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Une bombe dans un resto local

C’est le seul incident du genre duquel je me souviens. Le Carillon du 3 février 1982 en parle, à la une évidemment. « Une explosion violente a provoqué des dommages matériels évalués à 30 000 $, lundi matin, au restaurant-bar Caesar’s Palace de Hawkesbury ne satisfaisant apparemment, toutefois, qu’en partie les malfaiteurs qui auraient voulu que la déflagration entraîne un incendie qui aurait rasé l’édifice en un moins de rien. L’engin explosif de fabrication artisanale avait été soigneusement placé près d’un conduit de gaz dans le sous-sol du restaurant-bar. De toute évidence, les malfaiteurs souhaitaient qu’un incendie suive l’explosion, a appris Le Carillon de source policière. » Les cinq bâtons de dynamite avaient quand même fait des ravages. « L’explosion a été d’une telle violence qu’un trou a été percé dans le plancher de l’étage. Des portes des chambres de toilette et de la cuisine ont été arrachées et beaucoup de vaisselle brisée. Les murs ont été fissurés en certains endroits dans la partie est de l’édifice, où se situent la cuisine et les toilettes. Les dégâts ne sont visibles que de l’intérieur. » Je pense que ce restaurant était situé sur la rue John.

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Il cumulait alors diverses fonctions, soit celui de ministre de la Justice et Solliciteur général du Canada et ministre d’État chargé du Développement social, et le 2 février 1982, il venait participer à un souper-bénéfice aux profits du projet de construction de l’Hôpital général de Hawkesbury, dont il était d’ailleurs président d’honneur. Jean Chrétien avait profité de son passage à Hawkesbury pour s’arrêter aux bureaux du journal. Je me souviens qu’en me serrant la main, il m’avait dit qu’il lisait mes éditoriaux; j’avais cru que c’était seulement par courtoisie. Ce n’est que quelques années plus tard, alors que j’étais à Postes Canada, que je découvrais l’existence des services de coupures de presse et j’avais compris qu’il avait dû, effectivement, lire mes éditoriaux. On parle de sa visite à Hawkesbury dans les éditions du 3 février et du 6 février 1982.

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Un court entrefilet que je trouve intéressant dans mon éditorial du 3 février 1982. Je parle d’un type qui est parti en guerre contre les chiens violents et non contrôlés. Il voulait que les autorités municipales adoptent un règlement approprié et j’en profitais pour rappeler l’importance des pressions exercées par les citoyens. « Le public ignore souvent ses pouvoirs de persuasion ou de dissuasion. Les pressions constantes et concertées portent toujours ses fruits. Un fait récent l’illustre: le projet des Rockies du Colorado, de la Ligue nationale de hockey, de déménager sa franchise à Nepean. Les citoyens du voisinage du Sportsplex ont réagi: la vocation de ce complexe sportif n’est pas de desservir les sportifs professionnels, mais bien les activités communautaires. Nepean a abandonné ses démarches en fin de semaine. » C’était bien avant que l’on parle de l’existence des Sénateurs.

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Fashion Town arrive en ville

Fashion Town voulait s’établir dans les anciens locaux de Cotton Frocks et Morsam Manufacturing au coin des rues Bertha et Lansdowne. « Le sous-préfet et président du comité industriel, Gilles Thériault, n’apprécie guère une récente décision du comité d’ajustement qui retarde les projets d’expansion d’une industrie locale et la création d’une soixantaine de nouveaux emplois. » L’article est dans Le Carillon du 20 janvier 1982. Le comité d’ajustement rejetait le projet parce que « Fashion Town voulait agrandir vers le sud sur un terrain résidentiel récemment acheté, mais le projet ne répondait pas aux normes strictes du règlement de zonage ». Quant à Thériault, il rejetait les problèmes potentiels de stationnement soulevés par le comité d’ajustement puisque « la majorité des employés seront sans doute des femmes (il y en a 75 qui viennent de perdre récemment leur emploi chez Tattner, rue Laurier) dont les maris ou les pères viennent reconduire ou chercher à l’usine ». Thériault voulait absolument favoriser l’arrivée de nouvelles industries compte tenu des nombreuses mises à pied dont souffrait Hawkesbury depuis plusieurs mois.

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Ah, ça, c’est plutôt intéressant dans le contexte hautement informatisé d’aujourd’hui. Dans le journal du 23 janvier 1982, un long article sur « une première nord-américaine dans le monde du génie civil » et sur les initiatives en ce sens de la firme d’ingénieurs McNeely Engineering de Rockland. C’est l’arrivée récente des mini-ordinateurs qui permettait d’informatiser ainsi les opérations complexes exigées par les ingénieurs. McNeely Engineering avait « décidé de se lancer sur le marché de l’informatique en créant la compagnie Compeng Computer System » deux ans plus tôt. Leurs ingénieurs avaient créé un système qui permettait d’éviter « un travail fastidieux de recherche et de gagner du temps ».

Nous sommes encore loin des ordinateurs portables d’aujourd’hui et des puissants téléphones intelligents. « Le mini-ordinateur possède une capacité de 12 millions de mots, de quoi remplir quelques encyclopédies. En plus de ce volume considérable de mots, l’appareil peut répondre à plus de 250 000 instructions enregistrées sur des disques magnétiques qu’il s’agit d’introduire dans le mini-ordinateur. » C’était il y a 30 ans… de quoi faire rire tous les jeunes d’aujourd’hui!

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La machinerie agricole, ça coûte cher comme tout agriculteur vous le confirmera. Dans le journal du 27 janvier 1982, on peut lire que « la Sûreté de l’Ontario enquête présentement sur les causes de l’incendie de 500 000 $ en machinerie agricole, dimanche soir, dans la huitième concession du canton de Caledonia. Les pompiers de St-Isidore ont été alertés vers 21 h 15, alors que la remise de machinerie agricole sur la ferme de M. Philippe Sternbaeur était en feu. »

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Quand j’ai commencé au journal Le Carillon, en 1965, Bernard Denis y était le responsable des ventes de publicité et il a occupé ce poste pendant 15 ans. Au début, pendant un certain temps, son bureau était en face du mien et il m’était arrivé de l’appeler « papa » tellement une grande différence d’âge nous séparait. Dans le journal du 27 janvier 1982, nos lecteurs apprennent son décès à l’âge de 72 ans. Son fils Lucien allait aussi devenir un vendeur de publicité et travaillerait ainsi pour son père, lui aussi pendant quelques années. Bernard Denis avait été très actif dans la communauté notamment dans les mouvements Lacordaire et des Chevaliers de Colomb, dont il était d’ailleurs un 4e degré. « À Hawkesbury, toute une génération de citoyens se souviendra de sa voix familière quand il parcourait les rues de la ville, haut-parleurs sur le toit de son automobile, pour annoncer des événements publics. » Je garde encore de bons souvenirs de lui.

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Des Samaritaines… et elles étaient bonnes

Le nom était approprié et leur fondation remontait au 10 janvier 1967. Il était donc approprié que cet organisme qui oeuvrait « dans l’ombre depuis 15 ans » soit honorée à l’occasion de son quinzième anniversaire. Et comme le rapporte Le Carillon du 13 janvier 1982, la présidente fondatrice Rhéa McGuire « souhaitait qu’il en soit encore ainsi pendant plusieurs années ». Mme McGuire répétait un dicton de sa grand-mère : « Le bruit fait peu de bien et le bien peu de bruit ». Rhéa McGuire avait formé « un groupe de femmes bénévoles dont l’objectif premier était de s’occuper des soins aux résidants de Pleasant Rest ». Il s’agissait d’une résidence de soins de longue durée surtout pour les personnes âgées. Les Bonnes Samaritaines avaient attiré l’élite et les autorités locales à son banquet d’anniversaire. Je ne sais pas si cet organisme existe encore 30 ans plus tard. Mais Pleaseant Rest est encore là, à L’Orignal. Mon père, 93 ans, y est décédé il y a déjà 16 ans après un séjour de moins de deux semaines. En résidence… ce n’était pas pour lui.

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Le gérant de la Banque de Nouvelle-Écosse n’avait manifesté aucune sympathie à l’endroit du producteur de porcs Robert Gibbs qu’il menaçait de saisie s’il ne réglait pas ses dettes. Mais c’était sans compter sur l’Association des producteurs de porcs du comté de Prescott, comme l’explique le journal du 16 janvier 1982. « Le gérant, M. Dagenais, paraissait faire la sourde oreille aux demandes de M. Gibbs jusqu’à mardi soir, jusqu’à ce que le comité de survie des producteurs de postes du comté de Prescott lui annonce que des producteurs allaient manifester devant la banque le lendemain matin s’il ne changeait pas sa décision. » Dagenais avait assoupli ses exigences et avait octroyé un sursis au producteur le temps que celui-ci obtienne l’aide financière nécessaire. La manifestation n’avait pas été nécessaire en fin de compte. « Ce père de famille de Dunvegan propriétaire d’une porcherie de type ‘maternité’ de cinquante truies est le premier producteur à bénéficier des pressions du comité de survie des producteurs de porcs du comté de Prescott. »

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Un texte intéressant dans le journal du 16 janvier 1982 sur les 106 ans et les quatre générations de Lamarre et fils, entrepreneurs de services funéraires bien connus d’Alfred. Cyprien Lamarre avait démarré tout ça à Bourget (« qui s’appelait alors ‘The Brook’ ») en1875 et Télesphore Lamarre déménageait ses pénates à Alfred en 1924. L’entreprise y est là depuis. En 1982, c’était Léon Lamarre et son fils Gilles qui s’occupaient maintenant de la société familiale. Dans le reportage, Léon Lamarre rappelle la procédure de l’époque : « (…) on n’embaumait pas à cette époque reculée – préparer l’exposition avec tous les rites du temps, tout en consolant la famille éplorée, cela relevait de l’entrepreneur. La famille veillait ensuite le corps en chapelle ardente jour et nuit pendant 72 heures jusqu’au matin des funérailles. » J’ai d’ailleurs souvent entendu des gens, surtout d’un certain âge, dire qu’ils allaient « veiller au corps ». La mode des salons funéraires remonterait à 1940 selon le texte. Et l’article se terminait par quatre paragraphes qui décrivaient les rites funèbres de l’époque… Si je n’ai pas connu ça, je tiens pour acquis que très peu de lecteurs aussi. Un brin d’histoire où il est question de Cyprien Lamarre :

« Une fois rendu dans la maison du défunt, il allait chercher la table sur laquelle on étendait le corps. Il apportait aussi deux bancs, deux chandelles, des lampions qui allaient brûler jour et nuit. Il y avait également deux anges qui garnissaient les fenêtres, un crucifix et un bénitier sur une table recouverte de noir et de blanc. La porte de la chambre d’exposition était décorée de noir et jaune pour indiquer l’endroit.

À la porte de la maison, on installait un crêpe de porte. C’était une espèce de pavillon noir qui indiquait la mortalité dans la famille et que le corps du défunt reposait en chapelle ardente. Ce n’est que plus tard que vint la coutume d’accrocher à la porte une couronne de fleurs pour transmettre le même message aux voisins et aux passants.

Avant de quitter les lieux, Cyprien prenait les mesures du corps, et de retour chez lui, il fabriquait lui-même un cercueil sur mesure. Ces cercueils avaient un peu la forme d’un canot et c’est d’ailleurs ainsi qu’on les appelait.

Le jour des funérailles, l’entrepreneur se rendait dans la famille avec corbillard et cercueil et on y déposait le défunt pour se rendre à l’église. Les chevaux, tout noirs, étaient revêtus d’un drap noir et les porteurs portaient le brassard noir. Quant aux églises, on se souviendra qu’il n’y a pas si longtemps, on bloquait les fenêtres de rideaux noirs opaques et le prêtre portait les ornements noirs. »

Ça je me souviens de cette dernière partie parce que, encore au primaire, j’étais souvent « servant de messe » à des funérailles… de très nombreuses fois en fait. Je me souviens aussi vaguement de la mort de ma grand-mère à Duhamel où tout s’était justement passé dans la maison ancestrale de mes grands-parents. Mais ne me demandez pas de détails.

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Le complexe… il manquait encore quelques dollars

On aurait dit qu’une fois le nouveau complexe sportif construit, la nécessité de recueillir des fonds auprès du public n’avait plus la même urgence. Dans Le Carillon du 30 décembre 1981, on peut lire qu’il « manque encore une somme de 376 221,47 $ pour mettre un terme au projet de construction du complexe sportif de Hawkesbury, qui fonctionne maintenant depuis plus de deux ans ». Le président du comité de souscription, le conseiller municipal Kenneth Gray, l’avait précisé dans un bilan de fin d’année présenté au Conseil municipal. « Le projet total a nécessité 3 618 220 $ et le programme Wintario a contribué 1 625 891,24 $. Les subventions sous l’égide de la Loi des centres récréatifs et communautaires ont fourni 300 000 $ et une subvention de 66 437,51 $ a aidé à récupérer les frais occasionnés pour les installations pour les handicapés. Divers intérêts ont procuré 58 055,76 $ tandis que la générosité de la population a permis d’amasser un total à date de 831 289,37 $ pour obtenir la subvention maximale de Wintario. La contribution du public a toutefois été plus importante de 35 686,17 $, mais ce montant est déduit du solde en même temps que les obligations émises de 400 750 $, pour laisser un solde à amasser de 376 221,47 $. » Les autorités municipales avaient confiance de recueillir le solde.

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L’abbé Lionel Larocque était un prêtre énormément connu de la région, particulièrement de Curran où il avait été curé depuis plus de 12 ans. Un long texte lui est consacré dans le journal du 30 décembre 1981. Originaire d’Alfred, il avait été ordonné prêtre en 1941 dans l’église de sa paroisse natale. Il avait été curé à St-Paul de Plantagenet, St-Alphonse de Hawkesbury (vicaire pendant 11 ans et il avait été un des instigateurs de la fondation de la caisse populaire locale), de St-Pascal-Baylon (sa première cure), de St-Thomas de Lefaivre puis finalement de St-Luc de Curran. Il était décédé à l’âge de 67 ans.

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C’était également l’âge d’un homme d’affaires très connu de Hawkesbury qui était décédé le soir de Noël. Michel C.B. « Jimmy » Assaly, dont les parents avaient immigré du Liban, était le frère de Wilfrid, un autre géant des affaires à Hawkesbury. Sa sœur Kay était associée à Wilfrid pour l’entreprise K & W Assaly. Quant à Jimmy, il avait exploité plusieurs petites entreprises avant d’inaugurer son restaurant Esquire (qu’il a vendu en 1961 à Denis Guilbeault) et éventuellement le Holiday Motel & Restaurant. C’est lui qui avait érigé la bâtisse qui logerait par la suite le restaurant « Le Séville » (aujourd’hui le bar Déjà Vue). Le complexe Holiday avait été vendu en 1976. Jimmy avait même siégé au conseil municipal de Hawkesbury en 1959. Sa sœur Flo était autant très connue par la Bijouterie Harden (elle était la femme de Bill Sr.) et qui est décédée il y a quelques mois. Cette famille Assaly était très sympathique et très francophile; en fait, ils étaient quasi tous bilingues et fiers de l’être. L’histoire de Jimmy (que j’appréciais bien) remplit la même page du journal où il est question du curé Larocque. Une petite anecdote : c’est au restaurant de son motel Holiday, un soir de 1967, que j’avais demandé ma « blonde » en mariage.

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L’histoire est trop longue à raconter, mais tourne autour d’un simple poème intitulé « Gerry Brault » de l’auteur bien connu Jean-Marc Dalpé et que le journal « Le Temps » avait publié. L’éditeur du journal Le Carillon avait fortement réagi dans les pages de l’édition de Noël de son journal et tout un échange de lettres au rédacteur avait suivi. Il s’agissait, en résumé, du mauvais sort que vivait un travailleur franco-ontarien de l’usine Ivaco… une histoire fictive évidemment… dans le contexte du débat constitutionnel.

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Un réveil brutal pour le Rang du fermier

Je vous en ai parlé il y a quelque temps. Le Conseil des comtés unis avait proposé l’aménagement d’un projet touristique et historique d’envergure qui aurait été nommé « Rang du fermier ». Le rêve était beau et le rapport de la firme de conseillers Thorne Stevenson & Kellogg était un réveil brutal. « Le centre du Rang du fermier devrait attirer au moins 450 000 visiteurs par année, ce qui est peu probable compte tenu de différents facteurs. » Ce projet de 13 millions de dollars aurait été réalisé en trois étapes. Selon pour la première phase, « il faudrait un investissement de $3.2 millions et les frais d’exploitation du complexe s’élèveraient $1.8 million par an. D’autre part, le chiffre d’affaires annuel, s’établirait à environ 750 000 $, à raison de $7.50 pour chacun des 100 000 visiteurs attendus. » Les deux autres phases auraient coûté respectivement 2 et 8 millions de dollars. Le rapport de 140 pages énumérait ensuite toute une série d’influences défavorables qui auraient assuré la faillite d’un tel projet. Voilà pour un autre beau rêve envolé. Trente-et-un plus tard, c’est un projet d’un Village d’antan dont il est question pour le même secteur. Espérons que celui-là puisse se concrétiser.

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Maudits cochons! Non, non, je ne parle pas de qui vous pensez. Dans le journal du 9 décembre 1981, on peut lire que « dans le cadre d’une deuxième manifestation d’envergure cette année, les producteurs de porcs de Stormont-Dundas-Glengarry et Prescott-Russell, qui s’étaient cette fois associés les producteurs de bœuf, ont surpris un peu tout le monde en bloquant à la circulation les deux voies de l’autoroute 417, à la hauteur de St-Isidore, pendant plus de trois heures, un peu après-midi mardi (le 8) ». Généralement, « la manifestation s’est déroulée dans l’ordre et en présence de nombreux curieux et otages. Les curieux ne savaient pas pour la plupart le but de la manifestation et ils s’étaient massés sur le viaduc de St-Isidore. La plupart de ceux-ci ont paru goûter le spectacle hors de l’ordinaire dans ce coin plutôt tranquille de campagne. » Les producteurs exigeaient la mise en œuvre de quotas pour contingenter la production et mieux contrôler la fluctuation des prix.

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L’école secondaire de Rockland s’était baptisée « L’Escale » et à Embrun, on aurait bien aimé trouvé un nom intéressant pour l’école secondaire de l’endroit. Comme le rappelle le journal du 12 décembre 1981, un groupe avait organisé un concours afin de trouver un nom approprié. J’en conclus qu’aucune des suggestions n’avait été concluante parce que l’école secondaire d’Embrun porte toujours, simplement, ce nom.

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Le fameux rapatriement de la Constitution, devenue chose quasiment accomplie, soulevait de nombreux débats dans la communauté régionale. Les mouvements qui se disaient représentants des francophones y étaient fortement opposés; le journal prenait une position contraire, comme je le répétais quelques fois en éditoriaux, puisque nous croyions que ce serait bon à long terme pour notre communauté. Je m’étais fait quelques ennemis épistolaires, ce qui ne me faisait ni chaud ni froid. J’en parle encore une fois dans le journal du 16 décembre 1981. « En insistant sur les aspects positifs de la situation, en vantant nos actifs plutôt que ‘ce qui nous manque encore’, il deviendra plus facile de revendiquer et d’obtenir ‘le reste’. Ce sera aussi plus facile quand notre Constitution sera chez nous, entre nos mains. La FFHQ et l’ACFO doivent cesser de véhiculer une image de ‘peuple colonisé’ en incitant le Parlement de Westminster à s’ingérer dans nos affaires. Nous pouvons très bien nous occuper de nous-mêmes et l’avenir nous donnera raison. » Je commentais l’intention de l’ACFO d’envoyer une délégation à Londres. « Que l’ACFO reste chez nous, qu’elle nous vante au lieu de nous faire passer pour des ‘quêteux’ et des ‘défavorisés linguistiques’. Ce n’est pas le reflet réel de notre vie. »

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S.V.P. désignez-nous!

Bon, ça recommençait et cette fois avec le frère de l’autre. Au milieu des années 60, le député libéral fédéral d’alors, Viateur Ethier, avait obtenu, par suite de nombreuses pressions locales, que la ville de Hawkesbury et la région soient déclarées une zone défavorisée, ce qui avait permis d’assurer le développement industriel de la fin des années 60. Voilà que c’est au tour de son frère Denis, qui avait succédé à Viateur comme député, de subir les pressions « pour que la ville soit classifiée encore une fois sous un statut de ‘zone désignée’ (…) afin d’atténuer les effets des centaines de mises à pied dont sont victimes les travailleurs de Hawkesbury et la région depuis plusieurs semaines ». Un article à la une du journal Le Carillon du 21 novembre 1981 en parle. Mais cette fois, c’est la situation économique mondiale qui était la source du problème et aucune désignation n’aurait pu y changer quoi que ce soit pour Hawkesbury et la région. Un peu plus tard, une délégation locale et régionale, incluant le député Ethier avait rencontré de hauts fonctionnaires pour apprendre qu’un tel programme n’existait plus. Il fallait se débrouiller autrement. Et la pire nouvelle n’avait pas encore frappé.

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Je ne crois pas que ce sondage du ministère ontarien de l’Éducation ait donné quelques résultats concrets. Dans le journal du 21 novembre 1981, une publicité du ministère parle de cette « enquête sur l’année scolaire actuellement en vigueur en Ontario » qui précise que le gouvernement « aimerait connaître votre opinion sur chacun ou certains des points suivants ». Les voici ces points et je suis convaincu que les parents d’aujourd’hui auraient encore quelque chose à dire sur chacun :

1. La durée de l’année scolaire. Elle varie actuellement entre 194 et 198 jours.
2. Les dates du congé d’hiver.
3. La possibilité de choisir un autre jour de congé au lieu du Jour du souvenir ou du lundi de Pâques.
4. La durée du congé de Noël.
5. Le nombre de journées d’examens dans les écoles secondaires.
6. Le nombre de journées pédagogiques et les activités auxquelles elles sont consacrées.
7. La date du dernier jour d’enseignement de l’année scolaire dans les écoles primaires.
8. La date du dernier jour d’enseignement de l’année scolaire dans les écoles secondaires.
9. Tout autre point de vue qui vous préoccupe et n’a pas été mentionné ci-dessus.

Des points ci-dessus, seul le congé du jour du Souvenir a été aboli il y a plusieurs années dans les écoles ontariennes.

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Ce n’était pas l’abolition totale du Conseil des comtés unis de Prescott-Russell que j’avais préconisé en éditorial quelques semaines précédemment, mais c’était un pas dans la bonne direction. Dans le journal du 25 novembre 1981, les lecteurs apprennent qu’à compter « du 1er décembre 1982, les comtés unis de Prescott-Russell compteront dans leurs rangs sept représentants de moins. Le Conseil des comtés unis a en effet décidé, au terme d’une longue discussion, d’éliminer complètement de ses rangs les sous-préfets municipaux ». À la suite des élections de décembre 1982, le Conseil des comtés serait formé exclusivement des préfets des 18 municipalités que comptaient alors les comtés unis.

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Une vingtaine de parlementaires francophiles à Queen’s Park

L’Association internationale des parlementaires de langue française existait depuis 1967 et « réunit les représentants de plus de vingt pays à travers le monde (de l’Europe, de l’Afrique, des Amériques et de l’Asie) » et Don Boudria, « le député libéral de Prescott-Russell à l’Assemblée législative de l’Ontario présidera la nouvelle section ontarienne (…) qui vient tout juste d’être formée. (…) La section ontarienne regroupe une vingtaine de députés francophones ou bilingues de l’Assemblée législative de la province ». Parmi ses acolytes, le député de Cornwall, George Samis, et la députée de Hamilton-Centre, Sheila Copps, en plus des députés Michael Cassidy (Ottawa-Centre), René Piché (Cochrane-Nord) et Yuri Shymko (High Park-Swansea). « Le président de l’Assemblée législative, John Turner, député de Peterborough, est président honoraire de l’organisme. » John Melville Turner et non pas l’autre du même nom qui deviendrait Premier ministre du Canada après Trudeau.

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Dans Le Droit du 22 novembre 2012, un article mentionne que les « services de santé mentale dans la langue de Molière sont importants pour les francophones du pays vivant en milieu minoritaire, mais tous n’y ont pas accès ». C’est la Société Santé en français qui avait soulevé la question lors du 6e Rendez-vous Santé en français au Centre de congrès d’Ottawa. Le président de ce regroupement, le Dr Brian Conway, expliquait que « si la communication est laborieuse ou inexistante, elle est susceptible d’entraîner des malentendus dont les conséquences peuvent souvent être très sérieuses. Dans le domaine de la santé mentale, il s’agit d’un problème encore plus important où la langue est souvent l’outil même vers le rétablissement ». Le député provincial libéral, 31 ans auparavant, aurait aimé entendre ça et obtenir les appuis d’un tel groupe. Comme on peut le lire dans l’édition du 7 novembre 1981 du journal Le Carillon, « Don Boudria a prié le ministre de la Santé d’établir un hôpital psychiatrique francophone en Ontario. Selon M. Boudria, quelques 35% des patients inscrits à l’Hôpital psychiatrique de Brockville sont de langue française, et il n’y a à peu près pas de personnel qualifié pouvant parler le français. » Boudria avait déploré le manque d’intérêt du ministre et avait déclaré que « la guérison est sûrement plus lente chez un malade qui ne peut pas communiquer ou se faire comprendre des garde-malades. » Trente ans… et aucun progrès! Tiens, tiens!

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« Le Conseil des écoles catholiques de Prescott et Russell veut récupérer les élèves francophones du Conseil d’éducation de Prescott-Russell pour en faire un seul conseil scolaire, homogène de langue française et catholique. » Monique Castonguay explique ces intentions dans le journal du 21 novembre 1981. Une résolution du CECPR demandait au gouvernement provincial de créer un tel conseil homogène pour regrouper les élèves « de la maternelle à la 13e année ». Il s’agissait d’une première démarche. Il faudra encore quelques années pour que l’idée d’un tel conseil se concrétise.

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Création d’une association touristique dans les comtés

Il y avait longtemps que les diverses autorités municipales de Prescott et Russell avaient souhaité le développement touristique de leur région qui bordait, après tout, la rivière Outaouais. Le comité du tourisme du Comité de développement de Prescott-Russell avait décidé de mousser la création d’une association d’intervenants de l’entreprise privée pour développer une industrie touristique. Comme le rapporte la journaliste Manon Pincince dans Le Carillon du 24 octobre 1981, « la très faible participation de représentants d’entreprises privées a déçu les attentes des organisateurs, participation même insuffisante pour former un conseil exécutif complet ». Pourtant, « environ 400 invitations avaient été envoyées, moins d’une trentaine de personnes seulement ont répondu à l’appel ». Ce qui n’a quand même pas empêché la fondation de l’Association touristique de Prescott-Russell. Il fallait bien un point de départ. Roger Piché, de Bourget, en devient le premier président. La réunion avait justement au lieu à Bourget. Il y avait eu certaines discussions quant à la participation des politiciens locaux, ce qui avait fait dire au directeur des loisirs de Hawkesbury, Michel Major, que « l’association ne devrait pas tourner le dos aux municipalités, car la plupart des terrains touristiques appartiennent à ces mêmes municipalités ». Message clair.

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Les mises à pied de travailleurs dans la région devenaient trop nombreuses et le maire de Hawkesbury, Laurent Cayen, en compagnie du préfet Lucien Berniquez et du sous-préfet Gilles Thériault avaient décidé de se rendre à Toronto et d’en discuter avec le ministre de l’Industrie et du tourisme, Larry Grossman. Le trio croyait « qu’il fallait exercer le plus de pressions possibles pour tenter d’attirer localement une industrie majeure qui pourra absorber les centaines de travailleurs présentement sans emploi, par suite des mises à pied chez Amoco Fabrics, chez IKO, Fiberworld et Canadian Refractories, entre autres ». Le maire avait déploré que la situation affectait « non seulement les gens en chômage mais toutes les autres entreprises locales ». On en parle dans le journal du 31 octobre 1981.

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Un entrefilet dans ma chronique du 31 octobre 1981 : « Aux Galeries Lachute, la grève au magasin Zeller’s entre dans sa troisième année le mois prochain. Le magasin n’a jamais cessé de fonctionner pendant tout ce temps, malgré le vandalisme et tous les autres problèmes. »

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Le projet de rapatriement unilatéral de la Constitution par le gouvernement Trudeau tapait évidemment sur les nerfs du gouvernement québécois, qui n’avait pas lésiné sur les moyens pour faire valoir son point de vue. Une campagne de publicité dans les journaux communautaires (dont Le Carillon parce qu’il desservait une clientèle québécoise) expliquait la perspective du Québec sur ce rapatriement. Dans l’édition du 31 octobre 1981, une pleine page de publicité se réfère à « La menace: le plan d’Ottawa » puis décrit ce plan…

« Le plan d’Ottawa prévoit le rapatriement de la constitution de 1867 en y ajoutant une formule d’amendement et en y insérant une Charte des droits. Voilà maintenant plus d’un an qu’Ottawa tente de faire passer son plan malgré l’opposition du Québec et de la majorité des provinces. S’il était adopté, ce plan viendrait affaiblir nos institutions politiques. Il serait en plus un facteur de désordre pour notre économie et notre vie sociale. Ne pouvant convaincre ses partenaires, Ottawa a choisi d’essayer de les contraindre en voulant imposer par la force ce qu’il n’a pu obtenir par la négociation. Aussi, Ottawa annonce qu’il va agir seul en demandant à Londres, et à Londres seulement, de sanctionner son coup de force. »

Trudeau fera bien sûr à sa tête.

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Dans une position unique en Ontario

Comme aujourd’hui, il ne faut pas un grand nombre de plaintes pour forcer les organisations publiques à agir. Comme le rapporte Le Carillon du 17 octobre 1981, « à la demande de dix contribuables de langue anglaise de Prescott-Russell, le Conseil d’éducation de Prescott-Russell donnera le feu vert à la création d’un comité consultatif de langue anglaise qui s’emploiera à défendre les intérêts de la minorité anglophone du comté ». La loi sur l’éducation en Ontario « est claire et ne laisse d’autre alternative au conseil que d’accepter la mise sur pied d’un tel comité consultatif ». Pierre Perras, un membre du comité consultatif de langue française, avait vu la chose d’un bon œil et avait soutenu que « la création d’un comité consultatif de langue anglaise dans une région majoritairement francophone amènera sans doute les conseils scolaires des régions majoritairement anglophones à montrer plus de complaisance envers la minorité francophone ». Avec deux comités consultatifs pour le français et l’anglais, le Conseil d’éducation se retrouvait assurément dans une position unique en Ontario. Ces comités étaient « un instrument de consultation ayant seulement pouvoir de recommandation ».

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« Le ministre fédéral des Postes est devenu hier la Société canadienne des postes. » Le journal en parle dans son édition du 17 octobre 1981. « L’événement, annoncé depuis longtemps, a été célébré au bureau de poste de Hawkesbury par la dégustation d’un gâteau de fête, qui a été partagé entre les employés et la direction. À Ottawa, le ministre des Postes, André Ouellet, avait « remis les responsabilités de la nouvelle société » au président du conseil d’administration, René Marin, un juge réputé et qui avait fait carrière comme avocat à Hawkesbury, et au président-directeur général, Michael Warren. Quand j’ai commencé à Postes Canada, en 1987, la société avait déjà cinq ans et demi et la direction était nouvelle. Sylvain Cloutier avait remplacé Marin et Donald Lander avait succédé à Warren. À ce haut niveau, les têtes alternent rapidement. Quant à André Ouellet, il allait devenir président du conseil d’administration en 1996… 15 ans après la naissance de la société qu’il avait grandement contribué à créer. Lander et lui ont été mes PDG préférés pendant mes 23 ans de carrière à Postes Canada.

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En passant, question de nostalgie, c’est à l’automne de 1981 que les Expos de Montréal avaient participé à la finale de la Ligue nationale de baseball contre les Dodgers de Los Angeles. Ils avaient perdu le cinquième match décisif 2-1. Tous les amateurs avaient espéré une victoire et une participation à la Série mondiale contre les Yankees de New York. Tout le monde en parlait bien sûr dont Le Carillon dans son édition du 21 octobre 1981… Deux jours après la défaite crève-cœur.

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Un entrefilet dans le journal du 21 octobre 1981 : « L’administrateur Pierre J. Tessier et le directeur des loisirs Michel Major devaient rencontrer un représentant de l’Outaouais Yacht, ces jours-ci, afin de discuter des services de traversiers pour la Grande Île l’an prochain. » Je ne me souviens pas si ce service avait été offert ou non.

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Initier les enfants à lire le journal

C’était le titre d’un article dans Le Carillon du 14 octobre 1981 fourni par la Fédération canadienne des enseignants. Je trouve que son contenu est toujours pertinent, même à l’ère des cybermédias et des réseaux sociaux. Retenez que c’est un texte de 1981. Le voici :

Vos enfants d’âge scolaire lisent-ils le journal livré chez vous chaque jour ou chaque semaine?

Probablement pas – et c’est regrettable.

Quel que soit le nombre d’heures que les enfants passent devant l’écran, ils n’écoutent pas les informations. « Les Brillant » et « Chez Denise » leur enseigneront très peu de ce qui se passe dans le monde, et surtout dans leur propre collectivité.

Et les parents et les enseignants ont un rôle important à jouer pour ce qui est d’encourager les enfants à perfectionner leur aptitude à la lecture critique, aptitude essentielle qui leur profitera tout au long de leur vie.

Les premiers temps au moins, les adultes ne devraient pas se préoccuper outre mesure de ce que l’enfant choisit de lire dans le journal. Qu’ils se contentent de voir qu’il y lit quelque chose.

Il ne serait sans doute pas réaliste de s’attendre à ce que les enfants, particulièrement ceux du niveau primaire, attachent une grande importance ou manifestent le moindre intérêt à l’égard des pronostics économiques, de la situation en Pologne ou de la dernière déclaration faite par quelque politicien. Après tout, les enfants ne sont pas des adultes en miniature.

Toutefois, avec l’encouragement voulu, les enfants prendront plaisir à lire les bandes dessinées, les nouvelles du sport ou, dans certains journaux, la page destinée aux enfants, où ils trouveront des informations rédigées en fonction de leur niveau de compréhension et de leurs intérêts.

Ils s’amuseront également à vérifier quelles émissions de télévision seront présentées pendant la soirée, ou quelle sorte de temps est prévu pour le lendemain. De plus, ils peuvent apprendre à évaluer les annonces publicitaires d’un œil de plus en plus critique.

La curiosité et l’intérêt à l’égard de ce qui se passe autour de nous font partie de notre nature. Si, à mesure qu’ils vieillissent et que leurs horizons s’élargissent, vos enfants prennent l’habitude de lire le journal, petit à petit ils trouveront agréable d’apprendre « l’histoire qui est en train de se faire », d’abord au niveau de la collectivité et, à la longue, à l’échelle mondiale.

Les enseignants dans les écoles secondaires reconnaissent sans peine les étudiants qui ont appris à lire le journal. Règle générale, ce sont les jeunes gens qui ont la compréhension la plus fine des relations humaines, d’autres peuples et d’autres pays. Ils se distinguent par leur aptitude à lire des cartes géographiques, des tableaux et des graphiques, ainsi qu’à reconnaître, comprendre et évaluer la propagande. Très souvent, ce sont aussi les plus forts en lecture et en rédaction et ils possèdent le vocabulaire le plus riche. Tout cela revient à dire que, nécessairement, les jeunes lecteurs de journaux réussissent mieux dans leurs études.

Peu importe la popularité que la radio et la télévision peuvent acquérir, les journaux sont là pour de bon. Le temps que les parents consacrent à initier leurs enfants de tout âge à la lecture de journaux est du temps sagement investi : les bénéfices dureront toute une vie.