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Nous venons de la ville… nous voulons les mêmes services

La restructuration municipale était un phénomène qui devenait inévitable et les politiciens de l’époque semaient cette idée de plus en plus. Dans les comtés unis de Prescott et Russell, il en était évidemment question avec les débats autour des recommandations du commissaire à la restructuration, Goldyn Sunderland. Devant les 300 délégués au congrès de l’Organisation des petites municipalités urbaines de l’Ontario, réunis au motel Holiday de Hawkesbury, le trésorier ontarien Darcy McKeough y était conférencier et a « servi un appel à peine déguisé envers la restructuration ». Charles Burroughs signe un texte sur sa conférence dans Le Carillon du 11 mai 1977. « M. McKeough a insisté que les conflits de frontières deviennent de plus en plus fréquents à mesure que s’urbanisent les zones rurales en bordure des villes et que les résidents de ces nouvelles zones urbanisées demandant les services auxquels ils auraient eu droit s’ils étaient restés en ville. »

McKeough avait affirmé que le développement subissait l’influence du concept des frontières municipales d’alors. « Au lieu de tracer une ligne précise autour des concentrations urbaines existantes, M. McKeough préconise des régions plus grandes où le contrôle direct du développement serait déterminé par une entité municipale, au lieu de plusieurs municipalités en compétition l’une contre l’autre pour l’évaluation source de revenus. » Le trésorier provincial avait précisé qu’une « nouvelle attitude envers la définition des frontières municipales s’avère une des priorités du gouvernement ontarien ». Cela prendrait du temps, mais cela deviendrait réalité… celle que l’on connaît depuis maintenant une dizaine d’années en Ontario et ailleurs au pays.

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William Davis avait déclenché des élections en Ontario pour le 9 juin 1977. Le député conservateur sortant Albert Bélanger avait annoncé qu’il se porterait encore une fois candidat de son parti. Quant aux libéraux, diverses rumeurs circulaient et comme on peut le lire dans le journal du 11 mai 1977, « Don Boudrias, de Sarsfield, sera candidat ». Il a alors 27 ans et demeure dans Prescott-Russell (la circonscription électorale et non pas les « comtés unis ») depuis 25 ans. « M. Don Boudrias (que nous épelions encore avec un « s » final) est sous-préfet du canton de Cumberland depuis les élections municipales du 6 décembre 1976, et est organisateur pour le parti libéral, fédéral et provincial, depuis cinq ans. (…) S’il est élu candidat officiel, sa campagne portera sur le pourquoi des élections provinciales et sur le traitement accordé aux francophones, Sa campagne sera axée sur le porte-à-porte surtout, et également sur les assemblées publiques. » Dans l’édition du 18 mai, nous lisons que « Don Boudrias a changé d’idée. (…) Il a retiré sa candidature pour deux principales raisons. En premier lieu, l’équipe électorale était difficile à organiser, puisque une partie des gens étaient déjà engagés dans d’autres campagnes électorales, et en second, M. Boudrias voudrait compléter son premier mandat de sous-préfet du canton de Cumberland. » Ce n’était que partie remise.

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La population s’organise et un comité de souscription pour les nouvelles installations sportives de Hawkesbury se met en branle. Objectif : un demi-million de dollars. La coprésidence du comité est confiée à deux avocats connus, l’ancien maire Yvon Montpetit et Michel Houle. Parmi les membres du comité, identifiés dans le journal du 11 mai 1977, on retrouve surtout des noms de citoyens réputés de la ville : le sous-préfet Gilles Thériault y représente les intérêts municipaux alors que Jean-Jacques Poulin, le trésorier municipal, devient trésorier du comité, À la présidence des divers sous-comités, des gens comme Robert Cusson, Yvon Dicaire, Marcel Rozon, Roger Clément, Gabrielle Miner, Lucien Denis, Nicole Proulx, Jacqueline Lafrenière. D’autres personnes se grefferont au comité en cours de route. La communauté était embarquée dans ce grand projet.

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Condamné… mais on peut attendre un peu

La bonne nouvelle était attendue impatiemment depuis plusieurs semaines quant au sort au Centre Mémorial « condamné ». Comme on l’apprend dans Le Carillon du 4 mai 1977, la ministre ontarien du Travail, Bette Stephenson, « a accordé verbalement la permission à la ville de Hawkesbury de garder le Centre Mémorial ouvert pendant une autre saison aux mêmes conditions que l’année dernière ». Les autorités municipales étaient soulagées parce qu’elles se préparaient à lancer une campagne de financement public pour le projet de complexe sportif. Mais en même temps, le conseiller Claude Drouin, plutôt partisan de la rénovation, de la réparation et du renouveau du vieillot Centre Mémorial, poursuivait ses tentatives afin de gagner son point et ça n’arrêtait pas. Avec cette confirmation ministérielle, la plupart des arguments de Drouin ne tenaient plus. Histoire à suivre.

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Les membres du Conseil des comtés unis de Prescott-Russell s’étaient voté des majorations salariales, mais ils se doutaient sûrement que la Commission de lutte contre l’inflation ne les laisserait pas faire. Comme le rapporte la journaliste Monique Castonguay dans Le Carillon du 20 avril 1977, la Commission a avisé le Conseil des comtés que le maximum autorisé était de 8 p. cent… point à la ligne. Au lieu du salaire de 4 000 $ qu’ils avaient souhaité pour eux et de 10 000 $ pour le président du Conseil, « les salaires des conseillers seront maintenant de $3,447, soit 8 p. cent, ou $225, de plus que l’an dernier, et le président recevra $9,106, soit encore 8 p. cent ou $674.52, de plus qu’en 1976 ».

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J’avais parlé récemment de l’arrivée des micro-ondes et que je n’avais pas trouvé, dans les éditions de 1976, de la publicité pour ces nouveaux appareils. Voilà dans l’édition du 13 avril 1977, les Coopératives d’Embrun et de St-Isidore en offrent un modèle Litton, « minuterie rotative 45 minutes, cuit et maintient la température des aliments, plateau amovible, thermomètre, rôtissoire inclus » au prix de 599 $.

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Il y avait eu l’époque des films de fesses, anodins dans le contexte d’aujourd’hui, mais aussi la série des films « Ilsa… la louve des SS », puis la suite… avec « Greta la tortionnaire » et « Helga avec ses heures brûlantes de plaisir ». Tous ces films au Théâtre Laurentien de Grenville. Nous en étions aux « films de fesses sadiques » en ce printemps de 1977…. Et c’était en français! Et la salle était pleine!

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Les petits anglais nuisaient aux petits français

Le phénomène était relativement nouveau à l’époque. Dans Le Carillon du 30 mars 1977, on peut y lire que « la présence d’élèves anglophones dans les classes de langue française affecte de façon négative l’apprentissage général des élèves de langue française ». Toujours selon l’article, « c’est là l’avis de plus de 60 p. cent des répondants à une enquête menée par l’Association des enseignants franco-ontariens (AEFO) auprès de 2,000 enseignants de l’élémentaire de l’Ontario. De plus, 61 p. cent des enseignants croient que la présence dans leur classe d’élèves qui s’expriment difficilement en français nuit sensiblement à l’attitude des jeunes francophones face à leur langue maternelle. » Depuis au moins 25 ans, surtout dans l’ouest des comtés unis de Prescott et Russell et dans la plupart des écoles françaises d’Ottawa, ce phénomène d’enfants anglophones dans des classes françaises (ne pas confondre avec programmes d’immersion) est omniprésent.

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Dans le texte de Tom Van Dusen que j’ai reproduit dans mon blogue, l’auteur fait référence aux habitudes des Franco-Ontariens en ce qui concerne leurs caisses populaires. Comme on peut le lire dans l’édition du journal Le Carillon du 30 mars 1977, « une autre importante étape vient d’être franchie dans l’octroi aux caisses populaires ontariennes de statuts les rendant plus ou moins égales aux banques à charte ». Le ministre ontarien de la Consommation et du commerce, Sidney Handleman, avait annoncé la création de la Société ontarienne d’assurance d’actions et de dépôts (Ontario Share and Deposit Insurance Corporation). Cette société « établira et gérera un fonds d’assurance pour protéger les dépôts des consommateurs jusqu’à concurrence de $20,000 par sociétaire » dans les credit unions et les caisses populaires de l’Ontario. « La protection est semblable à celle qui existe pour les banques à charte, les sociétés de prêts et de fiducie. » La nouvelle avait une importance particulière pour les lecteurs de Hawkesbury puisque la Fédération des caisses populaires de l’Ontario Ltée, « avec plus de 70 membres et des actifs de plus de $330 millions », y avait nommé Jean-Baptiste Alie, un administrateur de la Caisse populaire de Hawkesbury et coopérateur connu, comme un de ses trois représentants au conseil d’administration conjoint de la Société.

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Un petit entrefilet dans Le Carillon du 30 mars 1977. On y note que le 30 avril marquera le 20e anniversaire de l’acquisition de l’Imprimerie Prescott-Russell de Plantagenet par André Paquette, le propriétaire-éditeur du journal Le Carillon. Cela signifie que le journal n’avait que dix ans d’existence (fondée en 1947) quand son propriétaire s’est doté d’une imprimerie. Le journal soulignera ses 65 ans en 2012.

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Ça ne m’avait jamais frappé. Je note, dans plusieurs éditions de 1977, que ma journaliste Monique Castonguay écrivait un nombre très élevés d’articles sur les questions agricoles dans la région. J’en parle parce qu’aujourd’hui et ce depuis de nombreuses années, Monique est justement au service des communications d’Agriculture Canada.

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Une réalité bien différente de nos jours

Un texte exceptionnellement long aujourd’hui, mais il faut retenir que cette section de mon blogue traite justement d’un « Retour sur hier » et s’il y a eu un événement extrêmement marquant à cette époque, c’est bien l’élection du PQ le 15 novembre 1976. Le journaliste Tom Van Dusen « couvre » Prescott-Russell pour le compte du journal The Citizen. Le père de Tom était bien connu dans le milieu politique de la capitale ayant rédigé des discours pour quelques premiers ministres. Les frères et sœurs de Tom œuvrent quasiment tous dans le monde du journalisme et de la communication. Son oncle Jack, lui-même un ancien journaliste de longue expérience, a été mon patron aux relations avec les médias de Postes Canada. En fait, c’est Jack qui m’avait offert une promotion en 1990 en court-circuitant le processus habituel interne des ressources humaines de l’entreprise. Tom et moi avions couvert de nombreux événements politiques dans Prescott-Russell pendant nos premières années dans ce métier. Dans Le Carillon du 9 mars 1977, je consacre mon espace éditorial à un texte que Tom avait écrit pour The Citizen; en fait, je le reproduisais intégralement. Aujourd’hui, Tom conviendrait que le portrait qu’il trace est sensiblement différent en 2012… surtout dans l’ouest des comtés unis et particulièrement dans le canton de Russell… celui qui nous a réuni vers la fin des années 80 jusqu’à mon départ pour Ottawa à la fin de 2011. Au lendemain de cette élection du PQ, les médias nationaux, surtout anglophones, avaient soudainement découvert la réalité francophone hors Québec. J’avais été interviewé par de nombreux journalistes. Le texte qu’il avait produit pour The Citizen en page 3 de son édition du 7 mars 1977 est reproduit intégralement… et dans sa langue d’origine… comme je l’avais fait à l’époque. La traduction ne rend jamais totalement justice à un texte. Tom rendait bien la réalité de cette l’époque dans mon petit coin de pays.

“Villages cluster around massive churches and illuminated crucifixes adorn the yards of private homes.

Much of the banking is done at caisses populaires rather than at more traditional institutions.

The language most often heard at street corners is French.

This isn’t rural Quebec: It’s a sketch of Ontario’s eastern tip – the United Counties of Prescott and Russell – where 80 per cent of the 47,500 residents are French-speaking.

Slice of Quebec

Prescott-Russell is a slice of Quebec carried across the Ottawa River through a steady migration of job hunters and farmers in search of greener pastures.

Socially, culturally, and linguistically, this chunk of Ontario is an island unto itself.

Other municipalities such as Ottawa, Cornwall, Sudbury and Windsor have large francophone populations, but nowhere in the province is the majority so overwhelmingly French.

Local government business is conducted almost entirely in French in Prescott-Russell. Only a smattering of English is heard at county council meetings or gatherings of various town, township and village councils.

Of course, provincially-overseen business – such as court proceedings – is conducted in English.

It’s a grating experience to sit in on a court case heard in English despite the fact everyone from the judge to the accused is francophone.

Separate school board deliberations are in French while English is often used during board of education meetings to accommodate the minority of trustees representing public school supporters.

In Prescott-Russell, there’s a reversal of the common Ontario situation which finds francophones unable to get service in their mother tongue. Here, the English-speaking minority sometimes complains of language difficulties such as trying to deal with store clerks who speak only French.

Prescott-Russell looks different, and a large part of the difference stems from the powerful influence of the Roman Catholic Church, which began to wane only about a decade ago.

Ornate churches, pretentious by today’s standards, are the focal point of villages like Casselman, Bourget and Fournier. Homes cling to them as if seeking solace.

In a somewhat gaudy expression of faith, full-size crucifixes and miniature shrines honoring the Virgin Mary sprout along back concession roads.

With the completion of Highway 417, soaring property values and trend to country living, this bastion of franco-Ontarianism is threatened by an influx of English-speaking newcomers.

Many are concerned; others don’t give a damn.

Those who care haven’t attempted to discourage anglophone inroads but they hope the traditional identity can be preserved.

Goldyn Sunderland, an Ottawa planner who owns a home in Prescott-Russell, feels county council should officially recognize the French fact and develop a policy designed to perpetuate the French culture.

The consultant in the process of completing a $97,000 restructuring study of the counties, says the French flavor could be enhanced if greater attention was paid to architectural style in new development.

Architecture, community layout and use of space have always been distinct between the founding cultures, Sunderland notes. He emphasizes how French communities have traditionally revolved around huge churches.

In this space last week, an articulate group of Hawkesbury residents questioned the restructuring commissionner’s position.

‘To suggest that any specific culture should be imposed and artifically maintained, in the face of normal events, is a least unrealistic,’ the group wrote.

Individual styling in architecture is a luxury few families can afford these days, the residents maintained. They said there was ‘a suggestion of condescension’ in Sunderland’s emphasis of the role played by the Church in francophone life.

Unique structure

Perhaps some of Sunderland’s proposals are impractical, impossible – and even condescending. But he has recognized the possibility that a social structure unique in Ontario may be damaged of lost entirely and feels preventive steps should be taken.

English-speaking newcomers to Prescott-Russell should be educated to the fact they’ve entered a predominantly-francophone milieu and be expected to adapt accordingly.

If the influx of anglophones continues at the same rate without a concrete effort to preserve the existing character, the majority could wind up the minority and eventually be assimilated.

There are those who would mourn the passing of this unusual piece of Ontario’s cultural mosaic.”

J’ai bien peur que dans l’ouest des comtés unis, la prédiction de Tom est en train de sa matérialiser. Quelle tristesse!

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Une attitude contradictoire… c’est la vie des deux Claude

L’élection d’un nouveau conseil municipal à Hawkesbury laissait pourtant présager un avenir beaucoup plus sérieux que celui que l’on avait connu sous le « règne » du maire Philibert Proulx. Les citoyens avaient fait maison nette, ou presque, avec un message clair de changer pour le mieux. En éditorial dans Le Carillon du 2 mars 1977, je note que deux clans sont en train de se former. « D’un côté, l’on retrouve le conseiller Claude Drouin (surtout) et le sous-préfet Gilles Thériault qui tentent de bloquer tout nouvelle initiative provenant des nouveaux arrivés. Parfois, l’observateur a la nette impression qu’ils tentent de défendre les agissements de l’ancien maire Philibert Proulx, à tout prix. (…) Le maire Laurent Cayen, le préfet Lucien Berniquez et le conseiller Edward Mullin restent sages dans tout ça, analysent les deux côtés de la médaille et optent pour le plus juste. Ils ne s’abaissent surtout pas aux dénigrements du genre survenus à la dernière réunion du Conseil municipal. Deux membres du Conseil municipal devront, à notre avis modifier leur attitude, s’ils veulent donner à la population un gage de sérieux. » Claude Drouin et Claude Demers, les deux en question, maintiendraient une attitude contradictoire pendant toute la durée de leurs longs mandats communs. Difficile de montrer à des vieux singes de nouvelles grimaces! En somme, encore une fois, plus ça chance, plus c’est pareil.

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Je note dans les premières éditions de 1977 que le député conservateur Albert Bélanger devient plus vocal et qu’il manifeste un peu plus sa présence et qu’il multiplie ses communications. Il doit y avoir des élections provinciales dans l’air.

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Bon, ça commence mal une carrière semi-professionnelle ça. Yvan Joly en est à sa première saison avec les 67’s d’Ottawa et tout va plutôt bien jusque lors d’une séance de pratique quotidienne de son équipe. « Yvan s’est fracturé l’os du genou lorsque son coéquipier, le solide arrière-garde Geff Geiger, l’a mis en échec la long de la rampe. » On en parle dans le journal du 9 mars 1977. La soirée « Puce Joly » au Centre Municipal d’Ottawa, au cours de laquelle plus de 500 citoyens de Hawkesbury lui rendraient hommage, aurait lieu quand même le 11 mars… mais sans qu’Yvan joue ce soir-là. Évidemment, la saison d’Yvan venait de prendre fin.

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« Les municipalités outaouaises réclament le parachèvement immédiat de la première phase de l’autoroute 50, soit la section entre Mirabel et Lachute et celle entre Hull et Masson, et la construction complète de l’autoroute pour 1980. » Le ministre québécois des Transports, Lucien Lessard, « ne consacrera pas la moitié de son budget routier à la fameuse autoroute 50 » peut-on lire dans le journal du 9 mars 1977. En 2012, cette autoroute n’est pas encore entièrement terminée mais devrait l’être au courant de l’année, je crois.

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Les villes où j’ai vécu : Québec (troisième suite)

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le quinzième article de cette série… qui concerne Québec où il est arrivé en avril 1984 et où il est demeuré trois années… Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous la subdivision « Mes catégories ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Des anecdotes survenues durant mon séjour à Québec et au Soleil (comme j’en ai évoqué quelques-unes dans mon dernier texte), je pourrais en raconter jusqu’à demain… ce que je ne ferai pas. Mais je vais quand même en ajouter quelques-unes aux précédentes.

Bien sûr, ces anecdotes impliquent « mes » journalistes, dont certains étaient plutôt « spéciaux » (c’est le moins que je puisse dire!). Comme je l’ai mentionné précédemment, Marcel Aubut était une « grande vedette à Québec ». Mais il n’était pas « la seule vedette de la place ». Il y avait aussi André Arthur, « le roi Arthur » comme la plupart des citoyens de Québec le surnommaient. Plus de la moitié de la population de Québec et de la région était quotidiennement branchée sur son émission à CHRC (Québec) alors qu’il dominait outrageusement les cotes d’écoute.

Personne n’échappait à ses critiques acerbes, surtout pas Le Soleil, le « grand journal » de Québec. Toutefois, « mes » journalistes ne l’écoutaient pas… Ils le répétaient régulièrement haut et fort dans la salle de rédaction : « Arthur, jamais je ne l’écoute »… disaient-ils autant l’un que l’autre. Moi, je l’écoutais… car je voulais savoir s’il avait quelque chose à dire contre notre journal ou contre nos journalistes. Je ne voulais pas être pris par surprise. Tous les matins, en compagnie du directeur de l’information (Gilbert Athot), du chef de nouvelles (Gilles Ouellette) et de la secrétaire de la rédaction (Myriam Paquet), nous étions au centre de la salle de rédaction pour réviser notre journal du jour, examiner les autres journaux (le Journal de Québec, La Presse, le Globe and Mail et quelques autres)) et déterminer les suivis à faire ou les événements à « couvrir » ce jour-là. Quand les journalistes faisaient leur entrée dans la salle de rédaction, ils devaient nécessairement passer près de nous. Et lorsque « le roi Arthur » s’en était pris à nous (notre journal) de quelque façon que ce soit, la majorité d’entre eux s’arrêtaient près de nous et disaient : « Avez-vous entendu ce qu’Arthur a raconté à notre sujet? » Et à chaque fois, je ne pouvais m’empêcher de leur répondre : « Comment peux-tu savoir ce qu’il a dit à notre sujet si tu ne l’écoutes jamais? » La plupart du temps, ma remarque mettait fin à l’intervention.

À la suite de leur grève en 1978, les journalistes du Soleil avaient obtenu la semaine de travail de quatre jours à raison de huit heures par jour, soit 32 heures par semaine. Et ce sont les journalistes qui devaient eux-mêmes remplir une feuille de temps attestant leurs heures travaillées. Lorsqu’ils travaillaient plus de huit heures dans une journée ou plus de 32 heures dans une semaine, ils étaient payés « à temps et demi ». Et s’ils travaillaient un sixième ou un septième jour dans une même semaine, les heures supplémentaires étaient alors payées « à temps double ». Inutile de dire que certains d’entre eux se faisaient des salaires dépassant largement le salaire hebdomadaire de base prévu à la convention collective.

Par exemple, les journalistes qui étaient affectés aux Nordiques et qui voyageaient avec l’équipe pouvaient accumuler un grand nombre d’heures supplémentaires. Mais le record de tous les temps appartient sans doute à Alain Bouchard. Un jour qu’il avait accompagné les Nordiques à Edmonton et que le voyage de retour avait été retardé pour cause de problèmes mécaniques avec l’avion, il avait « facturé » 25 heures de travail dans la même journée. Lorsqu’on lui avait demandé comment il avait pu « travailler 25 heures dans une seule journée » il avait expliqué avec le plus grand sérieux du monde (!) qu’il avait travaillé si longtemps à cause du « décalage horaire ». J’en ris encore!

Un autre journaliste qui était passé maître dans l’art d’accumuler des heures supplémentaires s’appelait André Bellemare. Il était le seul chroniqueur à plein temps dans tout le Québec qui soit affecté exclusivement à la chasse et à la pêche. André aimait bien les voyages de cinq ou six jours… ce qui lui permettait d’accumuler de nombreuses heures supplémentaires, dont certaines « à temps double ». Mais André ne se faisait pas payer en argent… il convertissait ses heures supplémentaires en jours de congé… ce qui lui permettait de travailler entre sept et huit mois par année (pendant la saison de pêche suivie de la saison de chasse) et de prendre entre quatre et cinq mois de vacances.

Quand je suis arrivé au Soleil et que j’ai découvert son truc, je lui ai dit qu’il ne pouvait désormais effectuer de voyages de pêche ou de chasse de plus que quatre jours. « Mais si le voyage est en avion et qu’il dure cinq ou six jours, qu’est-ce que je fais? » m’avait-il demandé. « De deux choses l’une : ou tu refuses le voyage et tu n’y vas pas, ou tu arrêtes de pêcher ou de chasser après quatre jours et tu attends ‘ en congé ‘ que l’avion te ramène », lui avais-je répondu. À partir de ce jour-là, il n’a plus jamais accumulé des heures supplémentaires pour des voyages de pêche ou de chasse.

Une autre anecdote à son sujet. André était plein de trucs ; par exemple, il réclamait comme remboursement de dépenses les achats d’équipements de pêche ou de chasse dont il se servait pour les voyages qu’il faisait dans le cadre de son travail. Il faut le faire! Au début de l’année 1984, alors que j’étais encore à Granby, j’avais été invité à un voyage de pêche au saumon (pour le mois de juillet de la même année). Puisqu’il s’agissait de mon premier voyage de pêche au saumon à vie (un voyage qui devait être suivi de plusieurs dizaines d’autres), je n’avais pas d’équipement, particulièrement je n’avais pas de canne pour moucher le saumon. J’avais donc demandé à André Bellemare s’il me prêterait l’une des siennes. Il avait gentiment accepté de le faire, mais avait insisté pour que je fasse bien attention à « sa » canne. Je lui ai répondu que je considérais un peu « sa » canne comme « notre » canne… puisqu’elle avait été payée par Le Soleil. Il n’a donc pas insisté davantage… et de mon côté, j’ai quand même fait bien attention à « sa » canne avec laquelle j’ai capturé mon premier saumon à vie, en plus de deux autres (et, dois-je ajouter, depuis ce temps, j’ai mes propres cannes!).

L’un des reproches que je faisais parfois aux journalistes du Soleil était le fait que plusieurs d’entre eux (ou elles) étaient davantage intéressés par ce qui se passait sur la scène internationale qu’à Québec même. Pour moi, les lecteurs du journal voulaient d’abord savoir tout ce qui se passait chez eux bien avant ce qui se passait en Iran ou en Israël.

Un matin où, comme tous les autres matins, j’étais à la table centrale de la salle de rédaction (en compagnie du directeur de l’information, du chef des nouvelles et de la secrétaire de rédaction), la responsable de la chronique judiciaire de l’époque, Louise Lemieux, fait son entrée au travail et s’approche de nous en disant que « le procès de Klaus Barbie (Klaus Barbie était accusé d’avoir participé au génocide de milliers de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale) est sur le point de commencer à Paris et que Le Soleil devrait la dépêcher sur les lieux pour assurer la couverture de l’événement. Le directeur de l’information (lui aussi formé au Soleil) semble presque prêt à lui dire « oui ». En effet, il lui suggère de préparer un plan de couverture et de nous le soumettre. Je m’interpose aussitôt en disant à notre journaliste : « Ne fais pas de plan de couverture, Louise… appelle plutôt 100 lecteurs du Soleil au hasard et si trois d’entre eux peuvent te dire qui est Klaus Barbie je t’envoie immédiatement à Paris ». Inutile de dire que je n’ai plus jamais entendu parler de son projet de reportage.

Je pourrais vous raconter bien d’autres anecdotes survenues au cours de ces trois courtes mais très intenses années au Soleil. Mais ce sera pour une autre fois… peut-être!

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Une mention honorable nationale pour un éditorial

J’avais oublié ce détail. Dans l’édition du 23 février 1977, un court entrefilet souligne les récents honneurs du journal Le Carillon au concours de l’Ontario Weekly Newspapers Association, une association anglophone il va sans dire. Nous méritions des prix quasiment chaque année, tant à l’OCNA qu’à la Canadian Weekly Newspapers Association, et nous étions fiers parce que les jurys étaient composés d’anglophones. Cette fois, toutes catégories confondues, le journal avait mérité une mention honorable dans la catégorie du meilleur éditorial. « Le prix du meilleur éditorial – un seul prix – est accordé au journal qui n’a pas hésité à soulever en éditorial un point important ou à prendre position sans avoir peur de rien. Le Carillon a obtenu sa mention honorable pour son éditorial exigeant la démission de l’ancien maire Philibert Proulx, qui, selon l’opinion du journal, avait perdu la confiance de la population. Les événements qui ont suivi ainsi que le résultat des élections municipales ont démontré que l’éditorial avait alors sa raison d’être. » J’avais été particulièrement fier puisque l’éditorial, évidemment, était en français.

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Un autre détail oublié, cette fois dans le journal du 2 mars 1977. J’avais placé l’encadré à la une et le titre se lisait : « La restructuration des comtés – Des anglophones parlent d’irréalisme ». Il ne fallait pas s’en surprendre, bien qu’un nom qui semble francophone se trouve en référence.

« Des citoyens anglophones de la région trouvent irréalistes les suggestions voulant que l’on s’attache à conserver la culture canadienne-française dans Prescott-Russell, dans le cadre de la restructuration. Dans une lettre au quotidien The Citizen d’Ottawa, publiée lundi, MM. et Mmes A. Robert Todd, B. Prescott, R. Kozak, G. Young et Pierre LeVasseur, de Hawkesbury, soutiennent que l’étude sur la restructuration des comtés par le commissaire Goldyn Sunderland n’apportera aucune recommandation réaliste pour les citoyens concernés. Rappelant que les comtés subissent certains changements ethniques à cause des nouvelles subdivisions résidentielles, les dix signataires affirment qu’il est irréaliste de suggérer d’imposer et de maintenir artificiellement une culture particulière. Le groupe se demande même de quelle façon la culture française ou anglaise est reliée à l’amélioration de l’administration des comtés et à l’amélioration de l’économie du territoire. Selon la lettre du groupe anglophone, un bon gouvernement réaliste devrait s’attarder davantage à dépenser sagement les deniers publics, ce qui ne semble pas avoir été fait pour l’étude de la restructuration à leur avis. »

Tristement, il s’en trouve encore énormément dans Prescott et Russell qui pensent comme ça.

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Une publicité intéressante dans le journal du 16 février 1977. Thériault Électronique annonce la plus récente nouveauté… « Le magnétoscope à cassette Betamax vous permet de regarder le match en même temps qu’il enregistre le film… avec sa minuterie réglable, il enregistre vos émissions favorites même quand vous êtes sortis. » Ce qu’il en coûtait? « Seulement $1,495.95. Prix de détail suggéré $1745.95. » C’était bien avant le PVR et, bien sûr, la technologie de Sony n’allait pas survivre à la concurrence d’un format rival… le VHS… inventé par Philips et JVC, qui est aussi en train de disparaître en 2012… si ce n’est déjà fait.

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« Il fallait décourager cette tendance »

« La crise consiste en une confrontation, à savoir si oui ou non l’unité vaut le coup. » La phrase est de Jean-Jacques Blais, ministre canadien des Postes, alors qu’il prononce un discours lors d’une rencontre du chapitre des caisses populaires de la région St-Laurent-Outaouais, au motel Holiday de Hawkesbury. Nous retrouvons un compte rendu de son intervention dans Le Carillon du 9 février 1977. Il se réfère, bien sûr, à la question de l’unité nationale, à l’avant-plan du débat politique national depuis l’élection du gouvernement de René Lévesque trois mois auparavant au Québec. Blais affirme devant les 150 participants que « les Canadiens doivent consacrer leurs énergies à solutionner les problèmes économiques, au lieu de poursuivre le débat sur la séparation du pays ». En 2012, on pourrait facilement entendre Stephen Harper répéter le même message si le débat national avait encore son cours de la même manière qu’à l’époque.

Blais jugeait que « la tendance est de ne pas discuter des vrais problèmes, mais de séparation » et il insistait sur le fait qu’il fallait « décourager cette tendance, parce qu’il y a de nombreux problèmes à résoudre ». Jean-Jacques Blais avait parlé « de contrôle de notre économie nationale, une économie où 49 p. cent des revenus taxables sont gagnés par des entreprises américaines ». Je serais curieux de savoir quelle est la proportion aujourd’hui. « Le ministre s’est référé davantage à la concurrence de l’industrie du textile et aux problèmes de cette industrie au pays; aux riches réserves des sables bitumineux de l’Alberta, une réserve plus importante que celle qui existe au Moyen-Orient, mais qui demeure non développée; la création d’un marché international pour le Canada, un pays en compétition avec General Electric et Westinghouse dans le monde. »

Blais, un ministre libéral d’origine franco-ontarienne bien sûr, avait « fait remarquer que les Canadiens-français ont encore beaucoup de droits à faire respecter au pays et qu’il n’est pas facile d’être Canadien-français. Il a cité en exemple la question des Gens de l’air, des conflits scolaires de Cornwall et Windsor, de la télévision française à Vancouver et Régina, du journalisme irresponsable qui insiste indûment sur deux députés qui restent assis pendant le chant du ‘God Save the Queen’. Il a rappelé que le premier ministre René Lévesque s’était rendu à New York et a parlé de la séparation comme un fait acquis alors qu’il n’a pas obtenu de mandat à cet effet. » Mais Blais devait reconnaître que « certains changements constitutionnels sont peut-être nécessaires, mais qu’il faut considérer toutes les conséquences et que cela ne peut se faire efficacement si tout le monde se bat ». C’était cinq ans avant le rapatriement de la Constitution.

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Toujours dans l’édition du 9 février, je me réfère à l’échec de l’expérience d’administration de la justice dans les deux langues officielles que le gouvernement ontarien avait tenté à Sudbury. « Le Palais de justice à L’Orignal est l’endroit où le gouvernement ontarien doit maintenant poursuivre ses expériences de justice bilingue, c’est-à-dire où les Franco-Ontariens peuvent s’exprimer dans leur langue, les Anglo-Ontariens pouvant le faire depuis longtemps. Depuis des dizaines et dizaines d’années, les francophones sont omniprésents à la Cour de L’Orignal. Actuellement, le juge est francophone, les avocats sont majoritairement francophones et le personnel est majoritairement composé de Franco-Ontariens… les accusés aussi d’ailleurs. La situation veut donc dire que tous ces francophones parlent anglais quand ils se retrouvent ‘officiellement’ dans l’enceinte de la Cour. Cela est ridicule, il va sans dire. » J’invitais le député Albert Bélanger à transmettre le message à Queen’s Park, sans savoir qu’il l’avait déjà fait quelques semaines plus tôt. Bélanger avait écrit au procureur général Roy McMurtry que « la population francophone de ma circonscription veut ces services ». Finalement, ce sont tant les cours de L’Orignal que de Rockland qui bénéficieraient des services en français après Sudbury.

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Une lettre en français… il fallait répondre en français

Gérard Lévesque était un ancien copain du petit séminaire et il était secrétaire du Patro d’Ottawa. Il s’était fait connaître dans les médias par sa participation active au mouvement « C’est l’temps ». Il avait reçu le texte de la politique « relative aux réponses aux communications en français du gouvernement de l’Ontario », une politique qui était demeurée sans publicité pendant tout ce temps. Gérard s’empresse de remettre le texte à qui de droit :

« Cette directive s’applique à tous les ministères, les agences, conseils et commissions sauf ceux dispensés par le Conseil des politiques administratives.

Cette politique ne s’applique pas aux communications destinées à d’autres juridictions qui sont devenues officiellement bilingues et ont accepté le principe que, quelle que soit la langue officielle utilisée par le gouvernement, les correspondants sont libres de rédiger une réponse dans leur langue maternelle.

Le français et l’anglais étant les deux langues officielles du Canada, la politique du gouvernement de l’Ontario juge qu’il est nécessaire que toute correspondance en provenance du gouvernement de l’Ontario soit rédigée dans l’une ou l’autre langue selon celle utilisée par le correspondant.

Cette politique s’applique sans exception à toutes les communications écrites.

Le gouvernement de l’Ontario a adopté la politique selon laquelle il doit répondre verbalement dans l’une ou l’autre langue officielle d’après l’ordre des priorités établies par lui et définies selon la représentation de francophones dans les secteurs de la province. Selon ces priorités, les bureaux du gouvernement situés dans les communautés à concentration francophone doivent se plier à développer une habilité à pouvoir communiquer verbalement en français. »

C’était bien avant la Loi sur les services en français en Ontario.

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On attend toujours après. « L’Hydro-Ontario envisage, d’ici 1990, la construction d’une immense centrale génératrice d’électricité quelque part dans l’Est ontarien. L’emplacement exact de la centrale n’a pas encore été divulgué puisque les plans ne sont qu’à leur stage embryonnaire, mais l’Hydro a dévoilé que la centrale pourrait être éloignée jusqu’à dix milles de l’Outaouais ou du St-Laurent, où serait puisée l’eau servant au refroidissement. » On en parlait dans le journal du 2 février 1977.

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Après 10 ans d’exploitation, « l’usine de la firme General Magnetic Products de Hawkesbury a fermé ses portes le vendredi 28 janvier laissant une vingtaine d’employés sans emplois. De plus, l’usine de la même compagnie à Grenville doit cesser toute opération à la fin du mois, privant environ 60 employés de leur travail. » La firme produisait des composants pour appareils électriques et électroniques pour les appareils ménagers. Le président de GMP, René Quesnel, avait expliqué, entre autres, que « l’affiliation des employés au Syndicat des travailleurs unis de l’acier n’a pas aidé ».

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L’effet du PQ en Ontario… un comité du cabinet sur la confédération

L’élection du Parti Québécois pour administrer la province voisine avait eu des répercussions jusqu’à Queen’s Park. « Le gouvernement ontarien a créé un comité spécial dont le rôle et le but seront de proposer diverses mesures favorisant et sauvegardant l’unité nationale au Canada. » Il en est question dans Le Carillon du 19 janvier 1977. Le premier ministre Bill Davis présidera lui-même ce « Cabinet Committee on Confederation ». Des ministres influents en feront partie et « le secrétaire permanent sera M. Don Stevenson, sous-ministre adjoint aux Affaires intergouvernementales ». J’en parle parce que j’ai eu le plaisir de rencontrer et d’échanger avec Stevenson, un parfait bilingue, lors de la conférence « Destinées Canada » à l’université York de Toronto et où j’avais été le délégué de Glengarry-Prescott-Russell. Le pendant québécois de Stevenson, un certain Claude Morin (oui, le même), participait également à cette conférence, une initiative justement de ce « Cabinet Committee on Confederation ». J’y reviendrai.

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Et la hiérarchie catholique avait elle aussi réagit. Dans une livraison de Présence, le journal d’information du diocèse d’Ottawa distribué dans toutes les paroisses du diocèse, on pouvait lire ceci : « Au lendemain de son élection comme premier ministre du Québec, M. René Lévesque a salué les autres Canadiens, non plus comme ses compatriotes, mais comme ses ‘voisins du Canada’. Et quand on sait que M. Lévesque ne croit pas à la survie des groupes francophones en dehors du Québec, – il l’a dit clairement à Fredericton il y a quelques années – nous pouvons nous demander si nous ne sommes pas, à ses yeux, des voisins condamnés à mort. » Le journal diocésain y allait des recommandations habituelles pour assurer la survie des Franco-Ontariens, dont le message fondamental de « s’occuper de ses propres affaires ». « Sans fierté, il n’y a pas conviction dans l’action. » J’avais traité de tout ça en éditorial. Il s’en est passé des choses depuis en Ontario français, dont La Cité collégiale et la survie de Montfort pour n’en nommer que deux.

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Henri Clément, une personnalité bien connue de L’Orignal, publie son livre sur le centenaire de son village, « le chef-lieu de Prescott-Russell », « le berceau de ce territoire ». Le texte dans le journal du 26 janvier 1977 signale que « c’est depuis L’Orignal que tout Prescott-Russell s’est développé. On peut même affirmer que c’est le berceau de la vie franco-ontarienne ». Le volume de 124 pages note, entre autres, que « la Seigneurie de L’Orignal comprenait une superficie de 23,000 acres ». À peine sorti, le livre s’était déjà vendu à une centaine d’exemplaires. Le volume avait nécessité sept mois de travaux pour sa préparation et son impression. Le projet avait été réalisé encore là grâce, en partie, à une subvention de la loterie Wintario.