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Des rencontres secrètes loin des regards indiscrets

Le chaudron d’insatisfaction débordait et il fallait nettoyer. « Les trente-trois directeurs d’école et directeurs adjoints du Conseil des écoles catholiques de Prescott-Russell se videront le cœur, demain soir à Rockland, ‘ayant constaté un climat grandissant d’insatisfaction découlant de l’attitude du directeur général’. » C’est ce qu’on peut lire à la une du journal Le Carillon du 2 novembre 1977. Le groupe avait envoyé une lettre à Yvan Séguin, le président du CECPR, avec copie à chacun des onze autres conseillers scolaires. « Les directeurs – dont les signatures apparaissent par ordre alphabétique pour ne pas laisser peser de soupçons sur un individu particulier – sollicitent la présence des conseillers scolaires à une réunion ‘spéciale et urgente’ du Conseil des directeurs des écoles franco-ontariennes de Prescott-Russell (CDEFO-PR) pour ‘leur exposer la situation actuelle et pour y apporter des remèdes susceptibles de l’améliorer à courte échéance’. » Le groupe avait aussi envoyé une lettre au directeur général en question, Jean Léveillé, dans laquelle les directeurs disaient avoir constaté « un climat grandissant d’insatisfaction découlant de votre attitude. À maintes reprises, nous avons tenté de remédier à la situation. Nous considérons en être arrivés à une impasse. » Ils l’avisaient de la réunion spéciale de Rockland.

Mais Léveillé était aussi un fin renard et il n’allait pas accepter de s’en faire imposer de la sorte. Il a répliqué par une lettre « personnelle et confidentielle » et livrée à chaque directeur d’école individuellement. Léveillé avait écrit que la lettre des directeurs « constitue une accusation sérieuse de votre part à mon égard et je me dois de relever le défi. (…) C’est pourquoi, je vous demanderais, dans une lettre individuelle, d’être plus explicite dans vos propos et de m’indiquer très spécifiquement, avec détails : 1) la nature exacte de votre insatisfaction dans le poste que vous détenez; 2) les raisons précises de cette insatisfaction; 3) les éléments de mon attitude qui, selon vous, sont à la source de cette insatisfaction; 4) les solutions que vous avez personnellement apportées pour remédier à ladite situation; 5) le nombre de tentatives que vous avez personnellement faites depuis le début de l’année pour remédier à ladite situation. » Il les avait placés dans une situation dont ils pouvaient difficilement se sortir. S’il ne recevait pas de réponse, « je devrai conclure que vos accusations sont sans fondement ».

Il y avait clairement anguille sous roche. Je commentais la situation en éditorial en affirmant que « cela constitue la première crise majeure vécue par le Conseil des écoles catholiques et les événements, qui précédaient notre éditorial de la semaine dernière (note bu blogueur : sur la politique de secret qui semblait s’implanter au CECPR), viennent drôlement appuyer ce que nous avions exprimé ». Mais les directeurs n’étaient pas les seuls insatisfaits; il y avait aussi quelques conseillers scolaires. « Cette semaine, nous avons vécu une expérience que nous jugeons tout à fait déplorable. Nous avons rencontré des représentants du Conseil des écoles catholiques dans un lieu secret et dans des circonstances dignes des meilleurs films d’espionnage pour discuter de ce qui se produit au sein des écoles catholiques de Prescott-Russell, des malaises qui s’enveniment au lieu de guérir. » C’est là que j’avais obtenu copie des lettres. Il y aurait plusieurs autres rencontres « secrètes » semblables au cours des prochaines semaines, aux quatre coins des comtés, que ce soit dans un restaurant inconnu d’un petit village éloigné ou chez un ou l’autre des conseillers scolaires mécontents. Quant aux directeurs, je commentais que « le seul fait qu’ils s’épaulent mutuellement veut tout dire et l’abcès doit crever ». Le CECPR avait perdu sa réputation de conseil scolaire exemplaire. À suivre!

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Ils s’attendaient à 46… ils en ont trouvés 103

Je m’en souviens. C’était un jeudi matin. Le directeur du détachement de la Sûreté du Québec à Lachute, André Houle, (que j’avais croisé à quelques soirées bavaroises des policiers de Lachute) me téléphone et m’invite à participer ce soir-là même à une descente majeure dans des hôtels de Grenville, Carillon et St-André-Est en vue d’un reportage sur « leurs exploits » bien sûr. J’accepte volontiers et je me rends au quartier général du détachement, près de Lachute. J’y rencontre « une quarantaine de policiers du détachement de Lachute de la SQ, de l’Unité d’urgence de Montréal (22) et de l’escouade des alcools de St-Jérôme, répartis dans quelque 25 véhicules » qui se préparaient à leurs descentes. Je me souviens du commentaire d’un policier de l’Unité d’urgence : « Tu peux prendre des photos, mais si tu prends une photo de l’un de nous, nous devrons détruire ta caméra. » Et ce n’était pas une farce! Je n’avais aucune intention de m’obstiner avec des individus deux fois ma grosseur et beaucoup plus grands que mes cinq pieds quelques pouces.

On retrouve mon reportage dans Le Carillon du 19 octobre 1977, à la une évidemment. Les descentes avaient eu lieu aux hôtels Century Inn, Manoir et Interprovincial de Grenville, l’hôtel Carillon et l’hôtel St-André dans les villages du même nom. « Les résultats sont effarants. Les policiers ont procédé à la vérification de 530 personnes ces trois soirs et ont trouvé parmi ce groupe pas moins de 103 individus avec des dossiers criminels pour vols, fraudes, affaires de drogues et délits sexuels, en plus d’autres crimes violents. Au départ, les policiers avaient estimé qu’environ 46 criminels connus avaient adopté les hôtels du secteur de Grenville comme lieux de rendez-vous. » Et heureusement ce n’était pas moi, mais un représentant d’un autre journal. « Une accusation de voies de fait simples contre John Laframboise, de l’hôtel Manoir, pour assaut contre le photographe Robert Tessier du journal Argenteuil de Lachute. »

Mais c’était comme ça à cette époque. Les hôtels faisaient grimper la population de ces villages les vendredis et samedis avec tout ce que cela sous-entend en termes de crimes. Depuis le 20 avril, il y en avait eu pas moins de 82. « Un document compilé par la Sûreté du Québec donne une liste des crimes commis à Grenville depuis le 20 avril : vols avec effraction à profusion, délits de fuite, trafic de drogues, vols dans des chalets, automobilistes aux facultés affaiblies, vol d’arme, possession de drogues, fugues, fraudes, trafic de stupéfiants, voies de fait, vols dans des résidences, vols de bicyclettes, troubles de famille, suicide, vol qualifié, coups de feu, disparition, vols dans les écoles, résidence illégale, personne blessée, incendie criminel, plaques factices, véhicule abandonné, action indécente, automobile en feu, auto volée, vol dans l’église, lésions corporelles, vols dans des véhicules automobiles et ainsi de suite. » Pauvre Grenville!

Dans le journal du 26 octobre, un encadré rapporte que la Sûreté de Québec n’a déploré aucun crime depuis leur série de descentes à Grenville.

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Les interventions épistolaires d’un animateur communautaire du Collège Algonquin à Hawkesbury apparaissent quasiment chaque semaine dans les pages du journal Le Carillon. Le nom de Richard Hudon ne laissait personne indifférent. Je revois encore Richard de temps à autre dans le centre-ville d’Ottawa. Il n’a jamais perdu de sa verve, ni de sa conviction sociale.

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L’autorisation en principe… finalement

Bon, la décision de la Commission des affaires municipales de l’Ontario devait, en toute logique, mettre un terme aux chicanes entourant le projet de nouvelles installations sportives. Comme on peut le lire dans Le Carillon du 5 octobre 1977, « la Commission des affaires municipales de l’Ontario, à la suite de l’audience publique tenue pendant trois jours a semaine dernière, a en effet autorisé la ville à construire un complexe sportif au montant de $1,750,000, à emprunter sous forme d’obligations une somme de $368,750 pour le financer et enfin à se dispenser d’avoir recours à un référendum pour obtenir l’assentiment des électeurs ». La rapidité de la décision (l’audience avait eu lieu mardi, mercredi et jeudi) rendue le lundi suivant l’audience en avait surpris plusieurs.

Par générosité ou magnanimité, le « Conseil municipal réuni en session spéciale, avait adopté une résolution dans le but de rembourser jusqu’à concurrence de $4,000 les dépenses encourues par les objecteurs lors de l’audience publique ». En fait, c’est le commissaire qui avait écrit dans son rapport que le Conseil avait pris une telle décision. Le Conseil était placé devant un fait accompli.

Entre temps, dans la même édition, on apprenait que le Comité de souscription avait dépassé son objectif et avait alors amassé pas moins de 391 824 $. L’objectif était de 368 500 $.

J’écrivais en éditorial qu’il « reste maintenant à trouver un nom pour notre nouveau complexe ». En fait, ce serait le Complexe sportif jusqu’à ce qu’il devienne le Complexe Robert-Hartley longtemps après sa construction, quand Bob se sera démarqué dans la Ligue nationale de hockey et, surtout, avec l’Avalanche du Colorado (les anciens Nordiques).

Mais le débat se poursuivait autour du sort de l’ancien Centre Mémorial qui plusieurs voulaient conserver pour certains usages sportifs, même s’il avait été condamné à cause de son toit.

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La restructuration municipale est toujours au cœur des débats. Le commissaire Sunderland avait recommandé que le Canton de Russell reste attaché aux comtés unis de Prescott et Russell et même que l’ancien Canton de Cumberland, détaché des comtés unis il y a plusieurs années pour être rattaché à la Municipalité régionale d’Ottawa-Carleton, redevienne partie de Prescott-Russell. En même temps, un autre commissaire à la restructuration, le Dr Mayo, cette fois dans la MROC, suggère plutôt que le Canton de Russell soit relié à la municipalité régionale à cause des affinités de la population avec la ville d’Ottawa. Les deux commissaires, en fin de compte, se contredisaient. Le débat se poursuivait. Le Canton de Russell demeurerait dans les comtés unis, en fin de compte.

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Une théologienne… c’est plutôt rare

Des théologiennes, ça ne se trouvait pas à tous les coins de rues à l’époque. Comme on peut le lire dans Le Carillon du 14 septembre 1977, « Jeannine Élisabeth Lacelle, fille de Denis et Rose Lacelle, de Hawkesbury, a obtenu le grade de docteur en théologie ès sciences religieuses à l’Université des sciences humaines de Strasbourg, en France. Sous la direction du professeur Charles Wackenheim, elle a présenté une thèse intitulée La réconciliation, un événement de parole en Jésus-Christ, dans la pensée de Karl Barth entre 1953 et 1968. Mlle Lacelle est actuellement professeur au département des sciences religieuses de l’Université d’Ottawa où elle enseigne l’histoire de la pensée et des institutions chrétiennes de la période moderne et contemporaine. » Jeannine Élisabeth Lacelle est bien connue dans le milieu théologique d’Ottawa et d’ailleurs. En 2009, l’Université Saint-Paul a créé le Fonds Élisabeth Jeannine Lacelle permettant l’attribution d’un Prix d’excellence décerné chaque année à une femme francophone ou bilingue, diplômée de cette université.

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« Les associations libérales provinciale de Prescott-Russell et fédérale de Glengarry-Prescott-Russell ont uni leurs efforts, vendredi soir, pour attirer plus de 550 personnes à leur première épluchette annuelle de blé d’inde tenue à l’aréna de Navan. » C’est ce qu’on peut lire dans le journal du 14 septembre 1977. « C’était, pour le député Denis Ethier, l’occasion de faire connaissance avec ses nouveaux administrés, à la suite du remaniement de la carte électorale qui ajoute le canton de Cumberland à Glengarry-Prescott-Russell à la prochaine élection fédérale. C’était aussi l’occasion pour l’association provinciale de présenter au public leur plus-que-probable candidat lors de la prochaine élection provinciale, M. Don Boudrias. » Voilà, cette fois, il n’est pas question de changer d’idée comme avant le dernier scrutin provincial.

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Les objecteurs au projet de complexe sportif de Hawkesbury s’organisent et ils ont présenté une pétition de 829 noms (612 propriétaires et 217 locataires, tous contribuables) à l’intention de la Commission municipale de l’Ontario qui tiendra ses audiences à Hawkesbury le 27 septembre. On peut lire tous les détails dans le journal du 21 septembre 1977. Ils voulaient « que les frais encourus soient remboursés par la ville ». Le maire Laurent Cayen avait répliqué « que si les objecteurs sont sincères et s’ils n’agissent pas pour du crédit politique ou des intérêts personnels, ils n’ont qu’à mettre chacun $10 dans un fonds commun, ce qui n’est pas cher pour une cause et ce qui est l’équivalent de la hausse de taxes due au complexe ». Le Conseil d’éducation de Prescott-Russell avait appuyé en principe le projet d’un complexe parce qu’il avait estimé que la piscine intérieure serait un atout pour « le bien-être des étudiants sous sa juridiction ». À suivre!

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Le Conseil des comtés unis de Prescott-Russell cherchait à se départir des locaux de l’ancien Foyer Prescott-Russell. Il en voit l’occasion quand le président du Collège Algonquin, le Dr Laurent Isabelle, laisse entendre que le collège aimerait discuter avec le Collège d’agriculture de Kemptville pour offrir des programmes de formation agricole pour desservir la population de Prescott-Russell. Il n’en fallait pas plus pour le Conseil offre ses locaux de L’Orignal. Mais un autre sort attendait l’ancien Foyer…

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Ça a glissé… ça glissera!

Lors du glissement de terrain sur la ferme de Marcel Leroux, à Lemieux, en mai 1971, quelque 65 acres de terrain avaient coulé dans la rivière. Un deuxième éboulis s’était produit en mai 1977. Comme le rapporte Le Carillon du 24 août 1977, « la prochaine zone victime de glissement de terrain de la long de la rivière Nation-Sud serait celle de Plantagenet Station ». La déclaration provenait de Ken Musclow, un membre de la Société de conservation de la rivière Nation-Sud. Il y avait déjà eu un troisième glissement, plus petit celui-là avec une demi-acre de terrain. Un autre glissement important se produirait au milieu des années 90, toujours dans le même secteur.

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Dans les cinémas, un film qui fait jaser… « Star Wars ». Oui, 35 ans déjà le premier film de cette série de six. « A long time ago in a galaxy far, far away… ». Parmi les vedettes, un acteur pas encore énormément connu… Harrison Ford… le seul en réalité à être devenu une super-vedette.

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Le Haut-Commissariat à la jeunesse, aux loisirs et aux sports du Québec avait d’abord dit non au projet d’un centre communautaire à Grenville. Les mauvaises langues disaient qu’il s’agissait sans doute d’une vengeance parce que les électeurs avaient opté pour un député libéral (Zoël Saindon) aux dernières élections; le même Saindon farouchement opposé à la Loi 101. Mais voilà que dans Le Carillon du 7 septembre 1977, on apprend que le gouvernement provincial a changé d’idée et qu’il versera en fin de compte une subvention de 75 800 $ pour ce projet. Condition : il fallait que les travaux commencent avant le 1er novembre suivant. L’emplacement est un terrain au coin des rues Principale et Tri-Jean (du nom d’un lotissement domiciliaire). Ce centre est toujours là. Nous y avons tenu un grand rassemblement des Lefebvre il y a plusieurs années.

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Dans Le Carillon du 7 septembre 1977, je fais référence au 35e anniversaire du grand Congrès eucharistique qui avait rassemblé 75 000 fidèles à Hawkesbury à la fin d’août 1942. « Le défilé aux flambeaux de clôture avait attiré au moins 300 membres du clergé, dont plusieurs évêques, et la foule avait été estimée à 75,000 par les journalistes de l’époque. (…) Le quotidien Le Droit avait d’ailleurs accordé une immense publicité à l’événement et la radio de Radio-Canada diffusait les cérémonies depuis Hawkesbury. » (Note du blogueur : La télé est arrivée en sol canadien dix ans plus tard.) Et j’ajoutais en éditorial : « Pour vous donner une bonne idée de l’époque, la Garde d’honneur du Très Saint-Sacrement, formée pour l’occasion, comptait 1,573 membres dont 1,400 actifs. » C’était « à l’époque où Pie XII était pape, où Mgr Alexandre Vachon était archevêque d’Ottawa et M. Elie-O. Bertrand était député fédéral ». En fait, à bien y penser, ce congrès avait eu lieu il y a maintenant 70 ans. Mes parents m’en avaient parlé.

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« Le journal Bonjour Chez-Nous, qui publiait le 1er septembre son 30e numéro, s’apprête à devenir hebdomadaire. » Carole Auger avait annoncé la nouvelle dans un éditorial de la dernière livraison et Le Carillon en faisait état dans son édition du 7 septembre 1977. Éventuellement, ce journal de Rockland deviendrait la propriété des Éditions André-Paquette et serait rebaptisé « Vision ». Ce journal est toujours publié dans cette communauté.

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« On ne répare pas un tort par un autre tort » – Zoël Saindon

Je trouve souvent fascinant comment la perspective du temps vient modifier la lecture d’un texte écrit il y a plus de 35 ans. Nous sommes à l’été de 1977 et à l’Assemblée nationale du Québec les débats sont nombreux autour du projet de Loi 101 du gouvernement de René Lévesque. Le Dr Zoël Saindon est le député libéral d’Argenteuil et de nombreux électeurs de sa circonscription sont anglophones. Le Carillon du 10 août 1977 rapporte intégralement son intervention dans le débat et je retiens quelques éléments :

« Le ministre d’état aux Affaires culturelles prétend que le français dans la province de Québec est menacé et que si les mesures nécessaires pour contrer les effets d’anglicisation sur les Québécois francophones ne sont pas prises immédiatement, il s’ensuivra inévitablement l’assimilation des francophones du Québec par la minorité anglophone. » (…)
     « L’effet le plus grave du projet de Loi 101 pour les québécois anglophones, est que la communauté anglophone du Québec sera désormais privée entièrement d’immigrants. Il m’est impossible d’imaginer que le ministre, qui est psychiatre, ignore l’effet d’une telle privation. Cette loi va créer une communauté pleine de frustration et ce sentiment de désespoir sera dû au fait que la communauté anglophone saura que, dorénavant, il lui sera impossible ni de se renouveler ni de s’enrichir par la venue de nouveaux hommes. » (…)
     « C’est de la coercition brutale que cette loi se prépare à imposer et mettre en place, c’est-à-dire le même sentiment d’isolement qu’éprouvaient les Québécois francophones depuis des générations; on ne répare par un tort par un autre tort. » (…)
     « Soyez assuré, Monsieur le président, que le tout ne se passera pas sans heurts et qu’il y aura des représailles quelque part à un moment ou l’autre. Le réveil sera peut-être brutal et sanglant. J’ajouterai que la majorité des Québécois francophones ne partage pas les idées du gouvernement péquiste sur cette politique de la langue. » (…)
     « Les Canadiens-français ont appris de l’histoire de leur pays que la tolérance et la persévérance avaient, en fait, constitué pour eux la garantie fondamentale de leur survie et de leur épanouissement. Ils ont aussi appris de l’histoire que c’est en s’appuyant sur des valeurs de la démocratie et du régime parlementaire qu’ils ont pu survivre comme peuple, conserver et faire progresser leur langue, leur culture et leur religion. » (…)
     « Le gouvernement actuel a décidé de rompre avec notre longue tradition démocratique de tolérance et d’ouverture d’esprit et d’aller à l’encontre du respect que les francophones ont toujours eu autant pour leurs droits et leurs libertés individuelles que pour ceux des citoyens qui ne parlaient pas leur langue.
     La presse écrite et parlée jongle avec les mots et à force de se les répéter, a fini par développer une terminologie semblable à celle que développent les sectes qui vivent en marge de la réalité. Alors que les nationalistes parlaient depuis toujours de la nation canadienne-française, il s’est dégagé petit à petit, après les années 55, un groupe de super-frustrés, ces néo-nationalistes du vocabulaire qui inventèrent des expressions comme ‘la nation québécoise’, en référant tantôt aux Québécois qui parlent le français, tantôt à tous ceux vivent en territoire québécois. Avec ce lavage de cerveau du verbe, nous en sommes venus à un point où l’intolérance fait partie de la mentalité selon laquelle des hommes politiques peuvent parler des Québécois et des vrais Québécois, de la nation québécoise et de la vraie nation québécoise. » (…)
     « Depuis le 15 novembre dernier, c’est-à-dire depuis l’élection du Parti Québécois, ce n’est plus la partie consciente de l’homme qui entend déterminer ce que sera le Québec de demain, mais plutôt l’instinct tribal, l’intolérance. On a nettement l’impression que, consciemment ou non, ce gouvernement est en train de verser dans une forme de racisme dont les conséquences sont énormes pour la qualité de notre vie démocratique et pour la paix sociale au Québec. » (…)
     « Avant de terminer, je voudrais faire remarquer au ministre que si la langue française est en danger d’assimilation, aucune loi ne pourra la sauver. »

Voilà le point de vue du député Saindon dans le contexte de l’époque. Les temps ont changé.

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Qui travaille… travaillera!

Le gouvernement fédéral avait mis sur pieds un programme baptisé « Canada au travail ». Le concept était simple. En faisant appel aux associations, aux clubs sociaux et aux sociétés, le gouvernement espérait créer des milliers d’emplois locaux partout au pays. « Vous voulez aider votre communauté tout en réduisant le chômage? Nous aussi! » pouvait-on lire dans une publicité de Main-d’œuvre et Immigration Canada dans l’édition du 20 juillet 1977 du journal Le Carillon. « Les projets soumis doivent non seulement être utiles à vos concitoyens mais ils doivent aussi utiliser des ressources humaines locales. Ainsi, l’expérience acquise par les sans travail qui trouvent emploi dans ces projets leur permettra de trouver plus facilement, ensuite, un emploi régulier dans leur métier. Présentez votre projet au plus tard le 26 août, en vous souvenant que ce projet doit apporter des bénéfices à la communauté, créer au moins trois emplois nouveaux et être mené à terme par l’association qui l’a soumis. »

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De son côté, le ministère ontarien des Collèges et Universités posait la question : « Pouvez-vous vous permettre d’engager des jeunes sans expérience? » et répondait « Bien sûr! » dans une publicité dans le journal du 27 juillet 1977. « L’Opération Expérience Pratique du gouvernement de l’Ontario (OEPO) a pour but d’aider les jeunes qui ont de la difficulté à décrocher un premier emploi. L’OEPO versera au jeune que vous employez un salaire brut de $100 par semaine pendant 16 semaines au maximum. Si vous pensez que votre entreprise peut offrir cette précieuse expérience de travail aux jeunes de l’Ontario, remplissez le coupon ci-dessous et envoyez-le nous. Nous vous mettrons en rapport avec votre coordonnateur OEPO local. » Semble de tous les paliers de gouvernement voulaient créer du travail en cette période économique difficile. La Commission de lutte contre l’inflation existe encore à ce moment-là.

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La nouvelle était attendue impatiemment. Le Carillon du 10 août 1977 nous apprend que la Commission municipale de l’Ontario avait autorisé la ville de Hawkesbury à « contracter une dette de $368,750 pour permettre la construction d’un nouveau complexe sportif ». Il s’agissait alors d’un projet d’une patinoire avec gradins, d’une piscine semi-olympique et d’une salle communautaire, avec plans pour ajouter une deuxième patinoire, sans gradins, si la campagne de souscription rapportait un demi-million de dollars. Le projet initial avait été évalué à 1 750 000 $. Mais ce n’était qu’une autorisation pour une dette. La vraie décision allait venir plus tard. Le journal note que Duplate devient la première usine à autoriser la déduction à la source pour ses employés qui voudraient contribuer au projet de complexe, car 125 employés de cette usine avaient décidé de contribuer.

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Je note dans ma chronique du 10 août qu’Yves-E. Berthiaume, de Hawkesbury, vient d’obtenir son diplôme en services funéraires du collège Humber de Rexdale, en Ontario. Depuis quelques années, la fille d’Yves est aussi diplômée. Une affaire de famille ces Berthiaume!

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À la recherche du petit coin!

Dans mes deux précédents billets, j’ai fait référence à la conférence nationale Destinée Canada convoquée par le gouvernement Davis à Toronto. Je retiens plein de souvenirs de ces trois ou quatre jours dans la Ville reine. Une chose m’avait frappé dès mon arrivée à l’aéroport Pearson : alors que nous attendions nos bagages, les participants francophones (du Québec surtout) étaient déjà engagés dans des conversations et des présentations, et nous n’étions pas encore rendus au campus de l’Université York. Dans le cas des anglophones, la glace s’est brisée à la fin de la deuxième journée. Symbole de nos différences culturelles. Dans les différentes salles du campus, c’était comme si les francophones, ceux du Québec, oui, mais aussi ceux qui provenaient des autres provinces et des territoires, se connaissaient depuis longtemps. Pas de glace à briser, parce qu’il n’y avait aucune glace.

J’avais eu le plaisir de rencontrer une autre fois l’ancien premier ministre John Robarts, mais aussi Claude Ryan, alors du journal Le Devoir, Barbara Frum, de la CBC, Michèle Tisseyre, Claude Morin, Greta Chambers, du journal The Gazette, et de nombreux autres personnages intéressants. Je retiens une anecdote qui me fait sourire encore aujourd’hui. Entre deux conférences, je me promène à la recherche du très nécessaire « petit coin » et je ne suis pas seul, un grand monsieur aux cheveux blancs frisés m’accompagne et nous échangeons de tout et de rien autour de la conférence et sur l’emplacement de ce « petit coin » dont nous avons tous deux urgent besoin. Finalement, l’ancien gouverneur général Roland Michener et moi le trouvons… et nous poursuivons notre conversation devant un mur de béton!!!

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Je pense que c’était la première fois que son nom apparaissait dans les pages du journal Le Carillon. Dans l’édition du 13 juillet 1977, il est question d’une école de hockey qui se tiendra à Rockland cet été-là. « Les instructeurs de l’école, cette année, ne sont pas encore connus. Jacques Martin, de l’Université d’Ottawa, était l’instructeur-chef de l’école, l’an dernier. » Oui, le même Jacques Martin, qui allait éventuellement tenir son école de hockey dans le nouveau complexe sportif de Hawkesbury… qui porte aujourd’hui le nom de Robert Hartley.

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C’était à prévoir, bien sûr. « Onze contribuables de Hawkesbury ont officiellement protesté auprès de la Commission municipale de l’Ontario des intentions du Conseil municipal de Hawkesbury de construire un complexe sportif à Hawkesbury. » Trois anciens maires étaient parmi les signataires, Charles Lafrance, Albert Cadieux et Philibert Proulx; les autres étaient des gens connus, Gabriel Boyer, Hugh Brown, Gaston Charette, John F. Cottee, James Donaldson, William Kitchen, Eugène Leblanc et Albert Poulin. Tout ce monde voulait que le Centre Mémorial soit réparé et serve de base à un futur complexe sportif. « Un des signataires a expliqué qu’une pétition est en train d’être circulée un peu partout à travers la ville et qu’elle sera envoyée en temps propice à la Commission municipale de l’Ontario. » Le complexe! Ce projet en a donc fait couler de l’encre.

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Découvrir ce qui existe chez son voisin

Comme je le mentionnais dans mon billet précédent, j’avais eu le privilège de participer à la conférence « Destinée Canada » que le premier ministre Bill Davis avait organisé dans le but de permettre à tout le monde de mieux comprendre ce qu’était le Canada. Le tout, bien sûr, à la lumière de l’élection de René Lévesque et de son Parti québécois à la tête du Québec le 15 novembre 1976. Voici ce que j’écrivais à mon retour; cela me rappelle de bons souvenirs.

« Il suffit de rencontrer pendant trois jours des compatriotes d’un bout à l’autre du pays pour constater jusqu’à quel point nous pouvons être égoïstes dans notre petit patelin, au point d’ignorer tout des réalités de notre pays.
      Dès le début des ateliers de discussion, le premier jour du colloque Destinée Canada, à Toronto, il était évident que la principale cause de la crise que connaît présentement le Canada était l’incompréhension mutuelle. Au fil des idées, il devenait également évident que les séparatistes ne sont pas seulement au Québec. Le Québec veut le Québec; l’Alberta veut l’Alberta; Terre-Neuve veut Terre-Neuve. Dans tous les cas, cela dépasse les questions de langue et de culture pour faire Par exemple, en Alberta, les citoyens se sentent suffisants par eux-mêmes place aux préoccupations économiques et jugent, dans bien des cas, qu’ils n’ont plus besoin du Canada et que le Québec est loin de leurs préoccupations. Pourtant, un membre du parlement albertain nous a expliqué que les richesses nouvelles de sa province ne sont pas inépuisables et que l’Alberta, un jour, aura encore besoin des autres provinces. Pour bien des gens, il n’est pas facile de penser en fonction d’un siècle à venir ou même un quart de siècle.
       À Terre-Neuve, les citoyens voudraient eux aussi contrôler un peu plus leur économie. Un délégué de cette province a indiqué qu’il était ridicule qu’il en coûte moins cher pour acheter du bœuf de l’Ouest dans cette province que des produits de la mer. Les pêcheurs terre-neuviens doivent expédier leurs produits à l’extérieur de la province pour la transformation, ce qui fait que les produits reviennent dans la province à des coûts plus élevés. En Alberta comme à Terre-Neuve, on voudrait être plus indépendant.
       Dans l’Ouest, une autre question retient l’attention des citoyens: la protection des groupes ethniques. Dans Prescott-Russell, des villages entiers ne comprennent que des francophones; dans l’Ouest, dans certains endroits, il n’y a par exemple que des Ukrainiens. Cette situation des groupes ethniques a également retenu l’attention des délégués. Le Dr Kévork Baghdjian, le président de la Fédération des groupes ethniques du Québec – porte-parole de quelque 600 000 représentants d’ethnies – signalait que l’unité canadienne doit se faire en considération des trois tiers des citoyens: le tiers des anglophones et le tiers des francophones, les deux peuples fondateurs, de même que l’autre tiers des groupes ethniques, parce qu’ils sont effectivement le tiers.
        À l’université York, dans une sorte de retraite fermée de trois jours, il nous a été permis de constater que les problèmes des différentes régions sont très importants pour ces groupes mêmes et que les problèmes des Franco-Ontariens, par exemple, ont à peine commencé à intéresser les populations. Des délégués du Québec, pour la première fois, ont compris qu’il était important pour eux de s’intéresser à la situation des francophones hors Québec, dont ils soupçonnaient à peine l’importance.
       À notre avis, la conférence Destinée Canada a constitué un important pas dans la bonne direction et tous ont exprimé un avis semblable. Chacun doit chercher, au cours des prochains mois, à découvrir davantage ce qui existe chez son voisin des autres provinces, tenter de comprendre leurs problèmes individuels ou collectifs et tenter de trouver ce qui semble être les meilleures solutions. Chacun doit y donner du sien! »

Voilà, ça se passait il y a 35 ans. Est-ce que nous nous comprenons réellement mieux en 2012?

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Les élections provinciales… pour rien finalement

Dans Prescott-Russell, à peine six personnes sur dix prennent la peine de se déplacer en ce 9 juin 1977. Comme je l’écrivais à la une de l’édition du 15 juin 1977 du journal Le Carillon, les élections provinciales « auront été considérées comme inutiles, en ce sens que rien n’a été changé et que les gens ne se sont pas dérangés massivement pour voter ». En bout de ligne, le conservateur Albert Bélanger avait été réélu avec sensiblement le même nombre de voix qu’au scrutin précédent, soit 11 863 votes comparativement à 11 022; le libéral Philibert Proulx avait récolté un peu moins que le candidat Roger Charron, soit 8 876 comparativement à 8 957; tandis que Joseph Ernest Cheff avait réduit le vote néo-démocrate à 3 591 comparativement à 5 019 pour Raymond DesRochers l’élection précédente. À l’échelle provinciale, Bill Davis se retrouve avec un autre gouvernement minoritaire et un parti libéral rajeuni et revigoré avec Stuart Smith à sa tête. Le néo-démocrate Stephen Lewis décide d’abandonner et remet sa démission quelques jours après l’élection.

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Je ne sais pas s’il s’agit du même programme que le gouvernement de Stephen Harper vient de sabrer dans son dernier budget fédéral. Quoi qu’il en soit, le journal du 22 juin 1977 se réfère à la sélection de Michel Lavictoire, 17 ans, de Hawkesbury, pour participer au programme Katimavik du ministère de la Défense nationale. Le jeune homme est parmi 1000 jeunes Canadiens invités à participer à ce programme de dix mois, le temps d’une année scolaire. « Cette initiative du gouvernement fédéral vise à amener les jeunes à prendre conscience de leur entourage. » Michel faisait partie « d’une délégation de 10 jeunes choisis à travers l’Ontario tout entier. Seul ce dernier est francophone parmi les élus ontariens ».

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« Un nouveau journal hebdomadaire desservira la population française de Cornwall à compter du vendredi 2 septembre prochain. Le Journal de Cornwall sera la propriété de M. Michel Paquette, le vice-président des ventes du journal Le Carillon. L’Imprimerie Prescott-Russell Ltée, propriétaire du journal Le Carillon, sera gestionnaire du nouveau Journal de Cornwall. » Ce journal existe toujours et fait partie de la gamme des journaux des Éditions André-Paquette.

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Destinée Canada était le nom du grand rassemblement national que le gouvernement de Bill Davis avait organisé à l’université York de Toronto au lendemain de l’élection d’un premier gouvernement séparatiste / indépendantiste / souverainiste au Québec. Les 500 déléguées viennent de partout au pays, et les Franco-Ontariens y sont représentés (l’ancien maire d’Ottawa, Pierre Benoit; le président du collège Algonquin, le Dr Laurent Isabelle; Maurice Chagnon, de l’Université d’Ottawa; la présidente de l’ACFO, Gisèle Richer, de Rockland; Nicole Vinette, du centre La Sainte-Famille de Rockland; Gisèle Lalonde, du Conseil scolaire d’Ottawa; Rodolphe Villeneuve, du Conseil scolaire de Stormont-Dundas-Glengarry. J’y participe, mais comme délégué de Glengarry-Prescott-Russell et non pas comme représentant franco-ontarien. J’y reviens dans mon prochain blogue.