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Des cours de français et d’anglais pour tous les Canadiens

Je ne crois que sa suggestion ait été bien loin. Quoi qu’il en soit, dans le journal Le Carillon du 17 octobre 1968, nous apprenons que le député Viateur Éthier « désire que le gouvernement institue des cours du soir portant sur la conversation française et anglaise dans toutes les villes du Canada afin de permettre à tous les Canadiens d’apprendre à s’exprimer dans les deux langues officielles du pays ». L’article poursuit en affirmant que « la Chambre s’est déclarée favorable à ce que le gouvernement fédéral étudie la possibilité, après consultation et entente avec les provinces, d’instituer de tels cours ». Voilà pour les bonnes intentions… mais l’enfer n’en est-il pas pavé?

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Je ne sais pas ce que je fais là. Je viens de me marier et ma fille Dominique n’est pas encore dans le portrait, pas pour neuf autres mois en tout cas, mais je me retrouve trésorier du comité central de l’Association des parents et instituteurs de la paroisse St-Alphonse-de-Liguori, paroisse dont je ne fais même pas partie. Je suis dans une photo de l’édition du 24 octobre 1968. J’en conclus, en rétrospective, que j’avais été « charmé » par les belles Marinette Lalande, présidente, Rollande Currier, vice-présidente, et Claudette Ouimet, secrétaire, les autres membres du comité. Je dois dire aussi qu’elles étaient épouses d’hommes influents dont j’avais besoin comme contacts pour le journal! (Le fils de Claudette, Francis, est apparu un jour dans le groupe des communications de Postes Canada où je travaillais. Il m’a montré cette même photo que sa mère avait conservée.)

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Je retiens l’éditorial de mon collègue Jean-Robert Danis dans l’édition du 24 octobre, intitulé « Un dur coup pour la presse ». Il y est question d’une récente annonce du ministre des Postes, Eric Kierans, « à la tête d’un ministère perpétuellement en mal de déficit ». Kierans propose de majorer les tarifs postaux pour les publications « de l’ordre de 275 p. cent ». L’éditorial se référait aussi aux accords « américano-canadiens de réciprocité » qui libéraient les grandes publications telles Time, Life, Look et Reader’s Digest des tarifs postaux. « M. Kierans et le gouvernement Trudeau pourraient tout au moins faire preuve de juste en accordant un traitement égal aux publications canadiennes. » Les attaques des journaux contre Postes Canada allaient se prolonger pendant de nombreuses années. Au journal, nous avions toujours l’impression que le personnel du bureau de poste de Hawkesbury faisait tout leur possible pour nous créer des problèmes. Les responsables de la vérification des revenus, par exemple, mesuraient chaque article, chaque annonce, pour s’assurer que la proportion entre les deux était conforme aux directives sur les publications. Trop d’espace de publicité et le journal n’était plus qu’une ignoble circulaire.

Lorsque le ministère des Postes est devenu la Société canadienne des postes, il devenait encore plus important de garantir les revenus postaux. Je me souviens lors d’un congrès de la Canadian Community Newspapers Association à Edmonton (en Alberta), Michael Warren, alors PDG de Postes Canada, avait averti les éditeurs des journaux communautaires que sa société ferait tout pour obtenir une plus grande part de la distribution des encarts publicitaires, si lucratifs pour les médias. Plusieurs années plus tard, alors que j’étais d’ailleurs au service de Postes Canada, la société avait même créé une section spéciale pour livrer exclusivement des circulaires publicitaires. Quand Publi-Sac est arrivée dans le portrait, les médias se sont ligués contre Postes Canada et ont exercé tellement de pressions sur l’actionnaire (le gouvernement fédéral) qu’elle a été obligée de démanteler son groupe spécial de livraison. Ce qui n’empêche pas Postes Canada de livrer encore des circulaires dans votre boîte aux lettres, mais les journaux et les « publi-sacs » de ce monde en distribuent beaucoup plus.

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Consolidated Foods… et Wonder Bra

Je vous avais signalé dans un billet précédent que le développement industriel de Hawkesbury s’axait autour du textile. Voilà que l’édition du 10 octobre 1968 du journal Le Carillon annonce la création de 200 nouveaux emplois à Hawkesbury avec l’arrivée prochaine de la Canadian Lady-Canadelle Inc., une filiale du géant américain Consolidated Foods Corporation, de Chicago.

Remarquez le mot « Foods » dans le nom de la société-mère. Ce qui explique mal que Canadian Lady-Canadelle fabriquerait des vêtements féminins de base sous « la fameuse marque Wonder Bra ». Il s’agit de la septième nouvelle industrie à s’installer à Hawkesbury depuis la désignation fédérale de « zone défavorisée » d’avril 1967. Cette usine a fermé ses portes il y a plusieurs années.

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Dans cette même édition du 10 octobre, on y lit que le député fédéral Viateur Ethier a fait adopter un projet de loi aux Communes qui ferait en sorte que sa circonscription de « Glengarry-Prescott » allait dorénavant être connue sous le nom de « Glengarry-Prescott-Russell » pour refléter l’intégration de la plupart de l’ancienne circonscription de Russell lors de la récente révision de la carte électorale fédérale. C’est toujours ainsi qu’on l’a connaît aujourd’hui.

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J’essaie de me souvenir pourquoi il avait été important de souligner, dans l’édition du 10 octobre 1968 toujours, que la télé de Radio-Canada présenterait les joutes des Canadiens « au complet » à compter de la nouvelle saison. Je crois que jusque-là, les matchs étaient diffusés à compter du début de la deuxième période. Je n’ai pu trouver quoi que ce soit pour me l’expliquer et ma mémoire fait très défaut pour ce point.

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C’est au tour des écoles séparées de se réorganiser

Le regroupement des commissions scolaires en Ontario approche. Cette fois, ce sont les commissaires des écoles séparées qui conviennent du protocole du regroupement dans les comtés de Prescott et Russell. Quelques mois auparavant, on leur avait expliqué qu’il serait nettement préférable qu’ils s’organisent entre eux plutôt que de voir le gouvernement ontarien leur imposer des modalités de regroupement qui iraient à l’encontre de leurs désirs.

Ainsi, dans l’édition du journal Le Carillon du 19 septembre 1968, un article nous rappelle que les comtés de Prescott et de Russell comptent 35 commissions d’écoles séparées et un total de 200 commissaires. Le 1er janvier 1969, les écoles séparées seront gérées par une seule commission scolaire composée de dix élus. J’y reviendrai. Le même procédé se produit dans les comtés voisins de Stormont, Dundas et Glengarry et la ville de Cornwall. Dans ce cas, les 35 commissions scolaires séparées seront regroupées en une seule entité gérée par douze commissaires, dont huit seront de Cornwall et les quatre autres des trois comtés avoisinants.

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Dans l’édition du 26 septembre 1968, je signe un publireportage sur l’inauguration officielle de la nouvelle école élémentaire Paul VI. J’adopte alors la signature « par Jean-M. Filion »; c’est celle que j’allais conserver jusqu’à mon départ du journal en 1987. Dans ce métier, fallait bien avoir un certain égo!

Dans une annonce, l’entrepreneur Sinclair Supply Co. Ltd affirmait que l’école Paul VI était « la plus vaste école élémentaire de l’Ontario ». Je n’ai aucune idée si c’était vrai. Une photo montre des enfants du jardin d’enfants et précise que le jardin accueille quotidiennement 75 enfants (c’est beaucoup!) dans deux classes dont les titulaires sont Pierrette Laurin et Louise Filion (elle portait ce nom de famille depuis notre mariage six semaines plus tôt). Dans une autre annonce, c’est l’Hydro de Hawkesbury qui annonce fièrement que l’école Paul VI est « le seul édifice de la rue Principale éclairé la nuit ». Nous sommes en 1968, bien sûr. L’économie d’énergie n’est pas à l’ordre du jour.

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« Pleins feux sur l’Ontario » était le titre d’une nouvelle rubrique du journal Le Carillon sous la plume du journaliste Marcel Desjardins. Un texte à la une de l’édition du 3 octobre 1968 explique que Marcel, qui avait commencé sa carrière du journal Le Carillon dix ans plus tôt, étudiait les sciences politiques à l’Université de Toronto grâce à une bourse que lui avait octroyée la chaîne de journaux Southam Publishing. Avant la fin de l’année, il allait signer les éditoriaux du journal Le Carillon, ce qu’il allait continuer à faire pendant une autre année au moins. J’ai rencontré Marcel la dernière fois en 1997 lors de la célébration des 50 ans du journal Le Carillon. Nous avions été invités, tous deux, à prononcer un court discours sur nos années au journal. Il était alors vice-président du journal La Presse. Je me souviens de cette dernière rencontre. Il m’avait annoncé le nom de celui qui allait devenir mon vice-président à Postes Canada. Il était au courant, parce que c’était son ami. À Postes Canada, on ne nous l’avait pas encore annoncé. Ce vice-président est Alain Guilbert, mon collaborateur de blogue. Marcel est décédé le 10 février 2003 des conséquences du diabète, une maladie dont je suis aussi affligé (mais sous contrôle heureusement).

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Démocratie, domination et conservation de liberté

Dans le journal Le Carillon du 12 septembre 1968, le député Albert Bélanger invite « tous les adultes » à l’assemblée annuelle de l’Association progressiste-conservatrice. Il écrit dans son annonce : « Un bon gouvernement démocratique dominera tant que le monde y participera. Faites votre possible pour y assister et vous conserverez votre liberté. »

Démocratie et domination… conserver sa liberté… de quoi avait-il donc peur? J’aurais dû poser la question à l’époque. Avec le faible taux de participation politique que l’on connaît en 2011, il est évident qu’un tel message n’a eu aucun mérite auprès des électeurs. Il faut aussi retenir que nous sommes en 1968, en pleine révolution tranquille, en pleine montée du souverainisme dans la province voisine.

Quoi qu’il en soit, cette assemblée générale donnerait lieu à la création d’une nouvelle section jeunesse la semaine suivante. Une vingtaine de jeunes de 30 ans et moins avaient donné le coup d’envoi à l’Association des jeunes conservateurs de Prescott-Russell. Et qui avait hérité de la présidence? Maureen McTeer, de Cumberland, bien évidemment, la future conjointe de Joe Clark. Sa sœur Colleen en était la deuxième vice-présidente, alors que le premier vice-président était Lucien Denis, de Hawkesbury. Lucien était le fils de Bernard, du service de publicité du journal, et allait éventuellement lui-même devenir vendeur dans l’équipe de son père. John McTeer, le père de Maureen, avait été élu vice-président de l’Association progressiste-conservatrice… celle des « adultes »! Marcel Gélineau, le préfet de la ville de Hawkesbury, avait été choisi président, aux dépens de McTeer.

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Voici un autre exemple du passage du temps… et de l’inflation. Dans cette même édition du 12 septembre, E. Cornett Realtors annonce un « Nouveau plan de construction pour la ville de Hawkesbury ». L’entreprise écrit : « Nous pouvons vous construire selon vos devis et désirs au prix modique de $13,800 avec dépôt de $800.00 » si vous n’avez pas déjà votre terrain. Les intéressés ont le choix de plusieurs modèles. Et qu’est-ce que ce prix vous donne? « Fondation de ciment coulé de 10 pouces. Brique de glaise no 1. Plâtre ou Gyproc. Tuile ou bois franc. Fenêtres ‘sashless’ et thermos. Armoires finies en acajou. Chambre de bain 4 morceaux en fonte, avec plancher de céramique et mosaïque. Fournaise centrale à air forcé. Couverture de goudron et gravier. Pelouse complétée. » Aujourd’hui, un tel montant suffit à peine à payer les taxes!

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Un hommage éditorial à John Robarts

Dans l’édition du journal Le Carillon du 1er août 1968, l’éditorialiste Jean-Robert Danis (ancien journaliste du journal qui était revenu au bercail après quelques années au journal Le Droit, frère du directeur du journal, Bernard, et beau-frère du journaliste Marcel Desjardins, futur vice-président de La Presse) rend hommage à John Robarts et sa décision de reconnaître la langue française à l’Assemblée législative de l’Ontario.

Danis écrit que « le gouvernement Robarts mérite d’être félicité pour son dernier geste. Sans tambour, ni trompette, il a, sans doute, fait beaucoup plus que le gouvernement central, au cours des dernières années, pour assurer la survie de la Confédération canadienne, en contribuant à améliorer le sort des Franco-Ontariens ». L’éditorialiste ajoute que « dans le domaine de l’éducation seulement, le régime Robarts a établi une meilleure répartition des subventions gouvernementales entre les écoles publiques et les écoles séparées, assurant ainsi justice aux Franco-Ontariens. (…) Ces mesures dans l’éducation combinées aux diverses positions adoptées par le gouvernement Robarts lors de la Conférence sur la Confédération de demain dans la Ville Reine, en novembre dernier, et lors de la conférence fédérale-provinciale sur la Constitution à Ottawa, en février, permettent aux Franco-Ontariens d’envisager avec optimisme leur avenir dans la plus riche et la plus peuplée des provinces canadiennes ».

En passant, Jean-Robert est décédé il y a quelques années après s’être étouffé avec un morceau de carapace de homard dans un restaurant de Hawkesbury; il ne s’en était pas remis. Jean-Robert avait quitté Le Carillon pour lancer son propre journal, L’Express, racheté plus tard par les Éditions André-Paquette. Bernard est décédé lui aussi depuis très longtemps, tandis que Marcel est malheureusement lui aussi disparu bien avant son temps, il y a quelques années à peine.

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Dans l’édition du 15 août 1968, les Manufactures LaSalle annoncent l’ouverture de leur nouveau magasin à Hawkesbury. LaSalle, qui avait un petit magasin sur la rue Bertha, avait décidé de déménager dans des locaux plus imposants à cause de leur popularité sur la scène locale. LaSalle aménagera dans un nouvel édifice construit pour loger l’épicerie Rozon. L’ancien local allait devenir le siège administratif du nouveau Conseil de l’éducation de Prescott-Russell qui allait naître le 1er janvier 1969. J’y reviendrai.

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En passant, les photos des danseuses en vedette dans les divers hôtels du coin sont de plus en plus censurées par des barres noires. La danse exotique était devenue la danse érotique. Vers cette période, la Sûreté municipale de Hawkesbury avait créé des problèmes pour un hôtelier de Lachute qui avait distribué des annonces pour ses danseuses dans la ville; cet hôtelier voulait éviter la « censure » des journaux régionaux. La Sûreté avait jugé les circulaires pornographiques.

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Dans l’édition du 29 août, c’est Astro Industries Ltd qui annonce son arrivée prochaine à Hawkesbury, dans le parc industriel bien entendu. Ce sera une filiale de la compagnie Knitted Outaward Mills. L’entreprise se spécialiste dans la texturation de filés synthétiques pour utilisation dans le tricot et le tissage. Une trentaine de nouveaux emplois. Une nouvelle industrie de plus. Vous remarquerez que les nouvelles industries semblent toutes être du secteur du textile… moins payant pour les employés. Plusieurs de ces industries plieront éventuellement bagages pour le ciel mexicain ou l’Asie. Elles avaient bien entendu perdu les avantages liés à la désignation de « zone défavorisée », qui n’avait pas été éternelle bien sûr. Plus il y avait de nouvelles industries, moins défavorisée était la zone.

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Les enfants « spéciaux » seront intégrés avec les autres

« Dès janvier 1969, les classes pour enfants arriérés seront intégrées au système scolaire » affirme le titre d’un article en page 4 de l’édition du 11 juillet 1968 du journal Le Carillon. L’expression est brutale, mais c’est comme ça qu’on le disait et l’écrivait à cette époque. Quoi qu’il en soit, « par son projet de loi 120, le gouvernement ontarien a décidé d’inclure, dès le 1er janvier 1969, les classes spéciales pour arriérés mentaux dans le système scolaire base de comté ». C’est ainsi qu’à partir de cette date, la nouvelle commission scolaire régionale devait « pourvoir à l’éducation de ces enfants et assumer le coût des salaires des institutrices, des moyens de transport ainsi que de tous autres frais provenant de l’entretien de ces classes ». Dans le même ordre, « la commission scolaire régionale devra trouver des locaux convenables pour tous les enfants mentalement arriérés des comtés unis de Prescott et Russell ». Vous voyez comme les temps ont changé. Aujourd’hui, de tels services sont tenus pour acquis.

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Dans l’édition du 18 juillet, on apprend que la construction de l’annexe de l’école secondaire Vankleek Hill Collegiate Institute coûtera plus cher que prévu, soit 410 000 $ au lieu de 374 447 $, le montant du contrat adjugé à Baldock Engineering and Construction, d’Ottawa. Quelque 43 ans plus tard, en mai 2011, cette annexe et l’école originale viennent d’être démolies puisqu’elles ont été remplacées par une toute nouvelle école secondaire… plus petite pour refléter l’inscription à la baisse. Décidément, nos constructions ne durent pas longtemps. Il faudrait que les constructeurs du Moyen-Âge reviennent nous expliquer leurs techniques.

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L’édition du 25 juillet annonce l’arrivée à Hawkesbury de la compagnie Tul Safety Equipment, de Granby. Une cinquantaine de nouveaux emplois dans cette manufacture de ceintures et de canots de sauvetage. Tul et les quatre autres industries qui ont annoncé leur installation Hawkesbury créeront donc un total de 400 nouveaux emplois. Et il y en aura d’autres à venir.

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Les 24 000 postiers sont en grève nationale depuis le 18 juillet 1968, dont les douze du bureau de poste de Hawkesbury. La distribution du journal est touchée et les industries locales se donnent la main pour créer leur propre service de courrier temporaire. Le bureau de télégraphie de la gare locale fonctionne à pleine vapeur, surtout pour les mandats monétaires. La grève durera trois semaines. C’est au cours de cette négociation ardue que le Syndicat des postiers du Canada allait obtenir l’imposition da la formule Rand pour ses membres.

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L’homme qui aimait les chevaux (*)

par Alain Guilbert

Quand l’ex-maire de Cowansville et fondateur de la ville de Bromont, Roland Désourdy, ou « Monsieur Roland » comme tout le monde l’appelait familièrement, est décédé à la fin d’avril, La Presse lui a consacré un long article sous le titre « L’homme qui aimait les chevaux » (*).

Je ne raconterai pas sa longue vie (il était âgé de 93 ans au moment de son décès), ni ses nombreuses réalisations dans le monde des affaires, dont des grands travaux comme le (Stade olympique, les barrages à la Baie-James, l’Hôpital Charles-Lemoyne, etc.), ce qui a été largement fait par d’autres qui l’ont mieux connu que moi.

Mais je veux plutôt vous parler de cet « homme qui aimait les chevaux » au point d’être au centre de décisions que la plupart des gens ignorent, mais qui ont eu des retombées considérables non seulement pour la région Cowansville-Bromont-Granby, mais aussi pour tout le Québec.

Parlons d’abord des compétitions équestres des Jeux olympiques de Montréal qui ont eu lieu dans le site enchanteur de Bromont. À l’origine, le Comité organisateur des Jeux (Cojo) avait prévu présenter le concours d’obstacles à l’île Ste-Hélène et le concours de dressage à l’Autostade, le long de l’autoroute Bonaventure, là où on avait aménagé un vaste stationnement pendant l’Expo 67. Mais quand les experts techniques de la Fédération équestre internationale sont venus visiter les lieux proposés, ils les ont refusés. La raison: ils craignaient que le bruit de la circulation sur le pont Jacques-Cartier (au-dessus de l’île Ste-Hélène) et le long de l’autoroute Bonaventure « énerve » les chevaux au point de perturber les compétitions. Ils avaient sans doute raison.

Il a donc fallu trouver d’autres lieux. Le président de la Fédération équestre canadienne, George Jacobson, avait alors proposé le centre équestre dont il était le propriétaire à Hudson, en banlieue ouest de Montréal, et il était largement favori pour obtenir l’appui du Cojo et celui de la Fédération équestre internationale.

Mais c’était sans compter sans « Monsieur Roland » qui, lui, voulait plutôt que ces épreuves soient présentées à Bromont.

La Fédération équestre internationale, qui était alors présidée par le prince Philip, conjoint de Sa Majesté la reine Elizabeth, avait dépêché son directeur technique, le major Rourke, pour vérifier les deux nouveaux sites proposés et en recommander un pour la tenue des compétitions. Quand le major Rourke, un Britannique « pure laine », s’est présenté à Bromont en compagnie de représentants du Cojo, il a été accueilli par « Monsieur Roland » et son équipe. On avait complété le parcours préliminaire des obstacles à la dernière minute la veille. Il avait plu toute la nuit. Le parcours s’était partiellement dégradé à la suite de pluies abondantes. À un moment donné, « Monsieur Roland » et le major Rourke se sont retrouvés sur une élévation donnant directement sur le terrain de golf. Le major Rourke, scrupuleusement respectueux de toute parcelle de « terrain gazonné », comme le sont la plupart des Britanniques, a confié à son hôte que l’un de ses plus grands « fantasmes » était de faire galoper son cheval sur un terrain de golf, ce qui aurait presque constitué un « sacrilège » en Grande-Bretagne. « Monsieur Roland » n’était quand même pas pour laisser passer une occasion pareille, surtout qu’il était le propriétaire du terrain de golf… « Allons-y », a-t-il indiqué à son visiteur… et les deux hommes se sont élancés sur le terrain, lui aussi « ramolli » par la pluie, non sans que les sabots de leurs chevaux n’y laissent de profondes traces. À la fin de son parcours, le major Rourke riait comme un enfant à qui on vient de donner le jouet dont il rêvait depuis longtemps.

Et devinez quoi? Dans son rapport à la Fédération équestre internationale, le major Rourke a recommandé que les épreuves équestres de Jeux olympiques de 1976 soient présentées à Bromont… ce qui, on le sait maintenant, a été accepté. Quelques semaines plus tard, le président de la Fédération internationale, le prince Philip lui-même est à son tour venu visiter les lieux où il a aussi été accueilli par « Monsieur Roland ». Bien sûr, les deux sont montés à cheval (toute la famille royale est habituée aux chevaux) et l’hôte s’est vite fait un nouvel « ami » de son visiteur de marque, au point qu’il a hébergé la famille royale dans sa résidence pendant les Jeux olympiques l’année suivante. La famille royale s’était rendue à Bromont non seulement parce que le prince Philip était le président de la Fédération équestre, mais également parce que la princesse Anne, fille du prince et de la reine, participait aux concours équestres à titre d’athlète. Les « amis des chevaux » se lient souvent et facilement d’amitié entre eux.

Quelques années plus tard, l’amour des chevaux de « Monsieur Roland » a encore valu des retombées économiques très importantes à la région Cowansville-Bromont-Granby ainsi qu’à tout le Québec. La société IBM, l’une des plus importantes au monde à cette époque, voulait implanter une usine au Canada, plus particulièrement au Québec. Nombreuses étaient les villes qui désiraient accueillir cette future usine dans leurs murs. La présence d’IBM était non seulement prestigieuse, mais elle représentait aussi des investissements importants, des emplois de qualité et bien rémunérés, de même que des retombées pour de nombreux sous-traitants. Une véritable mine d’or.

« Monsieur Roland » voulait donc que la société IBM s’installe à Bromont, la ville qu’il avait créée quelques années plus tôt et qu’il avait fait connaître sur la scène internationale par les Jeux olympiques. Il avait appris que le président de cette entreprise qui avait son siège social (à l’époque) au Texas était aussi un « ami des chevaux » et un excellent cavalier. Une rencontre a été organisée entre les deux hommes dans le cadre d’une longue randonnée équestre dans un ranch du Texas. Et devinez quoi? Eh oui, « Monsieur Roland » est revenu à Bromont avec l’engagement d’IBM de s’installer dans cette jolie région des Cantons de l’Est avec tous les avantages qui devaient en découler pendant de très nombreuses années.

Ce ne sont là que deux anecdotes au sujet des « exploits » de « Monsieur Roland », mais si quelqu’un qui a eu l’occasion de le connaître de près s’en donnait la peine, il pourrait consacrer quelques volumes tant à son sujet qu’à ses multiples réalisations. De toute façon, son souvenir vivra encore bien longtemps après sa mort.

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Une élection pas comme les autres

Il ne s’en fait plus depuis longtemps de telles campagnes électorales dans la circonscription et probablement ailleurs au pays. Dans l’édition du 20 juin 1968 du journal Le Carillon, cinq jours avant les élections, l’organisation de Viateur Ethier publie pas moins de cinq pleines pages. On y vante les mérites du député libéral sortant, y compris une comparaison entre le règne de Diefenbaker de 1958 à 1963 au règne de Pearson de 1963 à 1968, une énorme photo de Trudeau, les nouvelles industries qui se sont installées à Hawkesbury depuis sa désignation de zone défavorisée et les noms de tous ceux (il n’y a pas de « celles » bien entendu… nous sommes en 1968) qui sont ses organisateurs régionaux de sa campagne dans la circonscription.

Le candidat conservateur Lomer Carrière se contente de deux pleines pages. L’organisation conservatrice y cite un reportage du journaliste bien connu du magazine Maclean’s. Douglas Fisher, qui avait classé Ethier, en février 1966, « parmi les six députés les moins efficaces » des Communes. Cela ne changerait absolument rien.

Les dés étaient pipés. Dans l’édition du 27 juin 1968, on fait référence à une « Écrasante victoire pour Ethier ». À l’échelle canadienne, les libéraux de Trudeau récoltent 154 sièges contre 71 pour les conservateurs, 23 pour les néo-démocrates et 15 pour les créditistes. Ethier avait récolté 14 832 votes contre seulement 7 527 par le conservateur Lomer Carrière et 1 595 votes par le néo-démocrate Claude Demers (retenez ce nom, j’y reviendrai). L’influence Trudeau s’était manifestée hors de tout doute, comme partout ailleurs. Ethier avait été élu en 1963 et réélu en 1965.

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Dans l’édition du 20 juin 1968 du journal Le Carillon, d’autres textes sur la question des écoles secondaires françaises ou bilingues. En fait, les professeurs de l’École secondaire régionale de Hawkesbury proclament que « l’ESRH est le meilleur exemple d’une institution bilingue ». À une réunion d’information sur la question, à peine 69 personnes se montrent la face; parmi elles, plusieurs professeurs. Pourtant, pas moins de 3 000 invitations avaient été adressées. Royal Comtois, le directeur de l’ESRH, en avait d’ailleurs profité pour « déplorer la paresse évidente des Canadiens dans le domaine de l’études des langues. En Europe, les enfants apprennent parfois cinq langues, tandis qu’au Canada, nous nous plaignons d’avoir à étudier parfois superficiellement une deuxième langue. C’est là qu’il faut chercher la cause des échecs ». S’il était encore vivant, Royal Comtois pourrait répéter son blâme et ses propos seraient toujours pertinents. En passant, une réunion sur le même sujet organisé par l’API à l’école Paul VI quelques semaines plus tôt avait attiré 600 personnes (blogue du 14 mai).

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La taxe volontaire de Montréal et la « Trudeaumanie »

C’était une idée de l’incomparable Jean Drapeau, le maire de Montréal, qui allait faire boule de neige non seulement au Québec, mais partout au pays. Lui appelait ça la « Taxe volontaire de Montréal »; les gouvernements provinciaux et fédéral la transformeraient en « loteries ». Quoi qu’il en soit, dans l’édition du 2 mai 1968 du journal Le Carillon, une publicité de presque une page complète expliquant que « toute personne peut payer une taxe volontaire à la ville de Montréal ». C’était simple et audacieux. « Un paiement de $2 vaut pour un mois et donne une chance de recevoir l’un des 151 prix mensuels. » Le premier prix était de « $100,000 en argent » et il y avait aussi « 30 prix de $1,000, 20 de $500 et 100 de $100 ». Contrairement aux loteries gouvernementales d’aujourd’hui, il fallait répondre correctement à des questions pour recevoir un prix. Dans son annonce, le maire Drapeau écrivait que « Expo 67 c’était trop grandiose pour six mois seulement » et invitait les Canadiens à visiter « Terre des Hommes du 17 mai au 14 octobre 1968 ». L’objectif de cette taxe volontaire était de rembourser la dette encourue par l’Expo. Je me souviens d’avoir payé cette taxeà Drapeau, en espérant gagner bien sûr. L’idée de Drapeau était trop bonne, manifestement; les gouvernements se sont appropriés du concept des loteries avec les résultats que l’on connaît aujourd’hui.

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Dans l’édition du 6 juin 1968, il y a des élections dans l’air. Un texte annonce l’ouverture officielle du nouveau bureau de poste de Curran par le candidat libéral et député sortant Viateur Ethier. Dans la même page que l’article, une annonce payée par l’Association libérale-fédérale de Glengarry-Prescott. Il s’agit d’une reproduction de la lettre qu’avait envoyée le Conseil municipal de Hawkesbury au député Ethier pour le « remercier très chaleureusement pour vos efforts que vous avez bien voulu apporter à notre demande pour faire nommer la Ville de Hawkesbury comme ‘zone défavorisée’ ». Dans l’édition suivante, un article mentionne que le candidat conservateur Lomer Carrière, également sous-préfet de la ville de Hawkesbury, réclame une partie de la paternité de cette désignation étant donné que c’est le Conseil qui avait amorcé le processus pour y arriver. Lors d’une rencontre des candidats à St-Isidore, Carrière avait rappelé que la désignation signifiait que la région était pauvre et que les chômeurs étaient trop nombreux. Dans un sens, Carrière avait rappelé que « le parti conservateur, si porté au pouvoir le 25 juin, annulera la taxe de 11 p. cent sur les matériaux de construction, facilitant ainsi la construction domiciliaire ». Cela fournit l’occasion à Viateur Ethier, dans l’édition du 13 juin de publier une pleine page d’annonce pour tirer au clair son rôle dans cette désignation. Il y rappelle que Hawkesbury n’en est pas la seule bénéficiaire : « Toutes les municipalités de Prescott jouissent de ces mêmes avantages ».

Fait à noter, pendant cette campagne électorale de 1968, la publicité libérale est essentiellement axée sur Pierre Elliott Trudeau. La « Trudeaumanie » bat son plein. On voit de petites annonces dans le journal : une photo de Trudeau avec une bulle qui dit « Vote Votez Ethier »… ou encore une photo de Trudeau souhaitant bonne chance à Ethier. Rien de comparable avec la moins importante « Laytonmanie » de 2011.

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Les écoles secondaires françaises : il n’y a pas unanimité

Le débat entourant la création d’écoles secondaires de langues françaises en Ontario laisse prévoir qu’il ne sera pas facile de réaliser ce rêve. L’édition du 25 avril du journal Le Carillon y consacre quasiment toute sa page 3, sous ma plume. Aujourd’hui, ces écoles sont tenues pour acquises, il y a en plus La Cité collégiale; difficile d’imaginer que ce cheminement n’a pas été des plus faciles.

L’Association des parents et instituteurs de Hawkesbury avait organisé un panel sur cette question à l’école Paul VI. André Richard, d’Ottawa, secrétaire de la Fédération des API, avait « insisté sur le fait que les parents sont à l’origine du réveil français dans la province; les associations franco-ontariennes n’ont fait que mettre en valeur les demandes des parents ». M. Richard avait « précisé que la population franco-ontarienne était divisée en trois groupes idéologiques différents, soit ceux qui ne veulent pas en entendre parler, ceux qui désirent des écoles bilingues et ceux qui revendiquent des écoles essentiellement françaises ».

Un surintendant à la Commission des écoles séparées d’Ottawa, Horace Dubois, avait fait référence à un mémoire de l’Association canadienne-française d’éducation de l’Ontario (ACFEO) qui insistait que « le français doit être reconnu comme langue première dans ces écoles et l’enseignement de l’anglais doit viser à assurer une certaine facilité dans la conversation et la lecture, afin de faire face à la concurrence sur le marché du travail ». En se référant à la langue d’enseignement des différentes matières, le mémoire de l’ACFEO ajoutait qu’il était « irréaliste de vouloir tout en français, car les manuels scientifiques et les professeurs de ces matières, par exemple, ne sont pas toujours adéquats et compétents ». (Horace Dubois avait été principal de l’école St-Joseph et j’étais dans sa classe en troisième année. Il est arrivé à quelques reprises, lorsquil sabsentait de la classe pour aller donner le martinet à un élève ou pour autre tâche de principal, quil me demandait de surveiller la classe. Je revois aussi en « flashback », le pauvre Ricky S., à quatre pattes, « manger » une raclée avec le martinet devant toute la classe. Javais « osé » dire au professeur quil ne s’était pas bien comporté en son absence. Bien sûr, dans le contexte daujourdhui, il aurait abouti en cour. Jai revu Ricky beaucoup plus tard; je crois quil avait oublié lincident. Heureusement!)

À tout événement, la résistance aux écoles secondaires françaises se manifeste pourtant et pas de la part du premier venu. Ainsi, toujours dans l’édition du 25 avril, je rapporte que le juge Omer H. Chartrand s’était opposé au mémoire de l’ACFEO « alléguant que cette association n’est pas représentative de la majorité des Franco-Ontariens et qu’elle n’avait pas consulté la population de Hawkesbury et de la région avant de rédiger son mémoire ». Le juge avait ajouté « que l’ACFEO n’est qu’un groupe d’une trentaine de personnes qui émet ses propres idées ». Le juge portait ensuite un jugement plutôt sévère : « le fait que les enfants du primaire connaissent peu la langue anglaise est dû au mauvais enseignement dispensé par les professeurs. Selon lui, les commissions scolaires séparées ne suivent pas les directives émises par le ministère de l’Éducation à cet effet. » Ce débat allait se prolonger pendant plusieurs années. J’y reviendrai.