouvons vous construire selon vos devis et désirs au prix modique de $13,800 avec dépôt de $800.00 » si vous n’avez pas déjà votre terrain. Les intéressés ont le choix de plusieurs modèles. Et qu’est-ce que ce prix vous donne? « Fondation de ciment coulé de 10 pouces. Brique de glaise no 1. Plâtre ou Gyproc. Tuile ou bois franc. Fenêtres ‘sashless’ et thermos. Armoires finies en acajou. Chambre de bain 4 morceaux en fonte, avec plancher de céramique et mosaïque. Fournaise centrale à air forcé. Couverture de goudron et gravier. Pelouse complétée. » Aujourd’hui, un tel montant suffit à peine à payer les taxes!

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Les conservateurs retiennent Prescott-Russell

L’édition du 19 octobre 1967 du journal Le Carillon titre en gros que « Bélanger conserve Prescott & Russell »… en encre bleue! Albert Bélanger, qui en était à sa première tentative comme candidat progressiste-conservateur, l’avait emporté par une majorité de 3 266 votes sur son adversaire libéral Serge Lalonde. Quelque 65,6 % des électeurs s’étaient prévalus de leur droit de vote, ce qui était nettement inférieur aux 71 % de l’élection précédente de 1963. Cette fois-là, Louis Cécile n’avait récolté qu’une majorité de 1 320 voix sur le libéral René Bertrand. Dans le comté voisin de Glengarry, le conservateur Osie Villeneuve est réélu. Ce comté regroupe les villages voisins de Chute-à-Blondeau, St-Eugène et Vankleek Hill, qui faisaient déjà partie du comté de Prescott. Retenez ce nom d’Osie Villeneuve; j’y reviendrai sous un jour défavorable dans le cadre de ce « Retour sur hier ».

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Décidément, la montée du séparatisme au Québec fait jaser. À la une de l’édition du 9 novembre 1967 du journal Le Carillon, l’éditeur se sent obligé d’expliquer pourquoi le journal ne parle des nouvelles industries qui compteraient s’établir à Hawkesbury. « Comme nous avons à cœur la prospérité de notre ville et notre région, et que notre seul but n’est pas seulement de vendre des journaux, nous attendons d’être sûrs avant d’en informer notre population. »

Pourquoi intervenait-il ainsi? « Les pressions se sont faites encore plus fortes depuis que la télévision montréalaise de même que les publications La Presse et Sept Jours ont annoncé que des industriels qui devaient s’établir dans le Québec avaient changé d’avis à cause du malaise séparatiste intensifié récemment dans la province voisine, projetaient de s’établir dans Hawkesbury. » Les autorités municipales craignaient les spéculateurs et que d’autres municipalités tentent d’attirer les industriels chez eux si leurs noms étaient divulgués. Des arguments semblables allaient être invoqués après l’élection du gouvernement de René Lévesque, en 1976.

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L’édition du 16 novembre du journal Le Carillon présente une demi-page de publicité curieuse. Le Cimetière St-Alphonse a ouvert une « nouvelle subdivision ». Un « grand lot 13 x 18 capacité 8 » se vend 225 $, alors qu’un « demi-lot 13 x 12 capacité 4 » se vend 150 $. Une « fosse simple capacité 3 x 8 » coûte 30 $. Tous ces prix comprennent l’entretien perpétuel. « Avez-vous songé à vous procurer un lot dès maintenant? » poursuit la publicité. Bonne question! Quarante-quatre ans plus tard, quel est le prix d’un lot d’un cimetière?

Un des pires incendies de l’histoire de Hawkesbury

Quatre pages dans l’édition du 27 avril 1967 du journal Le Carillontraitent d’un des pires incendies de l’histoire de Hawkesbury. Une partie du secteur commercial de la rue Principale s’envole en flammes. Pas moins de 56 personnes, qui occupaient des logements à l’étage des commerces, « attendent du secours ». Plusieurs hommes d’affaires se donnent d’ailleurs la main pour organiser une grande campagne de sollicitation de fonds et venir en aide aux neuf familles délogées et trois personnes seules. On comptait 36 enfants dans ces familles (dont une avec huit, une autre avec sept, une autre avec six, deux avec cinq). Aucune famille n’était assurée. L’effort communautaire qui suivrait avait été extraordinaire. La une du journal est consacrée à ces efforts, alors que la description de l’incendie est reléguée aux pages suivantes.

Quant aux commerces touchés, l’incendie du 20 avril avait réduit en cendres Dalfen’s, Bond Clothes et la Pharmacie Dumont et avait endommagé sérieusement l’hôtel
King Edward. Le vent avait transporté des tisons jusqu’à une rue plus au sud, mettant même le feu au toit d’une résidence privée. Les fenêtres des édifices du côté sud de la rue Principale avaient éclaté sous l’effet de la chaleur intense du brasier (dont celles du bureau de poste). Au journal, nous avions eu peur. Notre atelier et nos bureaux étaient situés dans une rue transversale et le mur arrière donnait sur les édifices en flammes. Il n’y avait pas eu de dommage dans notre cas.

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Cette nouvelle relègue au deuxième plan le choix d’Albert Bélanger, un homme d’affaires de Sarsfield, comme candidat conservateur aux prochaines élections provinciales. On sait que le député Cécile avait démissionné et qu’il avait été assermenté juge de la cour provinciale. Bélanger avait été préféré à d’autres candidats solides et très connus, plus connus en fait que Bélanger : Lomer Carrière, de Hawkesbury (justement copropriétaire de l’hôtel King Edward brûlé), Albert Cadieux et Jean-Guy Durocher, eux aussi de Hawkesbury, Gérard Chartrand, de Lefaivre, et Ernest Brisson, de Casselman. Il avait fallu cinq tours de scrutin parmi les 228 délégués pour en arriver au choix final. Bélanger aurait gagné de justesse selon le reportage. Je reviendrai sur ce député au cours des prochains mois.