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Ault insatisfait de la décision à propos de Saputo

Hawkesbury et les partisans de la venue de Saputo s’étaient réjouis de la récente décision gouvernementale d’accorder les autorisations nécessaires à cette fromagerie montréalaise pour qu’elle s’installe dans le parc industriel de Hawkesbury. C’était trop beau. Comme le rapporte Le Carillon du 28 juillet 1976, cette décision de la Direction de l’industrie laitière du ministère ontarien de l’Agriculture et de l’Alimentation n’a pas plu à tout le monde. La compagnie Ault Foods, de Winchester, « a logé un appel auprès du gouvernement ontarien de la décision de M. Krauter ». Toute cette histoire ne faisait qu’écœurer davantage la famille Saputo et bien d’autres. Le député provincial Albert Bélanger gardait étrangement le silence.

(Note du blogueur : J’en parle souvent de cette affaire Saputo parce que j’estime que c’est sans doute la plus grande occasion manquée de l’histoire de l’expansion économique de Hawkesbury et la région.)

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Postes Canada utilise maintenant des machines performantes pour trier les lettres et les enveloppes non scellées ou aux petites fenêtres rectangulaires créent des problèmes majeurs et ralentissement l’efficacité des machines. À compter du 1er juillet 1976, ces enveloppes seront donc interdites. La journaliste Monique Montpetit explique tout ça dans l’édition du 28 juillet 1976. Depuis, les petites fenêtres des enveloppes sont protégées par du plastique transparent. Même les enveloppes des cartes de souhaits (Noël, St-Valentin ou autres) devaient être scellées.

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J’en ris… Dans le journal du 28 juillet 1976, une publicité du Théâtre Laurentien de Grenville qui met à l’affiche un film suédois intitulé « Le Voyeur », lauréat d’un « Phallus d’or au Festival de Copenhague ». Le deuxième film à l’affiche – parce qu’il y avait toujours un programme de deux films dans les cinémas à l’époque – était « C’est bon pour la santé ». Compte tenu du premier, on peut facilement imaginer qu’est-ce qui était si bon! L’information nutritionnelle n’était pas publiée dans l’annonce!

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L’église St-Andrews de L’Orignal aurait 140 ans en septembre 1976 (elle en a donc plus de 175 ans aujourd’hui) et le journal du 28 juillet 1976 en parle longuement.

« En septembre 1968, la Commission des sites historiques et archéologiques de l’Ontario érigeait une plaque commémorative près de l’église qui sert toujours aux fins du culte. Cette plaque se lit comme suit:

‘L’Église St. Andrews 1832. La congrégation presbytérienne de L’Orignal fut établie en 1822 par le Révérend John McLaurin, ministre de L’Église Écossaise pour le pastorat de Lochiel. En 1832, McLaurin devint instituteur à l’école régionale d’Ottawa à L’Orignal et présida aux services religieux à l’école ou au Palais de Justice. On lui confia officiellement, en 1832, la charge des congrégations de L’Orignal et de Hawkesbury. C’est au cours de cette année que commença sous sa direction la construction de l’église actuelle, qui ne fut terminée qu’en 1836 à cause d’une pénurie de fonds. L’emplacement de l’église et du presbytère était un don de Charles Platt Treadwell, seigneur de Pointe à L’Orignal. En 1825, la congrégation s’est jointe à l’Église-Unie du Canada. »

Un petit brin d’histoire ancienne du coin.

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Les villes où j’ai vécu : Granby

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le neuvième article de cette série… qui concerne Granby où il est arrivé en avril 1979… Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous la subdivision « Mes catégories ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Quand j’avais accepté de retourner à Sherbrooke à la fin des Jeux olympiques de Montréal, j’avais clairement indiqué à mes patrons de l’époque (Yvon Dubé, le président de La Tribune, et John Rae, un vice-président de Power Corporation) que l’étape suivante pour moi devrait être l’administration. J’avais déjà fait le tour d’une salle de rédaction, et je souhaitais aller plus loin dans les journaux, un milieu qui me passionnait. L’occasion s’est présentée à l’automne lorsqu’on m’a offert la présidence de La Voix de l’Est, « le plus petit quotidien de langue française en Amérique du Nord », avais-je l’habitude de dire, de même que la présidence de CHEF-radio, une station radiophonique qui appartenait au journal. Je n’ai jamais hésité à dire « oui ». Dans mon esprit, il y avait deux façons de voir les choses: devenir « curé en campagne » ou demeurer « vicaire en ville ». Je comprends que le choix peut varier d’une personne à une autre, mais dans mon cas, il n’y avait aucun doute. Autrement dit, j’aimais mieux être « un gros poisson dans un petit bocal qu’un petit poisson dans un immense aquarium ».

Je n’ai jamais caché cette façon de voir les choses. Quelques années plus tard, lorsque je deviendrai éditeur adjoint et rédacteur en chef du Soleil (à Québec), le président de l’agence Presse canadienne, dont le siège social était à Toronto, Keith Kincaid, qui se rappelait m’avoir entendu parler « du poisson et du bocal » m’avait fait parvenir un mot de félicitations en me disant « after having been a big fish in a small bowl, you have find a way to become a big fish in a big bowl ». J’avais sans doute modifié ma façon de voir les choses. Mais pour l’instant, restons-en à Granby… Je reviendrai plus tard sur Québec.

Je fais donc mon entrée à Granby au printemps de 1979. J’habite alors le domaine Chéribourg, dans la région de Magog, au pied du Mont Orford. Je décide donc, du moins pour ma première année, de conserver mon pied à terre au Mont Orford et de voyager soir et matin entre le domaine Chéribourg et Granby, une promenade de 30 minutes au maximum. Et coup de chance providentiel, mon premier hiver à voyage entre Chéribourg et Granby, l’hiver 1979-1980, est celui où il n’a pas neigé une seule fois avant la fin du mois de février. Je me souviens même que nous avions joué au tennis à l’extérieur (dehors!!!) à Granby en février 1980, quelques jours avant qu’il ne neige pour la première fois de l’hiver et avant que nous fassions du ski à Orford pour la première fois de la saison… la saison la plus tardive dans l’histoire du Mont Orford. Une autre façon de se rappeler cet hiver plutôt spécial, c’est la conférence que Laurent Beaudoin, le président de Bombardier, avait prononcé à Montréal à cette période – conférence au cours de laquelle il avait affirmé solennellement que la société Bombardier était assurée de vendre des motoneiges autant qu’il était assuré qu’il tomberait de la neige sur le Québec chaque hiver. Il s’en est fallu de quelques semaines à peine pour qu’il ne neige pas une seule fois cet hiver-là… J’établirai finalement ma résidence à Granby à l’été 1980.

Peu après mon arrivée à Granby, nous sommes plongés en pleine campagne électorale. À Granby (qui se trouve dans le comté fédéral de Shefford), les deux principaux candidats sont le très jeune libéral Jean Lapierre, un étudiant originaire des Îles-de-la-Madeleine, et le conservateur Gérald Scott, un ingénieur et homme d’affaires bien établi dans la région. Avant mon arrivée, je ne connaissais ni l’un, ni l’autre… mais la lutte était féroce… et tous les coups semblaient permis. Je ne suis pas en poste que depuis quelques mois quand je reçois une « lettre personnelle » du candidat Gérald Scott qui dénonce de façon assez subtile le traitement que lui réserve La Voix de l’Est, le quotidien de la région (la seule « petite » région de tout le Québec à avoir un journal quotidien à son service). Le candidat conservateur ne se sent pas « favorisé » par le quotidien local. Il n’aime pas ce qu’il appelle « le manque d’objectivité » du journal.

Puis il s’adresse à moi plus personnellement : « Pourtant M. Gilbert (sic…Gérald… tu as oublié le « u ») lorsque je vous rencontre, vous m’avez l’air tellement sympathique. Dommage que vous ne puissiez transmettre à tous ceux qui font votre mise en page et à quelques-uns de vos journalistes qui ne l’ont pas ce sens de l’objectivité et de l’équité qu’on devrait retrouver normalement dans un journal. (….) Si jamais vous en avez l’envie, j’accepterais avec plaisir votre invitation à dîner afin que l’on parle plus longuement du sujet »… Remarquez bien : ce n’est pas lui qui m’invite. Il m’invite plutôt à l’inviter!!! Il était vraiment habile. Bien sûr, je l’ai appelé et bien sûr, nous sommes allées dîner (au Lemonde 400, une grilladerie bien connue à Granby à l’époque), et bien sûr (vous l’aviez sans doute deviné) nous sommes devenus amis, de très bons amis… une amitié qui dure encore presque 33 ans plus tard. Gérald Scott n’a pas été élu député conservateur de Shefford – les conservateurs n’ont pas formé le gouvernement cette année-là – mais « mon ami » Gérald Scott, ainsi qu’un autre homme d’affaires avec qui j’avais établi une relation privilégiée, Roger « Lefty » Auger m’ont tous deux ouvert de très nombreuses portes à Granby… En m’introduisant dans leur cercle d’amis, ils m’ont permis de rencontrer des personnes exceptionnelles… comme Denis Robidoux, Gaétan Marquis, Alain Guay, André Hamel, Raymond Héroux… et combien d’autres… et l’un des plus importants, un ami à tous, le Dr Richard Gosselin. Plusieurs de ces personnes mériteraient que je leur consacre chacune un texte complet, sinon davantage – je le ferai peut-être un jour (si je vis assez longtemps pour écrire l’histoire de ma vie en quelques volumes). Sans toutes ces personnes, qui sont demeurées des amis tout au long des années, et qui le sont encore, jamais je n’aurais autant apprécié cette ville qu’on surnomme affectueusement « la Princesse des Cantons de l’Est ». J’ai constaté par moi-même au cours de mon séjour de cinq années à Granby que ce sont les gens qui y vivent qui en font sa richesse et sa beauté.

Granby… c’est une ville exceptionnelle… Pas trop petite pour être ennuyante… et en même temps pas trop grande pour n’avoir pas de dimension humaine… Juste assez loin de Montréal pour avoir son identité propre… et juste assez près de Montréal pour profiter des avantages d’une grande métropole… ses équipes sportives professionnelles, sa vie culturelle, ses grands événements et quoi encore. Granby, pour moi, c’est le meilleur des mondes… une ville assez petite pour y connaître beaucoup de personnes et y avoir de nombreux amis, pour y sentir une chaleur humaine de tous instants… une ville assez grande pour s’y développer et s’épanouir pleinement. C’est donc cette ville, aux rênes d’un tout petit quotidien (qui n’en est pas moins grand pour la population qu’il sert) et d’une toute petite station radiophonique (qui a depuis fermé ses portes), que je suis devenu un « patron » de presse, ce que j’ai continué à être tout au cours de ma vie professionnelle.

J’ai quitté Granby pour Québec au printemps de 1984 – mais je crois que même aujourd’hui je me sens encore un citoyen de Granby.

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Une autre corde à l’arc de Jean-Marc

Ces 10 000 personnes venaient de 131 pays et parlaient cinq langues, dont le russe et l’arabe. Elles avaient participé à la conférence Habitat de l’Organisation des Nations Unies tenue à Vancouver du 31 mai au 11 juin. Bien sûr, il fallait informer tout ce beau monde et produire des documents imprimés en conséquence. Nous sommes en 1976 et Internet n’existe pas… ni pour le Web ni pour le courriel. Comme le rapporte Le Carillon du 21 juillet 1976, Jean-Marc Lalonde, de Rockland (oui, celui-là!), est de l’Imprimerie nationale du Canada lorsqu’il ne s’occupe pas de hockey mineur de haut niveau (il n’est pas encore maire de sa municipalité et encore moins député provincial de sa circonscription… ça viendra plus tard) et on lui accorde un budget de 20 millions de dollars pour réussir un tel pari. À titre de coordonnateur de l’impression, « il était responsable de la publication de 15 à 20 bottins par jour, en cinq langues, soit l’anglais, le français, l’espagnol, le russe et l’arabe, dans l’ordre d’importance. En tout, l’équipe de 52 employés a réalisé un total de 8,470,000 impressions, en travaillant d’arrache-pied 24 heures par jour. (…) Le plan initial prévoyait environ 500,000 impressions, avec un personnel de trois hommes. » Le budget de huit millions est rapidement passé à 20 millions. Une autre corde à l’arc de Jean-Marc.

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Après un quatrième débat sur la question au cours des dix années précédentes, le Parlement canadien réglait la question une fois pour toutes. Le « projet de loi C-84, abolissant la peine capitale pour la remplacer par des peines d’emprisonnement » était adopté par les Communes. Mais comme le rapporte le journal du 21 juillet 1976, « c’est par un vote de 131 contre 124 que la loi a finalement été adoptée » et le député Denis Éthier était des 131. Une décision serrée. « Dorénavant, les personnes qui seront reconnues coupables de meurtre au premier degré devront purger une peine de 25 années de pénitencier avant d’être admissibles à une libération conditionnelle. La loi C-84 considère qu’un meurtre au premier degré comprend: le meurtre planifié et délibéré ainsi que le meurtre contractuel; le meurtre d’un agent de police ou d’un employé de prison ou de pénitencier, dans l’exercice de leurs fonctions; le meurtre survenant au cours d’un détournement d’avion, d’un enlèvement et de certains délits sexuels, y compris le viol et la tentative de viol. » N’en déplaise à certains conservateurs, espérons que ce débat ne revienne jamais aux Communes.

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Charles Castonguay était un personnage bien connu à Hawkesbury et il a 74 ans lors de son décès le 15 juillet 1976. Il avait douze enfants, tous aussi connus les uns que les autres à Hawkesbury : Jean-Charles, Jacques, Louis, Paul et Hubert, Michelle, Huguette (une religieuse), Louise, Marie-France, Yolande, Réjane et Murielle. J’ai revu Murielle aux récentes funérailles d’un grand ami; elle avait été la femme de feu Bernard Danis, le directeur du journal Le Carillon quand j’ai commencé à y travailler et avec qui j’ai collaboré pendant de nombreuses années. Quant à Jean-Charles, il était le père de Bertrand Castonguay, depuis quelques années président-propriétaire des Éditions André-Paquette, la société qui publie Le Carillon. Une affaire de famille, quoi!

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« Quand quatre athlètes rament à l’unisson »

L’engouement était national, sinon universel, et Le Carillon ne pouvait y échapper. Dans l’édition du 21 juillet 1976, j’écris en éditorial :

« Nadia Comaneci, 15 ans, de Roumanie. Il suffit d’admirer cette jeune fille à la télévision, pendant les présents Jeux Olympiques de Montréal, pour comprendre ce que le baron Pierre de Coubertin avait dans la tête quand il a ressuscité les jeux olympiques modernes. (…) Quand un athlète se balance sur une barre horizontale, sur les barres parallèles ou sur les anneaux, il nous faut admirer. Quand un individu se déplace dans l’eau avec grâce et rapidité, c’est une autre raison de s’émerveiller. Quand quatre athlètes rament à l’unisson, l’importance de la coordination est constatée.

Nadia Comaneci, Ludmila Tourischeva, Olga Korbut, Kornella Ender, Mike Bruner, John Naber, SHirley Babashoff, Rolland Matthes : leur nationalité n’a aucune importance. Quand on admire ces athlètes à l’écran, dans leur discipline respective, il faut reconnaître les années d’entraînement et de conditionnement consacrées par chacun à son épanouissement personnel, à son habilité et à accroître ses capacités. »

S’il y a quelque chose qui n’a pas changé depuis cette époque, c’est bien cela. À garder en tête lors des Jeux de Londres de l’été prochain.

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Tout le monde connaissait l’usine de la CIL à Brownsburg; des gens de Hawkesbury y travaillaient depuis toujours. Dans l’édition du 21 juillet 1976, on peut y lire que « l’usine de Brownsburg de la Canadian Industries Ltd, qui se spécialise dans la fabrication de munitions de sport, vient d’être acquise par Valcartier Industries ». Par contre, CIL poursuivrait la fabrication de détonateurs et de produits connexes à Brownsburg, dans la division des produits explosifs commerciaux destinés à l’industrie minière. « Valcartier Industries, située près de la ville de Québec, est le principal fournisseur de munitions des Forces armées canadiennes. Elle fabrique également des munitions militaires et sportives destinées au marché d’exportation. (…) L’entente avec la CIL prévoit l’embauche des 365 employés de la division des munitions de la CIL à Brownsburg. »

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Les Hawks de Hawkesbury, une équipe de calibre junior « B », a un nouveau président, Marcel Bélanger, et il a de plus grandes ambitions. Il veut que ses Hawks évoluent dans la Ligue centrale junior « A » de l’Ontario. Le « hic », le Centre Mémorial avait été condamné et il fallait un nouvel aréna. Une histoire à suivre. Les Hawks sont encore aujourd’hui dans la Ligue centrale et Marcel Bélanger est passé du vendeur d’automobiles à l’époque à propriétaire d’un important concessionnaire qui porte encore son nom à Orléans (Ottawa). J’ai arrêté de compter depuis longtemps le nombre de véhicules que je croise portant sa marque de commerce. En passant, cet article sur les Hawks était le premier portant la signature (« byline ») de mon nouveau rédacteur sportif, Yvon Legault.

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Les villes où j’ai vécu : Sherbrooke (encore!)

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le huitième article de cette série… qui concerne Sherbrooke où il avait déjà vécu de 1959 à 1972 et où il s’est retrouvé pour y vivre à nouveau en 1976. Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu », sous la subdivision « Mes catégories ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Quand j’ai quitté Sherbrooke en 1972 pour travailler à Montréal, d’abord au magazine Actualité, puis au Comité organisateur des Jeux olympiques de Montréal (COJO 1976), je dois avouer que je n’avais pas vraiment quitté Sherbrooke. En effet, Céline y enseignait toujours au cégep et les enfants, Alain H. et Anne, y fréquentaient l’école. Et de mon côté, j’y revenais toutes les fins de semaine. J’étais un résident de Montréal cinq jours par semaine et un résident de Sherbrooke les fins de semaine.

Une couple de mois avant les Jeux olympiques de 1976, le gouvernement du Québec avait annoncé son intention de créer un Institut des sports, lequel devait s’établir physiquement au Centre Claude-Robillard, à Montréal, un complexe sportif construit spécialement à l’occasion des Jeux, et avoir pour mission de développer et promouvoir le sport d’élite. J’y avais soumis ma candidature comme directeur des communications, et, devinez quoi, j’ai obtenu le poste. Je devais entrer en fonction à l’automne 1976. Mais entretemps, mon ancien patron de La Tribune, Yvon Dubé, ainsi que mon ancien patron chez Power Corporation, John Rae, m’ont proposé de retourner à Sherbrooke à titre d’éditeur adjoint et de rédacteur en chef. Après y avoir réfléchi intensément pendant une couple de semaines, j’ai finalement décidé de rentrer à Sherbrooke, parce que le poste qu’on me proposait représentait un pas en avant dans ma carrière, et aussi (et beaucoup) parce que je me rapprochais de Céline et des enfants.

C’est quand même avec un certain pincement au cœur que j’ai fait connaître ma décision aux responsables de l’Institut des sports. J’étais passionné (et je le suis toujours) par les athlètes et les sports, particulièrement les athlètes et les sports olympiques. J’ai donc effectué ma rentrée à La Tribunepar la grande porte à la fin de septembre 1976, au moment précis où le journal quittait ses vieux locaux de la rue Dufferin (au centre-ville) pour se retrouver dans un édifice « flambant neuf » situé rue Roy, dans le quartier ouest, à proximité de l’Université.

J’ai compris quelques mois plus tard que j’avais pris la bonne décision. En effet, pour ceux et celles qui s’intéressent à la politique, vous vous rappellerez sans doute qu’il y avait eu des élections mémorables au Québec le 15 novembre 1976 et que le Parti Québécois de René Lévesque avait remporté une victoire historique sur le Parti libéral de Robert Bourassa. Et l’un des premiers gestes posés par le gouvernement péquiste aura consisté à abolir le « futur » Institut des sports pour donner la priorité non pas au sport d’élite, mais au sport de masse… ou sport pour tout le monde. Ce qui à mon point de vue constituait une erreur majeure et signifiait qu’on mettait les dames, les fers à cheval et le bridge au même niveau que l’athlétisme, la gymnastique, le cyclisme, etc. À mon avis, ce sont les Nadia Comaneci et les Greg Joy de ce monde qui incitent les jeunes à pratiquer le sport… et non pas le contraire. Si j’avais encore des doutes quant à ma décision de revenir à Sherbrooke, ils se sont tous envolés le jour où l’heure du glas a sonné pour l’Institut des sports.

Mon retour à Sherbrooke m’aura procuré de nombreuses satisfactions. L’un de mes premiers défis à relever aura été d’informatiser le journal. Cela peut paraître bien simple aujourd’hui, alors que l’ordinateur est devenu omniprésent dans nos vies. Mais à cette époque-là (ce n’est pas si loin que cela… 36 ans à peine), La Tribuneétait le premier journal quotidien au Québec (oui, oui, le premier au Québec) à relever le défi de l’automatisation. Aujourd’hui, tout le monde ou presque se promène avec des ordinateurs portables, des blocs-notes électroniques ou des téléphones intelligents, des appareils qu’on peut tenir dans la main et qui dépassent en capacité l’ordinateur principal que nous avions à l’époque. Cet ordinateur occupait une pièce entière d’environ quatre mètres par trois mètres, une pièce qu’il fallait climatiser de façon permanente pour éviter que l’ordinateur ne surchauffe. Et bien sûr, nous n’avions pas encore d’appareils-photo numériques, et nos premiers ordinateurs portables (les TRS 8, puis 16) ne pouvaient afficher à l’écran que huit ou 16 lignes. Et leur mémoire était limitée à une trentaine de lignes de texte. Pour transmettre un texte à distance, il fallait avoir un téléphone avec fil, enlever le couvercle du récepteur et relier manuellement les fils du téléphone à notre ordinateur. On en était à la préhistoire de l’informatique, mais le défi à relever était quand même passionnant.

Une autre grande satisfaction que j’ai éprouvée à mon retour à Sherbrooke est venue de l’équipe de « jeunes » cadres qui travaillaient sous ma direction. Je voudrais en mentionner trois en particulier, soit André Préfontaine, Pierre Francoeur et Guy Crevier. André Préfontaine, qui n’avait que 23 ans à mon retour à Sherbrooke, était déjà chef des nouvelles. Quelques mois plus tard, je l’ai promu au poste de directeur de l’information. Pierre Francoeur, qui a été embauché comme journaliste, est vite devenu chef des nouvelles. Et Guy Crevier, que j’avais rencontré par hasard alors qu’il vivait sur une ferme à Cookshire, a d’abord été embauché comme correspondant régional, avant d’obtenir un emploi à plein temps à Sherbrooke, puis d’accéder rapidement au poste de chef de pupitre.  Quelle équipe!!! Quelques années plus tard, André Préfontaine, après avoir occupé des postes de responsabilité à la Presse canadienne, tant à Montréal qu’à Toronto, et avoir agi comme éditeur de journaux à London et à Windsor pour le groupe Southam, est devenu président des Publications Transcontinental. Pierre Francoeur, quant à lui, a été chef des nouvelles et directeur de l’information au Journal de Montréal, avant de devenir le « grand patron » de tous les journaux du Groupe Quebecor. Et Guy Crevier, qui m’a suivi à Granby (cela fera l’objet d’un autre article), est devenu vice-président de l’information et des affaires publiques à TVA, puis président de TVA, avant de devenir (et je saute quelques étapes) président de La Presse,puis de tous les quotidiens appartenant à Power Corporation. Voici donc des cas où tous les élèves ont dépassé le maître!!! Ce qui a toujours été une grande satisfaction pour moi… et un objet de grande fierté aussi.

Mon patron de l’époque, tant à mon premier séjour à La Tribunequ’au second, m’avait un jour donné une grande leçon qui m’a bien servi tout le reste de ma vie. Après être devenu directeur de l’information vers la fin des années 60, je lui soulignais un jour que j’avais beaucoup trop de travail. Et il avait alors pris le temps de m’expliquer la différence entre un employé, ce que j’étais auparavant, et un patron, ce que j’étais devenu. « Maintenant que tu es un patron, tu essaies de faire ‘ta job de patron’ et de faire en même temps celle que tu faisais comme employé. C’est trop. Comme patron, au lieu de ‘faire les choses toi-même’ tu dois les ‘faire faire par d’autres’ et ces choses doivent être aussi bien faites que si tu les avais faites toi-même. » Dans le fond, il m’avait enseigné le grand principe de la délégation de pouvoir… une leçon qui m’a servi durant toute ma carrière… Et je lui en suis encore reconnaissant… et en me souvenant de lui, j’ai transmis cette leçon de vie à de nombreuses personnes qui ont œuvré au sein de mes équipes par la suite.

Après avoir connu pendant quatre années la vie trépidante de Montréal, et celle plus particulièrement du Comité organisateur des Jeux olympiques, je trouvais parfois que la vie était trop calme à La Tribune. Tout en faisant mon travail quotidien, je n’ai pas hésité à relever quelques autres défis au passage, dont celui de directeur des communications et chef de presse des Jeux du Québec, qui ont eu lieu à Sherbrooke à l’été 1977, les premiers après les Jeux Olympiques. Puis celui de conseiller spécial du vice-président de direction et chef de presse adjoint aux Jeux du Commonwealth à Edmonton à l’été 1978.

Puis au printemps 1979, quand mes patrons m’ont offert un nouveau défi, celui de devenir président du quotidien La Voix de l’Est et de la station radiophonique CHEF, j’étais prêt à transporter mes pénates à Granby (ce qui fera l’objet du prochain texte dans la série « les villes où j’ai vécu »).

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Un peu de tout aujourd’hui…

Un autre journaliste nous quitte mais pas pour Le Droit cette fois. Claude Lamarche, qui était au journal depuis près de 18 mois, prend épouse le 17 juillet à Châteauguay et commence au journal L’Écho du Nord de St-Jérôme deux semaines plus tard. Il y restera jusqu’à son décès il y a quelques années. J’en parle dans ma chronique du 14 juillet 1976.

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Larry-Michel Demers a 22 ans et est de Hawkesbury. Le Carillon du 14 juillet 1976 rapporte qu’il « a été accepté à l’École nationale de théâtre à la suite du concours d’entrée qui s’est déroulé en mars et avril dernier dans les principales villes du pays ». Larry allait jouer plusieurs rôles au théâtre et à la télé (dont « Terre humaine ») au fil des années subséquentes et avait été joueur et instructeur dans La Ligue nationale d’improvisation. Il est décédé du sida le 24 décembre 1992. Il n’avait même pas 40 ans.

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Une nouvelle loi voit le jour en Ontario et ses avantages sont encore évidents de nos jours. La Loi sur les droits des aveugles est entrée en vigueur le 1er juillet 1976. Le ministère du Procureur général publie une annonce dans le journal du 14 juillet 1976.

« Aux termes de la nouvelle loi, un aveugle guidé par son chien jouit des mêmes droits et des mêmes avantages et est astreint aux mêmes obligations – dans les endroits publics – que qui ce soit. Il ne doit pas faire l’objet de mesures discriminatoires et l’on ne peut lui refuser le logement, les services ni l’accès aux locaux offerts généralement au public.

Il est important que les propriétaires de chiens d’aveugle connaissent leurs droits et que le public, et en particulier les employeurs et leur personnel, soient mis au courant des dispositions prévues par la loi et des responsabilités qui leur incombent en vertu de ladite loi. »

Voilà pour le progrès social. Quelque chose que l’on tient pour acquis de nos jours, mais qui n’a pas toujours été.

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À l’affiche du cinéma Régent de Hawkesbury en ce mi-juillet 1976, le film aux cinq Oscars du réalisateur Milos Forman et mettant en vedette Jack Nicholson et Louise Fletcher… « One Flew Over the Cuckoo’s Nest ». Un classique du cinéma du XXe siècle.

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Je l’observais depuis un bon bout de temps dans les estrades du Centre Mémorial lors des parties des Hawks de Hawkesbury. Il les couvrait pour le compte de l’hebdomadaire anglophone The Review de Vankleek Hill, un journal alors dirigé par un ancien du Carillon, Jean-Robert Danis, et ça me tapait sur les nerfs. Il était étudiant en journalisme au Collège Algonquin et je prévoyais créer une section sportive importante dans le journal. Un bon soir, je lui ai offert un poste. Yvon « Togo » Legault, qui était de Hawkesbury, accepte et joint les rangs de ma salle de nouvelles. Il sera encore là lorsque je quitterai en 1987 et c’est d’ailleurs lui qui prendra ma relève. Yvon, dont les articles se retrouvent régulièrement dans Le Droit à propos des Hawks justement et d’autres sports régionaux, est aujourd’hui au service des communications de l’Université d’Ottawa.

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Vous aurez remarqué, de par mes récents billets de blogue, que l’année 1976 a été particulièrement fertile en nouvelles dans la région desservie par Le Carillon. Il suffit de voir les deux énormes reliures des exemplaires de cette année pour l’apprécier.

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De longues grèves interminables

Les grèves duraient de plus en plus longtemps à Hawkesbury. Le Carillon du 23 juin 1976 rapporte que la grève des employés de Duplate Canada, qui perdure depuis 14 semaines, est enfin terminée. La grève était menée par les employés du secteur technique et opérationnel et les « 21 employés sont retournés au travail ». Selon un communiqué de l’employeur, « les employés ont reçu une hausse de salaire équitable, si on la compare à celle reçue par les employés des autres secteurs ». La grève n’avait pas stoppé la production. Entre temps, les employés d’Hydro-Hawkesbury poursuivent toujours leur grève depuis six mois et règleront finalement au début de juillet. Mais les relations du travail étaient bonnes ailleurs dans la région. Ainsi, dans l’édition du 7 juillet 1976, nous apprenons que « les quelque 500 employés de Canadian Refractories Ltd, à Marelan et Kilmar, viennent de renouveler leur convention collective de travail leur accordant une augmentation générale de 53 cents l’heure pour une période de deux ans » et ils n’avaient pas eu recours à la grève, seulement à la négociation depuis les quatre derniers mois.

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Elles avaient « qualifié d’intolérable le climat qui règne dans l’institution depuis bientôt deux ans ». Elles se disaient « victimes d’un climat de pressions, d’intimidation et de non-confiance qui règne entre elles et l’administration actuelle ». Par conséquent, « les Sœurs de la Charité, qui œuvrent au Foyer Prescott-Russell depuis 1910 (…) quittent les lieux aujourd’hui-même après 66 ans au service de la communauté ». On peut lire toute cette histoire dans Le Carillon du 30 juin 1976. Sœur Germaine Lafleur, la directrice du nursing à l’institution des comtés unis de Prescott-Russell, ne mâche pas ses mots : « la pétition qui circulait parmi les résidants et les employés pour empêcher les religieuses de quitter le Foyer aurait été étouffée par l’administration ».

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Une autre mesure pour améliorer la sécurité des motocyclistes. « À partir de demain, le 1er juillet, les motocyclistes en Ontario devront conduire leur véhicule avec les phares allumés, jour et nuit. » La nouvelle loi provinciale prévoyait également qu’à compter « du 1er septembre, les brigadiers scolaires auront l’autorité nécessaire pour arrêter la circulation avec une pancarte signalisatrice ». Et finalement, tant qu’à y être, « les automobilistes peuvent doubler un véhicule par la droite sur un épaulement asphalté, quand le véhicule à doubler est en train de négocier un virage à gauche ». Le progrès quoi!

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« Lorsque la flamme aura été relayée par les porteurs grecs d’Olympie à Athènes, un porteur introduira la flamme dans un senseur. Grâce à ce capteur qui relayera les particules ionisées de la flamme, celle-ci se transformera en une séquence d’impulsions codées qui seront transmises par satellite à Ottawa; ces particules de la flamme originelle actionneront un rayon laser lequel, grâce à un miroir parabolique placé au-dessus de la vasque, enflammera le combustible de cette vasque en place sur la Colline parlementaire. Le tout se produira en une fraction de seconde vers 15 heures, le 15 juillet. » Ce texte dans Le Carillon du 7 juillet 1976 se réfère bien sûr à la flamme olympique en vue des Jeux de Montréal et rappelait que la flamme s’arrêterait à Hawkesbury le 16 juillet après un passage dans plusieurs communautés de l’Ontario et du Québec. Au cours des prochaines semaines, les Jeux olympiques de Montréal seraient un des seuls sujets de conversation dans la région.

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Le OK à Saputo… mais il était trop tard

La nouvelle était attendue depuis plusieurs mois et avait été précédée de longues controverses. Le Carillon du 23 juin 1976 – six mois après la signature de l’offre d’achat – rapporte que « la direction de l’industrie laitière du ministère ontarien de l’Agriculture et de l’Alimentation a donné l’autorisation nécessaire à la firme Les Fromages Saputo Cheese Ltd., de Montréal, d’opérer une fabrique de fromages de spécialités dans la ville de Hawkesbury ». Mais il était trop tard…

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Une démarche de plus pour favoriser la construction d’un nouveau complexe sportif. « Quelque 129 contribuables de Hawkesbury se sont objectés officiellement, au moyen d’un document de 67 pages, au projet de la ville de Hawkesbury de dépenser $400,000 pour refaire la toiture du Centre Mémorial. » Les autorités municipales avaient décidé de réaliser une telle dépense afin de réagir à la « condamnation » de l’aréna.

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De telles excursions attiraient toujours les curieux. Comme le signale le journal du 23 juin 1976, « un groupe de 24 canotiers, tous originaires de la ville de Duluth au Minnesota, ont décidé de refaire le voyage qu’un certain Sieur Du Luth accomplissait au 17e siècle ». Les aventuriers étaient partis de Montréal et prévoyaient franchir 1 200 milles (1 931 kilomètres) entre Montréal et Duluth en sept semaines, à raison de 10 heures par jour « à une vitesse moyenne de cinq nœuds ».

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Patrick Normand a connu un succès en 1998 avec Renée Martel avec une chanson intitulée « Mille après mille ». Elle a été reprise souvent à la radio et Normand l’interprète encore lors de diverses présences à la télé. Cette chanson était l’œuvre d’un gars de Hawkesbury, Gerry Joly, et elle avait déjà été popularisée par Willie Lamothe, le chanteur country québécois sans doute le mieux connu. Gerry Joly (Gérald de son vrai prénom) était de passage au journal Le Carillon pour mousser deux prochains microsillons et on en parle dans l’édition du 23 juin 1976. « Il y a de cela 25 ou 26 ans, vous souvenez-vous des danses dans la rue des familles du secteur ‘Trussell’ dans Hawkesbury? Déjà, les noms de Duperron, Lapensée, Laliberté, Myre et Joly vous viennent à l’esprit. » L’article note que Gerry Joly « est maintenant âgé de 41 ans et vit à Gatineau »; il fait carrière depuis bientôt 20 ans. « J’ai appris à gratter ma guitare en dessous du pont Perley. » Ce père de trois filles, qui « l’accompagnent à l’occasion », a quelque « 300 chansons à son répertoire et près de six monologues. (…) Il essaie de transmettre un message réaliste et humain à celui qui l’écoute. » En 1973, il avait d’ailleurs remporté « le certificat d’honneur accordé à la meilleure chanson francophone du Canada » grâce à sa composition « Milles après milles ». Ses derniers 45-tours ont été produits « à environ 10,000 copies. Le dernier s’intitule ‘Ma maman reviendra-t-elle?’ et ‘C’était beau’, Il a aussi enregistré ‘L’Outaouais’ et ‘C.I.P.’ » Dans mon blogue du 13 avril 2011, je parle de l’expérience d’une boîte-à-chansons à Hawkesbury, dont j’assumais la cogérance. Gerry Joly, que Jean-Marc Portelance et moi connaissions bien, avait été notre « vedette invitée » un certain vendredi soir. Gerry, qui souhaitait comme nous que l’expérience soit concluante, l’avait fait gratuitement.

Gerry est décédé le 29 décembre 2008 à l’âge de 74 ans. Le lendemain, dans le journal Le Droit, la journaliste Valérie Lessard écrivait :

« L’auteur, compositeur et interprète de l’immortelle Mille après mille, Gérald ‘Gerry’ Joly, est décédé, hier matin, à l’âge de 74 ans. Atteint de fibrose pulmonaire depuis huit ans, le musicien originaire de Hawkesbury s’est éteint à sa résidence de Gatineau, auprès de sa conjointe des 39 dernières années, Eleanor Joly.

‘Il avait largement dépassé le temps que ses médecins lui donnaient, puisque l’espérance de vie est de deux à quatre ans pour quelqu’un de son âge atteint de cette maladie mal connue, a souligné sa fille Nina Joly, hier. Il a pu célébrer un dernier Noël entouré de ses sept enfants, 19 petits-enfants et trois arrière-petits-enfants. Et maintenant, il ne souffre plus.’ »

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Hawkesbury officiellement bilingue… l’ACFO s’impatientait

C’était trop beau! Les autorités municipales de Hawkesbury avaient déjà décidé de proclamer leur ville « officiellement bilingue ». Mais la décision officielle tardait et l’Association canadienne-française de l’Ontario devenait impatiente. Dans Le Carillon du 16 juin 1976, on peut lire que « les membres du Conseil craignent que l’adoption d’un règlement donnant statut égal aux langues française et anglaise pourrait transformer tout ce qui se fait présentement et que l’anglais pourrait être beaucoup plus fréquemment utilisé à tous les niveaux. Leurs commentaires laissent entendre que ce sont les anglophones de Hawkesbury qui gagneraient d’un bilinguisme officiel et non les francophones, pour qui ces droits en français sont acquis de facto, même s’ils ne le sont pas de par la loi. » Des membres du Conseil avaient rappelé que toutes leurs activités se déroulaient publiquement en français, leurs délibérations en tout cas. Bernard Lajambe, l’animateur de l’ACFO, avait signalé que le gouvernement ontarien « établira une politique de bilinguisme, dès qu’un certain nombre de municipalités se seront déclarées bilingues ». En d’autres mots, l’ACFO souhaitait pouvoir utiliser l’exemple de Hawkesbury comme référence provinciale.

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Ça c’était une proposition avant-garde et le Conseil municipal y avait accordé son autorisation en principe. C’est que les conseillers n’étaient pas sûrs que la loi provinciale le permette. Quoi qu’il en soit, comme on l’apprend dans le journal du 16 juin 1976, « les contribuables de Hawkesbury ne seront pas obligés de se déplacer jusqu’à l’hôtel de ville pour payer leurs taxes municipales, si la ville donne suite à une offre présentée par la Caisse populaire de Hawkesbury ». C’était un peu le précurseur des paiements de taxes préautorisés qui ont été adoptés par toutes les municipalités au fil du temps. « La Caisse populaire, en établissant son nouveau service, se pliera à toutes les exigences imposées par le percepteur municipal et qu’un chèque quotidien sera remis à la ville, avec les factures payées. » Le règlement municipal allait prévoir « la même chose pour les banques, parce que le Conseil s’attend à recevoir conséquemment des demandes identiques des cinq succursales bancaires en opération à Hawkesbury ». Hawkesbury n’était sûrement par la première, la Caisse a dû s’inspirer de ce qui commençait à devenir populaire ailleurs au pays.

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Un petit entrefilet banal dans le journal du 16 juin 1976. « Le cercle de Hawkesbury de l’Association des fermières de l’Ontario est revenu enchanté de sa visite des installations des Fromageries Saputo, à St-Michel, jeudi dernier. » Elles s’intéressaient évidemment à cette entreprise soucieuse de s’installer à Hawkesbury. Elles avaient été reçues comme des reines.

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Décidemment, les scouts faisaient parler d’eux dans la région. Après une plantation d’arbres par des scouts-éclaireurs de Hawkesbury, voilà que c’est au tour de 24 scouts et louveteaux de L’Orignal se mobilisent pour nettoyer les alentours de l’usine d’Ivaco dans le canton voisin de Longueuil. « Sous la direction du chef éclaireur, Charles Burroughs, assisté du trésorier du 46e groupe, Gaétan Millette, les jeunes comprenant six louveteaux de la 46e meute, ont ramassé des clous, morceaux d’acier, papiers et pièces de bois qui jonchaient le terrain aux alentours de l’usine. » Tous ces efforts leur ont valu un don de 250 $ d’Ivaco Rolling Mills. Espérons qu’ils n’avaient pas arraché les pousses d’arbres plantées par des scouts de Hawkesbury peu de temps auparavant.

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Les villes où j’ai vécu : Montréal (suite)

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le septième article de cette série… qui concerne Montréal où il avait déjà vécu le temps d’un emploi d’été en 1958… et où il s’est retrouvé pour y vivre en 1972. Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » du blogue, sous les « Grands thèmes ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Après 13 années à Sherbrooke pour y étudier à la Faculté de droit de l’université locale et pour compléter mon apprentissage à La Tribune, où j’ai gravi tous les échelons de la salle de rédaction, j’avais l’impression d’avoir fait le tour du jardin et me sentais prêt pour évoluer sous d’autres cieux. Comme je l’ai raconté dans un texte précédent, après avoir refusé plusieurs offres d’emploi pour évoluer au bureau régional de La Presse, ou au comité organisateur des célébrations du Centenaire de la Confédération canadienne ou même à titre de recherchiste au Parti libéral du Canada (une offre de mon ex-confrère de classe à l’université qui allait plus tard devenir un ami très cher, André Ouellet), j’accepte enfin le poste de rédacteur en chef du magazine L’Actualité à l’automne 1972. Cette aventure n’aura pas été particulièrement heureuse pour moi, parce qu’ayant pris les habitudes et le rythme d’un journal quotidien j’avais beaucoup de difficulté à m’adapter au contexte d’une publication mensuelle où il fallait planifier les textes des mois d’avance pour une publication qui avait une durée de vie de plusieurs semaines, voire de mois. Aucune comparaison avec un quotidien qui vit au jour le jour et qui permet de revenir sur une information dès le lendemain de sa publication, de la compléter, même de la corriger et de la réorienter le plus facilement du monde, ce qui est totalement impossible dans un mensuel.

J’ai toujours admiré Jean Paré, alors rédacteur en chef du magazine Maclean français pour sa capacité quasi incroyable à planifier des éditoriaux des semaines à l’avance et qui seraient encore fort à propos plusieurs semaines plus tard : un exploit qui n’était guère à ma portée. Après 18 mois au magazine, le seul véritable exploit, dont je suis encore fier aujourd’hui, 40 ans plus tard, est l’entrevue exclusive que j’avais obtenue de Paul Desmarais, le grand patron de Power Corporation. Cette entrevue, la seule qu’il n’ait jamais accordée jusqu’à ce moment à un média de langue française, a souvent servi de référence à plusieurs autres médias, particulièrement au sujet de sa position sur le phénomène de la concentration de la presse. Power, via ses filiales Gesca et Journaux Trans-Canada, était alors propriétaire de La Presse (Montréal), de La Tribune (Sherbrooke), du Nouvelliste (Trois-Rivières) et de La Voix de l’Est (Granby). Le Soleil (Québec), le Quotidien (Chicoutimi) et Le Droit (Ottawa) devaient joindre ce groupe plus tard.

Donc, après 18 mois au magazine, je reçois un appel de Rénald Savoie, alors directeur général adjoint des communications au Comité organisateur des Jeux olympiques de Montréal 1976 (COJO) qui m’explique qu’on est à restructurer toute la division des communications et qu’il désire me confier la direction de l’information. Ma décision a été prise en moins de temps qu’il ne faut pour la confirmer… J’en avais assez du magazine et de ses bureaux poussiéreux à l’angle des rues Hochelaga et Pie IX dans l’est de Montréal, à deux pas de ce qui allait devenir le parc Olympique.

Lors de ma première rencontre avec Rénald Savoie, je lui ai demandé pourquoi il m’avait choisi pour ce poste au COJO. Selon lui, la guerre était féroce entre les médias de Montréal et il craignait que si son directeur de l’information provenait de la Métropole, il risquait de favoriser un média au détriment des autres. Il m’avait dit que « son candidat idéal » avait fait son apprentissage des médias en région (comme Sherbrooke par exemple) et qu’il se trouvait probablement à la tête d’une publication mensuelle qui n’avait rien à voir avec les quotidiens ou les stations de radio et de télévision de Montréal… donc moi! Et voilà comment du jour au lendemain, je suis passé d’un magazine où je n’étais plus heureux à un endroit où j’allais connaître la plus belle expérience de ma vie. Nous étions en mars 1974, deux ans et demi avant l’ouverture officielle des Jeux qui allaient se dérouler du 17 juillet au 1er août 1976. À ceux qui me demandaient pourquoi j’avais accepté un poste temporaire et ce que j’allais devenir après les Jeux, je répondais immanquablement que c’était une question qui ne m’était jamais venue à l’esprit. Alors dans la mi-trentaine, je me trouvais bien jeune et deux années et demie en avant de moi me paraissaient une éternité.

L’expérience des Jeux aura été fantastique… de mon premier jour jusqu’à mon départ à la fin de l’été 1976. Imaginez le défi que nous avions à relever. À mon arrivée en mars 1974, le COJO comptait moins de 200 employés. En décembre 1974, nous étions passés à 450. En décembre 1975, à 900. En avril 1976, nous étions 1200 et en mai de la même année, 2000. En juillet, pour la tenue des Jeux, nous étions 22 000, et ce sans compter les milliers de militaires, d’agents de la Gendarmerie royale du Canada, de la Sureté du Québec, de la police provinciale de l’Ontario et de la police de Montréal chargés d’assurer la sécurité sur tous les sites de compétition et d’entraînement. Pendant bien des années, et encore parfois aujourd’hui, je rencontre des gens qui me disent avoir œuvré aux Jeux olympiques de Montréal eux aussi. Quand je ne les connais pas, je devine tout de suite qu’ils se sont joints à nous pour quelques semaines seulement ou peut-être quelques mois. En effet, jusqu’au moment où nous avons été 1200 employés ou moins, je les connaissais tous par leurs noms et leurs fonctions, à quelques exceptions près.

Tout au long de ce séjour au COJO, j’ai vécu des expériences fort enrichissantes. Par exemple, j’ai eu l’occasion de voyager, tant au Canada qu’à l’étranger. J’ai eu le privilège de séjourner trois semaines complètes en Iran – c’était encore l’époque où le Shah (famille Pahlavi) régnait sur le pays – pour assister aux 7es Jeux asiatiques (où la Chine participait à une compétition internationale pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale). Ce voyage avait été précédé d’un arrêt à Rome où se tenaient les Championnats du monde d’athlétisme. Plus tard, je me suis rendu à Vienne pour assister à une réunion du Comité international olympique, où le COJO devait soumettre un rapport d’étape relativement aux préparatifs des Jeux de Montréal. Par la suite, je me suis rendu en Europe de l’Est, dont la République démocratique allemande (Allemagne de l’Est) et la Yougoslavie pour y organiser des conférences de presse et informer les journalistes de ces pays sur « nos » Jeux. Arrêt à Paris au retour. Tout au long de mon aventure olympique, j’ai établi des contacts privilégiés avec toutes sortes d’organisation, dont le Comité organisateur des Jeux olympiques d’hiver de Lake Placid (1980) et celui des Jeux du Commonwealth à Edmonton (1978). J’ai eu le plaisir plus tard, directement à cause des contacts établis au COJO, de travailler comme chef de presse adjoint à Edmonton et comme consultant à Lake Placid. Tous ces voyages et toutes ces rencontres ont été marqués d’anecdotes qui pourraient faire partie d’autres textes à venir plus tard.

Au COJO, les journées de travail étaient longues, mais enthousiasmantes. Le défi à relever était de taille, préparer « les meilleurs Jeux olympiques de l’Histoire » et ils l’ont été! Bien sûr, les médias ont accordé beaucoup plus d’importance aux coûts et aux embûches concernant les constructions et les aménagements des lieux olympiques. Mais il faut bien retenir que le mandat du Comité organisateur était bel et bien d’organiser les Jeux. Le mandat de construire les installations (spécialement les nouvelles – comme le Stade, la piscine, le vélodrome, les centres Claude-Robillard et Etienne-Desmarteau, le village) était celui de la ville de Montréal (et non pas du COJO). Devant les difficultés rencontrées par Montréal dans la réalisation de son mandat, c’est le gouvernement du Québec qui est intervenu pour compléter le Parc olympique. Les Jeux de Montréal ont été un succès extraordinaire : des exploits sans précédent y ont été réalisés: pensons entre autres à Nadia Comaneci (gymnastique), Vasilii Alexiev (haltérophilie), Lasse Viren, 5000 et 10000 mètres, Cornelia Ender (natation), les frères Spinks et Sugar Ray Leonard (boxe), Bruce Jenner (décathlon), Greg Joy (saut en hauteur), Anton Tkac et Daniel Morelon (cyclisme), Alberto Juantorena (400 et 800 mètres), et combien d’autres. Plusieurs nouveaux records du monde ont été réalisés quotidiennement. Pendant toute la durée de mon séjour au COJO, je m’y suis fait des amis pour la vie… Nous avons même formé un groupe d’anciens du COJO qui porte le nom de Cojerie. Nous nous voyons régulièrement plusieurs fois par année depuis plus de 35 ans. Certains nous ont quittés pour un monde meilleur… mais ils continuent à être « présents » lors de toutes nos réunions. Je ne connais pas beaucoup de regroupements « informels » qui ont résisté aussi longtemps à l’usure du temps.

Assurément, le COJO aura été, peut-être à cause de la brièveté du mandat, mais aussi à cause de son intensité et de sa dimension planétaire, l’aventure professionnelle la plus exaltante de ma vie. Même après tout ce temps, les larmes me viennent encore aux yeux quand j’écoute la musique de la cérémonie d’ouverture, ce que je fais habituellement le 17 juillet de chaque année. Une expérience que je n’oublierai jamais et que relativement peu de gens ont eu le bonheur de vivre. (Je reviendrai plus tard sur le COJO et les Jeux de Montréal.)