Avatar de Inconnu

Les villes où j’ai vécu : Québec (deuxième suite)

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le quatorzième article de cette série… qui concerne Québec où il est arrivé en avril 1984 et où il est demeuré trois années… Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous la subdivision « Mes catégories ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Je ne peux raconter mon séjour à Québec sans vous signaler quelques anecdotes survenues à cette époque.

Commençons par ma rencontre avec l’un des personnages les plus célèbres de Québec (et du Québec), Marcel Aubut… Avant de quitter Granby, j’avais fait de nombreuses démarches afin de pouvoir transmettre sur les ondes de CHEF-radio les matches de hockey du Canadien. CHEF diffusait depuis déjà très longtemps le baseball des Expos (d’autant plus que l’une des « voix » de « nos amours » était Jacques Doucet, un authentique citoyen de Granby). Il me semblait logique d’y ajouter le hockey. Mais il y avait un problème… le fait que le Canadien avait accordé l’exclusivité de ses matches à la radio à une station de Montréal et personne d’autre ne pouvait en faire la diffusion dans un rayon de 50 milles.

La distance entre Granby et Montréal était justement de 50 milles…plus ou moins… selon qu’on mesurait en ligne droite entre les limites des deux villes ou à partir des tours de diffusion des stations concernées. Je croyais pouvoir gagner mon point jusqu’au jour où j’ai reçu un appel de Ronald Corey, alors président du Canadien, qui me demandait de ne pas insister, car cela pourrait lui causer des ennuis avec le diffuseur de Montréal. Il m’avait dit : « J’apprécierais que tu retires ta demande; et si tu le fais, je t’en serai reconnaissant. »

Finalement, CHEF a retiré sa demande… et moi je suis parti pour Québec quelques mois plus tard. À l’automne 1984, à la veille de mon premier hiver dans la Vieille Capitale, le Canadien s’amène à Québec pour y disputer un match à ses « grands rivaux », les Nordiques. Je reçois un appel de Ronald Corey qui m’invite à l’accompagner au Colisée. Bien sûr, j’accepte son invitation… et j’assiste au match en sa compagnie, juste derrière le banc du Canadien.

Tôt le lendemain matin (je crois qu’il n’était pas encore 8 heures), mon téléphone sonne au Soleil… c’est Marcel Aubut en personne qui m’apostrophe : « Qu’est-ce que tu faisais hier soir en compagnie du président du Canadien. Tu es maintenant un ‘ gars ‘ de Québec. Tu n’as pas à te faire voir avec le président du Canadien. Pourquoi tu n’étais pas avec moi? » Ma réponse a été toute simple : « Marcel, je n’étais pas avec toi parce que tu ne m’as jamais invité. Lui l’a fait. » Le bouillant président des Nordiques a compris le message. À la visite suivante du Canadien à Québec, j’étais avec lui derrière le banc des Nordiques… Le photographe du Soleil a même capté une photo (que j’ai encore) où je suis assis directement derrière Michel Goulet et Dale Hunter en plus de Michel Bergeron, qui est en train d’engueuler un arbitre. Et pour dire que Marcel a toujours su faire les choses en grand, il m’a même invité dans le vestiaire après le match, là où j’ai eu l’occasion de serrer la main de tous les joueurs. À partir de ce jour, j’ai entretenu une relation non seulement professionnelle, mais aussi d’amitié avec Marcel.

D’ailleurs, cela me rappelle un autre incident survenu deux années plus tard et impliquant encore une fois Marcel Aubut. Je dois dire que les journalistes du Soleil (du moins, la plupart d’entre eux) n’aimaient pas celui qu’on surnommait « le kid de la Grande Allée ». Ils ne rataient jamais une occasion d’en faire la preuve. Marcel avait décidé de modifier la formule du match annuel des étoiles de la Ligue nationale pour en faire un affrontement de deux matches entre les étoiles de la LNH et l’équipe de l’Union soviétique. Chose certaine, on ne pourra jamais reprocher à Marcel de ne pas avoir exploré des avenues dans lesquelles personne avant lui n’avait osé s’aventurer. Le « Rendez-vous 87 » en est un exemple parfait… surtout qu’il a été un succès sur toute la ligne. (Cet événement a eu lieu en février 1987, il y a tout juste 25 ans.)

Lorsque Marcel a annoncé la nomination de cinq importantes personnalités à titre d’ambassadeurs de son « Rendez-vous », il y avait deux super vedettes, soit Guy Lafleur et Vladislav Tretiak, un homme d’affaires, Lee Iacocca, alors président de Chrysler, le principal commanditaire de l’événement, le maire de Montréal, Jean Drapeau, et Brian Mulroney, alors premier ministre du Canada. Le titre du texte paru le lendemain dans Le Soleil a failli me jeter par terre. Il s’intitulait : « Aucune femme parmi les ambassadeurs du Rendez-vous 87 ». Quand je l’ai vu (le titre), je n’en croyais pas mes yeux… À l’époque (tout comme aujourd’hui), je ne peux pas voir quelle femme aurait pu être associée au hockey professionnel au point d’en être l’ambassadrice. Bien sûr, il était encore bien tôt ce matin-là quand mon téléphone a sonné et que Marcel a exprimé sa déception devant le titre de notre première page. Je n’ai eu d’autre choix que de lui donner raison… C’est sans doute un peu parce que « mes journalistes le détestaient » que « je l’aimais bien ». Probablement ma façon de compenser un peu.

J’ai mentionné dans un texte précédent que les gens de Québec n’avaient pas beaucoup de relations avec ceux qui venaient de l’extérieur, particulièrement ceux qui venaient de Montréal. Dans chaque ville où j’ai vécu, que ce soit Sherbrooke, Granby, St-Hyacinthe ou même Montréal, je me suis toujours senti « chez moi »… sauf à Québec où je me suis toujours senti comme un « étranger ».

Lors de mes années au Comité organisateur des Jeux olympiques de Montréal, j’avais rencontré l’un des plus grands relationnistes du Québec, un homme très important parmi les gens d’affaires de la Vieille Capitale, Pierre Tremblay. Mon patron à l’époque des Jeux, Jean Loiselle, lui-même un expert en relations publiques et en communications, avait retenu les services des meilleurs relationnistes au Québec pour la durée des Jeux, question d’appuyer nos chefs de presse dans les différents lieux de compétition pour faire face aux imprévus ou même aux crises appréhendées. Puisque j’agissais alors comme chef de presse adjoint, je me suis automatiquement retrouvé à tous les endroits « chauds » des Jeux, là où il y avait des problèmes ou des difficultés avec les médias, mais également (et surtout) des compétitions exceptionnelles. Jean Loiselle m’avait donc jumelé avec Pierre Tremblay à cause de son expérience et de sa versatilité. Pierre a passé les Jeux en ma compagnie. Je l’ai entraîné au bassin de natation où chaque compétition a donné lieu à un nouveau record du monde; au Forum où Nadia Comaneci a réécrit le livre de la gymnastique; au Forum encore (plus tard) où nous avons vu boxer les frères Spinks ainsi que l’un des plus grands de l’histoire, Sugar Ray Leonard; au Stade olympique où les Bruce Jenner, Lasse Virén et combien d’autres ont été les rois de l’athlétisme; au Vélodrome où Daniel Morelon et Anton Tkac se sont disputé un sprint d’anthologie; au stade Étienne-Desmarteaux où le grand (et gros) Vasili Alexeiev a fracassé les records du monde d’haltérophilie et combien d’autres endroits encore. Pierre et moi étions devenus « amis à la vie à la mort ».

Quand je suis arrivé à Québec (huit années plus tard), il est venu me saluer au cocktail de bienvenue organisé à mon intention par les dirigeants du Soleil. Par la suite je l’ai croisé à plusieurs reprises lors de mes activités professionnelles. Il a toujours été poli, voire gentil à mon endroit, mais jamais il ne m’a invité au restaurant, ou encore moins chez lui. Je n’étais malheureusement pas un « Québécois pure laine ». Durant mes trois années à Québec, je n’ai eu qu’une seule invitation à prendre le repas dans une maison privée, et cette invitation venait d’un collègue de travail qui était originaire non pas de Québec, mais de Chicoutimi.

J’ai parlé souvent de cette « phobie » des Québécois à l’endroit des non-Québécois. La plupart ont d’abord nié que mon constat reflétait vraiment la réalité… mais quand ils réfléchissaient davantage sur le sujet, surtout lorsque je demandais à des « Québécois pure laine » s’ils avaient déjà invité des « étrangers » à leur domicile, ils étaient tous, sans exception, incapables de se rappeler l’avoir fait même une seule fois. C’est la seule ville que je connaisse au Québec où les gens ont un tel comportement. (J’ai bien d’autres anecdotes à raconter au sujet de Québec et des Québécois; il y aura donc une autre suite à ce texte.)

Avatar de Inconnu

Les élections sont passées… profitons-en!

Les élections municipales viennent d’avoir lieu et les nouveaux élus ne seront pas en place avant le début de janvier, ce qui n’empêche pas les membres sortants du Conseil des comtés unis de Prescott-Russell d’approuver une majoration de leur rémunération. Dans une proportion de 15 contre trois, le Conseil adopte une nouvelle rémunération de 4 000 $ pour les membres et 10 000 $ pour le président. Évidemment, la recommandation devra être revue par la Commission de lutte contre l’inflation. Jusque-là, les membres touchaient 99 $ par séance du Conseil (il y en avait 14 par année) et 66 $ par réunion de comité (et ça il y en avait beaucoup). À tout événement, cela équivalait à une hausse de 185 p. cent, pas mal loin du maximum de 8 p. cent que souhaitait la Commission de lutte contre l’inflation. Une autre recommandation qui minait la crédibilité des politiciens. Il en est question dans Le Carillon du 22 décembre 1976.

* * *

La nomination d’un administrateur en chef à Hawkesbury porte déjà ses fruits. Comme on peut le lire dans le journal du 5 janvier 1977, Raymond Lacroix a commencé à restructurer l’organisation en tenant compte des recommandations de la firme Price Waterhouse et Associés. « Ainsi, le secrétaire-trésorier Jean-Baptiste Cuillerier devient greffier et remplira les fonctions prévues par la Loi municipale, tandis que Jean-Jacques Poulin occupera les fonctions de trésorier. »

* * *

Les Hawks, l’équipe de Hawkesbury dans la Ligue centrale junior « A », ne figuraient pas aussi bien que les partisans ne l’auraient souhaité. L’instructeur Jean Payette démissionne et se vide le cœur auprès du rédacteur sportif Yvon Legault : « Certains actionnaires des Hawks de Hawkesbury et certains membres de l’exécutif sont tout simplement incompétents en matière de hockey. » Le jugement ne peut être plus direct. Plusieurs croyaient que les Hawks, à leur première année dans cette ligue de calibre supérieur, avaient une chance de remporter le championnat. Payette croyait plutôt qu’il fallait bâtir une équipe solide. Les attentes étaient beaucoup trop grandes et fallait que ça casse! Payette avait démissionné avant d’être congédié. Payette était le cinquième instructeur a quitté l’équipe en l’espace de deux ans et demi. Legault signe un long texte à cet effet dans le journal du 5 janvier 1977.

* * *

« Je suis loin de toi Mignonne… une comédie sentimentale de Claude Fournier avec Juliette Huot, Denis Drouin et Gilles Renaud » est à l’affiche du Théâtre Laurentien de Grenville. Ce film met en vedette Dominique Michel et Denise Filiatrault « enfin, pour la première fois, réunies au grand écran ». Je ne me souviens pas du tout d’avoir vu ce film, ni à cette époque, ni plus tard. Une grande publicité à cet effet dans le journal du 5 janvier 1977.

Avatar de Inconnu

Dehors, M. le maire!

Quelque 3068 votes contre 1495 pour l’adversaire. Ce sont les résultats de l’élection à la mairie de Hawkesbury le 6 décembre 1976 et il en est amplement question dans l’édition du 8 décembre du journal Le Carillon. Laurent Cayen, qui avait été préfet le mandat précédent, est le favori des électeurs, tandis que Philibert Proulx, le maire controversé sortant, se fait remercier par la population. Ce sera finalement la fin de sa carrière politique à Hawkesbury. Le préfet Lucien Berniquez et le sous-préfet Gilles Thériault avaient été élus sans opposition lors de la mise en candidature. Quant aux six postes de conseillers, quatre seraient occupés par des nouveaux : Armand Brunet, Claude Demers, Armand Larocque et Johanne Lapointe, alors que Claude Drouin et Edward Mullin avaient été réélus. Aux deux postes de conseillers au Conseil des écoles catholiques de Prescott-Russell, les deux candidats sortants Yvan Séguin et Doris Malette étaient réélus. J’avais tenté une deuxième fois ma chance pour un de ces deux postes, en n’ayant toutefois aucun espoir de déloger ces deux « vedettes » de la CIP. Je m’en suis sorti quand même avec 1357 votes, deux fois plus que lors de l’élection scolaire de 1972, mais deux fois moins que les deux élus. Je n’avais pas fait campagne; encore une fois, je voulais simplement que les gens choisissent leurs représentants scolaires lors d’une élection. Ma carrière politique n’était pourtant pas terminée; j’y reviendrai.

« Quant au maire défait Philibert Proulx, comme je l’écrivais dans mon éditorial du 8 décembre, la population lui a transmis un message clair: c’est elle ‘le patron’ et c’est pour elle que le Conseil administre la ville. On ne rit pas de la population, on ne la traite par en ‘petit enfant’, on ne tente pas de lui faire gober continuellement toutes sortes d’histoires plus ou moins réelles. Nous croyons que ce ne sont pas des vacances que la population a accordé au maire sortant, mais un billet à sens unique pour un voyage sans retour. »

* * *

Dans cette même édition du 8 décembre, une nouvelle qui confirme ce que tous avaient anticipé depuis longtemps. « La Commission ontarienne du lait a refusé à la compagnie Saputo Cheese Ltd, de Montréal, l’autorisation de construire une fromagerie à Hawkesbury. » Ault Foods, de Winchester, et le député de la circonscription où est située Winchester, Osie Villeneuve, exerçaient tout simplement trop d’influence à Toronto, même si le ministre ontarien de l’Agriculture avait approuvé la demande… avant l’appel d’Ault Foods. Le mutisme d’Albert Bélanger, le député conservateur de Prescott-Russell, avait encore une fois été éloquent. Je m’en souviendrais lors de l’élection provinciale suivante.

* * *

Tiens, c’était inhabituel ça. Le maître de poste de L’Orignal, Gaétan Bertrand, n’apprécie pas du tout que l’Unité sanitaire de l’Est ontarien lui ait fait parvenir une affiche unilingue anglaise pour le bureau de poste. « J’ai eu bien envie de ne pas l’afficher du tout, a déclaré M. Bertrand, mais le service au public doit passer avant les considérations linguistiques. » Il avait ajouté : « Je ne suis pas plus francophone ou plus nationaliste que la moyenne, mais j’aime bien que mes droits soient respectés. » C’était dans l’édition du 8 décembre 1976. C’est que des affiches bilingues de l’Unité sanitaire avaient été publiées ailleurs dans la municipalité.

Avatar de Inconnu

Les villes où j’ai vécu : Québec (suite)

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le treizième article de cette série… qui concerne Québec où il est arrivé en avril 1984 et où il est demeuré trois années… Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous la subdivision « Mes catégories ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Mon premier contact avec Québec à la mi-avril 1984 aura été plutôt brutal. En effet, quand j’ai quitté Granby en fin de journée le dimanche, il faisait un soleil resplendissant… la neige avait presque totalement fondu… les bourgeons remplissaient les arbres autour de la maison… c’était le printemps. Quand je suis arrivé à Québec en soirée, il faisait froid, les bancs de neige de chaque côté des rues étaient très élevés… c’était l’hiver quoi! Je n’avais apporté qu’un simple manteau de printemps pour ma première semaine puisque je devais retourner à Granby la fin de semaine suivante. Inutile de dire que j’ai eu froid et qu’à mon retour, le dimanche suivant, j’avais changé mon manteau de printemps pour un manteau d’hiver. C’est à ce moment (et les années suivantes également) que j’ai compris que l’hiver à Québec commençait deux à trois semaines plus tôt qu’à Granby et Montréal, et se terminait deux à trois semaines plus tard. Une fois qu’on le sait, on s’ajuste en conséquence.

Sauf pour la météo, mon arrivée à Québec s’est faite relativement en douceur. Bien sûr, les Québécois « détestent » les Montréalais… et n’aiment guère ceux qui viennent de la rive sud du St-Laurent. Il ne s’agit pas d’un préjugé, mais d’une réalité. Ceux (et celles) qui sont nés à Québec le nieront, mais la rumeur veut que ceux dont les grands-parents ne sont pas inhumés dans le cimetière de Sillery ne soient jamais considérés comme de vrais citoyens de la ville de Québec. On tolère ceux (et celles) qui viennent de la rive nord, et plus particulièrement ceux (et celles) qui sont originaires du Saguenay et du Lac St-Jean. Heureusement, je n’arrivais pas de Montréal, mais de Granby… et j’avais beaucoup travaillé dans les Cantons de l’Est… c’était moins mauvais que d’être un Montréalais!

La salle de rédaction du Soleil m’a réservé un accueil plutôt froid, mais correct. Après tout, on se préparait à négocier une nouvelle convention collective et le nouveau rédacteur en chef (à leurs yeux) venait de la « campagne ». Pourrait-il s’adapter à un « grand journal » comme Le Soleil, et à une « grande capitale » comme Québec? Un élément en ma faveur… quelques journalistes avaient déjà travaillé sous ma direction à La Tribune de Sherbrooke… et ils se sont montrés sympathiques à mon endroit. Quant aux dirigeants du Soleil, ils ont été plus que corrects. En effet, quelques jours à peine après mon arrivée, ils avaient organisé une réception de bienvenue au Château Frontenac pour me présenter aux chefs de file de la Capitale. Des représentants de tous les milieux (affaires, universitaires, religieux, politiques, sportifs, communications) étaient sur place pour me souhaiter la bienvenue (et peut-être aussi pour se faire voir du nouveau « patron » au Soleil?).

Quelques semaines après mon arrivée, j’avais rencontré par hasard le « grand patron » de Quebecor, Pierre Péladeau. Lorsqu’on m’a présenté à lui, il m’a simplement dit : « Je constate, monsieur Guilbert, que vous avez changé votre plan de carrière ». J’ai compris que son bras droit, Maurice Custeau, lui avait transmis ma réponse à savoir que « mon plan de carrière ne passait pas par Québec » lorsque j’avais refusé le poste de directeur général du Journal de Québec (voir le texte précédent sur Québec). J’avais apprécié le sens de l’humour de « Monsieur Péladeau », même si je n’ai jamais regretté de ne pas avoir travaillé au sein du groupe Quebecor.

Comme le propriétaire du journal, Jacques Francoeur, me l’avait laissé entendre, il y avait beaucoup de projets dans l’air, et beaucoup de pain sur la planche à mon arrivée au Soleil. Le premier défi consistait à négocier une nouvelle convention collective avec le syndicat considéré comme le plus revendicateur parmi tous les médias du Québec. Aucun des projets du Soleil n’était réalisable sans une entente avec les journalistes, laquelle passait nécessairement par une nouvelle convention collective. Moins d’un mois après mon arrivée, j’ai invité le président du syndicat de l’époque, Georges Angers, à luncher avec moi en tête à tête, question de mieux se connaître. Un lunch qui a duré plus de trois heures, au cours duquel nous avons bu quelques bières, et un lunch qui nous a surtout permis de nous parler franchement et de mettre nos cartes respectives sur la table. Sans aucun doute l’un des lunchs les plus fructueux de ma carrière. Entre autres, Georges et moi avions convenu de toujours nous donner « l’heure juste » sur les enjeux « essentiels » tant pour le syndicat que pour le patronat et de ne jamais nous faire « perdre » la face l’un comme l’autre devant l’exécutif syndical ou devant l’équipe des cadres de la rédaction. En moins de quelques semaines, nous en sommes arrivés à une entente sur une nouvelle convention collective (une entente autant à l’avantage des syndiqués que de la direction), ce qui nous a permis de réaliser la plupart de nos projets. Quelques années plus tôt, en 1978, il avait fallu une grève de 11 mois avant d’en arriver à conclure une convention collective.

L’un des plus importants projets consistait à convertir Le Soleil, un journal d’après-midi depuis toujours (presque 90 ans), en journal du matin, comme l’étaient alors tous les autres quotidiens au Québec. Cela signifiait que la majorité des équipes de typographes et pressiers travailleraient désormais en soirée et durant la nuit (alors qu’ils avaient toujours travaillé tôt le matin et en après-midi). Tout un changement pour plusieurs de ces employés qui comptaient de très nombreuses années de service. Un autre changement consistait à publier une édition du dimanche, ce qui signifiait quelques journalistes supplémentaires ainsi qu’une réorganisation de la semaine de travail où une majorité de journalistes œuvraient du lundi au vendredi et quelques autres du jeudi au dimanche. Même chose pour des typographes et des pressiers qui devaient désormais travailler les fins de semaine. Quant aux cadres, faut-il le dire, ils devaient travailler cinq jours par semaine, quand ce n’était pas six ou sept. Un autre important changement prévoyait que la section des sports serait présentée en format tabloïd plutôt qu’en grand format (broadsheet) comme elle l’avait toujours été. L’idée de base était de constituer un journal distinct consacré aux sports dans un journal grand format consacré à l’information générale (ce que La Presse avait déjà fait quelques années plus tôt).

Comme nous étions à l’aube de l’été « Mer et monde » à Québec, l’été des Grands voiliers, nous avions proposé de créer une section tabloïd pour les événements reliés à cette célébration « grandiose » qui devait durer tout l’été… question de nous pratiquer à réaliser un format tabloïd quotidiennement… et à transformer ce supplément quotidien de l’été 1984 en section sportive à compter de septembre de cette même année. Personne n’avait prévu que cet été « Mer et monde » serait le fiasco qu’il a été. Disons que bien souvent durant cet été « Mer et personne » à Québec, il a quasiment fallu accomplir des miracles pour remplir un cahier de 24 pages format tabloïd tous les jours.

Il y avait enfin un autre très grand défi à relever au Soleil cet être-là, celui d’informatiser la salle de rédaction. Ceux et celles qui lisent régulièrement mes textes dans la série « Les villes où j’ai vécu… » savent déjà que j’ai dirigé l’informatisation de la salle de rédaction de La Tribune à Sherbrooke, la première salle de rédaction d’un quotidien de langue française au Québec à relever ce défi. Par la suite, j’ai eu l’occasion d’informatiser la salle de rédaction de La Voix de l’Est à Granby, un défi un peu particulier parce que l’ordinateur principal de cette opération était situé à Sherbrooke (La Tribune). Il s’agissait de la première informatisation « à distance » d’un quotidien en Amérique du Nord. Quant au Soleil, il constituait une sorte de « dinosaure » en ce sens qu’à mon arrivée il était le seul quotidien au Québec à ne pas être informatisé. Nombreux étaient les journalistes qui étaient effrayés de faire ce saut dans le monde moderne… ce qui fut finalement fait sans trop de heurts et en consacrant des milliers d’heures à rassurer ceux et celles qui craignaient que tous les malheurs du monde ne s’abattent sur leurs têtes.

C’est donc dire qu’à l’automne 1984, environ cinq mois après ma nomination à Québec, de nombreux obstacles avaient été franchis et tout semblait se dérouler relativement bien… jusqu’au jour où le président du syndicat, Georges Angers, celui avec qui nous avions négocié la mise en place de ces nombreux changements, décidait de quitter son poste et de réintégrer la salle de rédaction à titre de simple journaliste. À cause des relations privilégiées que nous avions établies, cela fut tout un choc pour moi. D’autant plus que le syndicat décida à ce moment d’élire un nouvel exécutif qui soit à la fois féminin et féministe. Quand j’avais accepté de diriger la salle de rédaction du Soleil, j’avais prévu qu’après la période initiale de tous les changements je devrais consacrer à peu près 10 p. cent de mon temps à la gestion de la salle de rédaction, 10 p. cent aux relations du travail et 80 p. cent au contenu éditorial et rédactionnel. Mais dans les faits, ce n’est absolument pas ce qui s’est passé… avec le nouvel exécutif syndical en place, j’ai plutôt consacré, en 1985 et 1986, 80 p. cent de mon temps aux relations du travail, 10 p. cent à la gestion de la rédaction et 10 p. cent à peine au contenu éditorial et rédactionnel. Le moins que je puisse dire, c’est que cette situation ne me rendait pas très heureux.

Et quand au début de l’année 1987, Jacques Francoeur a dépêché son bras droit Jean-Guy Faucher à Québec pour m’annoncer qu’il venait de nommer Gilbert Lacasse à la présidence du Droit à Ottawa (au moment où Robert Bélanger venait d’annoncer sa retraite et que je m’attendais à ce qu’on m’offre son poste comme promis au moment d’accepter la direction de la rédaction du Soleil), je me suis senti comme un peu abandonné. (Incidemment, le choix de Gilbert Lacasse, qui était au Droit depuis longtemps, constituait une excellente décision.) Je me souviens que ce même jour j’avais convoqué mon adjoint administratif, Berthold Landry, à mon bureau et que je lui avais annoncé bien confidentiellement « qu’à compter d’aujourd’hui, je me sens comme un agent entièrement libre ». Mon adjoint m’a pressé de questions, mais j’ai refusé de lui en dévoiler davantage. Ce jour-là, je savais que je quitterais bientôt Le Soleil… et quand quelques semaines plus tard ma décision de rejoindre mes amis du Groupe Everest (à Montréal) a été rendue publique, j’ai dit à Berthold Landry : « Tu comprends maintenant ce que je voulais te dire l’autre jour quand je t’ai dit que j’étais désormais agent libre ». Et le même jour, Jean-Guy Faucher m’a appelé de Montréal pour me dire « qu’il n’était pas surpris de ma décision » et « qu’il l’avait prévue dès le moment où il m’avait annoncé que je n’aurais pas le poste de président et éditeur du Droit ».

Dans un prochain texte, je raconterai quelques anecdotes survenues durant mon séjour à Québec.

Avatar de Inconnu

Embrun a finalement une vraie bibliothèque

La loterie Wintario ne faisait pas seulement des heureux parmi les gagnants des gros lots; elle versait des subventions pour encourager les sports et la culture partout dans la province et les petites communautés les appréciaient particulièrement. À Embrun, par exemple, c’est une contribution de Wintario qui avait facilité l’ouverture d’une succursale de la Bibliothèque municipale du canton de Russell. On en parle dans Le Carillon du 24 novembre 1976. « Aménagée dans le sous-sol de la maison de convalescence Lapalme Nursing Home, qui prête gratuitement les locaux, la bibliothèque était au début l’initiative des Filles d’Isabelle d’Embrun et de Mme Claire Desormeaux. Elle a été rattachée par la suite à la Bibliothèque municipale du canton de Russell et compte au début environ 1,500 volumes en langue française. » Après avoir occupé un local dans l’hôtel de ville du canton, la succursale d’Embrun s’est installée, en 2011, dans un local du pavillon La Croisée de l’école St-Jean d’Embrun.

* * *

Dans la même édition, un autre article parle de la conférence que prononcera le commissaire à la restructuration des comtés unis, Goldyn Sunderland, au congrès annuel de la régionale de l’Association canadienne-française de l’Ontario qui se tiendra à l’école secondaire de Plantagenet. Sunderland y parlera forcément de son rapport. « La causerie de M. Sunderland sera précédée d’un exposé de M. Jean-Maurice Filion, directeur de l’information au Carillon sur ‘l’apathie de la population vis-à-vis les choses publiques’. » J’ai perdu depuis longtemps le texte de cet exposé, mais ce que je retiens avant tout, c’est que le vendredi après-midi précédant ce congrès d’un dimanche j’avais pris une décision importante… j’avais arrêté de fumer. Je n’ai pas retouché à une cigarette, à un cigare ou à une pipe (que j’aimais bien) depuis ce vendredi-là. Et j’avais résisté pendant la longue journée du congrès.

* * *

Je profite de mon éditorial du 1er décembre 1976, celui qui précédait les prochaines élections municipales, pour rappeler aux électeurs de Hawkesbury quelques « faits saillants » du mandat à la mairie de Philibert Proulx. J’en ai parlé abondamment dans des billets précédents. Je rappelle premièrement que « quand on est trop longtemps au pouvoir on est porté à en abuser; on ignore que l’on a été élu démocratiquement par le peuple POUR le peuple ». Je poursuis en affirmant que c’est ce point qu’il faut retenir en allant voter. « Depuis quelques années, la population n’est pas considérée à sa juste valeur et, dans certains cas, on semble vouloir simplement l’ignorer. Une telle situation est contraire à la démocratie et c’est pourquoi il faut du changement au Conseil municipal pour les deux prochaines années. » Je rappelle quelques grandes qualités du maire Proulx, mais j’insiste davantage sur ses plus nombreuses failles. J’en conclus toutefois qu’à Hawkesbury, « c’est un renouveau qui est nécessaire. Comme maire, il faut un bon leader et un bon leader c’est celui qui possède les talents de faire développer les talents des autres et non pas de tout faire lui-même. Finalement, un bon leader ne prend pas crédit pour des choses qu’il n’a pas faites et, surtout, il ne prend pas crédit pour des choses réalisées par ceux qui, pendant longtemps, il a lui-même tenté de discréditer par toutes sortes de moyens. » J’y reviendrai évidemment.

Avatar de Inconnu

Boudria ouvrait une porte sur son avenir

Ça commence! Une petite phrase dans un texte dans l’édition du 17 novembre 1976 du journal Le Carillon retient mon attention. Il y est question du choix de Claude Drouin, un conseiller municipal de Hawkesbury, comme nouveau président de l’Association libérale provinciale de Prescott-Russell; il remplaçait Marcel Bourgon, de St-Isidore-de-Prescott. Ce qui retient mon attention? « Les cinq vice-présidents de l’Association sont MM. Don Boudrias, de Sarsfield, Jules Lavictoire, de Rockland, Marcel Faubert, de Rockland, le Dr Royal Kirby, de Hawkesbury, et Roger Charlebois, de St-Bernardin. » Boudrias? Nous n’avions même pas orthographié son nom correctement. Mais il venait d’ouvrir une porte vers son avenir. J’y reviendrai forcément.

* * *

À l’usine de la CIP de Hawkesbury, le Syndicat canadien des travailleurs du papier avait déjà conclu une entente avec l’employeur. « L’entente intervenue il y a quelques mois accordait une hausse dans le coût total de compensation (taux horaire simple moyen, plus coûts d’avantages négociés) de 16.84 p. cent. » Ce taux de majoration était pour la première année et ce serait 8 p. cent de plus l’année suivante. Mais voilà, nous sommes en 1976 et la lutte nationale contre les mesures inflationnistes bat son plein. Comme on peut le lire dans l’édition du 24 novembre 1976, « la Commission de lutte contre l’inflation a alloué une majoration de 13,3 p. cent aux employés syndiqués, soit 3.54 p. cent de moins » et il fallait que ce soit « soustrait de l’entente pour la première année ». Ni la CIP, ni le syndicat n’avaient de choix que de soumettre à la décision. Je ne sais pas qu’elle serait la réaction, en 2012, si le gouvernement Harper décidait de créer lui aussi une telle commission anti-inflation. Disons qu’à l’époque, on parlait très peu de couper des emplois et on préférait réduire les coûts d’exploitation. Un point de vue!

* * *

« En se déclarant ville bilingue, la municipalité de Vanier a encore une fois prouvé aux Franco-Ontariens de Prescott et Russell qu’ils se contentent de suivre au lieu d’innover. Je suis bien content de voir une ville entourée par des anglophones qui n’a pas peur de s’afficher et de se déclarer bilingue. » Le propos est d’Yves Saint-Denis, alors membre du Comité consultatif des affaires franco-ontariennes et ancien président de la régionale de Prescott-Russell de l’Association canadienne-française de l’Ontario. L’ACFO, j’en ai parlé dans un billet précédent, avait « réclamé des 18 municipalités des comtés unis qu’elles se déclarent bilingues, mais que les succès obtenus ont été minimes ». Il en est question dans Le Carillon du 24 novembre 1976. La ville de Vanier, alors une enclave franco-ontarienne littéralement entourée de la ville d’Ottawa et dont elle fait maintenant partie, « avait proclamé l’anglais et le français comme langues officielles pour toutes les fins du conseil et de l’administration municipale ». Et sûrement dans le but de calmer les esprits, « le règlement assure également que les droits et les privilèges des employés municipaux unilingues ne seront pas diminués pendant leur carrière au service de la municipalité. » Le règlement de Vanier avait évidemment « été adopté à l’unanimité ». Bernard Grandmaître était le maire de Vanier.

Avatar de Inconnu

CHPR Radio Hawkesbury officiellement inaugurée

CFML, la radio de Cornwall, avait eu l’aval du Conseil de la radio-télévision canadienne pour exploiter une station à Hawkesbury. Comme on peut le voir dans Le Carillon du 10 novembre 1976, la station « CHPR Radio Hawkesbury Prescott-Russell » sera officiellement inaugurée le 11 novembre « au service de plus de 80,000 Franco-Ontariens ». Il suffirait de syntoniser 1110 au cadran. Le propriétaire Bernard Bertrand avait confié la direction de la programmation à Jean-Louis Lapierre. Parmi les « voix » que l’on entendrait, il y avait celles d’Yves Lussier, Réjean Léveillé, Marc Lepage, Guy Lalande, Huguette Burroughs, Claude Kingsbury, Louis de Bellefeuille, Roger Gauthier, Madeleine Landry, André Lavoie et Carole Presseault. À Cornwall, CFML était en ondes depuis déjà 17 années.

* * *

« Le peuple du Québec a élu, lundi, le premier gouvernement péquiste de son histoire, confiant au Parti Québécois et à René Lévesque les rênes du pouvoir. » L’article de l’édition du 17 novembre 1976 s’intitulait « Le PQ rafle tout au Québec » et précisait que le PQ avait remporté 69 sièges, comparativement aux six qu’il détenait avant le scrutin. Quant aux 102 sièges de Robert Bourassa, ils avaient fondu à 28 et le chef libéral n’avait pas réussi à se faire réélire dans sa circonscription de Mercier. C’était tout dire, « et la plupart de ses ministres ont subi le même sort ». L’Union nationale reviendrait avec cette fois 11 députés à l’Assemblée législative (elle n’était pas encore devenue l’Assemblée nationale). Quant au Ralliement créditiste, il avait fait élire au moins son chef Camil Samson et le nouveau Parti national populaire avait un seul député, Fabien Roy. Le Québec avait décidé de se transformer… pour toujours.

En éditorial, je commentais bien sûr cette élection historique. « Nous ne croyons pas que le peuple québécois opte majoritairement pour l’indépendance politique(…). Les Québécois, qui disent se soucier des droits de la minorité anglophone de leur province, ont sûrement pensé à quel sort pourrait être réservé aux francophones ailleurs au pays. En premier lieu, ils ont voulu faire comprendre à l’ensemble du pays qu’ils sont maîtres chez eux et qu’il existe au Canada un ‘fait français’. (…) Il ne faut pas oublier que le PQ est un parti politique comme les libéraux, l’Union nationale ou le Crédit social. Il est logiquement apte à gouverner. Il a dans ses rangs des hommes de calibre, même si plusieurs ne sont pas d’accord avec leurs points de vue sur le séparatisme. Les Québécois ont dit, lundi, faut leur donner la chance. »

* * *

L’élection au Québec avait coïncidé avec les mises en candidature pour les élections municipales et scolaires en Ontario. Comme d’habitude, il y avait eu plusieurs élections ou réélections sans opposition. À Rockland, par exemple, Jean-Marc Lalonde devenait maire de sa municipalité. Quelques maires avaient été réélus eux aussi sans opposition : Marcel Châtelain à Alfred, Pierre Perrault à Vankleek Hill, Donat Bergevin à St-Isidore-de-Prescott, Jean-Rolland Charbonneau dans Hawkesbury-Ouest, Jean-Paul Charlebois dans Calédonia, Roland Bercier dans Plantagenet-Nord. Les élections auraient lieu le 6 décembre.

Avatar de Inconnu

Les villes où j’ai vécu : Québec

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le douzième article de cette série… qui concerne Québec où il est arrivé en avril 1984 et où il est demeuré trois années… Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet
« Les villes où j’ai vécu » sous la subdivision « Mes catégories ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Comment me suis-je retrouvé à Québec, ayant toujours vécu dans l’axe Sherbrooke (Cantons de l’Est) et Montréal depuis ma naissance en 1940? C’est une longue histoire… dont voici les grandes lignes…

En1983, quatre années après mon arrivée à la tête de La Voix de l’Est et de CHEF-radio à Granby, le directeur général des journaux de Quebecor et bras droit de « Monsieur Péladeau », Maurice Custeau m’invite à luncher en sa compagnie au (défunt) Club St-Denis à Montréal. Je m’imagine bien que s’il m’invite à sa table, ce n’est pas pour lui faire la conversation. Effectivement, il m’offre le poste de directeur général au Journal de Québec (ou au Journal DU Québec… comme disent les gens de Québec qui se sont toujours considérés comme le « centre » de la province). L’offre est alléchante, car elle me permet de gravir un échelon de plus dans ma carrière, moi qui souhaitais d’ailleurs participer davantage dans l’ensemble de la gestion des journaux et non uniquement dans leur contenu rédactionnel. Mais je me méfie de Quebecor… Ayant œuvré précédemment avec Power Corporation (les Journaux Trans-Canada), avec Jacques Francoeur (à ce moment devenu le propriétaire d’Unimédia) et en collaboration avec Transcontinental, disons que je considérais depuis longtemps Quebecor davantage comme un « adversaire » que comme un « ami ». Et de plus, j’étais au courant personnellement de « sales tours » qu’on avait joués à certains journalistes à qui on offrait de gros salaires pour les débaucher et à qui on disait quelques semaines plus tard que « les affaires n’étant plus ce qu’on avait prévu, il fallait diminuer leur salaire »… Disons que Quebecor n’avait pas bonne réputation dans le milieu journalistique à cette époque.

Après quelques jours de réflexion, j’ai finalement annoncé à Maurice Custeau que je trouvais son offre intéressante, mais que je préférais la décliner parce que (je me souviens parfaitement des mots que j’avais alors utilisés!!!) « mon plan de carrière ne passait pas par Québec ». Il faut dire que j’étais fort bien traité par Power Corporation et que j’espérais un jour prendre la présidence de La Tribune (Sherbrooke) lorsque mon ancien patron, Yvon Dubé, prendrait sa retraite… ce qui n’était pas nécessairement près de se produire à cette époque.

Une année plus tard, il s’est produit un certain émoi dans les journaux du Québec, quand Claude Masson, alors rédacteur en chef et éditeur adjoint du Soleil à Québec, a annoncé qu’il quittait la Vieille capitale pour aller rejoindre son ami Claude Beauchamp au journal Les Affaires (et autres publications économiques du Groupe Transcontinental), lui-même ayant quitté Le Soleil une couple d’années plus tôt pour joindre ses forces à celles de
Rémi Marcoux.

Un bon matin, alors que je suis toujours à Granby, mon téléphone sonne… c’est Claude Masson, que je comptais parmi mes amis, qui veut m’annoncer « en primeur » son départ prochain et me prévenir que « Jacques Francoeur, le propriétaire et éditeur du Soleil, va t’appeler dans les prochaines heures pour t’offrir le poste que je laisse vacant », me faisant bien sûr promettre de ne dire à personne qu’il m’avait appelé. Et effectivement, ce même jour, Jacques Francoeur m’invitait à rallier les rangs du Soleil… une offre intéressante à de nombreux points de vue. Je pouvais devenir non seulement éditeur adjoint et rédacteur en chef d’un journal important, mais aussi membre de son conseil d’administration, ainsi que membre du conseil d’administration du magazine Perspectives, un supplément de fin de semaine qui appartenait conjointement à tous les journaux qui le distribuaient, soit La Presse, Le Soleil, La Tribune, Le Nouvelliste, La Voix de l’Est, Le Droit et Le Quotidien. Le salaire et les avantages sociaux étaient intéressants. Mais il y avait un « hic »… Le Soleil avait connu une grève de 11 mois en 1977 et les relations du travail de ce journal étaient sans doute les plus difficiles (pour ne pas dire les plus mauvaises) de toute la presse québécoise. La convention collective entre Le Soleil et ses journalistes comptait près de 200 pages et était considérée comme la plus complexe de tout le Québec et peut-être même de tout le Canada.

Mais revenons un peu en arrière pour comprendre le contexte dans lequel évoluaient les journaux de l’époque. J’avais connu Jacques Francoeur quand il avait fait équipe avec
Paul Desmarais (Power Corporation) dans l’acquisition de La Tribune (et plus tard du Nouvelliste, puis de La Voix de l’Est). Par la suite, Paul Desmarais avait fait l’acquisition de La Presse, mais celle-ci était régie par une loi privée de l’Assemblée nationale, et pour conclure la transaction, Power avait dû procéder à la création d’une nouvelle entité totalement indépendante des autres journaux, soit Gesca. Cette société était propriétaire de La Presse alors que sa filiale Journaux Trans-Canada était propriétaire des quotidiens de Sherbrooke, Trois-Rivières et Granby. Et encore plus tard, quand le groupe Desmarais-Francoeur a voulu faire l’acquisition du Soleil, le premier ministre de l’époque, Robert Bourassa, s’y est fortement opposé afin de prévenir une concentration trop importante de journaux quotidiens dans les mains d’une même entreprise. C’est alors que Paul Desmarais et Jacques Francoeur se sont séparés à l’amiable, le premier conservant les quatre quotidiens mentionnés précédemment et le second reprenant ses hebdos métropolitains, son Dimanche-Matin (ces publications faisaient alors partie des Journaux Trans-Canada) ce qui lui a permis de faire l’acquisition du Soleil et du Quotidien à Chicoutimi (puis, plus tard, du Droit à Ottawa). Tous les journaux de M. Francoeur ont été regroupés au sein de la société Unimédia, celle-là même qui m’offrait le poste à Québec.

Il faut dire que quelques mois auparavant, quand Jacques Francoeur avait fait l’acquisition du Droit (à Ottawa), je l’avais appelé pour lui offrir mes services comme président et éditeur quand l’éditeur en place, Robert Bélanger, prendrait sa retraite. Donc, lorsqu’il m’a offert de diriger Le Soleil, je lui ai demandé de me dire ce que j’aurais à gagner en occupant un poste aussi difficile, alors que j’étais davantage intéressé par la gestion générale plutôt que par la rédaction. Il m’avait répondu qu’il y avait de nombreux changements en vue au Soleil, dont la négociation d’une nouvelle convention collective, le passage d’un journal d’après-midi à un journal du matin, la création d’une section sportive en format tabloïd et un été 1984 « mer et monde » avec la venue des Grands Voiliers à Québec. « Les prochains mois seront vraiment intéressants », m’a-t-il assuré… et il avait raison. « Monsieur Guilbert, a-t-il ajouté, faites-moi deux ou trois bonnes années au Soleil, mettez les grands changements en marche… et je vous offrirai ensuite la présidence du Droit. Après de longues hésitations et de nombreuses discussions avec mes patrons de Power Corporation qui me laissaient miroiter la présidence possible du Nouvelliste à Trois-Rivières, j’ai finalement opté pour Le Soleil.

Pendant cette période de négociations avec Jacques Francoeur et Unimédia, une lutte interne se déroulait à l’intérieur du groupe des journaux de Power Corporation alors que le président de La Presse de l’époque, Roger D. Landry, voulait aussi placer sous son aile la direction des quotidiens de Sherbrooke, Trois-Rivières et Granby, une lutte qu’il devait finalement remporter aux dépens de mes patrons des Journaux Trans-Canada, ceux qui étaient prêts à me nommer à Trois-Rivières. J’ai avisé de mon départ de Granby pour Québec quelques heures avant que la nomination de Roger D. Landry à la tête des Journaux Trans-Canada (en plus de La Presse) ne soit annoncée, ce qui me confirmait que j’avais pris la bonne décision.

Quand Roger D. Landry a pris les rênes des journaux de Sherbrooke, Trois-Rivières et Granby, deux postes de direction se sont libérés au même moment, celui de Granby, puisque je venais de confirmer mon départ, et celui de Trois-Rivières, parce que le président de l’époque, Charles D’Amour (celui que j’aurais possiblement remplacé), a annoncé qu’il préférait prendre sa retraite plutôt que « de recommencer sous un nouveau patron ». C’est à ce moment que Roger D. Landry a offert la direction du Nouvelliste à Claude Masson, avant que celui-ci ne rejoigne son ex-patron et ami Claude Beauchamp. Et après quelques années à Trois-Rivières, Claude est devenu éditeur adjoint et rédacteur en chef de La Presse où il a fait un travail admirable, bien secondé par le regretté Marcel Desjardins, un ancien du Droit que Claude était allé chercher à la salle de nouvelles de Radio-Canada (que Marcel dirigeait). Et mon poste à Granby a été rapidement pourvu par Guy Crevier, que j’avais chaudement recommandé. J’avais dit à Roger D. Landry que s’il ne le nommait pas, je l’amènerais avec moi à Québec. Guy a rapidement obtenu mon ancien poste, et après quelques années et aussi des détours par TVA, Vidéotron et Téléglobe, il s’est finalement retrouvé à la tête de La Presse (puis de tous les journaux du Groupe Power), poste qu’il occupe encore aujourd’hui. Quant à Claude Masson, il a connu une mort tragique en compagnie de son épouse Jeannine, lorsque l’avion qui devait les amener en Égypte, un pays qu’il rêvait de visiter depuis plusieurs années, s’est écrasé dans l’Atlantique après son départ de New York à la fin d’octobre 1999. Le pilote de cet avion a plongé son appareil dans l’océan pour se donner la mort, entraînant avec lui 217 passagers, dont Claude et Jeannine.

De mon côté, j’ai entrepris en avril 1984 un séjour de trois années au Soleil, trois années bien remplies dont je vous parlerai dans un (ou plus d’un) prochain texte.

Avatar de Inconnu

Un rôle instrumental dans le reboisement du bassin de la Rouge

Le Centre écologique de la CIP accueillait plus de 60 000 visiteurs chaque année à ses installations de Harrington, au nord de Calumet, près de Hawkesbury où cette CIP exploitait encore une usine de pâtes et papiers. Cette ferme forestière avait été inaugurée en 1952 « dans le but d’éduquer les cultivateurs et les propriétaires de boisés en matière d’aménagement polyvalent et de conservation des ressources naturelles ». Charles Burroughs signe un reportage dans Le Carillon du 13 octobre 1976. Quant au Centre, il avait été une contribution de la Compagnie internationale de papier au centenaire du Canada en 1967. Le Centre jouait aussi un rôle instrumental dans le reboisement du bassin de la rivière Rouge. Le Centre a distribué « près de 10,000,000 de semis depuis son inauguration en 1960 ». L’Association de la Vallée de la Rouge « a planté au-delà de 6,236,000 arbres depuis 1961. (…) Au total, 700 propriétaires de boisés ou cultivateurs ont planté des arbres jusqu’à maintenant. »

Pour les touristes amants de la grande nature, « le Centre écologique de Harrington est un petit paradis, avec un sentier écologique, une piste d’excursion de six milles et demi, un auditorium, des terrains de démonstration d’aménagement forestier, des étangs poissonneux modèles et bassins de pisciculture, des étangs pour oiseaux aquatiques, des installations pour la photographie de la faune, un observatoire, des relais de pique-nique, des campements permanents pour groupes intéressés aux sciences écologiques, une pépinière, une cinémathèque et une photothèque sur la faune et l’aménagement des ressources, et un centre de documentation. » Nous y allions souvent avec les enfants à l’époque et nous y avons même pratiqué le ski de fond. Je ne sais pas ce qu’il est advenu de ce magnifique endroit aujourd’hui.

* * *

Tiens, tiens, ça commence. Dans l’édition du 27 octobre 1976, une publicité de Woolco pour la console Telstar de Coléco. Qu’est-ce que c’est? Un précurseur des jeux vidéo. Il suffisait de brancher le bidule à son téléviseur et on pouvait utiliser les deux manettes pour jouer au hand-ball, au hockey ou au tennis. À l’écran, des lignes blanches toutes simples et des petits carrés blancs et un point blanc comme balle. Le prix? 54,47 $ l’unité… un peu chère pour l’époque. Bien avant le Wii et le PlayStation… ou l’iPad.

* * *

Cette histoire bizarre fait une manchette dans l’édition du 10 novembre 1976 du journal Le Carillon. « Un animal étrange a été pris mercredi dernier entre Kilmar et Calumet. » Il n’en fallait pas plus pour ranimer les souvenirs du chat-volant! Le texte précise que « l’animal n’a pu être identifié, même par le personnel du Service canadien de la faune du bureau de Hull, qui ont vu l’animal vendredi matin ». Mystère? « Ce mâle, de 70 livres environ, mesure 56 pouces du menton à la queue, possède des cornes de huit pouces de longues, fines et recourbées vers l’intérieur, des pattes de 19 pouces avec des sabots ressemblant ceux d’un élan (ou chevreuil), des oreilles de quatre pouces et demie de longueur et une queue mesurant six pouces. Son cou s’étend sur 14 pouces et l’animal a un genre de crinière dont les poils mesurent jusqu’à 4 pouces, sur une longueur de 15 à 16 pouces. Il a également de ces longs poils dans le cou, comme pour protéger la gorge. Fait curieux, la mâchoire intérieure a des dents à l’avant comme à l’arrière, mais la mâchoire supérieure n’a des dents qu’à l’arrière de la bouche. (…) Ce phénomène de la nature semble rester inexplicable. » Voilà… vous pouvez rire maintenant!

Avatar de Inconnu

Le four à micro-ondes fait son apparition

En fin de compte, l’appareil est relativement jeune. Le Carillon du 22 septembre 1976 consacre un article à la plus récente nouveauté à entrer dans les cuisines de la région et du pays. Ça fait drôle de relire en perspective. « Une bonne invention connaît généralement auprès de son public un succès instantané, D’autres, tel le four à micro-ondes, doit attendre son moment de gloire. Maintenant, cet appareil qu’on croirait sorti tout droit d’un roman de science-fiction, est ce qu’il y a de plus ‘dans le vent’ sur le marché des appareils ménagers. Si, par hasard, vous songiez à vous en procurer un, vous rejoindrez le nombre croissant de ses adeptes. » J’ai eu beau feuilleter l’ensemble des journaux du reste de 1976 et je n’ai trouvé aucun marchand local qui offrait cette nouveauté. Je sais par contre que certains modèles se vendaient facilement autour de 500 $ l’unité. J’avais payé le nôtre, un modèle Electrolux, quasiment 600 $ à l’époque.

* * *

Les élus municipaux de Hawkesbury, anciens et courants, à qui on a reproché certains remboursements de dépenses inadmissibles devaient rembourser ces montants selon le ministre du Trésor, des Affaires économiques et intergouvernementales, comme j’y ai fait référence récemment. Dans un éditorial du 13 octobre 1976, je nomme ces élus ou ex-élus avec les montants qu’ils sont sensés rembourser. La plupart d’entre eux sont en campagne électorale en vue des élections de décembre et je profite de l’occasion pour leur adresser le défi de rembourser au plus tôt… avant les élections… et je trace un parallèle entre un prêt bancaire et le vote. « Quand on veut un bon prêt (un mandat de deux ans), il faut avoir du bon crédit (de la confiance). » Le message était lancé.

* * *

C’était la première fois qu’une femme se portait candidate à une élection municipale à Hawkesbury depuis un quart de siècle et sa candidature était confirmée dans l’édition du 13 octobre 1976 du journal Le Carillon. Johanne Lapointe, 25 ans, décide de tenter sa chance. Johanne (Lavergne de son nom de fille) est la femme de Claude Lapointe. « Elle a participé à la préparation du rapport Thomas sur la situation des handicapés dans Prescott-Russell, rapport qui a donné naissance à l’association Action-Progression des comtés unis, organisme regroupant les handicapés physiques. » Johanne Lapointe « espère que la population ne votera pas contre elle parce qu’elle est une femme et que les électeurs sauront juger ses mérites à leur juste valeur. Elle dit avoir confiance dans la population. » Et elle avait raison; j’y reviendrai. Quant à Johanne, nous n’avons jamais réellement perdu contact. À Embrun, Claude exploite une agence de voyage que nous avons utilisée à quelques reprises. Les deux demeuraient dans la rue voisine de nous. Pour faciliter le déplacement de Johanne à son travail dans la capitale, le couple s’est aussi installé dans un condo… le même où j’habite présentement. Le monde est petit!

En passant, dans les années 50, Lena Campbell-Ménard avait été candidate au Conseil mais n’avait pas été élue. Fait intéressant, elle était la mère de Kenneth Ménard, l’ingénieur municipal en 1976.

* * *

L’hôtel Jessop’s Falls Resort Hotel ouvre ses portes à Plantagenet, à proximité de la rivière Nation et de la route transcanadienne 17. L’établissement offre également 92 lots de camping. Leur grande salle peut recevoir 500 personnes et il y a un piano-bar. En plein milieu de nulle part. L’expérience n’allait pas durer. Une section publicitaire de quatre pages dans le journal du 13 octobre 1976.