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Consolidated Foods… et Wonder Bra

Je vous avais signalé dans un billet précédent que le développement industriel de Hawkesbury s’axait autour du textile. Voilà que l’édition du 10 octobre 1968 du journal Le Carillon annonce la création de 200 nouveaux emplois à Hawkesbury avec l’arrivée prochaine de la Canadian Lady-Canadelle Inc., une filiale du géant américain Consolidated Foods Corporation, de Chicago.

Remarquez le mot « Foods » dans le nom de la société-mère. Ce qui explique mal que Canadian Lady-Canadelle fabriquerait des vêtements féminins de base sous « la fameuse marque Wonder Bra ». Il s’agit de la septième nouvelle industrie à s’installer à Hawkesbury depuis la désignation fédérale de « zone défavorisée » d’avril 1967. Cette usine a fermé ses portes il y a plusieurs années.

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Dans cette même édition du 10 octobre, on y lit que le député fédéral Viateur Ethier a fait adopter un projet de loi aux Communes qui ferait en sorte que sa circonscription de « Glengarry-Prescott » allait dorénavant être connue sous le nom de « Glengarry-Prescott-Russell » pour refléter l’intégration de la plupart de l’ancienne circonscription de Russell lors de la récente révision de la carte électorale fédérale. C’est toujours ainsi qu’on l’a connaît aujourd’hui.

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J’essaie de me souvenir pourquoi il avait été important de souligner, dans l’édition du 10 octobre 1968 toujours, que la télé de Radio-Canada présenterait les joutes des Canadiens « au complet » à compter de la nouvelle saison. Je crois que jusque-là, les matchs étaient diffusés à compter du début de la deuxième période. Je n’ai pu trouver quoi que ce soit pour me l’expliquer et ma mémoire fait très défaut pour ce point.

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C’est au tour des écoles séparées de se réorganiser

Le regroupement des commissions scolaires en Ontario approche. Cette fois, ce sont les commissaires des écoles séparées qui conviennent du protocole du regroupement dans les comtés de Prescott et Russell. Quelques mois auparavant, on leur avait expliqué qu’il serait nettement préférable qu’ils s’organisent entre eux plutôt que de voir le gouvernement ontarien leur imposer des modalités de regroupement qui iraient à l’encontre de leurs désirs.

Ainsi, dans l’édition du journal Le Carillon du 19 septembre 1968, un article nous rappelle que les comtés de Prescott et de Russell comptent 35 commissions d’écoles séparées et un total de 200 commissaires. Le 1er janvier 1969, les écoles séparées seront gérées par une seule commission scolaire composée de dix élus. J’y reviendrai. Le même procédé se produit dans les comtés voisins de Stormont, Dundas et Glengarry et la ville de Cornwall. Dans ce cas, les 35 commissions scolaires séparées seront regroupées en une seule entité gérée par douze commissaires, dont huit seront de Cornwall et les quatre autres des trois comtés avoisinants.

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Dans l’édition du 26 septembre 1968, je signe un publireportage sur l’inauguration officielle de la nouvelle école élémentaire Paul VI. J’adopte alors la signature « par Jean-M. Filion »; c’est celle que j’allais conserver jusqu’à mon départ du journal en 1987. Dans ce métier, fallait bien avoir un certain égo!

Dans une annonce, l’entrepreneur Sinclair Supply Co. Ltd affirmait que l’école Paul VI était « la plus vaste école élémentaire de l’Ontario ». Je n’ai aucune idée si c’était vrai. Une photo montre des enfants du jardin d’enfants et précise que le jardin accueille quotidiennement 75 enfants (c’est beaucoup!) dans deux classes dont les titulaires sont Pierrette Laurin et Louise Filion (elle portait ce nom de famille depuis notre mariage six semaines plus tôt). Dans une autre annonce, c’est l’Hydro de Hawkesbury qui annonce fièrement que l’école Paul VI est « le seul édifice de la rue Principale éclairé la nuit ». Nous sommes en 1968, bien sûr. L’économie d’énergie n’est pas à l’ordre du jour.

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« Pleins feux sur l’Ontario » était le titre d’une nouvelle rubrique du journal Le Carillon sous la plume du journaliste Marcel Desjardins. Un texte à la une de l’édition du 3 octobre 1968 explique que Marcel, qui avait commencé sa carrière du journal Le Carillon dix ans plus tôt, étudiait les sciences politiques à l’Université de Toronto grâce à une bourse que lui avait octroyée la chaîne de journaux Southam Publishing. Avant la fin de l’année, il allait signer les éditoriaux du journal Le Carillon, ce qu’il allait continuer à faire pendant une autre année au moins. J’ai rencontré Marcel la dernière fois en 1997 lors de la célébration des 50 ans du journal Le Carillon. Nous avions été invités, tous deux, à prononcer un court discours sur nos années au journal. Il était alors vice-président du journal La Presse. Je me souviens de cette dernière rencontre. Il m’avait annoncé le nom de celui qui allait devenir mon vice-président à Postes Canada. Il était au courant, parce que c’était son ami. À Postes Canada, on ne nous l’avait pas encore annoncé. Ce vice-président est Alain Guilbert, mon collaborateur de blogue. Marcel est décédé le 10 février 2003 des conséquences du diabète, une maladie dont je suis aussi affligé (mais sous contrôle heureusement).

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Démocratie, domination et conservation de liberté

Dans le journal Le Carillon du 12 septembre 1968, le député Albert Bélanger invite « tous les adultes » à l’assemblée annuelle de l’Association progressiste-conservatrice. Il écrit dans son annonce : « Un bon gouvernement démocratique dominera tant que le monde y participera. Faites votre possible pour y assister et vous conserverez votre liberté. »

Démocratie et domination… conserver sa liberté… de quoi avait-il donc peur? J’aurais dû poser la question à l’époque. Avec le faible taux de participation politique que l’on connaît en 2011, il est évident qu’un tel message n’a eu aucun mérite auprès des électeurs. Il faut aussi retenir que nous sommes en 1968, en pleine révolution tranquille, en pleine montée du souverainisme dans la province voisine.

Quoi qu’il en soit, cette assemblée générale donnerait lieu à la création d’une nouvelle section jeunesse la semaine suivante. Une vingtaine de jeunes de 30 ans et moins avaient donné le coup d’envoi à l’Association des jeunes conservateurs de Prescott-Russell. Et qui avait hérité de la présidence? Maureen McTeer, de Cumberland, bien évidemment, la future conjointe de Joe Clark. Sa sœur Colleen en était la deuxième vice-présidente, alors que le premier vice-président était Lucien Denis, de Hawkesbury. Lucien était le fils de Bernard, du service de publicité du journal, et allait éventuellement lui-même devenir vendeur dans l’équipe de son père. John McTeer, le père de Maureen, avait été élu vice-président de l’Association progressiste-conservatrice… celle des « adultes »! Marcel Gélineau, le préfet de la ville de Hawkesbury, avait été choisi président, aux dépens de McTeer.

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Voici un autre exemple du passage du temps… et de l’inflation. Dans cette même édition du 12 septembre, E. Cornett Realtors annonce un « Nouveau plan de construction pour la ville de Hawkesbury ». L’entreprise écrit : « Nous pouvons vous construire selon vos devis et désirs au prix modique de $13,800 avec dépôt de $800.00 » si vous n’avez pas déjà votre terrain. Les intéressés ont le choix de plusieurs modèles. Et qu’est-ce que ce prix vous donne? « Fondation de ciment coulé de 10 pouces. Brique de glaise no 1. Plâtre ou Gyproc. Tuile ou bois franc. Fenêtres ‘sashless’ et thermos. Armoires finies en acajou. Chambre de bain 4 morceaux en fonte, avec plancher de céramique et mosaïque. Fournaise centrale à air forcé. Couverture de goudron et gravier. Pelouse complétée. » Aujourd’hui, un tel montant suffit à peine à payer les taxes!

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Un hommage éditorial à John Robarts

Dans l’édition du journal Le Carillon du 1er août 1968, l’éditorialiste Jean-Robert Danis (ancien journaliste du journal qui était revenu au bercail après quelques années au journal Le Droit, frère du directeur du journal, Bernard, et beau-frère du journaliste Marcel Desjardins, futur vice-président de La Presse) rend hommage à John Robarts et sa décision de reconnaître la langue française à l’Assemblée législative de l’Ontario.

Danis écrit que « le gouvernement Robarts mérite d’être félicité pour son dernier geste. Sans tambour, ni trompette, il a, sans doute, fait beaucoup plus que le gouvernement central, au cours des dernières années, pour assurer la survie de la Confédération canadienne, en contribuant à améliorer le sort des Franco-Ontariens ». L’éditorialiste ajoute que « dans le domaine de l’éducation seulement, le régime Robarts a établi une meilleure répartition des subventions gouvernementales entre les écoles publiques et les écoles séparées, assurant ainsi justice aux Franco-Ontariens. (…) Ces mesures dans l’éducation combinées aux diverses positions adoptées par le gouvernement Robarts lors de la Conférence sur la Confédération de demain dans la Ville Reine, en novembre dernier, et lors de la conférence fédérale-provinciale sur la Constitution à Ottawa, en février, permettent aux Franco-Ontariens d’envisager avec optimisme leur avenir dans la plus riche et la plus peuplée des provinces canadiennes ».

En passant, Jean-Robert est décédé il y a quelques années après s’être étouffé avec un morceau de carapace de homard dans un restaurant de Hawkesbury; il ne s’en était pas remis. Jean-Robert avait quitté Le Carillon pour lancer son propre journal, L’Express, racheté plus tard par les Éditions André-Paquette. Bernard est décédé lui aussi depuis très longtemps, tandis que Marcel est malheureusement lui aussi disparu bien avant son temps, il y a quelques années à peine.

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Dans l’édition du 15 août 1968, les Manufactures LaSalle annoncent l’ouverture de leur nouveau magasin à Hawkesbury. LaSalle, qui avait un petit magasin sur la rue Bertha, avait décidé de déménager dans des locaux plus imposants à cause de leur popularité sur la scène locale. LaSalle aménagera dans un nouvel édifice construit pour loger l’épicerie Rozon. L’ancien local allait devenir le siège administratif du nouveau Conseil de l’éducation de Prescott-Russell qui allait naître le 1er janvier 1969. J’y reviendrai.

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En passant, les photos des danseuses en vedette dans les divers hôtels du coin sont de plus en plus censurées par des barres noires. La danse exotique était devenue la danse érotique. Vers cette période, la Sûreté municipale de Hawkesbury avait créé des problèmes pour un hôtelier de Lachute qui avait distribué des annonces pour ses danseuses dans la ville; cet hôtelier voulait éviter la « censure » des journaux régionaux. La Sûreté avait jugé les circulaires pornographiques.

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Dans l’édition du 29 août, c’est Astro Industries Ltd qui annonce son arrivée prochaine à Hawkesbury, dans le parc industriel bien entendu. Ce sera une filiale de la compagnie Knitted Outaward Mills. L’entreprise se spécialiste dans la texturation de filés synthétiques pour utilisation dans le tricot et le tissage. Une trentaine de nouveaux emplois. Une nouvelle industrie de plus. Vous remarquerez que les nouvelles industries semblent toutes être du secteur du textile… moins payant pour les employés. Plusieurs de ces industries plieront éventuellement bagages pour le ciel mexicain ou l’Asie. Elles avaient bien entendu perdu les avantages liés à la désignation de « zone défavorisée », qui n’avait pas été éternelle bien sûr. Plus il y avait de nouvelles industries, moins défavorisée était la zone.

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Les enfants « spéciaux » seront intégrés avec les autres

« Dès janvier 1969, les classes pour enfants arriérés seront intégrées au système scolaire » affirme le titre d’un article en page 4 de l’édition du 11 juillet 1968 du journal Le Carillon. L’expression est brutale, mais c’est comme ça qu’on le disait et l’écrivait à cette époque. Quoi qu’il en soit, « par son projet de loi 120, le gouvernement ontarien a décidé d’inclure, dès le 1er janvier 1969, les classes spéciales pour arriérés mentaux dans le système scolaire base de comté ». C’est ainsi qu’à partir de cette date, la nouvelle commission scolaire régionale devait « pourvoir à l’éducation de ces enfants et assumer le coût des salaires des institutrices, des moyens de transport ainsi que de tous autres frais provenant de l’entretien de ces classes ». Dans le même ordre, « la commission scolaire régionale devra trouver des locaux convenables pour tous les enfants mentalement arriérés des comtés unis de Prescott et Russell ». Vous voyez comme les temps ont changé. Aujourd’hui, de tels services sont tenus pour acquis.

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Dans l’édition du 18 juillet, on apprend que la construction de l’annexe de l’école secondaire Vankleek Hill Collegiate Institute coûtera plus cher que prévu, soit 410 000 $ au lieu de 374 447 $, le montant du contrat adjugé à Baldock Engineering and Construction, d’Ottawa. Quelque 43 ans plus tard, en mai 2011, cette annexe et l’école originale viennent d’être démolies puisqu’elles ont été remplacées par une toute nouvelle école secondaire… plus petite pour refléter l’inscription à la baisse. Décidément, nos constructions ne durent pas longtemps. Il faudrait que les constructeurs du Moyen-Âge reviennent nous expliquer leurs techniques.

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L’édition du 25 juillet annonce l’arrivée à Hawkesbury de la compagnie Tul Safety Equipment, de Granby. Une cinquantaine de nouveaux emplois dans cette manufacture de ceintures et de canots de sauvetage. Tul et les quatre autres industries qui ont annoncé leur installation Hawkesbury créeront donc un total de 400 nouveaux emplois. Et il y en aura d’autres à venir.

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Les 24 000 postiers sont en grève nationale depuis le 18 juillet 1968, dont les douze du bureau de poste de Hawkesbury. La distribution du journal est touchée et les industries locales se donnent la main pour créer leur propre service de courrier temporaire. Le bureau de télégraphie de la gare locale fonctionne à pleine vapeur, surtout pour les mandats monétaires. La grève durera trois semaines. C’est au cours de cette négociation ardue que le Syndicat des postiers du Canada allait obtenir l’imposition da la formule Rand pour ses membres.

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Une élection pas comme les autres

Il ne s’en fait plus depuis longtemps de telles campagnes électorales dans la circonscription et probablement ailleurs au pays. Dans l’édition du 20 juin 1968 du journal Le Carillon, cinq jours avant les élections, l’organisation de Viateur Ethier publie pas moins de cinq pleines pages. On y vante les mérites du député libéral sortant, y compris une comparaison entre le règne de Diefenbaker de 1958 à 1963 au règne de Pearson de 1963 à 1968, une énorme photo de Trudeau, les nouvelles industries qui se sont installées à Hawkesbury depuis sa désignation de zone défavorisée et les noms de tous ceux (il n’y a pas de « celles » bien entendu… nous sommes en 1968) qui sont ses organisateurs régionaux de sa campagne dans la circonscription.

Le candidat conservateur Lomer Carrière se contente de deux pleines pages. L’organisation conservatrice y cite un reportage du journaliste bien connu du magazine Maclean’s. Douglas Fisher, qui avait classé Ethier, en février 1966, « parmi les six députés les moins efficaces » des Communes. Cela ne changerait absolument rien.

Les dés étaient pipés. Dans l’édition du 27 juin 1968, on fait référence à une « Écrasante victoire pour Ethier ». À l’échelle canadienne, les libéraux de Trudeau récoltent 154 sièges contre 71 pour les conservateurs, 23 pour les néo-démocrates et 15 pour les créditistes. Ethier avait récolté 14 832 votes contre seulement 7 527 par le conservateur Lomer Carrière et 1 595 votes par le néo-démocrate Claude Demers (retenez ce nom, j’y reviendrai). L’influence Trudeau s’était manifestée hors de tout doute, comme partout ailleurs. Ethier avait été élu en 1963 et réélu en 1965.

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Dans l’édition du 20 juin 1968 du journal Le Carillon, d’autres textes sur la question des écoles secondaires françaises ou bilingues. En fait, les professeurs de l’École secondaire régionale de Hawkesbury proclament que « l’ESRH est le meilleur exemple d’une institution bilingue ». À une réunion d’information sur la question, à peine 69 personnes se montrent la face; parmi elles, plusieurs professeurs. Pourtant, pas moins de 3 000 invitations avaient été adressées. Royal Comtois, le directeur de l’ESRH, en avait d’ailleurs profité pour « déplorer la paresse évidente des Canadiens dans le domaine de l’études des langues. En Europe, les enfants apprennent parfois cinq langues, tandis qu’au Canada, nous nous plaignons d’avoir à étudier parfois superficiellement une deuxième langue. C’est là qu’il faut chercher la cause des échecs ». S’il était encore vivant, Royal Comtois pourrait répéter son blâme et ses propos seraient toujours pertinents. En passant, une réunion sur le même sujet organisé par l’API à l’école Paul VI quelques semaines plus tôt avait attiré 600 personnes (blogue du 14 mai).

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La taxe volontaire de Montréal et la « Trudeaumanie »

C’était une idée de l’incomparable Jean Drapeau, le maire de Montréal, qui allait faire boule de neige non seulement au Québec, mais partout au pays. Lui appelait ça la « Taxe volontaire de Montréal »; les gouvernements provinciaux et fédéral la transformeraient en « loteries ». Quoi qu’il en soit, dans l’édition du 2 mai 1968 du journal Le Carillon, une publicité de presque une page complète expliquant que « toute personne peut payer une taxe volontaire à la ville de Montréal ». C’était simple et audacieux. « Un paiement de $2 vaut pour un mois et donne une chance de recevoir l’un des 151 prix mensuels. » Le premier prix était de « $100,000 en argent » et il y avait aussi « 30 prix de $1,000, 20 de $500 et 100 de $100 ». Contrairement aux loteries gouvernementales d’aujourd’hui, il fallait répondre correctement à des questions pour recevoir un prix. Dans son annonce, le maire Drapeau écrivait que « Expo 67 c’était trop grandiose pour six mois seulement » et invitait les Canadiens à visiter « Terre des Hommes du 17 mai au 14 octobre 1968 ». L’objectif de cette taxe volontaire était de rembourser la dette encourue par l’Expo. Je me souviens d’avoir payé cette taxeà Drapeau, en espérant gagner bien sûr. L’idée de Drapeau était trop bonne, manifestement; les gouvernements se sont appropriés du concept des loteries avec les résultats que l’on connaît aujourd’hui.

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Dans l’édition du 6 juin 1968, il y a des élections dans l’air. Un texte annonce l’ouverture officielle du nouveau bureau de poste de Curran par le candidat libéral et député sortant Viateur Ethier. Dans la même page que l’article, une annonce payée par l’Association libérale-fédérale de Glengarry-Prescott. Il s’agit d’une reproduction de la lettre qu’avait envoyée le Conseil municipal de Hawkesbury au député Ethier pour le « remercier très chaleureusement pour vos efforts que vous avez bien voulu apporter à notre demande pour faire nommer la Ville de Hawkesbury comme ‘zone défavorisée’ ». Dans l’édition suivante, un article mentionne que le candidat conservateur Lomer Carrière, également sous-préfet de la ville de Hawkesbury, réclame une partie de la paternité de cette désignation étant donné que c’est le Conseil qui avait amorcé le processus pour y arriver. Lors d’une rencontre des candidats à St-Isidore, Carrière avait rappelé que la désignation signifiait que la région était pauvre et que les chômeurs étaient trop nombreux. Dans un sens, Carrière avait rappelé que « le parti conservateur, si porté au pouvoir le 25 juin, annulera la taxe de 11 p. cent sur les matériaux de construction, facilitant ainsi la construction domiciliaire ». Cela fournit l’occasion à Viateur Ethier, dans l’édition du 13 juin de publier une pleine page d’annonce pour tirer au clair son rôle dans cette désignation. Il y rappelle que Hawkesbury n’en est pas la seule bénéficiaire : « Toutes les municipalités de Prescott jouissent de ces mêmes avantages ».

Fait à noter, pendant cette campagne électorale de 1968, la publicité libérale est essentiellement axée sur Pierre Elliott Trudeau. La « Trudeaumanie » bat son plein. On voit de petites annonces dans le journal : une photo de Trudeau avec une bulle qui dit « Vote Votez Ethier »… ou encore une photo de Trudeau souhaitant bonne chance à Ethier. Rien de comparable avec la moins importante « Laytonmanie » de 2011.

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Les écoles secondaires françaises : il n’y a pas unanimité

Le débat entourant la création d’écoles secondaires de langues françaises en Ontario laisse prévoir qu’il ne sera pas facile de réaliser ce rêve. L’édition du 25 avril du journal Le Carillon y consacre quasiment toute sa page 3, sous ma plume. Aujourd’hui, ces écoles sont tenues pour acquises, il y a en plus La Cité collégiale; difficile d’imaginer que ce cheminement n’a pas été des plus faciles.

L’Association des parents et instituteurs de Hawkesbury avait organisé un panel sur cette question à l’école Paul VI. André Richard, d’Ottawa, secrétaire de la Fédération des API, avait « insisté sur le fait que les parents sont à l’origine du réveil français dans la province; les associations franco-ontariennes n’ont fait que mettre en valeur les demandes des parents ». M. Richard avait « précisé que la population franco-ontarienne était divisée en trois groupes idéologiques différents, soit ceux qui ne veulent pas en entendre parler, ceux qui désirent des écoles bilingues et ceux qui revendiquent des écoles essentiellement françaises ».

Un surintendant à la Commission des écoles séparées d’Ottawa, Horace Dubois, avait fait référence à un mémoire de l’Association canadienne-française d’éducation de l’Ontario (ACFEO) qui insistait que « le français doit être reconnu comme langue première dans ces écoles et l’enseignement de l’anglais doit viser à assurer une certaine facilité dans la conversation et la lecture, afin de faire face à la concurrence sur le marché du travail ». En se référant à la langue d’enseignement des différentes matières, le mémoire de l’ACFEO ajoutait qu’il était « irréaliste de vouloir tout en français, car les manuels scientifiques et les professeurs de ces matières, par exemple, ne sont pas toujours adéquats et compétents ». (Horace Dubois avait été principal de l’école St-Joseph et j’étais dans sa classe en troisième année. Il est arrivé à quelques reprises, lorsquil sabsentait de la classe pour aller donner le martinet à un élève ou pour autre tâche de principal, quil me demandait de surveiller la classe. Je revois aussi en « flashback », le pauvre Ricky S., à quatre pattes, « manger » une raclée avec le martinet devant toute la classe. Javais « osé » dire au professeur quil ne s’était pas bien comporté en son absence. Bien sûr, dans le contexte daujourdhui, il aurait abouti en cour. Jai revu Ricky beaucoup plus tard; je crois quil avait oublié lincident. Heureusement!)

À tout événement, la résistance aux écoles secondaires françaises se manifeste pourtant et pas de la part du premier venu. Ainsi, toujours dans l’édition du 25 avril, je rapporte que le juge Omer H. Chartrand s’était opposé au mémoire de l’ACFEO « alléguant que cette association n’est pas représentative de la majorité des Franco-Ontariens et qu’elle n’avait pas consulté la population de Hawkesbury et de la région avant de rédiger son mémoire ». Le juge avait ajouté « que l’ACFEO n’est qu’un groupe d’une trentaine de personnes qui émet ses propres idées ». Le juge portait ensuite un jugement plutôt sévère : « le fait que les enfants du primaire connaissent peu la langue anglaise est dû au mauvais enseignement dispensé par les professeurs. Selon lui, les commissions scolaires séparées ne suivent pas les directives émises par le ministère de l’Éducation à cet effet. » Ce débat allait se prolonger pendant plusieurs années. J’y reviendrai.

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Le Seigniory Club frappé par une grève

L’hôtel n’est pas encore connu comme le Château Montebello, c’est le Seigniory Club et
Le Carillon du 25 avril 1968 nous apprend que les employés de cette institution sont en grève. La direction de l’hôtel, propriété du Canadien Pacifique, avait d’abord décrété un « lock-out », mais les employés ont répliqué en déclenchant la grève.

Les 175 grévistes sont membres de l’unité de Montebello de la Fraternité des employés du transport ferroviaire. Une trentaine d’employés de bureau, des agents de sécurité, des guides, le maître d’hôtel et le chef cuisinier ne sont pas syndiqués. Les employés demandaient une hausse salariale de 50 cents l’heure sur un an alors que l’employeur n’offrait que 12 cents l’heure sur trois ans. « Une quarantaine de syndiqués, qui habitaient les locaux réservés aux employés sur le domaine de l’hôtel, ont été obligés de se trouver un nouvel endroit pour loger depuis le début de la grève. » Le Seigniory Club était un club privé, surtout pour de riches Américains.

La grève, qui s’annonçait très longue, attire beaucoup d’attention. Dans l’édition du 9 mai, par exemple, on apprend que les grévistes demanderont l’intervention du ministre du Travail du Québec. Les grands médias déferlent sur Montebello et une photo montre d’ailleurs un reporter de la télévision de Radio-Canada, un « jeune » Bernard Derome, en train d’interviewer les grévistes. Dans l’édition du 27 juin, on lira sur l’intervention du chef du tout nouveau Mouvement souveraineté-association, René Lévesque, qui s’était rendu à Montebello afin d’appuyer les grévistes et de déplorer « les offres ridicules du C.P. ». Le ministre du Travail, Maurice Bellemare, n’avait pas mâché ses mots pour s’en prendre à l’intervention de René Lévesque. Il faut ajouter qu’en même temps qu’il y avait grève à Montebello, il y avait une situation identique à l’usine de la CIP de Gatineau. Deux mois après le début de la grève au Seigniory Club, des actes de vandalisme se produisaient de temps à autre. C’est dans l’édition du 4 juillet que l’on apprendra que la grève est terminée, mais que de nombreux employés, surtout les garçons de table, sont très mécontents. Un triste chapitre dans l’histoire de Montebello. Quelques années plus tard, le Seigniory Club fermerait ses portes et le Château Montebello allait naître à sa place… mais toujours dans le même décor enchanteur.

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Le progrès industriel se poursuit à un rythme régulier. Cette fois, selon l’édition du 25 avril 1968 du journal Le Carillon, c’est Northcraft Industries Ltd, un fabricant de bateaux de plaisance en fibre de verre, qui annonce son arrivée. Une vingtaine d’emplois seront créés.

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Ethier appuie Winters à la chefferie libérale

En rétrospective, la déclaration est presque choquante. Quoi qu’il en soit, en page 8 de l’édition du 21 mars 1968 du journal Le Carillon, on apprend que le député fédéral de Glengarry-Prescott, Viateur Ethier, appuiera la candidature du ministre du Commerce, Robert Winters, au congrès de sélection du successeur de Lester B. Pearson au poste de chef du Parti libéral du Canada et qui deviendra automatiquement Premier ministre. « Robert Winters connaît les problèmes de l’élément francophone et son ascension au poste de premier ministre devrait réjouir tous les Canadiens-français qui ont à cœur l’unité de la nation canadienne. »

Interrogé sur la candidature du ministre de la Justice, « le député Ethier estime que M. Trudeau s’est fait un tort considérable au cours des dernières semaines par ses déclarations intempestives au sujet du français ‘pouilleux’ et ses échanges verbaux avec le premier ministre de la province de Québec, M. Daniel Johnson ». Et cette conclusion du député Ethier dont j’avais oublié l’existence : « D’ailleurs, les Canadiens-français ont toujours obtenu de plus grands avantages lorsqu’un Canadien anglais occupait le poste de Premier ministre. » Par contre, chacun des six délégués de Glengarry-Prescott avait pu appuyer le candidat de son choix au congrès de la chefferie.

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En cette fin de mars 1968, le Conseil municipal de Hawkesbury n’est pas content du tout de la décision du ministère de la Voirie de l’Ontario de construire la nouvelle autoroute 417 si loin de la ville. Le tracé annoncé prévoit que la route passera à une dizaine de milles de Hawkesbury, soit au sud de Vankleek Hill. Hawkesbury voulait que le tracé longe plutôt la route 17. Le Conseil déplorait que la nouvelle autoroute n’améliore pas la circulation entre Hawkesbury et Ottawa puisqu’il faudrait se rendre au sud de Vankleek Hill pour emprunter la 417. Le Conseil jugeait que cela pourrait entraver le progrès industriel de la ville, à peine amorcé. En rétrospective, l’autoroute 417 n’allait pas nuire à Hawkesbury, mais elle ne l’aiderait pas non plus. C’est le village d’Alfred qui s’inquiétait davantage… à cause de l’avenir peu prometteur de ses nombreux « stands à patates frites ». En 2011, il y en a toujours autant.

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Le Carillon du 4 avril 1968 marque la transformation graphique radicale du journal fondé en 1947. Un nouveau logo, avec un c en forme de cloche (comme dans cloche de carillon!) Vingt-et-un… âge de la maturité diraient certains. Berthio y présente sa caricature; Harry Bernard y signe sa « Chronique de l’Illettré ». Ce n’était que le début. Les correspondants ne signent plus de chroniques individuelles; leur information est transformée en articles avec la mention DNC. Je signe une nouvelle chronique qui s’intitule « De tout et de rien » et qui parle justement d’à peu près n’importe quoi, en petits paragraphes distincts. Si ma mémoire est bonne, je la signerai pendant de très nombreuses années.

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Le Carillon du 18 avril 1968 nous apprend que la compagnie Workman Bag Co. Ltd, de Montréal, créera 50 nouveaux emplois à Hawkesbury. La rumeur circulait depuis plusieurs semaines. Cette entreprise spécialisée dans la fabrication de bourses pour dames embaucherait des hommes et des femmes et s’installerait dans un nouvel édifice au nord de la rue Aberdeen. Cette entreprise s’ajoute à la compagnie Colormatic Dyeing and Printing Ltd, qui est établie à Hawkesbury dans un local temporaire et qui construira elle aussi un nouveau local dans le parc industriel. Cette dernière emploiera alors une cinquantaine d’employés. Cette nouvelle s’inscrit encore dans la période de développement industriel de Hawkesbury et dans le contexte des privilèges consentis aux entreprises qui souhaitent s’installer dans une « zone défavorisée ».