Les années 80, les grèves et la CIP ferme

La décennie des années 80 avait commencé par une série de grèves dès la première année. Ces grèves ont créé un climat incertain au sein de la main-d’œuvre locale et n’ont pas inspiré les investisseurs à choisir Hawkesbury pour y établir leurs usines. Mais 1982 est l’année qu’il faut retenir.

Le conflit violent chez Amoco

La pire grève avait été incontestablement celle qui avait secoué Amoco Fabrics (anciennement Patchogue-Plymouth) pendant de longs mois. L’arrêt de travail d’avril à septembre avait connu son moment le plus honteux lorsque des manifestants (grévistes et autres sympathisants) avaient « attaqué » l’hôtel de ville. Les autorités municipales, et encore moins les contribuables de Hawkesbury n’avaient pourtant rien à voir avec les querelles intestines chez Amoco. Un triste chapitre de l’histoire locale.

Mais d’autres grèves ou menaces de grève avaient dérangé la CIP, l’administration municipale de Hawkesbury, Mercedes Textile, Canadian Refractories et le Conseil des écoles catholiques de Prescott et Russell. Cela n’augurerait rien de bon pour la stabilité économique de la région au cours de la décennie. Dès 1981, il y avait eu des mises à pied importantes chez Amoco, Ivaco, Fiberworld, Canadian Refractories et plusieurs autres petites entreprises manufacturières locales.

Sur la scène nationale, la longue grève postale de 1981 avait précédé la transformation du ministère des Postes en société d’État cet automne-là. Et chaque fois qu’il y avait grève, la population et les entreprises de Hawkesbury et la région étaient immanquablement touchées. Une des intentions était justement d’améliorer les relations ouvrières et de mettre fin aux fréquentes grèves, mais ce n’était qu’un beau souhait.

En 1980, le Parti québécois de René Lévesque avait tenu son premier référendum sur la « souveraineté-association », un euphémisme pour décrire la séparation du Québec de la Confédération canadienne. Mais le clan fédéraliste avait eu gain de cause. Les Québécois avaient pourtant redonné un mandat à ce même gouvernement l’année suivante. Mais les péquistes n’accepteraient pas facilement le rejet de leur option indépendantiste et ils reviendraient à la charge plus tard.

Un héros national s’arrête chez nous

Malgré ces débuts de décennie sur une note pessimiste, l’espoir se manifestait en juin 1980 par le passage à Hawkesbury et dans la région du jeune unijambiste Terry Fox qui voulait traverser le pays pour attirer l’attention des Canadiens sur le cancer. Ayant été pratiquement ignoré au Québec, on affirmait à l’époque que c’était à Hawkesbury, en rentrant en Ontario, que son exploit avait conquis le cœur des Canadiens.

C’est vers la même époque que le gouvernement ontarien du conservateur Bill Davis avait confirmé l’ouverture d’un collège d’agriculture à Alfred. Il faudra quelque temps pour concrétiser le tout, mais le souhait de tant d’agriculteurs régionaux, depuis si longtemps, se matérialiserait enfin.

Jamais tant d’incendies majeurs en une seule année

L’année 1980 avait été marquée par une série d’au moins 25 incendies majeurs un peu partout sur le territoire desservi par le journal Le Carillon. Il y avait eu le feu de la Résidence Mon Chez-Nous à Casselman où trois personnes ont perdu la vie. Les pompiers avaient combattu des brasiers à Chute-à-Blondeau, dans Cassburn, aux restaurants Monic de Fournier, Plaza et Blue Corner d’Alfred, Riverview à Hawkesbury, l’hôtel Union de Plantagenet et le feu de St-André-Est, sur la rue Principale à Lachute, sans compter ceux de résidences dans Cassburn, à L’Orignal, près d’Alfred, dans Ritchance et à St-Albert, sur la rue William et sur le boulevard Cartier à Hawkesbury, à la Coop et chez D’Aoust Lumber à Embrun. Il y avait eu l’explosion au garage Del-Mar de Grenville, sans oublier la tragédie de la route 34 au début de 1980 et l’accident d’autobus sur l’autoroute 417 à la fin de l’année.

La fin des ères Bélanger-Ethier et l’avènement de l’ère Boudria

Cette bonne nouvelle n’avait pas empêché la défaite du conservateur Albert Bélanger aux mains du libéral Don Boudria en 1981. Boudria est devenu rapidement une épine pour les conservateurs.

Boudria ne resterait pas longtemps à Toronto. Il avait préféré faire le saut dans l’arène fédérale pour se rapprocher de sa famille. En 1984, il avait remplacé le libéral Denis Ethier, un député de longue date qui avait succédé à son frère Viateur à la Chambre des communes. Ethier avait été nommé président de l’Office canadien des provendes par le premier ministre Pierre Elliott Trudeau, peu de temps avant la démission de celui-ci.

L’année 1984 avait été très intéressante sur la scène politique régionale. Pas moins de 5000 partisans libéraux s’étaient massés dans le nouveau complexe sportif de Hawkesbury pour choisir Don Boudria au détriment de l’ancien maire de Hawkesbury Philibert Proulx, que plusieurs observateurs jugeaient le successeur inévitable d’Ethier. Mais les conservateurs ne s’étaient pas laissé damer le pion et réunissaient plus de 3000 partisans à l’aréna de Rockland pour choisir le maire du canton de Russell, Gaston Patenaude, comme leur porte-étendard.

Mais le peuple déciderait d’inverser les rôles en Ontario et à Ottawa. Boudria, qui avait été dans l’opposition à Queen’s Park, se retrouve encore une fois dans cet état à Ottawa parce que les Canadiens avaient confié les rênes du pays à l’équipe conservatrice de Brian Mulroney. Entre temps, à Queen’s Park, les Ontariens avaient confié la barre de leur gouvernement au libéral David Peterson.

1984 est aussi l’année où le pape Jean-Paul II était passé tout près et s’était arrêté à Ottawa.

Décembre 1982

C’est le mois de cette décennie qui restera à jamais marquée dans l’histoire de Hawkesbury. La Compagnie internationale de papier du Canada avait délégué un de ses vice-présidents à l’usine de Hawkesbury pour annoncer à la direction que leur usine n’était plus rentable et que la CIP n’y investirait pas les millions nécessaires pour la moderniser et respecter les lois environnementales que la province de l’Ontario leur imposait depuis quelques années. Les portes de l’usine fermeraient le 1er décembre 1982… pour toujours. Des employés avaient profité d’une retraite anticipée dédommagée. Les autres avaient bénéficié de soutien professionnel afin de trouver de nouveaux emplois. D’autres étaient assez jeunes pour entrevoir un bon avenir ailleurs. En conséquence, les effets néfastes de la fermeture de la CIP que tant d’observateurs avaient anticipés ne se sont jamais véritablement concrétisés, mais la fermeture a quand même eu des répercussions défavorables. L’usine avait été démolie en 1985.

Le centre de recherches de la CIP, qui était voisin de l’usine de pâtes et papiers, allait lui aussi fermer ses portes quelques années plus tard. Dans ce dernier cas, toutefois, l’édifice serait rénové et adapté à d’autres usages commerciaux et résidentiels.

Le monde hospitalier

Le bouleversement dans la gestion des services hospitaliers de Hawkesbury et la région s’était amorcé au cours de la décennie précédente. Mais c’est en 1982 que la réalité de la réorganisation devient évidente. La Clinique Smith, une institution de la rue Principale reconnue pour ses services à la population anglophone, mais préférée par beaucoup de francophones à cause de la popularité de ses médecins, est fusionnée avec l’Hôpital général de Hawkesbury qui se prépare alors à aménager dans de nouveaux locaux. La fusion de la clinique avait créé quelques soubresauts culturels au sein de la population, mais cela aura été de très courte durée.

Les droits des Franco-Ontariens

Les nombreuses luttes des Franco-Ontariens au cours des années 70 pour obtenir des droits fondamentaux, surtout dans les milieux éducatifs et juridiques, allaient être récompensées par l’adoption, en 1986, de la Loi 8 qui accordait un statut quasiment officiel au français en Ontario. Les observateurs de la scène franco-ontarienne avaient toutefois fait remarquer que cette loi historique n’enchâssait pourtant pas les droits linguistiques des Franco-Ontariens dans la Constitution canadienne. Ce qui fait que la situation des Franco-Ontariens restait précaire et sujette aux bons vouloirs du gouvernement du moment.

Deux accidents dans l’espace et sur terre

C’était en 1986. Au début de l’année, la navette spatiale Challenger explose peu de temps après son décollage. Les yeux du monde entier sont rivés au petit écran. La technologie n’est pas sans problème. En Russie, quelques mois plus tard, une fuite au réacteur nucléaire de Tchernobyl remet en doute la sécurité de toutes les centrales nucléaires du monde entier. Tout le monde en parle à Hawkesbury, dans Prescott-Russell, comme ailleurs autour du monde.

La rue Principale se transforme

À Hawkesbury, la fermeture de la CIP n’avait pourtant pas ralenti les initiatives commerciales et l’incendie qui avait ravagé le complexe Hawkesbury Centre en 1987 permettrait simplement aux propriétaires de reconstruire, d’améliorer et de faire renaître de ses cendres ce centre commercial en plein centre-ville.

L’éveil de l’intolérance

La décennie avait été marquée par la tragédie de la Polytechnique de Montréal en 1989. Un tueur fou avait manifesté son intolérance de la pire manière possible, en tuant de jeunes étudiantes de cette grande institution montréalaise. Les soubresauts se sont fait ressentir dans toute la région au point où l’éditorialiste du journal Le Carillon de l’époque, Yves Rouleau, y consacrait entièrement son éditorial de fin d’année.

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