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Le Secrétariat d’État mécontente les organismes francos

À Ottawa, le Secrétariat dÉtat avait décidé « de redistribuer autrement ses centaines de milliers de dollars » en subventions diverses aux nombreux organismes de représentation, ce qui incluait lAssociation canadienne-française de lOntario. Plusieurs avaient monté sur leurs grands chevaux et avaient décrié les vraies intentions du gouvernement libéral fédéral. Comme je lécris dans mon éditorial du 24 février 1982, « certains de lACFO ont invoqué la vengeance pour les interventions dans le débat constitutionnel ». La décision dOttawa forçait en quelque sorte une décentralisation de lorganisation communautaire franco-ontarienne. « Un organisme dont la force est seulement centrale ne peut faire un bon travail de représentativité » quand les diverses régions francophones de lOntario sont tellement différentes les unes des autres.

« Lessentiel est de redonner aux Franco-Ontariens leur fierté. Nous acceptons mal (répétons-le) de voir ceux qui disent nous représenter laisser planer limage que nous sommes seulement des citoyens de deuxième classe, démunis, écrasés par la majorité, recherchant une identité. La promotion de nos talents locaux, régionaux, provinciaux, dans tous les domaines dactivité humaine est la priorité. Cela ne veut pas dire quil faille abandonner lobjectif idéal de la reconnaissance légale des deux langues en Ontario. Au contraire! Mais cette recherche doit être réorientée, de sorte que les Franco-Ontariens projetteront une image de peuple fort, qui sait ce quil veut, fier de lui, respectueux des autres, qui soccupe de ses affaires sans compter sur les béquilles quon voudrait bien lui passer. » Et je terminais mon éditorial sur ce petit paragraphe : « Je poète Jean-Marc Dalpé écrivait récemment quil valait mieux dire que taire. Maintenant que tout a été dit, adoptons le mot dordre mieux vaut faire que dire. »

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Lancien hôpital Notre-Dame de Hawkesbury devenait la Villa Hawkesbury, une résidence pour personnes âgées « qui pourrait accommoder 84 résidents » selon un article dans Le Carillon du 24 février 1982. « Lédifice de trois étages a été vendu par la corporation des Sœurs de la Charité dOttawa à une corporation de quelques actionnaires dont M. Gordon Johnson de Hawkesbury agit comme porte-parole. » Il avait dailleurs expliqué que « plusieurs salles de jeux, dactivités dexercices, de télévision, des fumoirs et des bains giratoires feront partie de la maison ». Je sais que cette Villa Hawkesbury, à un certain moment, accueillait également des personnes en convalescence, le temps quelles récupèrent et quelles puissent retourner à la maison. Ma mère y avait séjourné après une intervention chirurgicale et était ensuite retournée à la maison.

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À lépoque, le journal Le Carillon misait beaucoup sur son réseau de correspondants régionaux pour assurer la couverture « locale » des différentes communautés quil desservait dans tout son territoire. Nous avions un correspondant dans chaque municipalité ou presque. Lors de la « compétition des Meilleurs journaux de 1981 », et dont on parle dans le journal du 24 février 1982, lAssociation des journaux communautaires de lOntario (OCNA) décerne au journal le prix du « champion correspondant » de tous les journaux communautaires de lOntario. Manon Pincince, de Bourget, était malheureusement devenue « journaliste au journal Le Droit dOttawa » lorsque ce prix a été attribué au journal. Après huit années au journal Le Droit, Manon (Raiche de son nom de fille) allait aussi être au service de Radio-Canada (Ottawa) pendant une douzaine d’années par la suite. Je l’ai souvent revue au fil des ans.

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Les conflits d’intérêts… un problème de toujours

Le débat autour des conflits dintérêts, des élus municipaux surtout, nest pas nouveau. Les déboires du maire de Toronto Rob Ford sont le plus récent exemple et plusieurs demandent que la loi ontarienne sur les conflits dintérêts soit modifiée. Pourtant, comme on peut le lire dans Le Carillon du 20 janvier 1982, un ex-préfet de la ville de Rockland avait expliqué devant le Conseil des comtés unis de Prescott-Russell que « la Loi sur conflits dintérêts municipaux est présentement en voie de révision » et il importait, selon Jean-Claude Marinier, « quil ne devrait pas appartenir au simple citoyen dintenter des poursuites sil se rend compte de conflits dintérêts ». Trente ans plus tard, il semble que rien nait changé. Marinier « était venu faire la leçon à ses anciens collègues des comtés unis ». Marinier, qui était à Rockland un peu ce que Claude Demers était à Hawkesbury, déplorait notamment « une facture de boissons de 159 $ payée par les comtés pour des consommations à lhôtel Riverview » de LOrignal, un établissement qui appartenait alors à André Landriault, également maire de LOrignal et forcément membre du Conseil des comtés unis. Landriault lui avait répliqué que « ce nest pas M. Marinier qui va me juger, seul un juge est capable de déterminer sil y a ou non un conflit dintérêts ». Mais selon la loi, cest un citoyen contribuable qui doit entamer la poursuite. Marinier avait évidemment perdu son temps, mais son intention était noble : « Il faut améliorer lopinion publique sur les politiciens municipaux… il faut tenter daméliorer le gouvernement pour que les citoyens le respectent. » Cétait 30 ans avant la Commission Charbonneau au Québec et la décision dun juge à Toronto.

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En 1982, la loi ontarienne était claire : les commerces ferment leurs portes les dimanches, partout, sans exception. À Hawkesbury, Gilles Thériault, propriétaire de Thériault Électronique, avait invoqué lignorance de la loi en publicisant « une vente de quatre jours » baptisée « Vent-O-Rama » et il avait loué « lancien local des Manufactures LaSalle pour la circonstance ». Comme le rapporte le journal du 24 février 1982, le chef de police, Maurice Durocher, avait fait savoir que Thériault « sera en contravention avec l’Ontario Retail Business Holidays Act qui interdit spécifiquement louverture le dimanche de commerces autres que les dépanneurs, les postes dessence, les pharmacies et certaines catégories de magasins dantiquités ». Lamende était épicée : 10 000 $. Lintention de Thériault sinscrivait dans un plus grand mouvement qui se dessinait à léchelle de la province et dailleurs visant louverture des commerces le dimanche. Les magasins Super Clef et Hi-Fi Express, à Ottawa, avaient aussi défié la loi et avaient été accusées en conséquence. Thériault avait dit ignorer ces récents incidents et avait allégué que « les dépanneurs, par exemple, vendent souvent des appareils radio et même des téléviseurs à leurs clients le dimanche ». Le mouvement douverture le dimanche prendrait rapidement de lampleur non seulement en Ontario, mais partout. Comme disait Thériault, « la majorité des commerces sont en affaires pour accommoder les gens ».

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Je nai jamais vu le résultat, mais voici ce que Charles Burroughs disait dans sa chronique du 24 février 1982 : « Le registraire du comté de Prescott, M. André Bénard, a été choisi pour coordonner lusage de la langue française dans les bureaux du cadastre de lEst de lOntario. M. Bénard, qui est depuis bientôt 30 ans au service du seul bureau denregistrement à personnel entièrement francophone de la province, compile présentement un lexique de tous les termes relatifs à ses fonctions, lexique qui sera ensuite transmis à ses collègues dailleurs en province. Destiné aux anglophones dans le métier, ce lexique servira également, selon M. Bénard, servira également aux employés francophones qui ignorent souvent, même après bien des années à leur poste, les termes français pour des transactions quils effectuent chaque jour. » Une réalité qui sappliquait à bien des travailleurs francophones qui travaillaient et qui travaillent en Ontario.

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Une tragédie sur le chemin de retour de Floride

C’était une nouvelle tragique qui frappait les communautés de St-Eugène et de Hawkesbury. « Le voyage de retour de Floride d’un groupe de 26 membres du Club d’âge d’or 50 de Hawkesbury a été obscurci, dimanche matin, par la mort tragique d’une compagne de voyage, à la suite d’une explosion suivie d’un incendie dans un motel de Chamberburg en Pennsylvanie. » Le journaliste Yves Rouleau signe un long reportage à la une du journal Le Carillon du 17 février 1982. « Mlle Bernadette Ranger, 62 ans, de St-Eugène, se préparait joyeusement à aller rejoindre ses 26 compagnons et compagnes de voyage au restaurant du motel Holiday Inn de l’avenue Wayne à Chamberburg, ville située à quelque 950 kilomètres au sud de Hawkesbury, lorsqu’une violente explosion s’est produite, engendrant un incendie. Mlle Ranger a péri brûlée. » Elle était infirmière à la prison de L’Orignal et avait « consacré plus de 40 ans de sa vie à soigner les malades ». Heureusement, sa compagne de chambre s’en était tirée, mais de justesse. « Mme Cécile Quesnel, 56 ans, de Hawkesbury, a réussi même si elle avait le corps consumé par les flammes à fuir l’appartement 175. En se roulant par terre, elle a réussi à éteindre les flammes. Elle a tout de même été transportée d’urgence à l’hôpital de Chamberburg. Elle y repose depuis dans un état jugé sérieux. »

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Je retrouve dans l’édition du 17 février 1982 une lettre de Jean-Marc Dalpé qui m’avait plu à l’époque. Il réagissait bien sûr à la controverse suivant la publication de « Gerry Brault » dans le journal Le Temps, qu’il avait suivie avec intérêt.

« De passage ici pour une répétition du spectacle ‘Hawkesbury Blues’ du théâtre d’la Vieille 17, je profite de l’occasion pour laisser au bureau du Carillon ces quelques mots.

La poésie a fonction de nommer le monde
de relever les voiles qui cachent
de prendre la parole quand le silence
encage les gens dans leur solitude et leur misère
de donner une voix aux espoirs et aspirations de certains
aux cris et chants d’autres
La poésie attaque, caresse, dénonce, glorifie, berce, pleure ou rit,
mais parle toujours de la vie
La poésie prend pour acquis
qu’il vaut mieux dire que de taire
C’est pour ça que j’ai écrit Gerry Brault
C’est pour ça que je suis content que ce poème a été publié chez Prise de Parole et par ‘Le Temps’
C’est pour ça que je continue d’écrire

P.-S. Je suis tout spécialement content que le débat a pu révéler que certains, à l’encontre de la poésie, prennent pour acquis qu’il vaut mieux se taire que de dire, surtout quand ce ‘dire’ ne sert point leurs intérêts. »

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Un partenariat public-privé… tiens, tiens!

Le concept était tout à fait nouveau et quasiment unique en Ontario. Comme on peut l’apprendre dans Le Carillon du 10 février 1982, « le bureau des gouverneurs de l’Hôpital général de Hawkesbury et la région fera bientôt appel à une compagnie d’investisseurs gestionnaires pour l’aider à mener à bien la réorganisation des structures internes de l’Hôpital à court et à long terme. » En d’autres mots, un hôpital public géré par des intérêts privés. Le ministère ontarien de la Santé avait autorisé une telle démarche. « Le projet implique une partie d’investissements de la part du soumissionnaire, ce qui permettrait à la corporation de l’Hôpital de procéder sans problème au début de la construction du nouvel hôpital comme prévu. » Ce n’était pas évident de gérer l’hôpital à ce moment-là à cause de « la succession d’événements que l’on connaît » (inondation de l’hôpital de la rue McGill, achat de la Clinique Smith, conflits de travail, manifestations syndicales, en plus des négociations). C’en était trop. Le président de la corporation, Jean-Guy Parisien, avait assuré que « le Bureau des gouverneurs resterait en pleine autorité en tout temps. » Je vous en reparle.

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Anne-Marie Cadieux, cette comédienne que l’on voit aujourd’hui dans de nombreuses émissions de télévision, jouait le rôle principal dans la pièce « Hawkesbury Blues » des auteurs Brigitte Haentjens (aujourd’hui directrice du Théâtre français du Centre national des Arts) et Jean-Marc Dalpé (auteur du poème sur le fictif Gerry Brault auquel j’ai fait référence récemment) et présentée par le Théâtre de la Vieille 17 du théâtre du Chenail. La pièce était un survol de 20 années de l’histoire de Hawkesbury entre 1961 et 1981, de 15 ans à 35 ans de l’histoire du personnage de Louise interprété par la jeune Anne-Marie Cadieux. On y abordait évidemment la vie du quartier du Chenail, qui était en voie de disparaître en 1961, et la longue grève d’Amoco Fabrics de 1981. La salle avait été comble pendant les deux soirs de représentations et les spectateurs en étaient ressortis très satisfaits. On en parlait dans les éditions du 10 février et du 24 février 1982.

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En ce début de 1982, la mode était aux défilés de mode érotique. Il y en avait eu ici et là, dont un au restaurant Le Séville et un autre au Club naturiste de St-Eugène. Oui, oui, de la mode… chez les naturistes!

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Une belle idée, en plein milieu de nulle part. « Un groupe privé de Plantagenet commandera une étude sur la viabilité d’un terrain de golf à l’école secondaire de Plantagenet. » Le conseiller scolaire Léon Delorme, un membre de ce groupe privé, avait rappelé « que la plus grande partie des 210 acres n’a actuellement aucune utilité académique » et son groupe voulait « y aménager le terrain de golf de 18 trous et un étang artificiel ». Ce terrain aurait été réservé aux étudiants des six écoles du conseil pendant la journée, « le soir, en fin de semaine et durant l’été, il serait public ». Le projet ne serait jamais réalisé.

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Une bombe dans un resto local

C’est le seul incident du genre duquel je me souviens. Le Carillon du 3 février 1982 en parle, à la une évidemment. « Une explosion violente a provoqué des dommages matériels évalués à 30 000 $, lundi matin, au restaurant-bar Caesar’s Palace de Hawkesbury ne satisfaisant apparemment, toutefois, qu’en partie les malfaiteurs qui auraient voulu que la déflagration entraîne un incendie qui aurait rasé l’édifice en un moins de rien. L’engin explosif de fabrication artisanale avait été soigneusement placé près d’un conduit de gaz dans le sous-sol du restaurant-bar. De toute évidence, les malfaiteurs souhaitaient qu’un incendie suive l’explosion, a appris Le Carillon de source policière. » Les cinq bâtons de dynamite avaient quand même fait des ravages. « L’explosion a été d’une telle violence qu’un trou a été percé dans le plancher de l’étage. Des portes des chambres de toilette et de la cuisine ont été arrachées et beaucoup de vaisselle brisée. Les murs ont été fissurés en certains endroits dans la partie est de l’édifice, où se situent la cuisine et les toilettes. Les dégâts ne sont visibles que de l’intérieur. » Je pense que ce restaurant était situé sur la rue John.

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Il cumulait alors diverses fonctions, soit celui de ministre de la Justice et Solliciteur général du Canada et ministre d’État chargé du Développement social, et le 2 février 1982, il venait participer à un souper-bénéfice aux profits du projet de construction de l’Hôpital général de Hawkesbury, dont il était d’ailleurs président d’honneur. Jean Chrétien avait profité de son passage à Hawkesbury pour s’arrêter aux bureaux du journal. Je me souviens qu’en me serrant la main, il m’avait dit qu’il lisait mes éditoriaux; j’avais cru que c’était seulement par courtoisie. Ce n’est que quelques années plus tard, alors que j’étais à Postes Canada, que je découvrais l’existence des services de coupures de presse et j’avais compris qu’il avait dû, effectivement, lire mes éditoriaux. On parle de sa visite à Hawkesbury dans les éditions du 3 février et du 6 février 1982.

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Un court entrefilet que je trouve intéressant dans mon éditorial du 3 février 1982. Je parle d’un type qui est parti en guerre contre les chiens violents et non contrôlés. Il voulait que les autorités municipales adoptent un règlement approprié et j’en profitais pour rappeler l’importance des pressions exercées par les citoyens. « Le public ignore souvent ses pouvoirs de persuasion ou de dissuasion. Les pressions constantes et concertées portent toujours ses fruits. Un fait récent l’illustre: le projet des Rockies du Colorado, de la Ligue nationale de hockey, de déménager sa franchise à Nepean. Les citoyens du voisinage du Sportsplex ont réagi: la vocation de ce complexe sportif n’est pas de desservir les sportifs professionnels, mais bien les activités communautaires. Nepean a abandonné ses démarches en fin de semaine. » C’était bien avant que l’on parle de l’existence des Sénateurs.

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Fashion Town arrive en ville

Fashion Town voulait s’établir dans les anciens locaux de Cotton Frocks et Morsam Manufacturing au coin des rues Bertha et Lansdowne. « Le sous-préfet et président du comité industriel, Gilles Thériault, n’apprécie guère une récente décision du comité d’ajustement qui retarde les projets d’expansion d’une industrie locale et la création d’une soixantaine de nouveaux emplois. » L’article est dans Le Carillon du 20 janvier 1982. Le comité d’ajustement rejetait le projet parce que « Fashion Town voulait agrandir vers le sud sur un terrain résidentiel récemment acheté, mais le projet ne répondait pas aux normes strictes du règlement de zonage ». Quant à Thériault, il rejetait les problèmes potentiels de stationnement soulevés par le comité d’ajustement puisque « la majorité des employés seront sans doute des femmes (il y en a 75 qui viennent de perdre récemment leur emploi chez Tattner, rue Laurier) dont les maris ou les pères viennent reconduire ou chercher à l’usine ». Thériault voulait absolument favoriser l’arrivée de nouvelles industries compte tenu des nombreuses mises à pied dont souffrait Hawkesbury depuis plusieurs mois.

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Ah, ça, c’est plutôt intéressant dans le contexte hautement informatisé d’aujourd’hui. Dans le journal du 23 janvier 1982, un long article sur « une première nord-américaine dans le monde du génie civil » et sur les initiatives en ce sens de la firme d’ingénieurs McNeely Engineering de Rockland. C’est l’arrivée récente des mini-ordinateurs qui permettait d’informatiser ainsi les opérations complexes exigées par les ingénieurs. McNeely Engineering avait « décidé de se lancer sur le marché de l’informatique en créant la compagnie Compeng Computer System » deux ans plus tôt. Leurs ingénieurs avaient créé un système qui permettait d’éviter « un travail fastidieux de recherche et de gagner du temps ».

Nous sommes encore loin des ordinateurs portables d’aujourd’hui et des puissants téléphones intelligents. « Le mini-ordinateur possède une capacité de 12 millions de mots, de quoi remplir quelques encyclopédies. En plus de ce volume considérable de mots, l’appareil peut répondre à plus de 250 000 instructions enregistrées sur des disques magnétiques qu’il s’agit d’introduire dans le mini-ordinateur. » C’était il y a 30 ans… de quoi faire rire tous les jeunes d’aujourd’hui!

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La machinerie agricole, ça coûte cher comme tout agriculteur vous le confirmera. Dans le journal du 27 janvier 1982, on peut lire que « la Sûreté de l’Ontario enquête présentement sur les causes de l’incendie de 500 000 $ en machinerie agricole, dimanche soir, dans la huitième concession du canton de Caledonia. Les pompiers de St-Isidore ont été alertés vers 21 h 15, alors que la remise de machinerie agricole sur la ferme de M. Philippe Sternbaeur était en feu. »

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Quand j’ai commencé au journal Le Carillon, en 1965, Bernard Denis y était le responsable des ventes de publicité et il a occupé ce poste pendant 15 ans. Au début, pendant un certain temps, son bureau était en face du mien et il m’était arrivé de l’appeler « papa » tellement une grande différence d’âge nous séparait. Dans le journal du 27 janvier 1982, nos lecteurs apprennent son décès à l’âge de 72 ans. Son fils Lucien allait aussi devenir un vendeur de publicité et travaillerait ainsi pour son père, lui aussi pendant quelques années. Bernard Denis avait été très actif dans la communauté notamment dans les mouvements Lacordaire et des Chevaliers de Colomb, dont il était d’ailleurs un 4e degré. « À Hawkesbury, toute une génération de citoyens se souviendra de sa voix familière quand il parcourait les rues de la ville, haut-parleurs sur le toit de son automobile, pour annoncer des événements publics. » Je garde encore de bons souvenirs de lui.

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Des Samaritaines… et elles étaient bonnes

Le nom était approprié et leur fondation remontait au 10 janvier 1967. Il était donc approprié que cet organisme qui oeuvrait « dans l’ombre depuis 15 ans » soit honorée à l’occasion de son quinzième anniversaire. Et comme le rapporte Le Carillon du 13 janvier 1982, la présidente fondatrice Rhéa McGuire « souhaitait qu’il en soit encore ainsi pendant plusieurs années ». Mme McGuire répétait un dicton de sa grand-mère : « Le bruit fait peu de bien et le bien peu de bruit ». Rhéa McGuire avait formé « un groupe de femmes bénévoles dont l’objectif premier était de s’occuper des soins aux résidants de Pleasant Rest ». Il s’agissait d’une résidence de soins de longue durée surtout pour les personnes âgées. Les Bonnes Samaritaines avaient attiré l’élite et les autorités locales à son banquet d’anniversaire. Je ne sais pas si cet organisme existe encore 30 ans plus tard. Mais Pleaseant Rest est encore là, à L’Orignal. Mon père, 93 ans, y est décédé il y a déjà 16 ans après un séjour de moins de deux semaines. En résidence… ce n’était pas pour lui.

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Le gérant de la Banque de Nouvelle-Écosse n’avait manifesté aucune sympathie à l’endroit du producteur de porcs Robert Gibbs qu’il menaçait de saisie s’il ne réglait pas ses dettes. Mais c’était sans compter sur l’Association des producteurs de porcs du comté de Prescott, comme l’explique le journal du 16 janvier 1982. « Le gérant, M. Dagenais, paraissait faire la sourde oreille aux demandes de M. Gibbs jusqu’à mardi soir, jusqu’à ce que le comité de survie des producteurs de postes du comté de Prescott lui annonce que des producteurs allaient manifester devant la banque le lendemain matin s’il ne changeait pas sa décision. » Dagenais avait assoupli ses exigences et avait octroyé un sursis au producteur le temps que celui-ci obtienne l’aide financière nécessaire. La manifestation n’avait pas été nécessaire en fin de compte. « Ce père de famille de Dunvegan propriétaire d’une porcherie de type ‘maternité’ de cinquante truies est le premier producteur à bénéficier des pressions du comité de survie des producteurs de porcs du comté de Prescott. »

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Un texte intéressant dans le journal du 16 janvier 1982 sur les 106 ans et les quatre générations de Lamarre et fils, entrepreneurs de services funéraires bien connus d’Alfred. Cyprien Lamarre avait démarré tout ça à Bourget (« qui s’appelait alors ‘The Brook’ ») en1875 et Télesphore Lamarre déménageait ses pénates à Alfred en 1924. L’entreprise y est là depuis. En 1982, c’était Léon Lamarre et son fils Gilles qui s’occupaient maintenant de la société familiale. Dans le reportage, Léon Lamarre rappelle la procédure de l’époque : « (…) on n’embaumait pas à cette époque reculée – préparer l’exposition avec tous les rites du temps, tout en consolant la famille éplorée, cela relevait de l’entrepreneur. La famille veillait ensuite le corps en chapelle ardente jour et nuit pendant 72 heures jusqu’au matin des funérailles. » J’ai d’ailleurs souvent entendu des gens, surtout d’un certain âge, dire qu’ils allaient « veiller au corps ». La mode des salons funéraires remonterait à 1940 selon le texte. Et l’article se terminait par quatre paragraphes qui décrivaient les rites funèbres de l’époque… Si je n’ai pas connu ça, je tiens pour acquis que très peu de lecteurs aussi. Un brin d’histoire où il est question de Cyprien Lamarre :

« Une fois rendu dans la maison du défunt, il allait chercher la table sur laquelle on étendait le corps. Il apportait aussi deux bancs, deux chandelles, des lampions qui allaient brûler jour et nuit. Il y avait également deux anges qui garnissaient les fenêtres, un crucifix et un bénitier sur une table recouverte de noir et de blanc. La porte de la chambre d’exposition était décorée de noir et jaune pour indiquer l’endroit.

À la porte de la maison, on installait un crêpe de porte. C’était une espèce de pavillon noir qui indiquait la mortalité dans la famille et que le corps du défunt reposait en chapelle ardente. Ce n’est que plus tard que vint la coutume d’accrocher à la porte une couronne de fleurs pour transmettre le même message aux voisins et aux passants.

Avant de quitter les lieux, Cyprien prenait les mesures du corps, et de retour chez lui, il fabriquait lui-même un cercueil sur mesure. Ces cercueils avaient un peu la forme d’un canot et c’est d’ailleurs ainsi qu’on les appelait.

Le jour des funérailles, l’entrepreneur se rendait dans la famille avec corbillard et cercueil et on y déposait le défunt pour se rendre à l’église. Les chevaux, tout noirs, étaient revêtus d’un drap noir et les porteurs portaient le brassard noir. Quant aux églises, on se souviendra qu’il n’y a pas si longtemps, on bloquait les fenêtres de rideaux noirs opaques et le prêtre portait les ornements noirs. »

Ça je me souviens de cette dernière partie parce que, encore au primaire, j’étais souvent « servant de messe » à des funérailles… de très nombreuses fois en fait. Je me souviens aussi vaguement de la mort de ma grand-mère à Duhamel où tout s’était justement passé dans la maison ancestrale de mes grands-parents. Mais ne me demandez pas de détails.

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Le complexe… il manquait encore quelques dollars

On aurait dit qu’une fois le nouveau complexe sportif construit, la nécessité de recueillir des fonds auprès du public n’avait plus la même urgence. Dans Le Carillon du 30 décembre 1981, on peut lire qu’il « manque encore une somme de 376 221,47 $ pour mettre un terme au projet de construction du complexe sportif de Hawkesbury, qui fonctionne maintenant depuis plus de deux ans ». Le président du comité de souscription, le conseiller municipal Kenneth Gray, l’avait précisé dans un bilan de fin d’année présenté au Conseil municipal. « Le projet total a nécessité 3 618 220 $ et le programme Wintario a contribué 1 625 891,24 $. Les subventions sous l’égide de la Loi des centres récréatifs et communautaires ont fourni 300 000 $ et une subvention de 66 437,51 $ a aidé à récupérer les frais occasionnés pour les installations pour les handicapés. Divers intérêts ont procuré 58 055,76 $ tandis que la générosité de la population a permis d’amasser un total à date de 831 289,37 $ pour obtenir la subvention maximale de Wintario. La contribution du public a toutefois été plus importante de 35 686,17 $, mais ce montant est déduit du solde en même temps que les obligations émises de 400 750 $, pour laisser un solde à amasser de 376 221,47 $. » Les autorités municipales avaient confiance de recueillir le solde.

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L’abbé Lionel Larocque était un prêtre énormément connu de la région, particulièrement de Curran où il avait été curé depuis plus de 12 ans. Un long texte lui est consacré dans le journal du 30 décembre 1981. Originaire d’Alfred, il avait été ordonné prêtre en 1941 dans l’église de sa paroisse natale. Il avait été curé à St-Paul de Plantagenet, St-Alphonse de Hawkesbury (vicaire pendant 11 ans et il avait été un des instigateurs de la fondation de la caisse populaire locale), de St-Pascal-Baylon (sa première cure), de St-Thomas de Lefaivre puis finalement de St-Luc de Curran. Il était décédé à l’âge de 67 ans.

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C’était également l’âge d’un homme d’affaires très connu de Hawkesbury qui était décédé le soir de Noël. Michel C.B. « Jimmy » Assaly, dont les parents avaient immigré du Liban, était le frère de Wilfrid, un autre géant des affaires à Hawkesbury. Sa sœur Kay était associée à Wilfrid pour l’entreprise K & W Assaly. Quant à Jimmy, il avait exploité plusieurs petites entreprises avant d’inaugurer son restaurant Esquire (qu’il a vendu en 1961 à Denis Guilbeault) et éventuellement le Holiday Motel & Restaurant. C’est lui qui avait érigé la bâtisse qui logerait par la suite le restaurant « Le Séville » (aujourd’hui le bar Déjà Vue). Le complexe Holiday avait été vendu en 1976. Jimmy avait même siégé au conseil municipal de Hawkesbury en 1959. Sa sœur Flo était autant très connue par la Bijouterie Harden (elle était la femme de Bill Sr.) et qui est décédée il y a quelques mois. Cette famille Assaly était très sympathique et très francophile; en fait, ils étaient quasi tous bilingues et fiers de l’être. L’histoire de Jimmy (que j’appréciais bien) remplit la même page du journal où il est question du curé Larocque. Une petite anecdote : c’est au restaurant de son motel Holiday, un soir de 1967, que j’avais demandé ma « blonde » en mariage.

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L’histoire est trop longue à raconter, mais tourne autour d’un simple poème intitulé « Gerry Brault » de l’auteur bien connu Jean-Marc Dalpé et que le journal « Le Temps » avait publié. L’éditeur du journal Le Carillon avait fortement réagi dans les pages de l’édition de Noël de son journal et tout un échange de lettres au rédacteur avait suivi. Il s’agissait, en résumé, du mauvais sort que vivait un travailleur franco-ontarien de l’usine Ivaco… une histoire fictive évidemment… dans le contexte du débat constitutionnel.

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Un réveil brutal pour le Rang du fermier

Je vous en ai parlé il y a quelque temps. Le Conseil des comtés unis avait proposé l’aménagement d’un projet touristique et historique d’envergure qui aurait été nommé « Rang du fermier ». Le rêve était beau et le rapport de la firme de conseillers Thorne Stevenson & Kellogg était un réveil brutal. « Le centre du Rang du fermier devrait attirer au moins 450 000 visiteurs par année, ce qui est peu probable compte tenu de différents facteurs. » Ce projet de 13 millions de dollars aurait été réalisé en trois étapes. Selon pour la première phase, « il faudrait un investissement de $3.2 millions et les frais d’exploitation du complexe s’élèveraient $1.8 million par an. D’autre part, le chiffre d’affaires annuel, s’établirait à environ 750 000 $, à raison de $7.50 pour chacun des 100 000 visiteurs attendus. » Les deux autres phases auraient coûté respectivement 2 et 8 millions de dollars. Le rapport de 140 pages énumérait ensuite toute une série d’influences défavorables qui auraient assuré la faillite d’un tel projet. Voilà pour un autre beau rêve envolé. Trente-et-un plus tard, c’est un projet d’un Village d’antan dont il est question pour le même secteur. Espérons que celui-là puisse se concrétiser.

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Maudits cochons! Non, non, je ne parle pas de qui vous pensez. Dans le journal du 9 décembre 1981, on peut lire que « dans le cadre d’une deuxième manifestation d’envergure cette année, les producteurs de porcs de Stormont-Dundas-Glengarry et Prescott-Russell, qui s’étaient cette fois associés les producteurs de bœuf, ont surpris un peu tout le monde en bloquant à la circulation les deux voies de l’autoroute 417, à la hauteur de St-Isidore, pendant plus de trois heures, un peu après-midi mardi (le 8) ». Généralement, « la manifestation s’est déroulée dans l’ordre et en présence de nombreux curieux et otages. Les curieux ne savaient pas pour la plupart le but de la manifestation et ils s’étaient massés sur le viaduc de St-Isidore. La plupart de ceux-ci ont paru goûter le spectacle hors de l’ordinaire dans ce coin plutôt tranquille de campagne. » Les producteurs exigeaient la mise en œuvre de quotas pour contingenter la production et mieux contrôler la fluctuation des prix.

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L’école secondaire de Rockland s’était baptisée « L’Escale » et à Embrun, on aurait bien aimé trouvé un nom intéressant pour l’école secondaire de l’endroit. Comme le rappelle le journal du 12 décembre 1981, un groupe avait organisé un concours afin de trouver un nom approprié. J’en conclus qu’aucune des suggestions n’avait été concluante parce que l’école secondaire d’Embrun porte toujours, simplement, ce nom.

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Le fameux rapatriement de la Constitution, devenue chose quasiment accomplie, soulevait de nombreux débats dans la communauté régionale. Les mouvements qui se disaient représentants des francophones y étaient fortement opposés; le journal prenait une position contraire, comme je le répétais quelques fois en éditoriaux, puisque nous croyions que ce serait bon à long terme pour notre communauté. Je m’étais fait quelques ennemis épistolaires, ce qui ne me faisait ni chaud ni froid. J’en parle encore une fois dans le journal du 16 décembre 1981. « En insistant sur les aspects positifs de la situation, en vantant nos actifs plutôt que ‘ce qui nous manque encore’, il deviendra plus facile de revendiquer et d’obtenir ‘le reste’. Ce sera aussi plus facile quand notre Constitution sera chez nous, entre nos mains. La FFHQ et l’ACFO doivent cesser de véhiculer une image de ‘peuple colonisé’ en incitant le Parlement de Westminster à s’ingérer dans nos affaires. Nous pouvons très bien nous occuper de nous-mêmes et l’avenir nous donnera raison. » Je commentais l’intention de l’ACFO d’envoyer une délégation à Londres. « Que l’ACFO reste chez nous, qu’elle nous vante au lieu de nous faire passer pour des ‘quêteux’ et des ‘défavorisés linguistiques’. Ce n’est pas le reflet réel de notre vie. »

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S.V.P. désignez-nous!

Bon, ça recommençait et cette fois avec le frère de l’autre. Au milieu des années 60, le député libéral fédéral d’alors, Viateur Ethier, avait obtenu, par suite de nombreuses pressions locales, que la ville de Hawkesbury et la région soient déclarées une zone défavorisée, ce qui avait permis d’assurer le développement industriel de la fin des années 60. Voilà que c’est au tour de son frère Denis, qui avait succédé à Viateur comme député, de subir les pressions « pour que la ville soit classifiée encore une fois sous un statut de ‘zone désignée’ (…) afin d’atténuer les effets des centaines de mises à pied dont sont victimes les travailleurs de Hawkesbury et la région depuis plusieurs semaines ». Un article à la une du journal Le Carillon du 21 novembre 1981 en parle. Mais cette fois, c’est la situation économique mondiale qui était la source du problème et aucune désignation n’aurait pu y changer quoi que ce soit pour Hawkesbury et la région. Un peu plus tard, une délégation locale et régionale, incluant le député Ethier avait rencontré de hauts fonctionnaires pour apprendre qu’un tel programme n’existait plus. Il fallait se débrouiller autrement. Et la pire nouvelle n’avait pas encore frappé.

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Je ne crois pas que ce sondage du ministère ontarien de l’Éducation ait donné quelques résultats concrets. Dans le journal du 21 novembre 1981, une publicité du ministère parle de cette « enquête sur l’année scolaire actuellement en vigueur en Ontario » qui précise que le gouvernement « aimerait connaître votre opinion sur chacun ou certains des points suivants ». Les voici ces points et je suis convaincu que les parents d’aujourd’hui auraient encore quelque chose à dire sur chacun :

1. La durée de l’année scolaire. Elle varie actuellement entre 194 et 198 jours.
2. Les dates du congé d’hiver.
3. La possibilité de choisir un autre jour de congé au lieu du Jour du souvenir ou du lundi de Pâques.
4. La durée du congé de Noël.
5. Le nombre de journées d’examens dans les écoles secondaires.
6. Le nombre de journées pédagogiques et les activités auxquelles elles sont consacrées.
7. La date du dernier jour d’enseignement de l’année scolaire dans les écoles primaires.
8. La date du dernier jour d’enseignement de l’année scolaire dans les écoles secondaires.
9. Tout autre point de vue qui vous préoccupe et n’a pas été mentionné ci-dessus.

Des points ci-dessus, seul le congé du jour du Souvenir a été aboli il y a plusieurs années dans les écoles ontariennes.

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Ce n’était pas l’abolition totale du Conseil des comtés unis de Prescott-Russell que j’avais préconisé en éditorial quelques semaines précédemment, mais c’était un pas dans la bonne direction. Dans le journal du 25 novembre 1981, les lecteurs apprennent qu’à compter « du 1er décembre 1982, les comtés unis de Prescott-Russell compteront dans leurs rangs sept représentants de moins. Le Conseil des comtés unis a en effet décidé, au terme d’une longue discussion, d’éliminer complètement de ses rangs les sous-préfets municipaux ». À la suite des élections de décembre 1982, le Conseil des comtés serait formé exclusivement des préfets des 18 municipalités que comptaient alors les comtés unis.