Avatar de Inconnu

Revue franco-ontarienne de 1984

Paul-François Sylvestre, comme vous l’aurez constaté, se retrouvait souvent dans les pages du journal Le Carillon. J’aimais bien ce qu’il nous soumettait; des textes toujours pertinents sur nous, les Franco-Ontariens. Pour l’édition du 26 décembre 1984, il avait pondu une « revue franco-ontarienne » des événements de l’année écoulée. Il faut préciser que ces années-là ont été favorables à la progression de la francophonie ontarienne. Voici donc ce texte, pour votre bon plaisir :

Inaugurée sous l’emprise d’un Orson Welles, 1984 aura en effet été une année pleine de bouleversements, pleine de surprises aussi. Pour les Franco-Ontariens, l’année qui s’achève demeure sans doute une de bon cru. En voici les faits saillants.

Janvier

1er – M. Clément Sauté succède à Don Stevenson en tant que coordonnateur provincial des services en français. Il est le premier francophone à occuper ce poste.

8 – TVOntario commence une série de treize émissions intitulée « Les Ontariens » et « C’est demain la veille » (reprise et traduction à l’automne).

12 – La ministre des Affaires civiques et culturelles nomme une coordonnatrice des services de bibliothèque en français pour l’Ontario, dans la personne de Mme Joanne Cournoyer-Farley, anciennement de la Bibliothèque nationale du Canada.

16 – Les Franco-Ontariens plaident leur cause en Cour d’appel. La Loi sur l’éducation est-elle incompatible avec la Charte canadienne des droits?

18 – Deux finissants de l’école secondaire Charlebois, Daniel Roy et Jean-François Deschênes, remportent le concours national qui leur permettra de voir réaliser une expérience de leur cru à bord de la navette spatiale, soit la fabrication de miroirs optiques de qualité supérieure.

Février

9 – L’hebdomadaire « L’Écluse du Niagara » ferme ses portes.

26 – Inauguration de la Librairie du Sud-Ouest, à LaSalle-Windsor; c’est la seule institution du genre à l’ouest de Toronto.

Mars

27 – Victoire! Le conseil scolaire de Michipicoten accepte de créer une unité de langue française à l’école secondaire de Wawa.

29 – Félicitations! Le Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques célèbre son dixième anniversaire : tournée provinciale, lancement de l’ « agenda historique de l’Ontario français », spectacle portant sur Jeanne Lajoie, etc.

Avril

9 – Son honneur Paul R. Bélanger, d’Ottawa, est nommé juge titulaire de la cour provinciale; il est le premier francophone à occuper un tel poste.

17 – Le ministre Thomas Wells dépose un amendement garantissant l’accès en français aux services sociaux.

24 – Le projet de loi no 100, qui rend le français officiel dans les cours ontariennes, est adopté en dernière lecture.

Mai

4 – Éric Demers, de l’école secondaire Charlebois, est proclamé lauréat du troisième concours annuel de français pour les élèves de la 12e année.

12 – Fondation du Regroupement ontarien des journalistes de langue française.

14 – Le gouvernement met sur pied un Comité consultatif sur les services de bibliothèque en français.

15 – Le Dr Antoine D’Iorio est nommé recteur de l’Université d’Ottawa.

30 – Le premier ministre annonce que Mme Gisèle Lalonde deviendra présidente du Conseil des affaires franco-ontariennes.

Juin

3 – Centenaire de l’arrivée des Dominicains en Ontario.

12 – Le gouvernement ontarien étend le financement des écoles séparées jusqu’à la 13e année.

13 – Le premier ministre Davis répond à Trudeau et refuse une fois de plus de rendre sa province bilingue.

26 – Victoire! La Cour d’appel de l’Ontario rend un jugement accordant aux Franco-Ontariens le droit absolu d’être éduqué dans leur langue et leur ouvrant la porte à une gestion exclusive de leurs institutions scolaires.

29 – Accord Ottawa-Toronto sur le financement de l’enseignement du français, langue première et seconde (137 millions $ en trois ans).

Juillet-août

La campagne électorale donne lieu à quelques démissions; ainsi, Albert Roy et Don Boudria quittent la scène provinciale pour tenter leur chance dans l’arène fédérale. Le chef conservateur, pour sa part, trouve anormal que les Franco-Ontariens ne bénéficient pas des mêmes droits que les Anglo-Québécois; il se dit prêt à faire « amicalement, mais fermement pression » sur Bill Davis pour corriger la situation…!

Septembre

19 – Le pape est en Ontario et l’Association canadienne-française de l’Ontario lui offre un souvenir franco-ontarien, soir « Les communautés religieuses en Ontario français », par P.-F. Sylvestre.

23 – Le projet de Centre artistique Guigues est finalement accepté, après deux ans de négociations avec la Commission des écoles séparées d’Ottawa.

30 – L’ACFO tient sa XXXVe assemblée générale à Niagara Falls, adopte un plan global de développement et élit Serge Plouffe à la présidence.

Octobre

1er – Pas moins de 55 p. cent des Vanierois se prononcent en faveur de la fusion avec la ville d’Ottawa lors d’un plébiscite où 30 p. cent des résidents se rendent aux urnes.

8 – L’honorable William Grenville Davis annonce qu’il se retire de la vie politique… sans auparavant donner à sa province un statut bilingue.

Novembre

13 – Le ministre de la Santé dépose une série d’amendements visant à donner des services de santé en français.

29 – Une somme de 370 000 $ sera investie dans un nouveau programme visant à rendre les services de bibliothèque en français plus accessibles aux Franco-Ontariens.

Décembre

1er – L’ACFO rend hommage à quatre personnalités de l’Ontario français, aujourd’hui disparues : M. Séraphin Marion, Mme Rose-Alma Sauvé-Boult, le Frère Jacques Faucher et M. Louis Charbonneau.

6 – Queen’s Park adopte, en deuxième lecture, la version finale du projet de loi garantissant le droit à l’éducation en français.

Avatar de Inconnu

Un record de non-participation

Le taux de participation populaire avait été de 38,2 p. cent; un record dans Prescott-Russell. Mais il ne fallait pas s’en surprendre outre mesure, après tout, ce n’était qu’une élection complémentaire pour élire le successeur du député provincial démissionnaire Don Boudria. Comme nous l’apprend Le Carillon du 19 décembre 1984, la population a décidé que le libéral Jean Poirier prendrait la relève et 10 238 électeurs l’avaient préféré au candidat conservateur Gaston Patenaude qui, lui, en obtenait 8 420. Une majorité relativement mince pour Poirier, mais c’est lui qui irait siéger à Queen’s Park pendant quelques années. Il aura fallu moins de deux heures pour compter tous les votes étant donné la faible participation. Le néo-démocrate Rhéo Lalonde s’était contenté de 1 805 votes à peu près le même appui que le NPD avait reçu en 1981. Quant aux conservateurs, c’est l’amertume qui avait caractérisé leur soirée à St-Isidore. « Et la rancœur de bien des militants à l’égard de l’ancien député libéral Don Boudria était également bien évidente. ‘On lui fera du tort comme il nous a fait du tort,’ d’expliquer un d’eux à ses compagnons attachés devant une bière. » Leurs menaces ne donneraient rien.

* * *

Ce n’est pas parce que les partisans conservateurs l’avaient préféré à Gaston Patenaude lors du congrès d’investiture à Rockland que Rolland Saumure, de Bourget, allait se taire et disparaître. Au contraire! Par exemple, il n’avait pas aimé la façon de procéder de l’organisation du parti pour choisir les délégués au congrès à la chefferie qui se tiendrait à Toronto en janvier suivant. Il a obtenu de la direction du parti que l’on recommence le processus de sélection. « Les conservateurs provinciaux ont perdu leur sens des réalités et ils doivent se rapprocher davantage de la population de Prescott-Russell s’ils veulent un jour retourner au pouvoir dans la circonscription », peut-on lire dans le journal du 26 décembre 1984. Quant au choix des délégués, M. Saumure s’était « aperçu que les cultivateurs et les gens ordinaires de Prescott-Russell n’ont pas eu la chance d’être présents à cette rencontre et d’être choisis comme délégués pour choisir le futur premier ministre de l’Ontario ». Quant à sa candidature éventuelle dans une future élection, Rolland Saumure n’était pas encore décidé. « Quant à la ferveur politique dont ne semblent pas avoir fait preuve les conservateurs dans l’élection complémentaire du 13 décembre, M. Saumure estime que les gens, en 1984, ‘ne sont pas aussi motivés que jadis… ils ne sont pas aussi fervents que nos parents et ils ont tendance à voter pour l’homme plutôt que pour le parti’. »

* * *

Le projet de loi fédérale C-15 sur l’investissement au Canada faisait l’objet de débat aux Communes et, évidemment, le député libéral Don Boudria avait mis son grain de sel. « Nous voulons protéger nos industries canadiennes, et nous voulons en posséder une grande partie nous-mêmes. Les investisseurs étrangers sont les bienvenus, mais ils doivent servir les intérêts supérieurs du pays. » Un article fait référence à son intervention dans le journal du 26 décembre 1984. En parlant des Américains, il avait ajouté que « moi aussi j’ai des amis, mais ils ne viennent pas s’emparer de ma maison. (…) Si je me trouve à côté d’un éléphant et si ce dernier me tombe dessus, le résultat sera le même que l’éléphant soit amical ou non – je serai transformé en planche à repasser. (…) La question n’est pas de savoir si nous voulons des investissements étrangers, car nous en voulons, mais de veiller à ce qu’ils servent au mieux les intérêts de tous les Canadiens. »

* * *

Au cinéma Laurentien de Grenville, en cette période des Fêtes de 1984, le film « The Terminator » avait été retenu à l’affiche deux semaines.

Avatar de Inconnu

Les députés franco-ontariens à Queen’s Park (2e partie)

Le balayage tory

En 1929, les conservateurs de Ferguson sont reportés au pouvoir. Il n’y a pas eu de ressac chez les anglophones; qui plus est, tous les comtés francophones passent aux mains des tories. L’est ontarien, pourtant de tradition fort libérale, fait élire Charles Séguin (Russell), Joseph St-Denis (Prescott) et Louis Côté (Ottawa-Est). Paul Poisson et Henri Morel sont réélus dans Essex-Nord et Nipissing-Ouest respectivement. Enfin, Albert Aubin ramène la circonscription de Sturgeon Falls sous un ciel bleu-tory.

C’est à se demander si les Franco-Ontariens ont la mémoire trop courte. Pourquoi cette confiance en un parti qui a bafoué les droits les plus élémentaires d’une communauté tout entière? Le geste réparateur d’un Ferguson a-t-il cicatrisé si rapidement la plaie? Il faut croire que non puisque les Franco-Ontariens ne sont pas prêts à appuyer le nouveau chef conservateur, G.S. Henry, aux élections de 1934. Les libéraux, sous la bannière de M.F. Hepburn, remportent en effet tous les sièges « francophones : Arthur DesRosiers (Russell), Aurélien Bélanger (Prescott), Adélard Trottier (Essex-Nord), Théo Legault (Nipissing-Ouest), Ed. Lapierre (Sudbury) et Paul Leduc (Ottawa-Est). Ce dernier est même nommé ministre des Mines.

Les libéraux se maintiennent au pouvoir pendant une dizaine d’années et, malgré le retour des conservateurs au pouvoir en 1943 (minoritaires) et en 1945 (majoritaires), les députés francophones conservent leur allégeance libérale. Ce sont les anciens, comme Leduc, Bélanger et Trottier, puis des nouveaux comme Roméo Bégin (Russell), Aurélien Chartrand (Ottawa-Est), J.E. Cholette et Victor Martin (Nipissing), ainsi qu’Alex Parent (Essex-Nord).

C’est à partir de 1948 que la situation change, que les couleurs politiques des Franco-Ontariens se modifient. Prescott et Russell brisent la tradition libérale, notamment avec l’arrivée de l’honorable Louis Cécile; de plus, le nouveau comté de Glengarry est occupé par le conservateur Osie Villeneuve. Les libéraux gardent Ottawa avec Chartrand et Essex-Nord avec Arthur Réaume. Au scrutin de 1955, les Franco-Ontariens accordent encore plus leur confiance aux hommes de Leslie Frost. Jules Morin se fait élire à Ottawa, Rhéal Bélisle à Sudbury (Nickel Belt) et Jean-Marc Chaput dans Nipissing-Ouest. La région de l’est reste bleue, tout comme Essex-Nord demeure rouge avec Réaume. Celui-ci est le dernier francophone à représenter le sud-Ouest à Queen’s Park.

Robarts et Davis

Comme on le sait, les conservateurs sont au pouvoir depuis quarante ans. Durant les années soixante, le premier ministre Robarts démontre une véritable compréhension à l’endroit des Franco-Ontariens et à l’égard de leurs droits. Ce sont aussi les années où ceux-ci sont le mieux représentés au sein du Cabinet : Fernand Guindon et René Brunelle. Le Moyen-Nord reste plus sceptique, du moins partagé, alors que le néo-démocrate Elie Martel se fait élire à Sudbury-Est et que le conservateur Gaston Demers succède à Rhéal Bélisle, devenu sénateur.

Sous Bill Davis, les Franco-Ontariens semblent satisfaits, du moins au début. Ce premier ministre n’a-t-il pas été ministre de l’Éducation sous Robarts? Des gains scolaires n’ont-ils pas été obtenus? Aussi les Bélanger, Villeneuve, Guindon et Brunelle demeurent-ils en place. Léo Bernier vient même s’ajouter au clan en se faisant élire dans le nouveau comté de Kenora. Le libéral Albert Roy reprend cependant Ottawa-Est et Elie Martel maintient Sudbury-Est. Aux dernières élections, les Franco-Ontariens affichent davantage leur mécontentement vis-à-vis de monsieur Davis, alors que Don Boudria ramène Prescott-Russell dans la tradition libérale.

Les Franco-Ontariens ne mettent plus tous leurs œufs dans le même panier. Pour défendre leurs droits, ils comptent sur trois conservateurs, deux libéraux et un néo-démocrate.

(Note du blogueur : Dans Prescott-Russell, depuis Boudria, il n’y a eu que des députés libéraux franco-ontariens à Queen’s Park (Jean Poirier et Jean-Marc Lalonde), alors que le successeur de Lalonde, Grant Crack, est un libéral anglophone.)

Avatar de Inconnu

Les députés franco-ontariens à Queen’s Park de 1883 à nos jours (1ère partie)

« À nos jours » se référant à l’année 1983, un siècle d’histoire politique provinciale. Le texte ci-dessous, de la plume d’Yves Quinty et de Paul-François Sylvestre, avait été reproduit dans l’édition du 17 août 1983 du journal Le Carillon. Je vous l’offre parce que nous n’avons pas appris ça sur les bancs de l’école et ce n’est sûrement pas enseigné de nos jours (cette fois en me référant à 2013).

La représentativité francophone à l’Assemblée législative de l’Ontario est-elle aussi importante qu’autrefois? Comme on le sait, certains comtés de la province comptent une population largement et, dans un cas, essentiellement française. Pourtant, ces comtés situés principalement à l’est, au nord et au sud-ouest n’ont pas toujours été représentés par des francophones, tant aux niveaux provincial que fédéral.

Au XIXe siècle

Dès la Confédération canadienne, en 1867, les immigrés irlandais, les orangistes et le clergé protestant tentent de faire comprendre aux Canadiens français que l’Ontario est une province anglophone et que le français ne saurait y être reconnu. Jusqu’en 1875, cette façon anglophobe de voir les choses persiste et les Ontariens de langue anglaise peuvent gouverner à leur guise. Toutes les fonctions lucratives sont d’ailleurs détenues par leurs protégés. C’est alors que les Franco-Ontariens décident de prendre leur juste part de l’administration des affaires qui, après tout, affecte leur mode de vie autant que celui des anglophones.

Après maintes réunions publiques dans les comtés à concentration française, il est décidé de présenter des candidats franco-ontariens aux élections provinciales. Messieurs Montreuil et Gignac sont défaits dans le comté d’Essex-Nord, au sud-ouest, respectivement en 1875 et 1879. Honoré Robillard, pour sa part, est élu dans le comté de Russell (est ontarien) lors du scrutin de 1883.

C’est cependant la campagne électorale de 1886 qui marque véritablement la fin du monopole anglophone sur le pouvoir ontarien. Gaspard Pacaud est victorieux dans Essex-Nord; F.E.A. Evanturel se place les pieds dans Prescott (est ontarien) et un autre Robillard garde le comté de Russell. Lors des élections de 1890, Pacaud mord la poussière alors qu’Evanturel et Robillard sont réélus, le premier par acclamation. Tous deux demeurent en poste au scrutin de 1894. À la fin du siècle, la circonscription de Russell est représentée par Onésime Guibord et le populaire Evanturel devient président de l’Assemblée législative. Tous les députés mentionnés jusqu’à maintenant sont d’allégeance libérale.

Trois bastions

Avec le début du siècle, la députation d’expression française à Queen’s Park s’élargit. Le Dr Joseph Réaume reprend le comté d’Essez-Nord, au nom des conservateurs, alors que les libéraux sont réélus dans Prescott et Russell. Au nord, au cours de cette même élection de 1902, Joseph Michaud place le nouveau comté de Nipissing dans le clan libéral. Trois ans plus tard, les Bleus et les rouges se partagent les comtés francophones, les libéraux dans l’est et les conservateurs au sud ainsi qu’au nord. Le Dr Réaume entre au Cabinet à titre de ministre des Travaux publics.

Le scrutin de 1908 confirme, à n’en point douter, les châteaux forts franco-ontariens. Les trois bastions sont l’Est, le Sud-ouest et le Nipissing. Cette année-là, les conservateurs occupent Essex-Nord, Nipissing-Ouest, Prescott et le nouveau comté de Sturgeon Falls. Le seul libéral d’expression française demeure Damasse Racine, dans la circonscription de Russell. En 1911, cependant, Sturgeon Falls et Prescott passent dans le camp libéral.

Règlement XVII

En 1910, les Franco-Ontariens infiltrent la politique scolaire, municipale, provinciale et fédérale. Ils se sentent de plus en plus solidaires, surtout après le congrès de fondation de l’Association canadienne-française d’éducation de l’Ontario. Or, la confiance en prend un dur coup le 25 juin 1912, alors que le gouvernement Whitney impose le désormais célèbre… et inique Règlement 17, interdisant à toutes fins utiles l’usage du français dans les écoles ontariennes. Pas de discussion en Chambre; le ministre Réaume vote en faveur de la guillotine linguistique. Mais la population francophone ne l’entend pas ainsi. Forts de l’appui des députés et sénateurs fédéraux, soutenus par le nouveau quotidien Le Droit, les Franco-Ontariens revendiquent leurs droits, manifestent leurs indignations et exercent un intensif lobbying. On leur répond : « la loi est la loi ».

La population aura son mot à dire et le message sera on peut plus clair. En effet, lors des élections de 1914, Réaume est battu dans Essex-Nord par le libéral Séverin Ducharme; les comtés d’Ottawa-Est et de Sturgeon Falls passent également aux mains des libéraux. Seule la circonscription de Nipissing-Ouest reste conservatrice, mais les libéraux la raflent au scrutin de 1919, alors que Joseph Marceau défait Henri Morel.

Forts de l’appui des Irlandais, des orangistes et des catholiques de la trempe de Mgr Fallon, les conservateurs se maintiennent allègrement au pouvoir, tant sous Hearst que sous Ferguson. Pour mener la bataille sur le terrain de l’ennemi, les Franco-Ontariens choisissent le député de Russell, Aurélien Bouchard. Entre 1923 et 1927, le parquet de la Chambre devient un champ clos où l’on assiste à un duel serré et sans répit entre Bélanger et Ferguson. Le député de Russell se lève vingt fois plus souvent qu’à son tour et attaque chaque fois le sujet le plus brûlant de l’actualité. D’un doigt accusateur, il pointe vers le premier ministre et entonne son « You, Mister Ferguson », devenu classique et mémorable. Ses envolées trouvent vite des alliés des deux côtés de la Chambre. Bravant la réaction des journaux anglophones et celle des fournisseurs de fonds à la caisse électorale, le premier ministre cède aux pressions. Le Règlement 17 est déclaré sans application à partir de 1927.

À suivre demain, le balayage tory et l’ère Robarts-Davis

Avatar de Inconnu

Pas de publicité pour « La Guerre des tuques » dans les écoles

Le film « La Guerre des tuques », je crois que tous mes lecteurs en ont entendu parler. « Chef-d’œuvre ou pas, le Conseil des écoles catholiques n’autorisera pas de publicité dans ses écoles pour le film québécois à succès » peut-on lire dans l’édition du 28 novembre 1984 du journal Le Carillon. Yvon Miner, le propriétaire du Cinéma Laurentien de Grenville, « voulait faire circuler dans les écoles de la publicité pour ce film parce que, à son avis, il s’agit d’une œuvre hautement culturelle qui profiterait intellectuellement aux enfants ». Ce long métrage « tourné au Québec avec des enfants de 11 à 14 ans raconte les péripéties d’une querelle anodine mettant aux prises deux groupes d’enfants dans un petit village ». La critique avait été unanime dans sa louange. Miner voulait intéresser sa clientèle dans autre chose que « de grandes productions américaines ».

* * *

« AGRI-COM, un mensuel de langue française spécialisé dans l’agriculture et publié à Alexandria, vient de passer aux mains de l’Union des cultivateurs franco-ontariens » peut-on lire dans le journal du 5 décembre 1984. Le journal avait été lancé l’année précédente et « en quelques mois seulement, ce périodique a su gagner les cœurs d’une importante partie de la population agricole de l’Est de l’Ontario ». Ce journal est toujours publié et est membre de l’Association de la presse francophone.

* * *

Dans mon éditorial du 12 décembre 1984, je ne prends pas position sur les élections provinciales du lendemain, bien que j’écarte la candidature du néodémocrate Rhéo Lalonde qui se disait toujours « d’accord avec Jean Poirier ». Je trouvais que Jean Poirier ou Gaston Patenaude nous feraient un bon député et que le choix des électeurs se résumait à « un député dans l’opposition ou un député au pouvoir? À votre goût! » Je tenais pour acquis que les conservateurs seraient réélus à Queen’s Park. J’y reviens.

* * *

« La section régionale de Prescott-Russell de la Fédération des enseignants des écoles secondaires de l’Ontario réclame un référendum autour de la modification du système scolaire, rendu nécessaire pour la récente décision du premier ministre Davis d’assurer le financement des écoles séparées catholiques jusqu’à la 13e année. » Il en est question dans le journal du 12 décembre 1984. C’est cette décision qui mènera progressivement au système scolaire que nous connaissons aujourd’hui, en plus du regroupement qui viendra plus tard.

* * *

En décembre 1984, il est question d’une étude en vue de la construction d’un pont entre Cumberland et Masson. Le député Don Boudria demande au gouvernement Mulroney des précisions, mais il semble que ce ne soit que de fausses rumeurs puisque personne ne semblait vouloir confirmer ou infirmer la rumeur. Et comme on peut lire dans le journal du 12 décembre 1984, « M. Boudria conclut donc que le gouvernement de la droite agit de façon maladroite, et il est évident qu’une main droite ne sait pas ce que l’autre main droite est en train de faire. » Du pur Boudria encore une fois.

Avatar de Inconnu

Pas mal pour un petit journal franco-ontarien

Un article dans l’édition du 7 novembre 1984 du journal Le Carillon vous donne un bon aperçu ce qu’était ce journal franco-ontarien à l’époque après 37 années d’existence. Cet article fait référence à l’assemblée générale annuelle des actionnaires de la Société de gestion André Paquette et Associés Inc. et à la décision, entre autres, de verser « des bourses d’études annuelles aux enfants des employés. (…) Les actionnaires, tous les employés et cadres de diverses filiales de la Société de gestion ont en effet adopté la création de bourses d’études annuelles de 1 000 $ chacune. Le programme, destiné à alléger le fardeau des études universitaires ou collégiales pour les enfants des employés, sera en vigueur dès 1985. »

Le bilan financier « faisait état, entre autres, de ventes dépassant les deux millions de dollars et d’un profit net équivalant à 5,8 p. cent des ventes globales. (…) Le bilan financier de l’entreprise montre également un rendement de 17 p. cent sur les actions, après impôts, et 15 p. cent, avant impôts. M. Paquette signale que ce rendement est plus que satisfaisant si on le compare aux taux des intérêts bancaires, par exemple. »

« La Société emploie plus de 60 employés permanents et a injecté plus d’un million de dollars en salaires dans l’économie régionale au cours de la dernière année financière. »

Pas mal pour un journal communautaire en Ontario français.

* * *

Un court article dans le journal du 7 novembre 1984 pour annoncer que « Me Yvon Montpetit est entré en fonction, jeudi dernier, comme nouvel avocat-directeur de la Clinique juridique populaire de Prescott et Russell ». Me Montpetit avait été maire de Hawkesbury et aussi candidat néodémocrate lors d’un scrutin provincial. J’ai parlé de lui à maintes reprises dans des billets précédents.

* * *

Le mot « whistleblower » n’était pas alors sur plusieurs lèvres. Dans le journal du 14 novembre 1984, le député Don Boudria a une idée qui s’y rapproche drôlement. « Le député libéral de Glengarry-Prescott-Russell a décidé de se mettre à l’écoute des fonctionnaires » puisqu’il en était lui-même un ancien. Il avait « installé une ‘boîte à suggestions’ à la porte de son bureau 436-C de l’édifice central, en espérant que les fonctionnaires insatisfaits s’en serviront ». Je ne sais pas si la réaction des fonctionnaires a été celle souhaitée par Boudria.

* * *

Gordon Johnson avait souhaité cette nomination au Conseil municipal pour combler une vacance. Mais voilà que quelques mois plus tard, il remet sa démission « alléguant de fortes pressions commerciales reliées à ses nouveaux projets de conversion des anciennes annexes de l’hôpital en centres pour personnes âgées ». Le texte à cet effet dans le journal du 28 novembre 1984. En conséquence, l’ancien conseiller Armand Brunet, qui s’était classé dixième au scrutin de novembre 1982, avait été choisi pour pourvoir au poste. Ça faisait beaucoup de changements au Conseil municipal dans une même année, sans compter les départs d’au moins trois employés clés.

Avatar de Inconnu

Vingt-neuf médaillés du bicentenaire dans la région

Le gouvernement ontarien s’y référait comme les « médailles du Bicentenaire de l’Ontario ». Au journal, nous avions décidé d’appuyer les organismes franco-ontariens et nous avions donc nommé les 29 bénévoles de la région qui recevraient les « médailles du Bicentenaire des Loyalistes » en reconnaissance « des services qu’ils ont rendus à la collectivité ».

Selon l’article dans Le Carillon du 7 novembre 1984, « la province ne rend hommage qu’à 1984 personnes bénévoles, mais que ces dernières représentent des centaines de milliers de bénévoles qui méritent une reconnaissance pour leurs services inestimables ».

Et ce qui m’avait fait sourire, le communiqué gouvernemental décrivait ainsi les médailles « frappées dans un alliage de nickel et d’or extraits en Ontario. Les armoiries de l’Ontario sont reproduites sur une face de la médaille, et sur l’autre, l’emblème du Bicentenaire de l’arrivée des Loyalistes en Ontario et l’inscription ‘La collectivité reconnaissante’ ». Le problème est que le gouvernement associait cette arrivée des Loyalistes et à la naissance de la province; les Franco-Ontariens de l’Est de la province avaient été là avant pourtant.

Et l’article nommait ensuite ces 29 récipiendaires et une courte description de leur mérite. Je reproduis cette liste au bénéfice des lecteurs. Ça me fait penser à ceux et celles qui viennent de recevoir récemment une médaille à l’occasion du jubilé des 60 ans du règne de la reine Elizabeth.

« John MacDonald, d’Alexandria : membre du club Richelieu et organisateur d’activités pour aider les enfants indigentes.

Ruth Paige, d’Alexandria : elle transporte des malades chez le médecin ou visite les malades pour leur apporter du réconfort ou une carte ou un cadeau.

Jacques Gratton, d’Alfred : capitaine des pompiers volontaires depuis quinze ans. L’an dernier, il a sauvé une famille de trois dont le logis était en flammes.

Suzanne Souligny, de St-Bernardin : une fondatrice du Cercle des fermières et membre active du comité des loisirs.

Laurence Gagnier, de St-Albert : elle a contribué à la fondation des Aînés francophones de l’Est de l’Ontario et plusieurs de leurs activités.

Donat Boulerice, de Casselman : membre des Chevaliers de Colomb depuis 25 ans.

Elsie Lacroix, de Hammond : membre de la Société du cancer et organisatrice de la campagne de fonds annuelle.

Antonin Lalonde, de Bourget : il apporte sa contribution à la communauté par sa participation au club Richelieu et au club Lapointe.

Roger Lalonde, de Rockland : membre du club Optimiste de St-Pascal-Baylon et ancien secrétaire de l’Association des travailleurs de Clarence.

Réjeanne Clermont, de St-Eugène : secrétaire du comité municipal des loisirs et membre de l’Association des parents et instituteurs. Elle est également cheftaine des Guides et Jeannettes.

Jean Benoit, de Crysler : chef des pompiers volontaires et actif dans plusieurs campagnes de fonds.

Raymonde Berniquez, de Hawkesbury : membre de la Croix-Rouge depuis 1971 et membre des Filles d’Isabelle depuis 1975; fondatrice d’une ligue féminine de balle-molle.

Jean-Guy Cyr, de Hawkesbury : il a consacré sa vie aux activités sportives impliquant des jeunes de sa communauté.

Eugène Frappier, de Hawkesbury : à 81 ans, il continue sa tradition de 20 ans d’enseigner le patinage aux jeunes garçons et filles.

Frank R. Lawler : le travail volontaire du chanoine Lawler englobe tous les groupes d’âge, les indigents, la Légion, la Bibliothèque et même la Cour.

Lucien Piette, de Hawkesbury : conseiller financier de sa paroisse catholique et récemment démissionnaire de son poste de vice-président du bureau des gouverneurs de l’hôpital Notre-Dame de Montréal, qu’il occupait depuis dix ans.

Naomi Proudfoot, de Hawkesbury : bénévole depuis de nombreuses années auprès de mouvements scolaires, paroissiaux et hospitaliers.

Angus McDonell, d’Alexandria : historien bien connu impliqué également dans les Jeux écossais de Glengarry.

Guy Cadieux, de L’Orignal : connu sous le nom de ‘M. Récréation’ à cause de son bénévolat de vingt années.

Gérard Massie, d’Alexandria : nombreuses heures consacrées à sa communauté comme membre du Conseil municipal du canton de Lochiel depuis 1962.

Alexandre Séguin, de L’Orignal : membre du club Richelieu de Hawkesbury depuis 1955 et trésorier du Richelieu International.

Margaret Mutch, de Maxville : participante active auprès du club de curling de Maxville et des Jeux écossais de Glengarry.

Gérald Séguin, de Plantagenet : premier citoyen de ce village à devenir médecin. Il a retourné dans sa communauté où il a mérité le respect de tous.

Jacques Lemay, de Rockland : récipiendaire de nombreux honneurs pour son implication constante dans l’organisation sportive communautaire.

Émile Aubé, de Moose Creek : le premier service de pompiers volontaires était installé dans son sous-sol. Quand il y avait un incendie, il chargeait l’équipement dans son propre camion et se rendait au feu.

Réjeanne Bourgeois, d’Embrun : impliquée dans de nombreux événements sociaux et participante à un sondage sur les besoins en logement des personnes âgées.

Ernest Burton, de Russell : longtemps actif dans les affaires municipales ainsi que dans les clubs 4-H locaux et provinciaux.

Rolland Lepage, d’Embrun : un des instigateurs du projet d’un aréna dans ce village, qui a siégé pendant plusieurs années au sein de son bureau de direction.

Gaston Lalonde, de Fournier : chef des pompiers volontaires depuis 1968 et actif dans les ligues de balle-molle et de baseball.

Bernard Lamoureux, de St-Isidore-de-Prescott : pompier volontaire depuis 25 ans et un des fondateurs du comité des loisirs. Il a aussi contribué à la construction de la bibliothèque et du centre médical.

La plupart de ces personnes ne vous disent sans doute rien, et un grand nombre sont décédées, mais dans leur communauté respective, à cette époque, elles étaient connues et respectées. J’ai voulu consigner leurs noms sur le Web par le biais de mon blogue… et si jamais quelqu’un cherche leur nom dans Google…

Avatar de Inconnu

Jean Poirier était le seul candidat

Cette fois, ils n’étaient que 500 et c’était suffisant pour remplir la salle communautaire de St-Isidore. Par contre, le choix de Jean Poirier, comme prochain candidat libéral dans Prescott-Russell, avait été simple et rapide… il était le seul candidat. Le leader libéral et futur premier ministre, David Peterson, était là pour motiver ses troupes libérales (dans les deux langues officielles) parce que la prochaine campagne s’annoncerait difficile avec le candidat conservateur Gaston Patenaude dans les rangs. Parmi les citations de Poirier : « Le soleil se lève dans l’Est et c’est un soleil… libéral », puis « Au printemps, on va planter des bleus… » Et la guerre était lancée pour l’élection complémentaire du 13 décembre que déclencherait Bill Davis pour Prescott-Russell la semaine suivante du congrès libéral. Tout ça dans l’édition du 24 octobre 1984 du journal Le Carillon.

* * *

Dans ma chronique du 31 octobre 1984 : « Ce commentaire provient du psychologue Joe Connelly, qui parlait de la motivation dans notre époque en changement perpétuel. Il disait comme les personnes âgées étaient importantes dans notre économie : ‘Qui d’autre a de l’argent dans les cheveux, de l’or dans la bouche et du gaz dans l’estomac!’ »

* * *

Si mes calculs sont bons, Dupuis Ford de Casselman fait des affaires depuis pas moins de 64 ans. Ce n’est pas rien. Dans le journal du 31 octobre 1984, une section publicitaire de quatre pages fait la promotion des nouvelles installations de « Dupuis Mercury de Casselman » dont ce serait l’inauguration officielle la fin de semaine suivante. Dans une page, on présente un « recul historique » du concessionnaire automobile :

« 1949 marque le début d’une grande ouverture qui n’est pas près de se terminer avec 35 ans d’histoire. En cette année, M. Raymond Dupuis débutait dans la vente d’automobiles usagées et son lieu de location, à l’époque, était sur le terrain de l’église de Casselman.

En 1957, il vint s’installer sur la rue St-Isidore, qui est toujours l’emplacement actuel.

En 1958, Donald, le fils de M. Dupuis, s’impliqua petit à petit dans les rouages de l’entreprise familiale alors qu’il était tout jeune.

En 1966, Donald débuta dans le département des pièces ainsi qu’au service. C’est également à cette période que Dupuis Automobile devint concessionnaire Ford-Mercury.

Connaissant une progression constante, le département des ventes devint sous la responsabilité de Donald. Tout au long de ces années et ce jusqu’en 1979, Mme Fernande Dupuis, l’épouse de M. Dupuis, joua un rôle important dans l’évolution de l’entreprise familiale puisqu’elle s’y impliqua activement en tant que comptable.

En 1975, on désigna la responsabilité de cette tâche à Diane, un autre membre de la famille Dupuis, qui assume toujours aujourd’hui le poste.

En 1981, Donald prit la responsabilité de la vice-présidence de l’entreprise familiale, lors du décès de son père. À cette période de la crise économique, rien ne fut facile pour les membres de la famille Dupuis qui durent lutter avec acharnement.

Toujours en 1981, l’entreprise familiale connut une relance. En effet, après 2 ans d’absence, Mme Dupuis décida de venir épauler son fils Donald et, ensemble, ils relevèrent de nouveaux défis.

En 1984, afin d’améliorer le service à la clientèle, Michel, un autre membre de la famille, s’est joint à l’équipe en place en ayant la responsabilité du département de service. Rappelons qu’une réussite de ce genre dans une entreprise ne se fait pas sans la collaboration d’employés qui, au cours des années, ont contribué grandement au succès que nous célébrons aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle la famille Dupuis tient à leur rendre un hommage particulier.

En guise de conclusion, la direction et le personnel aimeraient adresser leurs plus sincères remerciements à leurs clients, pour la confiance et l’encouragement témoignés au cours de toutes les années.

Et, n’oubliez pas que nous sommes toujours là pour continuer à bien vous servir. »

Pendant plusieurs années, cette même famille Dupuis a mis ses installations et ses bénévoles au service de la cause du cancer du sein en parrainant entre autres un rallye automobile.

Avatar de Inconnu

Les conservateurs ne voulaient pas se laisser damer le pion

Marinette Roy-Lalande, Roland Saumure, Guy Génier, Gaston Patenaude, Marcel Leduc et Laurent Perrier. Ces six personnes voulaient être le candidat progressiste-conservateur aux prochaines élections provinciales ontariennes et tenter de redonner Prescott-Russell à leur parti puisque Don Boudria n’était plus dans leur chemin. Comme Le Carillon du 10 octobre 1984 en fait état, c’est le maire du canton de Russell, Gaston Patenaude, qui sera le porte-étendard et il aura fallu trois tours de scrutin pour le déterminer. Mme Roy-Lalande avait retiré sa candidature avant le premier tour de scrutin afin d’appuyer le Dr Génier, comme Leduc le ferait plus tard, alors que les candidats Saumure et Perrier appuieraient éventuellement Patenaude. L’aréna de Rockland, qui allait beaucoup plus tard porter le nom de Jean-Marc Lalonde, débordait de tous les coins. Les conservateurs, n’oubliant pas la démonstration libérale de juillet précédent au complexe sportif de Hawkesbury, ne voulaient pas paraître moins bien organisés. Ils étaient plus de 3000 à Rockland ce soir-là avec pancartes, macarons, chansons et cris de ralliement. 1984 avait été une bonne année sur le plan des rencontres politiques dans Prescott-Russell. En éditorial, j’avais commenté que « les conservateurs n’ont rien prouvé, jeudi soir dernier à Rockland, sauf que certains d’entre eux sont prétentieux et qu’ils se prennent un peu pour d’autres à la veille d’un scrutin provincial ou même complémentaire ». Et en référence aux deux grands rassemblements libéraux et conservateurs, j’ajoutais que « l’exercice demeure une belle démonstration de démocratie et de jeux politiques à l’œuvre chez nous. Après un quart de siècle plutôt monotone dans la politique régionale, les ‘gros cirques’ de nos libéraux et conservateurs ont ravivé l’intérêt du public. Et ça, c’est bon pour tout le monde. » L’expérience ne se répéterait pas, tristement.

* * *

Des noms qui rappellent des souvenirs et certains sont encore actifs dans le monde de la radio. Je parle d’une publicité de « CHPR 1110 AM La bonne fréquence » dans le journal du 10 octobre 1984. L’annonce nomme les principaux animateurs ou collaborateurs: Robert Prévost (À la bonne heure de bonne humeur), Murielle Cliche (La recette du jour), Lisette Durand (L’heure Durand), Jean Bruyère (Le retour à la maison), Bruno Marchand (L’heure du lunch), Yvon Legault (Le rendez-vous sportif), en plus de l’animateur de l’ACFO, Jean Poirier (qui n’était pas encore député), et du conseiller en publicité Robert Brunet.

* * *

Selon le journal du 17 octobre 1984, le député fédéral Don Boudria est nommé critique d’Approvisionnements et services dans le cabinet fantôme de John Turner. Après tout, Boudria s’occupait d’approvisionnements quand il travaillait à la Chambre des communes. Pour Turner, chacun de ses 40 députés avait obtenu un poste de critique étant donné que Mulroney avait nommé 40 ministres.

* * *

Le chanoine Frank Lawler s’occupait de la paroisse anglicane Holy Trinity à Hawkesbury et était omniprésent sur la scène locale de Hawkesbury. Dans le journal du 17 octobre 1984, nous apprenons qu’il prend « une semi-retraite après 34 ans de prêtrise ». Ce pasteur parfaitement bilingue et à l’esprit œcuménique était énormément sympathique et croyait fermement au rapprochement des deux cultures canadiennes et des religions chrétiennes. Je l’ai côtoyé souvent, surtout quand son fils Frank Andrew (étudiant à Harvard en 1984) fréquentait la même école prématernelle que ma fille Dominique. Quant à Frank, « on l’a accepté parce qu’il s’est assimilé à la communauté. Il a siégé depuis son arrivée à Hawkesbury en 1972, sur le comité de la bibliothèque municipale, le conseil de la santé et a été membre du club Rotary. Il se faisait un devoir d’assister à un grand nombre d’activités de bienfaisance. »

Avatar de Inconnu

Mulroney avait eu l’embarras du choix

Le nouveau Premier ministre progressiste-conservateur Brian Mulroney s’est doté évidemment d’un cabinet pour diriger les destinées du pays. Dans l’édition du 19 septembre 1984 du journal Le Carillon, nous retrouvons la liste complète des nouveaux ministres. Pour une raison ou une autre, ces noms me sont tous familiers quasiment trente ans plus tard : George Hees, Duff Roblin (un sénateur), Joe Clark, Flora MacDonald, Érik Nielsen, John Crosbie, Roch LaSalle, Don Mazankowski, Elmer MacKay, Jake Epp, John Fraser, Sinclair Stevens, John Wise, Ray Hnatyshyn (qui allait éventuellement devenir gouverneur général), David Crombie, Robert René de Cotret, Perrin Beatty, Michael Wilson, Robert Coates, Harvie Andre (qui était ministre responsable de Postes Canada quand je suis devenu un employé de cette société d’État), Jack Murta, Otto Jelinek, Tom Siddon, Charles Mayer, Bill McKnight, Walter McLean, Tom McMillan, Pat Carney, André Bissonnette, Suzanne Blais-Grenier, Benoit Bouchard (dont le chef de cabinet, Antoine Normand, deviendrait un jour mon directeur aux Communications avec les employés à Postes Canada), Andrée Champagne (oui, celle qui incarnait Donalda dans Les Belles Histoires des Pays-d’en-Haut), Michel Côté, James Kelleher, Bob Layton, Marcel Masse, Barbara McDougall, Gerald Merithew et Monique Vézina. Avec tous les députés qu’il avait fait élire partout au pays, Mulroney avait le choix de gens compétents.

* * *

Dans l’édition du 3 octobre 1984, nous annonçons que la Compagnie d’édition André Paquette « vient d’acheter la totalité des actions de Bonjour Chez Nous Inc., de Rockland. C’est la compagnie ‘Les Éditions de la Baie des Chaleurs’ qui détenait la majorité des actions de cette entreprise qui publie les journaux Bonjour Chez Nous à Rockland et Orléans Express à Orléans. (…) Toute l’équipe actuelle restera en place avec les mêmes directeurs: Marc Ouellette, directeur général; Jocelyne Dallaie, directrice d’Orléans Express; et Marcel Laurin, directeur de Bonjour Chez Nous. » En passant, la dernière fois que j’ai entendu parler de Marc, il était devenu vice-président principal chez Transcontinental Médias; les médias étaient sa vie.

* * *

Un petit entrefilet dans ma chronique du 3 octobre 1984 : « Notre journaliste Monique Castonguay commence son congé de maternité vendredi. Elle reprendra son poste à la fin de février après être devenue la première employée du Carillon à donner naissance à un bébé pendant qu’elle est employée. » Le bébé, en passant, s’appellerait Guillaume et aujourd’hui, il est lui-même père de famille. On ne peut arrêter le temps!

* * *

Le premier ministre ontarien Bill Davis avait surpris tout le monde en annonçant sa démission le 8 octobre 1984. Quand il avait convoqué la presse, comme le rapporte le journal du 10 octobre 1984, on s’attendait à ce qu’il déclenche des élections « pour le 22 novembre comme le voulaient les rumeurs » et c’est pour cette raison que les conservateurs de Prescott-Russell avaient organisé un congrès de sélection de candidat à Rockland. (Note du blogueur: Je vous en reparle dans mon billet de demain.) En fait, Davis voulait annoncer « la possibilité d’une course au leadership pour le mois de janvier ».