Les députés franco-ontariens à Queen’s Park (2e partie)

Le balayage tory

En 1929, les conservateurs de Ferguson sont reportés au pouvoir. Il n’y a pas eu de ressac chez les anglophones; qui plus est, tous les comtés francophones passent aux mains des tories. L’est ontarien, pourtant de tradition fort libérale, fait élire Charles Séguin (Russell), Joseph St-Denis (Prescott) et Louis Côté (Ottawa-Est). Paul Poisson et Henri Morel sont réélus dans Essex-Nord et Nipissing-Ouest respectivement. Enfin, Albert Aubin ramène la circonscription de Sturgeon Falls sous un ciel bleu-tory.

C’est à se demander si les Franco-Ontariens ont la mémoire trop courte. Pourquoi cette confiance en un parti qui a bafoué les droits les plus élémentaires d’une communauté tout entière? Le geste réparateur d’un Ferguson a-t-il cicatrisé si rapidement la plaie? Il faut croire que non puisque les Franco-Ontariens ne sont pas prêts à appuyer le nouveau chef conservateur, G.S. Henry, aux élections de 1934. Les libéraux, sous la bannière de M.F. Hepburn, remportent en effet tous les sièges « francophones : Arthur DesRosiers (Russell), Aurélien Bélanger (Prescott), Adélard Trottier (Essex-Nord), Théo Legault (Nipissing-Ouest), Ed. Lapierre (Sudbury) et Paul Leduc (Ottawa-Est). Ce dernier est même nommé ministre des Mines.

Les libéraux se maintiennent au pouvoir pendant une dizaine d’années et, malgré le retour des conservateurs au pouvoir en 1943 (minoritaires) et en 1945 (majoritaires), les députés francophones conservent leur allégeance libérale. Ce sont les anciens, comme Leduc, Bélanger et Trottier, puis des nouveaux comme Roméo Bégin (Russell), Aurélien Chartrand (Ottawa-Est), J.E. Cholette et Victor Martin (Nipissing), ainsi qu’Alex Parent (Essex-Nord).

C’est à partir de 1948 que la situation change, que les couleurs politiques des Franco-Ontariens se modifient. Prescott et Russell brisent la tradition libérale, notamment avec l’arrivée de l’honorable Louis Cécile; de plus, le nouveau comté de Glengarry est occupé par le conservateur Osie Villeneuve. Les libéraux gardent Ottawa avec Chartrand et Essex-Nord avec Arthur Réaume. Au scrutin de 1955, les Franco-Ontariens accordent encore plus leur confiance aux hommes de Leslie Frost. Jules Morin se fait élire à Ottawa, Rhéal Bélisle à Sudbury (Nickel Belt) et Jean-Marc Chaput dans Nipissing-Ouest. La région de l’est reste bleue, tout comme Essex-Nord demeure rouge avec Réaume. Celui-ci est le dernier francophone à représenter le sud-Ouest à Queen’s Park.

Robarts et Davis

Comme on le sait, les conservateurs sont au pouvoir depuis quarante ans. Durant les années soixante, le premier ministre Robarts démontre une véritable compréhension à l’endroit des Franco-Ontariens et à l’égard de leurs droits. Ce sont aussi les années où ceux-ci sont le mieux représentés au sein du Cabinet : Fernand Guindon et René Brunelle. Le Moyen-Nord reste plus sceptique, du moins partagé, alors que le néo-démocrate Elie Martel se fait élire à Sudbury-Est et que le conservateur Gaston Demers succède à Rhéal Bélisle, devenu sénateur.

Sous Bill Davis, les Franco-Ontariens semblent satisfaits, du moins au début. Ce premier ministre n’a-t-il pas été ministre de l’Éducation sous Robarts? Des gains scolaires n’ont-ils pas été obtenus? Aussi les Bélanger, Villeneuve, Guindon et Brunelle demeurent-ils en place. Léo Bernier vient même s’ajouter au clan en se faisant élire dans le nouveau comté de Kenora. Le libéral Albert Roy reprend cependant Ottawa-Est et Elie Martel maintient Sudbury-Est. Aux dernières élections, les Franco-Ontariens affichent davantage leur mécontentement vis-à-vis de monsieur Davis, alors que Don Boudria ramène Prescott-Russell dans la tradition libérale.

Les Franco-Ontariens ne mettent plus tous leurs œufs dans le même panier. Pour défendre leurs droits, ils comptent sur trois conservateurs, deux libéraux et un néo-démocrate.

(Note du blogueur : Dans Prescott-Russell, depuis Boudria, il n’y a eu que des députés libéraux franco-ontariens à Queen’s Park (Jean Poirier et Jean-Marc Lalonde), alors que le successeur de Lalonde, Grant Crack, est un libéral anglophone.)

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