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Hawkesbury citée en exemple pour son bilinguisme

Les dix premiers ministres des provinces canadiennes sont réunies à Ottawa en ce début de février 1968 à l’occasion de la « conférence fédérale-provinciale sur la constitution » (nous sommes encore loin du rapatriement de 1982). Le Carillon du 8 février titre en grosse manchette « John Robarts cite Hawkesbury en exemple au sujet du bilinguisme »… une vérité de La Palice pour les gens d’ici.

C’est que Robarts venait d’annoncer le programme de bilinguisme qu’il entendait implanter dans sa province. Il s’était référé aux quelques municipalités de l’Est de l’Ontario qui pouvaient être citées en exemple : « La ville de Hawkesbury, depuis de nombreuses années, conduit une grande partie de ses affaires en français et fournit la plupart de ses services municipaux dans les deux langues. » Robarts voulait encourager activement l’usage du français et de l’anglais dans les municipalités de l’Ontario qui comptent « une concentration suffisante de francophones ». Il y en avait beaucoup dans l’est et le nord de la province, surtout dans les zones rurales. Le français sera également reconnu à l’Assemblée législative de l’Ontario, ce qui devrait plaire aux six députés francophones qui y siègent, dont Albert Bélanger.

Le ministre d’État et député de Stormont, Fernand Guindon, s’était empressé de commenter que cela ne faisait pas de l’Ontario une province « officiellement bilingue pour autant ». (La province ne le deviendra jamais.) C’était quand même le point de départ de toute une série de mesures éventuelles qui favoriseraient les Franco-Ontariens au fil des décennies suivantes. Le Conseil municipal de Hawkesbury a même jugé bon d’adopter une résolution afin de remercier le premier ministre Robarts pour son témoignage. Robarts, il faut s’en rappeler, était un progressiste-conservateur.

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« Problème majeur au Centre Maria » affirme le titre d’un article dans l’édition du journal Le Carillon du 22 février 1968. Cet hôpital de maternité pour les mères célibataires connaît des problèmes financiers sérieux et on cherche des solutions. C’est en novembre 1937 que les Sœurs du Bon-Pasteur avaient acheté la maison d’un certain James Ross afin d’en « faire un foyer d’accueil pour filles-mères » comme on appelait alors les mères célibataires. Il n’existait alors aucune œuvre du ce genre dans le diocèse ou l’Est de la province. « La première année, 19 jeunes filles ont été admises. Au cours des dix premières années, 360 jeunes filles ont séjourné au Centre et, à date, près de 1,500 mères-célibataires y ont donné naissance à leurs enfants. » Aujourd’hui, la question ne se pose même plus.

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La gestion scolaire sera regroupée en Ontario

Le Carillon du 15 février 1968 parle de la rencontre des délégués de l’Association des commissaires d’écoles bilingues de l’Ontario tenue à Hawkesbury. Ils étaient à l’école
Paul VI pour discuter du plan Robarts sur la réforme de la gestion scolaire en Ontario. Ce plan prévoit la « formation d’unités administratives à raison d’une par comté » à compter du 1er janvier 1969. Dans Prescott-Russell, il y aura une seule unité pour les écoles publiques et secondaires. Les commissions des écoles séparées devront elles aussi se préparer à la fusion. Un représentant du ministère de l’Éducation leur suggère d’ailleurs de proposer elles-mêmes un plan de fusion à la province, qui leur conviendra. L’objectif de la fusion était bien sûr l’amélioration des services et la centralisation de l’administration. J’y reviendrai parce que ce regroupement a transformé radicalement la scène scolaire des comtés.

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Un article dans l’édition du 25 janvier 1968 du journal Le Carillon nous apprend que la construction de la nouvelle école Paul VI aura finalement coûté 1 160 000 $ lorsque les travaux seront achevés à la fin de février. Les premiers élèves avaient fait leur entrée en septembre 1967.

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Voici quelque chose qu’on ne voit pas souvent de nos jours. Il faut dire qu’à l’époque, les trois messes dominicales (les messes du samedi n’existaient pas encore) remplissaient l’église. Donc, dans Le Carillon du 1er février 1968, un article sur le bilan annuel de la paroisse St-Alphonse-de-Liguori. La paroisse a terminé 1967 avec un surplus administratif de 447,94 $ et une dette totalement remboursée. Les recettes totalisaient 124 493,40 $ et les dépenses, 124 045,46 $. Pas mal pour une paroisse qui devait payer un curé et deux vicaires, un sacristain, un organiste et des chantres. Connaissez-vous la situation financière de votre paroisse en 2011?

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Dans l’édition du 1er février, un article nous apprend que le maire de L’Orignal, Charlemagne LeCours, veut que son village, après 150 ans d’existence, ait son propre hôtel de ville. Depuis 1820, le Conseil se réunissait dans le Palais de justice des comtés unis à L’Orignal bien sûr. Le nouvel hôtel de ville sera aménagé dans l’ancien magasin Clément, rue King. Le maire LeCours, grand bonhomme coloré, était mon « espion » au Conseil des comtés unis de Prescott et Russell. Il m’alimentait de « scoops » de façon régulière. L’administrateur des comtés, Raymond Ouimet, a tenté pendant longtemps de connaître ma source. Il ne l’aura jamais su. En fait, c’est la première fois que je divulgue cette information. D’autant plus que LeCours et Ouimet sont décédés depuis longtemps.

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Le curé et son vicaire seront désormais salariés

« Le clergé sera désormais salarié » selon un article de l’édition du 18 janvier 1968 du journal Le Carillon. L’archevêque Joseph-Aurèle Plourde avait annoncé de nouvelles mesures sur l’administration des paroisses et la rémunération des prêtres dans son diocèse d’Ottawa. Ainsi, les recettes des quêtes restent dans la paroisse et ces quêtes n’auront lieu qu’une seule fois par messe, « soit à l’offertoire ». Auparavant, il y en avait deux et parfois trois. Ce décret de Plourde établit également le concept des offrandes dans une enveloppe.

« La dîme ou support paroissial à verser annuellement doit être l’équivalent d’une journée de travail pour toute personne gagnant un salaire et de $5.00 pour les personnes retraitées qui le peuvent. » Le prêtre touchera un salaire mensuel de 185 $ s’il a moins de dix ans de sacerdoce et 225 $ s’il a 20 ans ou plus d’expérience. Les prêtres sont évidemment logés et nourris dans le presbytère paroissial. « Le traitement de base de l’Archevêque est de $300 par mois et celui des évêques auxiliaires de $250. » Une autre époque quoi! Et il ne manquait pas de prêtres. À la paroisse St-Alphonse-de-Liguori, par exemple, il y avait un curé et deux vicaires en 1968… pour une même paroisse.

À propos d’un projet de loi déposé aux Communes sur l’avortement et l’homosexualité, Mgr Plourde en avait profité pour rappeler à ses ouailles que « c’est toujours à la loi de Dieu que la conscience des citoyens doit se conformer ». Ce projet de loi faisait jaser partout au pays bien entendu. Autre signe des temps que ces interventions archiépiscopales.

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Une annonce intéressante dans l’édition du 4 janvier parlant du nouveau restaurant Chez Michel sur la rue James à Hawkesbury. Je ne me souviens pas de ce restaurant. Quoi qu’il en soit, ce sont les prix de l’époque qui retiennent mon attention : deux œufs, bacon, rôties et café pour 70 cents; un demi-poulet barbecue, 1,25 $; un sandwich club, 1 $; un « small steak », 1,20 $; une omelette au jambon, 85 cents. Et chaque jour, il y a un « spécial » à 99 cents. Vous ne laisseriez même pas ces mêmes montants en pourboires aujourd’hui.

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Duplate Canada s’installe à Hawkesbury

La manchette de l’édition du journal Le Carillondu 18 janvier 1968 est révélatrice du progrès qu’allait connaître Hawkesbury au cours des années à venir. « Duplate Canada Limited s’établit à Hawkesbury » avec carte pour indiquer l’emplacement de la future usine dans le nouveau parc industriel, ainsi que le tracé de la future rue Spence et du raccordement ferroviaire qui sera nécessaire pour desservir l’usine. L’article précise que l’usine emploiera 150 personnes « des hommes en très grande majorité ». Les autres usines de ce grand manufacturier sont à Oshawa, Oakville et Windsor.

Vous aurez conclu que Duplate faisait partie du monde de la construction automobile. C’était un fabricant de pare-brise de sécurité. L’usine de Hawkesbury fournira des pare-brise à l’usine québécoise de General Motors de Ste-Thérèse, « à quelque 45 milles au nord-est de Hawkesbury » et aussi pour la société suédoise Volvo. La nouvelle avait d’ailleurs semé la consternation à Ste-Thérèse-Ouest qui s’attendait à accueillir cette nouvelle usine de Duplate. On blâmait « les propos indépendantistes de la part d’hommes politiques » pour cette décision. MeJean Guérin, le directeur de la Fédération libérale fédérale du secteur, n’y allait pas par quatre chemins : « Cette décision malheureuse illustre bien la mentalité de la hiérarchie anglo-saxonne, qui détient un contrôle quasi absolu sur l’investissement de capitaux en provenance des États-Unis au Canada. »

Les autorités municipales de Hawkesbury devront débourser environ 839 800 $ pour l’aménagement de divers services, dont un « énorme réservoir » pour alimenter l’usine en eau. Le réservoir servira bien sûr aux autres usines qui s’installeront dans le parc industriel au fil des ans. Duplate, devenu PPG (Pittsburgh Plate Glass) après son acquisition par cette entreprise américaine, a fermé ses portes définitivement en novembre 2009 après de nombreuses années de réduction de production et d’effectif, sans oublier les soubresauts dans le marché mondial de l’automobile.

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L’édition du journal Le Carillon du 4 janvier 1968 avait annoncé la fusion des unités sanitaires régionales en un seul organisme. L’Unité sanitaire de l’Outaouais et du St-Laurent regroupait ainsi les unités sanitaires de Prescott-Russell, de Stormont-Dundas-Glengarry et de la ville de Cornwall. Ces unités remontaient à 1945-1946. Plus tard, cette unité sanitaire allait devenir le Bureau de santé de l’Est de l’Ontario. C’est à ce Bureau, par exemple, qu’avait incombé l’énorme tâche d’administrer les vaccins contre la menace de la grippe A(H1N1).

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Un programme d’austérité à l’usine de la CIP

L’usine Montebello Metal est la première entreprise locale à profiter de la nouvelle désignation de « zone défavorisée ». Viateur Ethier annonce que l’entreprise construira une nouvelle fonderie à son usine, ce qui devrait ajouter 35 emplois aux 140 existants. L’investissement sera de 250 000 $. C’est à la une de l’édition du 14 décembre 1967 du journal Le Carillon. Montebello Metal, au fil des ans, allait connaître plusieurs étapes de croissance.

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Sous cet article, un autre plutôt moins encourageant. La direction de la CIP a annoncé un programme d’austérité à son usine locale, attribuable à « l’augmentation constante du cout de production et l’instabilité du marché des pâtes au bisulfite ». Quelque 40 employés sont touchés par ces mesures; l’usine en compte 616 en tout. L’usine de 69 ans subit la concurrence de « nouveaux procédés technologiques de fabrication dans le domaine des pâtes kraft qui ont permis à ces produits d’empiéter sur les marché des pâtes au bisulfite ». Retenez cette explication parce qu’elle reviendra 15 ans plus tard.

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Mauvaise nouvelle pour les buveurs dans l’édition du 28 décembre 1967. Il en coûtera plus cher pour nuire à l’économie (revoir blogue sur les Lacordaire du 3 mai) à compter du
1er janvier 1968. Ainsi, la Régie des alcools de l’Ontario annonce que le prix d’une bouteille de spiritueux augmentera en moyenne de 46 cents, alors que la caisse de 24 bouteilles de bière coûtera dorénavant 4,79 $. Le prix d’une bouteille de Scotch passera de 6,23 $ à
6,65 $ et de 7,28 $ à 7,75 $. Quant au vin, le prix de la bouteille, selon la sorte, passera de 95 cents à 1 $, de 1,51 $ à 1,60 $, de 2,42 $ à 2,55 $ et de 3,61 $ à 3,75 $. Le prix était stable depuis janvier 1965. Évidemment, on ne parle plus du tout de la même fourchette de prix 40 ans plus tard!

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Une attaque réussie contre les « hommes-clefs »

Les élections municipales et scolaires du 6 décembre 1967 à Hawkesbury avaient soulevé un intérêt inhabituel, notamment à cause du grand nombre de candidats en lice : deux à la mairie, deux à la préfecture, onze aux six postes de conseillers, huit aux six postes de conseillers scolaires séparés et sept aux trois postes de conseillers scolaires publics. Pour la première fois aussi, ce serait un mandat de trois ans au lieu de deux.

Ainsi, l’édition du journal Le Carillon du lendemain proclame la victoire incontestable du maire sortant Victor Bruneau. Les 75 p. cent de l’électorat qui se sont prévalus de leur droit de vote lui ont accordé une majorité écrasante sur son adversaire Albert Cadieux, lui-même ancien maire et homme d’affaires bien connu de Hawkesbury. Fait intéressant pour démontrer l’influence des travailleurs de la CIP sur la direction municipale, Bruneau était un employé de cette usine alors que Cadieux était un « riche » homme d’affaires et développeur immobilier.

Aux postes de conseillers, l’incomparable Philibert Proulx devançait tout le peloton avec 1444 votes, Albert Giroux (le même que l’affaire Giroux dont je parlais dans mon billet du 14 mars) et Claude Drouin obtenaient respectivement 1278 et 1257 votes. Le public avait refait confiance à Giroux… preuve que l’électeur est difficile à comprendre… comme encore aujourd’hui d’ailleurs. Pour les six autres, la différence était mince… entre 1199 et 1103 votes chacun. Les trois élus étaient Gérard Joly, Germain Tessier et Yvon Bertrand. Fait à noter, Proulx avait livré une attaque en règle contre le groupe des « hommes-clefs » qui se présentait sous cette bannière. Deux des « hommes-clefs » n’avaient pas été élus. Ce regroupement était un peu le pendant de la Ligue du réveil civique de l’élection précédente (blogue du 8 mars) et qui s’était démantelée après avoir réussi à faire élire la majorité de ses candidats. Proulx, Drouin et Joly sont des employés de la CIP.

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Dans l’édition du 7 décembre 1967 du journal Le Carillon, on apprend que le coloré
Réal Caouette, député de Rouyn-Noranda et chef du Crédit social fédéral, est conférencier au Club Richelieu de Rockland. Caouette est décédé le 16 décembre 1976, la première année d’un gouvernement du Parti québécois.

En référence aux séparatistes dont il déplorait l’attitude, Caouette souligne qu’il « y avait eu plusieurs améliorations à l’égard des Canadiens français mais qu’il restait encore beaucoup à accomplir et que la séparation n’est sûrement pas le moyen à prendre », rappelant que « l’union fait la force ». Il ne s’en fait plus des personnages comme Caouette… ou comme Camille Samson, son compatriote de Rouyn-Noranda et chef du Ralliement créditiste au Québec.

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Les conservateurs retiennent Prescott-Russell

L’édition du 19 octobre 1967 du journal Le Carillon titre en gros que « Bélanger conserve Prescott & Russell »… en encre bleue! Albert Bélanger, qui en était à sa première tentative comme candidat progressiste-conservateur, l’avait emporté par une majorité de 3 266 votes sur son adversaire libéral Serge Lalonde. Quelque 65,6 % des électeurs s’étaient prévalus de leur droit de vote, ce qui était nettement inférieur aux 71 % de l’élection précédente de 1963. Cette fois-là, Louis Cécile n’avait récolté qu’une majorité de 1 320 voix sur le libéral René Bertrand. Dans le comté voisin de Glengarry, le conservateur Osie Villeneuve est réélu. Ce comté regroupe les villages voisins de Chute-à-Blondeau, St-Eugène et Vankleek Hill, qui faisaient déjà partie du comté de Prescott. Retenez ce nom d’Osie Villeneuve; j’y reviendrai sous un jour défavorable dans le cadre de ce « Retour sur hier ».

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Décidément, la montée du séparatisme au Québec fait jaser. À la une de l’édition du 9 novembre 1967 du journal Le Carillon, l’éditeur se sent obligé d’expliquer pourquoi le journal ne parle des nouvelles industries qui compteraient s’établir à Hawkesbury. « Comme nous avons à cœur la prospérité de notre ville et notre région, et que notre seul but n’est pas seulement de vendre des journaux, nous attendons d’être sûrs avant d’en informer notre population. »

Pourquoi intervenait-il ainsi? « Les pressions se sont faites encore plus fortes depuis que la télévision montréalaise de même que les publications La Presse et Sept Jours ont annoncé que des industriels qui devaient s’établir dans le Québec avaient changé d’avis à cause du malaise séparatiste intensifié récemment dans la province voisine, projetaient de s’établir dans Hawkesbury. » Les autorités municipales craignaient les spéculateurs et que d’autres municipalités tentent d’attirer les industriels chez eux si leurs noms étaient divulgués. Des arguments semblables allaient être invoqués après l’élection du gouvernement de René Lévesque, en 1976.

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L’édition du 16 novembre du journal Le Carillon présente une demi-page de publicité curieuse. Le Cimetière St-Alphonse a ouvert une « nouvelle subdivision ». Un « grand lot 13 x 18 capacité 8 » se vend 225 $, alors qu’un « demi-lot 13 x 12 capacité 4 » se vend 150 $. Une « fosse simple capacité 3 x 8 » coûte 30 $. Tous ces prix comprennent l’entretien perpétuel. « Avez-vous songé à vous procurer un lot dès maintenant? » poursuit la publicité. Bonne question! Quarante-quatre ans plus tard, quel est le prix d’un lot d’un cimetière?

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« La sobriété est un puissant atout dans l’économie de notre pays »

Qui l’eut cru! Un paragraphe dans un texte de l’édition du 28 septembre 1967 du journal Le Carillon a retenu mon attention. L’article parle de la réélection de mon futur beau-père (il ne le sait pas encore et moi non plus) à la présidence du Cercle Lacordaire de Hawkesbury. L’aumônier du groupe, Mgr Gérard Charette, avait repris une citation d’un ancien président national du mouvement : « Notre nation sera forte et libre, le jour où elle acceptera d’être sobre. La sobriété est un puissant atout dans l’économie de notre pays. » Et moi qui a toujours pensé que les lois contrôlant notre consommation de boissons alcoolisées visaient simplement à réduire le nombre d’accidents mortels. En fin de compte, la réussite économique n’aurait rien eu à voir avec Harper, mais plutôt à notre respect des lois contre l’abus d’alcool. Du temps des Lacordaire, cela était purement volontaire. Que les temps ont donc changé! Vous aurez compris que je fais preuve d’un peu de cynisme!

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Dans cette même édition, je retiens un paragraphe de l’éditorial intitulé « Les Ontariens de langue française auront leurs écoles secondaires françaises ». Au début de l’année, l’Association canadienne-française d’éducation de l’Ontario avait réclamé de telles écoles. Peu de temps avant de déclencher des élections provinciales, le premier ministre John Robarts avait déclaré que son gouvernement y songeait. L’éditorialiste se référait « au Québec qui traite bien sa minorité anglaise ». En parlant de la « sage décision » de Robarts, l’éditorialiste écrit : « Il en coûtera certainement beaucoup à toute la population ontarienne mais ces écoles assureront l’épanouissement de notre population et aideront à garder notre français dans notre belle province quitte à rivaliser avec nos frères du Québec. »

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Dans l’édition du 5 octobre 1967 du journal Le Carillon, la une cite John Robarts qui déclare « Il faut rapatrier notre constitution ». Je rappelle que nous sommes en 1967. On lui avait même demandé ce qu’il pensait des « récents développements du mouvement séparatiste au Québec ». En rétrospective, sa réponse est fascinante. Il a expliqué qu’il portait une attention particulière à tout ce qui se passait au Québec et que le mouvement séparatiste était « A lot noisier than it is big ». Allez rappeler ça à Gilles Duceppe et Pauline Marois!

La photo qui accompagne l’article montre Robarts avec quelques personnalités conservatrices régionales, dont John McTeer, de Cumberland, organisateur de la campagne du candidat Albert Bélanger. John était le père d’une jeune adolescente prénommée Maureen et qui allait devenir Mme Joe Clark.

En fait, dans l’édition du 12 octobre, une grande annonce d’une demi-page, avec photo, est une lettre de « Maureen McTeer, étudiante, R.R. No 2 Cumberland » qui s’adresse « Aux étudiants de Prescott-Russell ». Elle y dit avoir 15 ans et avoir eu le privilège d’apprendre le français dans sa classe « où la plupart des élèves étaient de langue française ». Elle s’y réfère au fameux Plan Robarts qui allait transformer le système éducatif de l’Ontario. Elle conclut que le « Gouvernement Robarts nous donne présentement la meilleure éducation possible, pas des promesses, et une suggestion de votre part à vos parents et gardiens sera la seule chose nécessaire pour le remercier en votant pour le candidat de Robarts ». Vous comprenez pourquoi elle allait épouser ce Joe Clark.

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Encourager la participation des électeurs aux scrutins n’est pas d’aujourd’hui. À la veille de l’élection du 17 octobre 1967, la Jeune chambre de Hawkesbury achète de l’espace à la une de l’édition du 12 octobre : « VOTEZ… selon votre choix… mais VOTEZ ». Il y a longtemps que j’ai vu une telle annonce par une chambre de commerce locale ou un autre organisme non politique. La même annonce sera répétée avant l’élection municipale de décembre 1967. Et à l’époque, le taux de participation électoral était souvent de l’ordre de 70 % ou plus.

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Une nouvelle loi ontarienne sur les autobus scolaires

Nous tenons souvent des petites choses pour acquises tellement nous y sommes devenus habitués. Ainsi, dans l’édition du journal Le Carillon du 7 septembre 1967, une photo fournie par le ministère des Transports de l’Ontario rappelle l’existence d’une nouvelle loi à propos des autobus scolaires : il faut arrêter dans les deux sens lorsque les feux de l’autobus clignotent. « Cette loi est en vigueur partout où la limite de vitesse maximum est supérieure à 35 milles à l’heure. La seule exception à cette règle : la circulation n’arrête pas de l’avant lorsque les voies de la route sont séparées par une barrière de quelque sorte. » Bien sûr, le système métrique n’a pas encore été imposé aux Canadiens. 

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Une nouvelle intéressante à la une de l’édition du 14 septembre 1967 qui fait état de la visite du chef libéral ontarien Robert Nixon à Hawkesbury dans le cadre des élections provinciales. Un paragraphe précise que « le candidat Serge Lalonde était également accompagné dans sa tournée du président de sa campagne, M. Noël Berthiaume, de Hawkesbury ». Noël Berthiaume est décédé il y a plusieurs années, mais il a laissé un héritage politique et d’implication sociale à sa famille, qui a pris la relève. Ainsi, son fils aîné René est maire de la ville de Hawkesbury depuis décembre dernier. Au scrutin fédéral de 2006, René a aussi tenté de devenir le successeur de Don Boudria comme député libéral de Glengarry-Prescott-Russell. Il a failli de près… par à peine 203 votes. Mais l’électeur canadien avait préféré donner la leçon de leur vie aux libéraux de Paul Martin au lendemain du fameux scandale des commandites. Ils ne s’en sont jamais remis d’ailleurs. Quant à Serge, il est toujours bien vivant. Je l’ai revu le 25 avril, lors de la rencontre des candidats au scrutin du 2 mai dans Glengarry-Prescott-Russell à l’aréna de St-Isidore. J’ajoute qu’il a aussi travaillé au service de publicité des Éditions André-Paquette, alors que j’étais rédacteur en chef du journal Le Carillon. Aujourd’hui, Serge est d’ailleurs propriétaire de son imprimerie à Plantagenet, sa communauté de toujours. Et toujours profondément libéral, bien entendu.

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Dans la même édition du 14 septembre, une nouvelle chronique signée par Georges Martin et qui traite de nouvelles de Rockland. Georges Martin, sympathique bonhomme, était le maire de sa ville. Georges avait remarqué que nous avions perdu notre correspondant local et avait déploré l’absence de nouvelles de sa communauté. Il écrit d’ailleurs : « Comme le dit un certain proverbe ‘Si tu t’ouvres la boîte, quelqu’un va y mettre le pied dedans’ ». Je n’ai jamais entendu ce proverbe, mais quoi qu’il en soit, nous lui avions offert le poste (les correspondants étaient payés selon le nombre de pouces de colonne publiés). Georges était un type impliqué dans à peu près toutes les activités de sa communauté, culturelles ou sportives. Comme correspondant, et malgré qu’il ait été maire, Georges faisait preuve d’une grande transparence dans les renseignements qu’il transmettait au journal. Pas sûr qu’un maire, aujourd’hui, pourrait faire de même.

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Dans l’édition du 21 septembre 1967 du journal Le Carillon, un court article annonce que la firme d’architectes Lithwick Lambert Sim et Johnston avait été retenue pour réaliser les plans du futur Hôpital pédiatrique de l’Est de l’Ontario. « Le nouvel hôpital desservira la ville d’Ottawa et ses dix comtés environnants, dont Prescott et Russell. » Il s’agissait bien sûr de ce qui allait devenir le réputé Centre hospitalier pour enfants de l’Est de l’Ontario (CHEO). La construction devait commencer en 1969.

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En entrefilet dans cette même édition, le Conseil municipal de Rockland et la compagnie Synrock Cablevision conviennent d’une entente afin de doter cette ville d’un service de télévision par câble. Nous sommes bien loin de la télé par satellite, de Netflix et de l’omniprésent Internet.

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« Il est parti le grand diviseur »

C’est loin, il ne faut pas l’oublier. Je ne me souvenais pas que la célèbre visite du président Charles de Gaulle avait dérangé à ce point des francophones hors Québec.

Dans l’édition du journal Le Carillon du 3 août 1967, un éditorial non signé clame « Il est parti le grand diviseur ». L’auteur (je tiens pour acquis que c’était l’éditeur de par le style) n’y va pas par quatre chemins. « La population du Canada réalise que le but principal de la visite (…) était de diviser les Canadiens en deux groupes, soit les Canadiens-français de la province de Québec et le reste de la population canadienne. » L’auteur pose la question : « (…) fallait-il qu’un ‘Vénérable vieillard radoteux’ vienne d’outre-mer jeter le désaccord parmi nous ». Et l’auteur ajoute que « la population de langue française ne réside pas seulement dans le Québec ».

C’était peut-être il y a 44 ans, mais nous pourrions presque entendre un contemporain répéter la conclusion de l’éditorialiste : « Oui, il est parti le grand diviseur de notre cher Canada (…). Il a rallié pour longtemps les tièdes aux Canadiens pure laine qu’ils soient de descendance française ou anglaise qui formeront dorénavant une majorité de Canadiens qui sauront faire taire les séparatistes et les extrémistes pour le plus grand bien de notre beau et grand Canada ». C’était bien avant le fameux voyage en train à Montréal lors du grand référendum sur la souveraineté.

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C’était gros pour l’époque et une grande entreprise régionale en faisait les frais. L’édition du 10 août 1967 du journal Le Carillon rapporte que l’entreprise américaine Harbason-Baker avait vendu le contrôle qu’elle détenait sur la Canadian Refractories Limited à une autre société américaine, Dresser Industries Inc., de Dallas (Texas). Coût de la transaction : 130 millions de dollars. La transaction touche la mine de magnésite de Kilmar (Québec) et l’usine de transformation de Marelan (Québec). Ces deux endroits sont à quelques kilomètres de Hawkesbury-Grenville, et toutes les autres installations de l’entreprise. Quelque 500 des 1100 employés sont dans la seule région de l’Outaouais. La magnésite obtenue dans la mine de Kilmar sert à la fabrication de briques à feu à Marelan. Ce type de brique est utilisé dans les fours des fonderies et comme murs pare-feu.

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Signe du temps. L’édition du 17 août nous apprend que le gouvernement fédéral ferme son bureau de l’Assurance-chômage de Hawkesbury, qui y était depuis 1945. Le Centre de main-d’œuvre reste. Les chômeurs obtiendront leurs formulaires au bureau de poste et recevront leurs prestations par courrier.

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Je ne sais pas si des élections planent à l’horizon, mais dans l’édition du journal Le Carillon du 24 août 1967, en page 24, une publicité de l’Association progressiste conservatrice de l’Ontario destinée à solliciter des contributions clame, avec photo de John Robarts, que « Lorsque vous demeurez en Ontario, vous être traité royalement! La politique du parti progressiste conservateur de l’Ontario vous a valu plus d’écoles, plus d’hôpitaux, plus de routes, plus de moyens de vous divertir. Le salaire moyen y est de 18 % supérieur à la moyenne nationale tandis que le niveau de vie y est le deuxième plus élevé de l’univers entier! Grâce au parti progressiste conservateur de l’Ontario, vous êtes traité royalement! » La publicité ne dit pas quelle autre partie « de l’univers » offre un niveau de vie supérieur : Mars, Vénus, Saturne, Jupiter?