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Les écoles pour tous les enfants… sans exception

La Loi 82 transformerait l’éducation en Ontario. Le gouvernement avait réagi aux longues pressions des parents d’enfants en difficulté. Le gouvernement conservateur de Bill Davis savait que les écoles avaient besoin d’une longue période de temps pour s’y préparer. Comme on peut le lire dans Le Carillon du 12 mai 1982, « la Loi 82, en 1985, forcera les conseils scolaires de la province à offrir des services localement, dans leur langue maternelle, à tous les enfants affichant des anomalies de comportement, ou d’intellect, ainsi que les handicapés physiques et les déficients légers ou moyens ». Cela donnerait lieu à la création de classes dites spéciales et à l’embauche d’aides-enseignants dans les classes. Quant à ces « anomalies », elles avaient été définies comme comprenant « les enfants perturbés, les mésadaptés sociaux, les enfants souffrant d’anomalies de communication (autisme, surdité, troubles de langage et de parole, difficultés d’apprentissage), les déficients mentaux légers ou moyens, les surdoués, les handicapés physiques et les enfants souffrant de troubles orthopédiques ». En d’autres mots, à partir de septembre 1985, les écoles devaient offrir des services à tout le monde sans exception.

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Depuis son ouverture en 1979, le complexe sportif de Hawkesbury offrait toujours une école de hockey estivale. Dans le journal du 12 mai 1982, les sportifs apprennent l’arrivée « d’une toute nouvelle école », une qui sera « sous la direction de Jacques Martin, entraîneur-chef des Braves de Brockville de la Ligue centrale l’an dernier, dépisteur pour le compte des Petes de Peterborough de la Ligue de hockey de l’Ontario et technicien de hockey bien connu de la région ». Martin sera épaulé entre autres d’Yvan « Puce » Joly, des Voyageurs de la Nouvelle-Écosse, un club-école des Canadiens de Montréal. Un total de 120 jeunes hockeyeurs pourraient s’y inscrire.

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Il ne fallait donc pas se surprendre de lire dans les éditions du 26 mai et du 9 juin 1982 que Jacques Martin allait devenir le nouvel entraîneur des Hawks de Hawkesbury dès la saison suivante. Quant à Mac MacLean, qu’il remplaçait, lui s’en allait succéder à Martin chez les Braves de Brockville. Entre temps, à cause des problèmes chez les Hawks, cette organisation avait été prise en mains par l’Association du hockey mineur de Hawkesbury. L’AHMH reprenait simplement ce qu’elle avait relégué en 1974. La gestion des Hawks n’a jamais été chose facile à Hawkesbury.

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À l’affiche du cinéma Laurentien de Grenville en ce mois de mai 1982, le film de Claude Lelouch, « Les uns et les autres », un film que j’avais vu à Ste-Agathe et que je considère toujours comme sûrement le meilleur long métrage que j’ai vu. J’ai d’ailleurs la version DVD.

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Une nouvelle structure au journal

La création d’actions pour les employés de La Société de gestion André Paquette & associés avait permis à son propriétaire et actionnaire très majoritaire, André Paquette, de créer de nouvelles structures administratives. Comme il l’annonce dans une pleine page de publicité dans Le Carillon du 28 avril 1982, l’entreprise donne naissance à quelques filiales : La Compagnie d’Édition André Paquette (qui publie alors seulement deux journaux, Le Carillon et Le Journal de Cornwall), Co-Web inc., essentiellement le secteur de l’imprimerie des journaux; l’Imprimerie Prescott-Russell devient l’imprimerie commerciale. Il répartit le pouvoir entre les mains de Fernand Gauthier, comme président et directeur général de Co-Web et l’Imprimerie Prescott-Russell, et de Michel Paquette, son fils, comme président et directeur général de la Compagnie d’Édition André Paquette. Je deviens vice-président de cette dernière entreprise et je suis nommé au bureau de direction de La Société de gestion. C’est à ce moment-là que je commence ma recherche pour un autre emploi; j’avais compris que mon avenir n’était plus dans cette entreprise. Il me faudra patienter cinq années avant d’accepter quelque chose qui en valait la peine, parce qu’après tout, j’aimais énormément mon travail et je voulais mieux.

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J’avais fait référence aux problèmes juridiques auxquels avait dû faire face l’ancien député provincial conservateur Albert Bélanger. « M. Albert Bélanger, de Sarsfield, député durant plus de 10 ans de la circonscription de Prescott-Russell, a été exonéré de la condamnation de fraude qui pesait contre lui depuis plus d’un an. » Le journal du 28 avril 1982 explique que « l’accusation d’avoir soumis une fausse réclamation relativement à la faillite d’ABC Ciment de Curran avait été déposée contre lui et sa femme Angéline le 5 septembre 1979, et il avait été condamné à l’amende de 750 $ en avril 1981. Une première requête en appel avait été refusée en janvier 1982, et c’est vendredi que la Cour suprême a renversé la décision. » Bélanger pouvait regagner sa réputation.

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Je me souviens bien de lui. Il était arrivé à L’Orignal en 1980 et il n’avait que 35 ans quand le journal a annoncé son décès dans l’édition du 5 mai 1992. « Amputé des deux jambes à la suite d’un accident, M. Roger Bigras menait une double carrière d’homme d’affaires et d’athlète depuis son arrivée à L’Orignal. Propriétaire de la salle d’amusements Bigras, il était surtout connu pour son dévouement inlassable auprès des différents groupes de handicapés physiques de Prescott-Russell, qui trouvaient en lui appui et réconfort. Athlète émérite, il s’est également signalé depuis deux ans lors des Jeux olympiques pour handicapés physiques, notamment à Cornwall et Belleville où il a récolté de nombreuses médailles. Plus récemment, il se faisait le porte-parole de l’Association de parents d’enfants handicapés physiques de Prescott-Russell, lors d’une série de conférences qu’il a prononcées dans la plupart des écoles primaires de la région. » Un exemple de détermination.

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« Le futur comme un rêve ou un cauchemar? »

À la mi-mars de 1982, la « mère » d’Internet n’avait pas encore « accouché » de son rejeton. Il faudrait attendre encore 10 mois, mais le grand public n’en profiterait vraiment qu’une dizaine d’années plus tard, lors de l’avènement du World Wide Web; ces fameux www devant ces adresses modernes qui pullulent le cybermonde. Mais l’adoption par M. et Mme Tout-le-Monde prendrait encore un peu de temps. Trente ans plus tard, les « prédictions » du jeune Jean-Yves D’Amour n’ont pas l’air exagérées. Le jeune D’Amour avait remporté le concours oratoire du Club Richelieu de Hawkesbury et Le Carillon avait jugé bon de reproduire son discours victorieux dans son édition du 10 mars 1982. En le lisant, tenez compte du contexte de l’époque… où rien ne laissait prévoir ce que nous connaissons aujourd’hui. Apple n’avait même pas encore lancé son Macintosh. Vous apprécierez…

« Rarement a-t-on été menacé par une révolution aussi subtile que celle qui éclatera sous peu et qui promet de bouleverser complètement notre monde. Des envahisseurs n’ayant ni cœur ni sentiment chambarderont nos vies, s’empareront de nos salons. Et pourtant, celle nouvelle révolution technologique déclenchée par l’ordinateur évolue à un rythme si vertigineux qu’il nous est impossible d’affirmer avec certitude si nous devons entrevoir le futur comme un rêve ou un cauchemar.

Imaginons, pour un instant, qu’une simple pression sur quelques touches d’un clavier nous indiquera comment réparer le carburateur de notre voiture ou établira notre rapport d’impôts avec toutes les exemptions possibles. Imaginons qu’à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, un écran cathodique nous expliquera comment remédier aux sautes d’humeur de notre conjoint, comment tricher pour gagner notre partie de cartes, comment soulager le mal de tête provoqué par une bonne cuite! Imaginons que selon notre volonté, le téléviseur se transformera en une étude d’avocat, une agence de voyages, une encyclopédie.

Oui, demain, tous nos foyers seront munis de micro-ordinateurs, ce qui aura pour effet de transformer sensiblement notre manière de vivre. Mais, comment au juste, me demanderez-vous, le micro-ordinateur changera-t-il notre vie! Si la question avait été posée à Alexander Graham Bell le jour où il inventa le téléphone, aurait-il pu prévoir tous les bouleversements économiques, sociaux et culturels qu’inaugurait son invention! Aujourd’hui, la technologie nous offre un réseau d’informations de toute première qualité et constamment disponibles. Alors, sommes-nous prêts à relever de nouveaux défis!

Afin que la machine ne nous détraque pas, il faudra revaloriser ce qui rend un être humain supérieur à tout ce qui peut exister, notamment le sens du beau, du juste, du bon; toutes ces valeurs qu’on a jadis sacrifiées au nom de la science. Charles Siberman écrit avec raison : « C’est nous-mêmes qui devons donner un sens aux choses… » N’avons-nous pas pour le faire, une capacité de création, la souplesse d’une intelligence, la finesse de notre sensibilité. Conçu sans ces attributs, l’ordinateur restera toujours étranger au monde de l’humain.

Toutefois, devant l’ère nouvelle qu’engendrera l’implantation du micro-ordinateur, certains avec raisons, s’interrogent et même s’inquiètent. Ces techniques viseront-elles vraiment le bien-être de l’homme? Ou plutôt, seront-elles un puissant outil qui maintiendra un peuple dans l’opération des machines avec toute la routine que cela implique? D’ici se précise l’image possible de l’homme assujetti au dieu-ordinateur; ce dernier ayant finalement appris à dominer son propre créateur.

Néanmoins, plusieurs grands philosophes restent optimistes. Entre autres, Alvin Toffler, dans son livre « La troisième vague », prédit que ces nouveaux développements permettront une plus grande tolérance entre citoyens, que les gens seront plus actifs devant le petit écran puisqu’ils devront planifier leurs propres programmes. Pour ce faire, ils devront discuter, confronter, évaluer leur cheminement.

En outre, le micro-ordinateur sera l’outil par excellence que saura débarrasser la mémoire de toutes ces formules, ces règles, ces lois; exercices routiniers, répétitifs et désormais inutiles dans les matières telles les mathématiques, la physique, la chimie. Attention, il ne s’agit pas de supprimer ces disciplines, mais tout simplement de confier à l’appareil tout ce qui peut sans dommage lui être laissé. Effet libérateur qui permettra à l’homme de se consacrer davantage aux exigences de notre société. Cependant, saura-t-il éviter le nouveau piège qui lui sera tendu; celui de s’isoler derrière cet immuable paravent électronique!

Quoi qu’il en soit, si pour certains le monde de l’informatique annonce l’enfer, il ne faut toutefois pas oublier que le paradis, ce sont les hommes qui le feront et non les machines. En fait, ni le rêve ni le cauchemar ne se réaliseront; comme toujours la réalité ne manquera d’être plus séduisante que toutes les aspirations. »

Je pense que Jean-Yves D’Amour est devenu éventuellement un enseignant dans la région de Prescott-Russell et qu’il a contribué à des publications du Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques.

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D’où viennent les Franco-Ontariens? (Deuxième partie)

Jusqu’en 1850, tant du côté québécois qu’ontarien de l’Outaouais, la population des établissements permanents est essentiellement originaire des îles britanniques. Cependant, depuis le début du siècle, une main-d’œuvre canadienne-française, mobile, saisonnière et jeune monte dans les chantiers à l’automne pour redescendre au printemps ou vient faire de la drave. Peu à peu, surtout après la création du diocèse d’Ottawa en 1847, les Canadiens français s’établissent dans l’Est ontarien. Lorsque les comtés de Glengarry, Stormont, Prescott et Russell atteignent leur population rurale maximale au tournant du siècle, ces mouvements migratoires ont suffi à en changer le caractère sociolinguistique : les Canadiens français y sont devenus le plus nombreux groupe ethnique.

En passant du « village subarctique de bûcherons » à la « cabine de pilotage politique », Ottawa attire un nombre considérable de Canadiens-français. Formant un peu plus du quart des 21 541 habitants d’Ottawa en 1871, la population d’origine française garde, à peu de choses près, cette même proportion parmi les 453 280 habitants de l’Ottawa métropolitain en 1971. Au début du siècle, Ottawa commence à s’affirmer, aux yeux des Franco-Ontariens, comme une « métropole ». Dotée d’un réseau d’institutions patriotiques et encadrée par le clergé et les communautés religieuses, sa population francophone peut aussi s’appuyer sur son université bilingue et ses maisons d’enseignement privées. Elle peut en outre compter sur une population francophone sensible à la sauvegarde de ses droits.

En longeant l’Outaouais, puis traversant l’Ontario d’est en ouest, de Mattawa à Thunder Bay, en passant par North Bay, Sudbury et Sault Ste Marie, le chemin de fer du Canadien Pacifique ouvre l’accès au Nord ontarien durant les deux dernières décennies du XIXe siècle. Le gouvernement ontarien soude le nord à Toronto par le Timiskaming and Northern Ontario Railway, qui atteint Cochrane en 1910. Cette même époque voit la construction d’une autre voie ferroviaire, le National Transcontinental, qui relie Lévis à Winnipeg, en ligne droite.

Le Nouvel Ontario révèle des richesses insoupçonnées. La plaine de Nipissing, le bassin de Sudbury ainsi que les Clay Belts (Haileybury-Hearst) offrent déjà de bonnes perspectives au développement agricole. Mais les découvertes minières, nickel et cuivre à Sudbury, argent à Cobalt et or à Timmins, Kirkland Lake, s’avèrent de puissants facteurs de développement économique. Les grandes forêts riches en conifères se révèlent vite importantes pour la production de pulpe de papier et de vois de sciage, notamment à Sturgeon Falls, Iroquois Falls et Kapuskasing.

Canadiens français du milieu rural québécois comme de l’Est ontarien vont s’établir en grand nombre dans le Nouvel Ontario, travaillant d’abord à la colonisation agricole avant de s’adonner plus exclusivement au travail en forêt, et, plus tard, de s’embaucher dans les mines. En 1976, près de 20 % de la population du nord de l’Ontario est de langue française. Massée le long de l’axe North Bay-Hearst d’autre part, la population de langue maternelle française y représente 34 % de la population, soit 142 080 sur 417 330 dans les comtés de Cochrane, Témiscamingue Nipissing et Sudbury.

Dans l’enclave sud de la province, du Golden Horseshoe à Windsor, des Canadiens français sont attirés depuis le tournant du siècle par les « mirages » de la civilisation industrielle. Travaux publics et chantiers de construction à Toronto, industrie automobile à Windsor, industrie pétrochimique à Sarnia, industries textiles et métallurgiques à Welland, ou encore usines de guerre durant les deux conflits mondiaux, offrent de nombreux emplois qui viennent prendre des Franco-Ontariens au profit des régions du nord et de l’est de la province, des Québécois et des Acadiens.

L’Ontario est aussi une terre d’adoption pour un certain nombre d’immigrants de langue maternelle française. Son développement économique accéléré depuis la Deuxième Guerre attire des immigrants francophones de l’Europe, de l’Afrique du Nord et l’Asie du Sud-Est. Ainsi, en recensement de 1971, il y avait 15 740 Ontariens de langue maternelle française nés à l’extérieur du Canada.

Le recensement de 1971 révèle également qu’en Ontario il y a, en plus de 93 000 unilingues français, 716 000 bilingues (anglais et français), pour un total de 809 000 Ontariens qui ont une connaissance du français, c’est-à-dire 10,5 % de la population totale.

En 1978, dans les écoles élémentaires et secondaires anglophones de l’Ontario, environ 883 000 élèves étudient le français.

Voilà pour un brin d’histoire!

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D’où viennent les Franco-Ontariens? (Première partie)

Depuis 2010, l’Ontario reconnaît officiellement le 25 septembre de chaque année comme le Jour des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes. C’est une reconnaissance qui a mis du temps à accoucher et qui est venue 25 ans après l’adoption de la Loi sur les services en français en Ontario, en 1986. J’ai retrouvé récemment dans Le Carillon du 1er août 1979 un long texte intéressant sur les origines des Franco-Ontariens et qui provenait d’un rapport publié par le Conseil des affaires franco-ontariennes. Cet organisme a été dissout en 1987, l’année suivant l’adoption de la loi, et remplacé par la Commission des services en français de l’Ontario. C’était la même année que l’entrée en ondes de la chaîne française de TVOntario. Puisque je n’ai trouvé aucune trace de ce texte sur le Web, j’ai pensé qu’il vous intéresserait… surtout si vous êtes, comme moi, fier Franco-Ontarien.

D’où viennent les Franco-Ontariens? Question académique peut-être, mais dont la réponse n’est pas aussi simple qu’il y paraît de prime abord.

Le Conseil des affaires franco-ontariennes, dans un récent rapport publié sous forme de livret et qui contient des statistiques fort intéressantes sur la composition et la répartition de la population franco-ontarienne, indique qu’ils proviennent de trois sources principales : de la France, pendant l’Empire français; du Québec et du Nouveau-Brunswick, et plus récemment, d’autres pays francophones.

En 1610, deux ans après la fondation de la ville de Québec, le premier Occidental à fouler le sol ontarien est un jeune éclaireur du nom d’Étienne Brûlé, au service de Samuel de Champlain. Comme tant d’autres Français qui sillonneront après lui les vastes Pays d’en haut, c’est la fourrure qui l’a attiré, première grande richesse naturelle de la province.

Sous le Régime français, les Pays d’en haut ne font pas l’objet d’une politique systématique de peuplement. À Paris comme à Québec, on craint plutôt que la colonisation des terres au-delà de l’Outaouais ne provoque une hémorragie démographique dans la vallée du St-Laurent. Ainsi, la population française des Pays d’en haut ne dépasse guère le minimum requis pour la traite des fourrures, la défense militaire et l’évangélisation des Amérindiens. Composée essentiellement de militaires, en garnison, de colons, d’hommes de métier affectés au service des postes de défense, de coureurs de bois, d’interprètes, de missionnaires et de voyageurs, elle est surtout concentrée autour de forts tels que Pontchartrain (Détroit), Frontenac (Kingston), Niagara et Rouillé (Toronto).

En 1763, à la cession à l’Angleterre de la plupart des possessions françaises d’Amérique, la population des Pays d’en haut, soit l’Ontario actuel, l’Illinois et l’Ouest, atteint peut-être 7 000 personnes. États-majors, hommes de troupe et administrateurs coloniaux rentrent en France, seuls restent pour témoigner de près de deux siècles d’aventure coloniale française en terre ontarienne une petite colonie agricole établie dans la région de Détroit depuis 1701, des missionnaires et une population flottante de coureurs de bois et de voyageurs.

Jusque vers 1840, la population française de l’Ontario n’augmente guère qu’en raison de son accroissement naturel et du recrutement continuel de voyageurs par les compagnies anglaises de fourrures. La délimitation des frontières entre les colonies britanniques de l’Amérique du Nord et la nouvelle République américaine provoque certains déménagements : témoin le déplacement de colons français établis sur la rive américaine de la rivière Détroit et qui, fidèles du roi d’Angleterre, élisent domicile du côté ontarien après la guerre d’indépendance américaine. Ou encore celui des voyageurs de l’île Drummond qui, au début des années 1830, jettent les bases des villages agricoles de Penetanguishene et Lafontaine, au sud de la baie Georgienne.

Depuis le début de la colonisation par les Loyalistes, en 1784, l’Ontario s’est beaucoup développée. En 1849, sa population, surtout concentrée dans l’enclave Kingston-baie Georgienne-Windsor, atteint 427 441. Par ailleurs, depuis les premières années du XIXe siècle, le Québec est aux prises avec une crise agricole et ne réussit guère plus à retenir sa population. Ainsi, à partir de 1840, et pendant un siècle environ, les migrations canadiennes-françaises se font d’autant plus nombreuses que le développement industriel et urbain tarde à absorber le trop-plein des paroisses rurales. Tâchant de faire contrepoids à l’émigration vers les états américains et la Nouvelle-Angleterre, les élites cléricales nationalistes proposent et encouragent la colonisation des terres vacantes et marginales du Québec, ou encore celles de l’Ontario et de l’Ouest.

À suivre demain…

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« Née d’une lutte incessante… »

Lécole Le Caron nétait pas une « grosse » école. Elle comptait huit classes, un gymnase et un centre de documentation, mais elle avait un caractère drôlement historique et représentait « laboutissement dune longue controverse ». La grande nouvelle est publiée dans lédition du 14 avril 1982 du journal Le Carillon. « Lécole secondaire Le Caron, qui accueille 120 élèves de langue française depuis le début du mois de janvier, sera inaugurée officiellement le 23 avril à Penetanguishene. (…) Née dune lutte incessante menée par la population francophone de cette ville auprès du Conseil déducation de Simcoe. » Jy avais fait référence dans des billets précédents. En fait, lévénement revêtait une telle importance pour la francophonie ontarienne quune « invitation spéciale est également lancée à tous les francophones de la province qui désirent venir célébrer avec les gens de Penetanguishene ». Edith Butler y chanterait même.

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Jen ai parlé ces derniers jours. « Soixante-treize jours après avoir été le théâtre de lexplosion dune bombe, le restaurant Caesars Palace à Hawkesbury a été la proie des flammes, tôt jeudi matin. » Les dégâts sont énormes. Larticle est dans le journal du samedi 17 avril 1982. « Rappelons brièvement que le restaurant Caesars Palace, construit sur lemplacement de lancien restaurant Riverview de la rue John, lui-même détruit par un incendie il y a deux ans, a été secoué par une explosion dans la nuit du 1er février dernier. » Décidément, quelquun, ou le sort, ne voulait pas de restaurant à cet endroit.

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« Le magasin des alcools situé au 222 est de la rue Principale à Hawkesbury sinstallera dans un nouveau local, le 1er septembre prochain. » Il sagit bien sûr du magasin de la LCBO qui était au coin des rues Principale et William depuis ce qui semblait toujours. Celui que la clientèle de Montréal fréquentait assidûment, surtout lors des grèves de la SAQ. Le nouveau magasin « sera aménagé dans un nouveau local de 5000 pieds carrés qui sera construit adjacent au restaurant-bar Roman Room, au 56 est de la rue Principale ». Le magasin y a toujours pignon sur rue et, il y a déjà plusieurs années, a élargi ses pénates justement dans lespace anciennement occupé par le Roman Room. Il semble que la rumeur qui circulait il y a quelque temps sur la construction dun nouveau magasin rue Spence était fausse.

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« Laventure aura donc duré trois années, jour pour jour. » Cest ainsi que jannonçais, dans lédition du samedi 24 avril 1982, que nous cessions la publication de notre deuxième édition hebdomadaire pour nous consacrer uniquement à celle du mercredi. Lexpérience avait été victime de la mauvaise situation économique de lépoque. « Le Carillon, comme tout journal, vit des revenus publicitaires. Depuis une année, surtout, le nombre de faillites commerciales na jamais été aussi élevé et, par conséquent, le marché de la publicité en est affecté. » Nous avions été « le seul bihebdomadaire de langue française au Canada », y compris le Québec. Et ce qui était la meilleure nouvelle pour toute léquipe, « grâce à cette décision, léconomie ainsi réalisée nous permettra de ne faire aucune réduction de notre personnel régulier ». Le Carillon reprenait en fait son rythme de mars 1979.

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Je fais une pause pour une quinzaine de jours, le temps de célébrer, comme vous, Noël et le Nouvel An. Je serai de retour, pour le début d’une troisième année de billets de blogue, vers le 14 janvier 2013. Dans mon « Retour sur hier », j’entreprendrai les cinq dernières années (printemps 1982 à printemps 1987) de mes 22 ans de carrière au journal Le Carillon.

Joyeux Noël et Bonne année!

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La désignation encore une fois

Quand on veut, on peut! Il sétait pourtant fait dire que le programme nexistait plus. Dans lédition du journal Le Carillon du 10 avril 1982, on apprend que « le député fédéral de Glengarry-Prescott-Russell Denis Ethier a annoncé jeudi après-midi la désignation de la région de Hawkesbury, pour une période de deux ans, en vertu du Programme de développement industriel et commercial de lOffice canadien pour un renouveau industriel. » Ethier avait annoncé la nouvelle devant une centaine de commerçants et dhommes daffaires de la région et avait expliqué que cette désignation « comprendrait, outre la ville de Hawkesbury, les cantons de Longueuil et Hawkesbury-Ouest ainsi que le village de LOrignal et la ville de Vankleek Hill ». Hawkesbury nétait pas seule à souffrir de la situation économique. « Les sept nouvelles zones spéciales désignées sont celles de Trois-Rivières et Cap-de-la-Madeleine; Grand-Mère et Shawinigan; Drummondville, Victoriaville, Princeville et Plessisville; Sherbrooke et Magog; Valleyfield au Québec, ainsi que Cornwall et Hawkesbury. » Le programme nétait pas la solution miracle. « Lobjectif du Programme de développement industriel est de favoriser la consolidation et la diversification de lassise économique de régions qui dépendent fortement des industries du textile, du vêtement et de la chaussure. » Les autres municipalités avaient été déçues que seule la ville de Hawkesbury et sa région immédiate profite des largesses fédérales. Mais en fin de compte, cette « désignation » naurait pas les mêmes résultats que celle dès la fin des années 60 et qui avait permis lexpansion industrielle de lépoque. Cette fois, l’économie était mal en point partout.

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Javais déjà parlé delle dans mon blogue. En 1976, elle avait été nommée la mannequin de lannée à New York. Cette fois, comme lexplique le journal du 10 avril 1982, Monique Clément, jeune femme originaire de Hawkesbury, sétait transformée en femme daffaires. « Depuis le 1er avril, date de son anniversaire de naissance, Mme Clément a ouvert un institut de charme et personnalité rue Sherbrooke à Montréal et projette de lancer une ligne de produits de beauté à son nom. » Elle avait atteint la trentaine et était réaliste quant à son avenir de mannequin. « Jai beaucoup de contrats publicitaires avec par exemple la compagnie Trans-Canada, la bière Laurentide et jai aussi fait la page couverture de Châtelaine à plusieurs reprises. Malgré cela, je suis davis quil est préférable douvrir par exemple un institut lorsquon est encore au sommet de sa carrière. » Monique offrait à son institut « des cours sur létiquette et léthique professionnel, lart oratoire, la démarche et le maintien, les soins de la peau, des cheveux et autres ».

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Javais fait référence dernièrement à des critiques sur la langue à lhôpital général depuis la fermeture de la clinique Smith. Dans le journal du 14 avril 1982, cest une autre nouvelle surprenante. « Sur près de 250 cartes de membres de la corporation de lHôpital général de Hawkesbury et la région, la proportion dindividus anglais-français frôle deux pour un. » Jean-Guy Parisien, le président du bureau des gouverneurs, était resté « étonné du manque dintérêt manifesté par les francophones de la région » et avait parlé de « la possibilité dune campagne pour augmenter le recrutement ». La carte de membre ne coûtait que 5 $ et il la fallait pour avoir droit de vote à lassemblée générale annuelle.

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De la table ronde? Non… de Colomb!

Il y a des Chevaliers de Colomb dans la plupart des municipalités des comtés en 1982 et la ville de Hawkesbury en compte même deux. « Le conseil 6452 des Chevaliers de Colomb fêtera samedi soir le centenaire de ce mouvement catholique. Le tout prendra la forme dun banquet à lissue duquel seront honorés quelques-uns des personnages qui ont participé à la fondation de ce conseil, en 1972 et 1973. Lannée 1982 marque en effet le centième anniversaire de fondation des Chevaliers, qui ont pris naissance sous linspiration du père Michael McGivney au Connecticut, en 1882. » On retrouve un court article à cet effet dans Le Carillon du 24 mars 1982.

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En ce printemps de 1982, je ne suis pas le seul qui en a assez. Dans mon éditorial du 31 mars 1982 je demande si « Pierre Elliott Trudeau est-il là depuis trop longtemps. Sa présence écrase tous ceux qui lentourent. Plusieurs croyaient en sa démission par suite de laboutissement de son projet de rapatriement constitutionnel, mais il appert que ce n’est pas dans ses intentions immédiates. Ses conseillers devraient lui suggérer le contraire. » Je réagissais à certains propos nationaux sur le piètre état de léconomie et l’inaction du fédéral. « Donc, que Trudeau révise ses priorités, quil laisse la constitution tranquille, quil abandonne un peu sa confrontation avec les provinces et quil se consacre aux vrais problèmes. Sinon, quil tienne sa parole davant la dernière élection et quil laisse la place aux autres. »

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Et pour expliquer ma réaction, il suffit de lire le texte à la une du 7 avril 1982. « La fermeture au mois de mars des usines des compagnies Interline Furniture et Fashion Print à Hawkesbury, ainsi que des ralentissements de production dans trois importantes usines de la région ont été autant de nouveaux signes de la récession économique qui frappe actuellement Prescott-Russell, comme tout le Canada dailleurs. (…) Trois des plus importants employeurs traditionnellement à Hawkesbury sont en ce moment forcés de prendre des mesures afin de stopper la production parce quil ny a plus une demande suffisante pour les produits. » Il sagissait dAmoco Fabrics, de la CIP et dEastern Steelcasting. « Deux autres usines de Hawkesbury, Duplate Canada Ltd et Amoco Fabrics ont considérablement réduit leur personnel depuis six mois. » Ça nallait pas bien du tout et la pire nouvelle sen venait.

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Une photo mattire dans le journal du 7 avril 1982. Il y est question de la Caféthèque de Chez Ti-Pou de lÉcole secondaire régionale de Casselman. On voit Brian St-Pierre à la guitare devant la foule. Il était alors au nombre de 73 participants talentueux à la sixième édition de cet événement couru à Casselman. St-Pierre sest fait valoir récemment à lémission « Un air de famille » de la télé de Radio-Canada en compagnie de sa femme et de leur fille.

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Un bon hold-up… ça fait jaser

Un hold-up, rien de mieux pour alimenter un journal. Mais ce nétait pas drôle à ce moment-là, surtout pour les victimes. Le Carillon du 13 mars 1982 nous raconte ce hold-up à la Bijouterie Ginette de la rue Principale-Est à Hawkesbury. Deux hommes avaient réussi à senfuir, mais pas loin. « Après avoir déjoué les policiers en tirant un coup de feu, ils se sont enfuis apparemment en automobile, mais ils nont pu aller plus loin quun hangar dune cour entre les rues Mary et Champlain où ils se seraient cachés. Un des deux suspects, au moment de sa fuite, a été blessé dun coup de feu tiré par le sergent Edgar McGregor. » Un vrai film de gangsters. « Les forces de lordre navaient pas lintention de lésiner sur les moyens afin darrêter les malfaiteurs puisque les corps policiers de Rigaud, Papineauville, Lachute et Vaudreuil avaient été appelés au secours. » Les enfants de lécole LAssomption, à proximité, avaient dû demeurer à lécole après la fin des classes à la demande des policiers. « Cest en utilisant des gaz lacrymogènes, sans tirer de coups de feu que les policiers ont finalement mis la main sur les présumés malfaiteurs qui ont aussitôt été conduits au poste de police. » Cétait évidemment le sujet des conversations en ville. Les propriétaires de la bijouterie, Ginette et André Tremblay, avaient été ligotés et menottés. Le policier Jacques Laflamme sétait fait désarmer par un complice quil navait pas vu. Les voleurs sétaient enfuis à pied, mais les policiers soupçonnaient la présence dun troisième complice qui aurait été à lextérieur quelque part. Les deux jeunes enfants des Tremblay étaient justement à lécole LAssomption. Toute une histoire dont les détails supplémentaires avaient été racontés dans lédition du 17 mars.

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Jean Leroux, ce jeune homme dont je vous avais parlé récemment, souhaitait une ordination sacerdotale « populaire » et il avait décidé dinnover en choisissant le complexe sportif de Hawkesbury comme lieu de son ordination. « Une cérémonie dordination ça arrive tellement peu souvent que selon moi, cest une occasion de fête populaire. » Larticle fait la une de lédition du 20 mars 1982. Jean était alors « stagiaire à la pastorale à lÉcole secondaire régionale de Hawkesbury ». Lordination aurait lieu le 18 juin suivant, mais entre-temps il serait sacré diacre à Limoges le 4 avril. Il voulait fêter avec la population parce que « les gens mont appelé à leur service tout autant que Dieu ». Lévénement était intéressant à ce point que les autorités municipales lui avaient offert les deux glaces du complexe sportif gratuitement. Et revenant à son ordination, Jean Leroux avait expliqué que « ce serait, du moins je lespère, une soirée canadienne qui suivra la cérémonie. Il y aura un orchestre et les gens pourront danser en groupe. Je ne pense pas quil y aura des problèmes, mais peut-être quelques remarques. » Je reviendrai sur la suite.

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Mon rédacteur sportif Yvon « Togo » Legault ny allait pas par quatre chemins. Vers la fin de la saison 1981-1982, lentraîneur-gérant des Hawks de la Ligue centrale junior « A », Mac MacLean lui avait même interdit laccès au vestiaire de ses joueurs après les parties. Après une fin de saison décevante pour les Hawks, Legault écrit dans sa chronique du 20 mars 1982 que « pour le bien des Hawks et pour le bien du hockey en général à Hawkesbury et dans la région immédiate, il faut absolument quune réorganisation complète soit faite au niveau de la direction de léquipe locale. Et, le poste dentraîneur-gérant semble être le point de départ le plus plausible! » Bang!

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Une entente hors cour dans l’affaire Léveillé

La cause séternisait depuis de longs mois et je vous avais raconté lhistoire dans mes billets précédents : laffaire Jean Léveillé. La poursuite originale était pour plus de deux millions de dollars contre le Conseil des écoles catholiques de Prescott-Russell et trois de ses conseillers scolaires, Roland Saumure, Jacques Prévost et Yves Saint-Denis. Dans lédition du 27 février 1982 du journal Le Carillon, les lecteurs apprennent quil y aurait « un règlement hors cour de quelque 185 000 $ » avant la reprise du procès le 2 mars. Ce montant comprenait 125 000 $ pour M. Léveillé et 60 000 $ pour les frais de son avocat, Me Gilles Racicot, de Timmins.

En fait, comme on peut le lire dans le journal du 6 mars 1981, « la poursuite initiale de 2 millions $ était maintenant passée à 3 490 185 $ avant de commencer le procès le 1er février ». Lentente hors cour prévoyait le « rejet total des accusations contre les trois conseillers scolaires en cause » et comme lavait affirmé le président du CECPR, Roger Cayer, « par le règlement hors cour, le CECPR est exonéré de tout blâme, de même que les trois conseillers du temps en cause ». Cayer avait déclaré « quil devenait scandaleux de faire durer ce procès, car les frais auraient dépassé ce qui était en jeu. Ça devenait un festin davocats. »

Et fait qui navait rien à voir avec cette entente, un des deux avocats représentant le Conseil des écoles, Me Pierre Mercier, « vient dêtre nommé juge de la Cour de comté dOttawa-Carleton » comme on peut le lire dans la même page que le compte rendu détaillé du règlement avec Jean Léveillé. Tout était bien qui finissait bien, jimagine! Mais dans l’opinion publique…

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Je soupçonne que cette publicité était liée à la décision du Secrétariat dÉtat de revoir son programme de subventions aux communautés minoritaires et à laquelle jai fait référence ces jours-ci. Cette publicité du gouvernement du Québec dans le journal du 27 février 1982 rappelle essentiellement que « le gouvernement du Québec participe actuellement à la réalisation de projets qui bénéficient aux collectivités francophones hors Québec, par un programme de collaboration avec la Fédération des francophones hors Québec », programme qui remontait à 1978. « Le gouvernement du Québec veut ainsi favoriser une meilleure compréhension entre les Québécois et les francophones des autres provinces et promouvoir le développement de liens damitié et de solidarité. » Le Québec avait évalué son aide des quatre années précédentes à « près de deux millions de dollars pour répondre à des besoins exprimés par les associations francophones ». Je ne sais pas si le Québec finance encore de tels rapprochements.

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Une petite responsabilité de plus. Dans le journal du 10 mars 1982, on peut lire que « le député de Prescott-Russell à Toronto, M. Don Boudria, a été nommé lundi critique officiel du ministère ontarien des Services sociaux et communautaires par le nouveau chef du Parti libéral, M. David Peterson ». Il avait été jusque-là critique des Services gouvernementaux.