D’où viennent les Franco-Ontariens? (Deuxième partie)

Jusqu’en 1850, tant du côté québécois qu’ontarien de l’Outaouais, la population des établissements permanents est essentiellement originaire des îles britanniques. Cependant, depuis le début du siècle, une main-d’œuvre canadienne-française, mobile, saisonnière et jeune monte dans les chantiers à l’automne pour redescendre au printemps ou vient faire de la drave. Peu à peu, surtout après la création du diocèse d’Ottawa en 1847, les Canadiens français s’établissent dans l’Est ontarien. Lorsque les comtés de Glengarry, Stormont, Prescott et Russell atteignent leur population rurale maximale au tournant du siècle, ces mouvements migratoires ont suffi à en changer le caractère sociolinguistique : les Canadiens français y sont devenus le plus nombreux groupe ethnique.

En passant du « village subarctique de bûcherons » à la « cabine de pilotage politique », Ottawa attire un nombre considérable de Canadiens-français. Formant un peu plus du quart des 21 541 habitants d’Ottawa en 1871, la population d’origine française garde, à peu de choses près, cette même proportion parmi les 453 280 habitants de l’Ottawa métropolitain en 1971. Au début du siècle, Ottawa commence à s’affirmer, aux yeux des Franco-Ontariens, comme une « métropole ». Dotée d’un réseau d’institutions patriotiques et encadrée par le clergé et les communautés religieuses, sa population francophone peut aussi s’appuyer sur son université bilingue et ses maisons d’enseignement privées. Elle peut en outre compter sur une population francophone sensible à la sauvegarde de ses droits.

En longeant l’Outaouais, puis traversant l’Ontario d’est en ouest, de Mattawa à Thunder Bay, en passant par North Bay, Sudbury et Sault Ste Marie, le chemin de fer du Canadien Pacifique ouvre l’accès au Nord ontarien durant les deux dernières décennies du XIXe siècle. Le gouvernement ontarien soude le nord à Toronto par le Timiskaming and Northern Ontario Railway, qui atteint Cochrane en 1910. Cette même époque voit la construction d’une autre voie ferroviaire, le National Transcontinental, qui relie Lévis à Winnipeg, en ligne droite.

Le Nouvel Ontario révèle des richesses insoupçonnées. La plaine de Nipissing, le bassin de Sudbury ainsi que les Clay Belts (Haileybury-Hearst) offrent déjà de bonnes perspectives au développement agricole. Mais les découvertes minières, nickel et cuivre à Sudbury, argent à Cobalt et or à Timmins, Kirkland Lake, s’avèrent de puissants facteurs de développement économique. Les grandes forêts riches en conifères se révèlent vite importantes pour la production de pulpe de papier et de vois de sciage, notamment à Sturgeon Falls, Iroquois Falls et Kapuskasing.

Canadiens français du milieu rural québécois comme de l’Est ontarien vont s’établir en grand nombre dans le Nouvel Ontario, travaillant d’abord à la colonisation agricole avant de s’adonner plus exclusivement au travail en forêt, et, plus tard, de s’embaucher dans les mines. En 1976, près de 20 % de la population du nord de l’Ontario est de langue française. Massée le long de l’axe North Bay-Hearst d’autre part, la population de langue maternelle française y représente 34 % de la population, soit 142 080 sur 417 330 dans les comtés de Cochrane, Témiscamingue Nipissing et Sudbury.

Dans l’enclave sud de la province, du Golden Horseshoe à Windsor, des Canadiens français sont attirés depuis le tournant du siècle par les « mirages » de la civilisation industrielle. Travaux publics et chantiers de construction à Toronto, industrie automobile à Windsor, industrie pétrochimique à Sarnia, industries textiles et métallurgiques à Welland, ou encore usines de guerre durant les deux conflits mondiaux, offrent de nombreux emplois qui viennent prendre des Franco-Ontariens au profit des régions du nord et de l’est de la province, des Québécois et des Acadiens.

L’Ontario est aussi une terre d’adoption pour un certain nombre d’immigrants de langue maternelle française. Son développement économique accéléré depuis la Deuxième Guerre attire des immigrants francophones de l’Europe, de l’Afrique du Nord et l’Asie du Sud-Est. Ainsi, en recensement de 1971, il y avait 15 740 Ontariens de langue maternelle française nés à l’extérieur du Canada.

Le recensement de 1971 révèle également qu’en Ontario il y a, en plus de 93 000 unilingues français, 716 000 bilingues (anglais et français), pour un total de 809 000 Ontariens qui ont une connaissance du français, c’est-à-dire 10,5 % de la population totale.

En 1978, dans les écoles élémentaires et secondaires anglophones de l’Ontario, environ 883 000 élèves étudient le français.

Voilà pour un brin d’histoire!

2 réflexions sur “D’où viennent les Franco-Ontariens? (Deuxième partie)

  1. Bonjour Jean Maurice,
    How nice to find a fresh blog from you in my email yesterday. It had been too long since the last one. Are you well? I was concerned since you seemed to have disappeared.
    Monique Domovtich (Autrefois Monique Clement de Hawkesbury)

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