Le réveil politique à Hawkesbury et dans la région

J’ai rédigé récemment une série de trois articles qui ont été publiés dans l’édition spéciale 65e anniversaire du journal Le Carillon de Hawkesbury… la source de mes retours sur hier évidemment et là où j’ai travaillé de 1965 à 1987. Cette édition spéciale a été publiée le mercredi 12 septembre 2012. Je les publie en rafale aujourd’hui, mercredi et jeudi.

La ville de Hawkesbury amorçait le début de son deuxième centenaire en 1960 et il était donc tout à fait normal de constater, en rétrospective, que cette décennie serait caractérisée par un réveil politique important. La population était encore sous le choc de l’annonce de la construction du futur barrage hydroélectrique de Carillon. Marcel Desjardins écrivait en éditorial au début de 1960 que « l’avenir est aux audacieux ». Desjardins avait affirmé que c’était « le commencement d’une ère nouvelle pour Hawkesbury, mais il faudra continuer de travailler ferme pour en faire un centre encore plus d’important, car d’ici dix ans l’avenir de notre ville sera décidé ». Il avait vu juste.

Ce réveil devait d’abord passer par un assainissement de l’administration municipale d’autant plus que la ville avait été sous la tutelle du gouvernement provincial dans la décennie précédente. La population commençait à douter tant de la compétence de ses élus que des employés municipaux. Le Carillon, dès 1961, n’avait pas hésité à soulever la question. Le débat se prolongera pendant quelques années et ce n’est qu’au milieu des années 60 que les changements commenceront à poindre.

Pendant ce temps, la population d’un quartier complet de la ville, celui du Chenail, allait être expropriée et déplacée. Si l’attrait de l’argent les fascinait au début, la réalité ne tarderait pas à les rattraper. La construction du barrage n’avait pas été la manne attendue. « Seulement une minime proportion de la main-d’œuvre locale a été employée à l’érection du barrage » rappelait Michel Hotte dans son éditorial de décembre 1962. Hotte ajoutait que « la solution est donc d’établir des industries chez nous; la main-d’œuvre de l’extérieur viendra vite combler ce à quoi nous ne pouvons suffire ». Son message n’était pas tombé dans les oreilles de sourds. Une partie de la population, particulièrement le milieu des affaires, n’était pas convaincue que les élus en place pouvaient « faire le lien entre le présent à l’avenir ».

Les années 60, entre parenthèses, ont aussi été importantes pour le journal Le Carillon. Sa transformation, en mars 1964, du grand format par procédé d’impression « letterpress » (pour reprendre le jargon technique de l’époque) en format tabloïd par procédé d’impression « offset », était un pas immense pour un petit journal communautaire franco-ontarien. Il fallait le faire. Le journal entrait dans l’ère moderne et cette transformation majeure encouragerait la direction à moderniser ses techniques de production, son apparence, son contenu, ses politiques. Les lecteurs en bénéficieraient pendant longtemps.

Le réveil civique

À l’été de 1965, après des mois de démarches en coulisse, plusieurs hommes d’affaires jettent les bases d’un parti politique municipal, le premier de l’histoire de Hawkesbury. « Il faut que ça change » est le slogan de la Ligue du réveil civique. La Ligue prendrait le contrôle du Conseil municipal en y faisant élire des hommes d’affaires soucieux de l’avenir de la ville et de son développement industriel entre autres. Leurs démarches, au cours des années suivantes, attireraient à Hawkesbury plusieurs nouvelles industries. Jusque-là, les travailleurs locaux ne pouvaient qu’espérer obtenir un emploi à l’usine de la Compagnie internationale de papier du Canada, une filiale de l’International Paper Company, et à son centre de recherches. Les meilleurs salaires se trouvaient à ces deux endroits et les pratiques de l’époque faisaient en sorte que la relève était assurée par les enfants des employés syndiqués. C’était la réalité de l’époque.

Les « Hommes-clés », un autre groupe politique municipal, allaient intervenir en 1967 et faire élire à leur tour d’autres citoyens intéressés par l’avenir de la ville. C’est que deux années plus tôt, des « anciens » avaient été réélus sans problème et entravaient en quelque sorte le progrès que les nouveaux élus de l’époque voulaient implanter. À l’époque, il est important de le souligner, la plupart des élus étaient des employés de la CIP. C’est à cette usine que le centre d’influence politique se situait. Les employés appuyaient leurs confrères de travail. Cette situation perdurerait pendant encore longtemps cependant; jusqu’à ce que cette usine ferme ses portes d’ailleurs.

Le Carillon et son président fondateur, André Paquette, ont joué un rôle de premier plan dans la fondation et la promotion tant de la Ligue du réveil civique que des Hommes clés. André Paquette avait été la source de motivation auprès de nombreux hommes d’affaires pour qu’ils se lancent dans l’arène municipale et qu’ils s’occupent justement de « leurs affaires ». L’équipe éditoriale du journal avait également appuyé solidement les deux mouvements et leurs objectifs.

La réalité de l’époque était aussi celle de la Guerre froide et, conséquemment, d’organismes tels l’Organisation des mesures d’urgence de Prescott-Russell, par exemple. Au niveau national, les autorités fédérales avaient créé la Régime de pensions du Canada (en 1965) afin d’offrir un meilleur espoir d’avenir aux travailleurs canadiens. Les Frères des écoles chrétiennes et les Sœurs grises de la croix, qui étaient à la source de l’enseignement primaire de plusieurs générations de jeunes de Hawkesbury, allaient devenir victimes de la Révolution tranquille et de la prise en mains de l’administration scolaire sur une plus grande échelle.

En 1966, le débat sur la question des écoles secondaires françaises en Ontario s’accentuait, surtout dans le sud et le nord de la province, mais aussi dans Prescott et Russell par ricochet. Une grande partie de la population, par contre, favorisait des écoles bilingues et les décisions politiques reflétaient cette opinion. Le débat se poursuivra pendant plusieurs années et ne sera pas entièrement réglé à la fin de la décennie suivante. À cette époque, Louis-Pierre Cécile, de Hawkesbury, est le député de Prescott-Russell à Queen’s Park et il occupera divers ministères dans le cabinet de John Robarts. À sa retraite, il sera nommé juge de la Cour provinciale, division criminelle, et il siégera à la cour de L’Orignal.

Une région défavorisée

L’année 1967, celle du centenaire de la Confédération canadienne, est importante pour Hawkesbury et la région immédiate. Depuis leur élection, les conseillers municipaux, surtout ceux de la bannière de la Ligue du réveil civique, avaient jugé qu’il fallait absolument que la ville soit déclarée « zone défavorisée » par le gouvernement fédéral afin que l’on puisse profiter des subventions spéciales consenties aux entreprises manufacturières qui s’installaient dans les communautés de telles zones. Les pressions constantes de la communauté des affaires et du député libéral de l’époque, Viateur Ethier, ont donné des résultats favorables. Le développement industriel n’a pas tardé à se manifester et les Duplate Canada, Amoco Fabrics et plusieurs petites entreprises manufacturières s’établiront à Hawkesbury et créeront des centaines d’emplois. L’arrivée de la société Ivaco dans le canton de Longueuil était aussi attribuable à ces avantages fiscaux.

À cette époque, Albert Bélanger, un fromager de Sarsfield, devient député conservateur à Queen’s Park. Il conservera ce poste jusqu’au début des années 80. Une de ses premières tâches a été de se faire le porte-parole de tous ceux qui réclamaient l’aménagement d’un parc provincial à proximité du nouveau barrage de Carillon, afin d’attirer le tourisme dans l’est du comté de Prescott. Il gagnera cette cause à la longue.

En 1968, la situation économique n’est pas facile, comme la déclaration de « zone défavorisée » l’avait confirmée l’année précédente. En Ontario, par exemple, le salaire minimum était alors de 1,30 l’heure.

La centralisation

C’est aussi cette année-là que le phénomène de la centralisation des institutions publiques s’amorce. L’Unité sanitaire de l’Est ontarien devient la première à évoluer ainsi. Les trop nombreux petits conseils scolaires locaux de Prescott-Russell apprennent qu’ils disparaîtront le 1er janvier 1969 pour être remplacés par deux grands conseils scolaires à l’échelle des comtés : le Conseil des écoles catholiques et le Conseil d’éducation. Ce dernier comporte également un volet pour gérer les écoles publiques, qui sont alors exclusivement de langue anglaise. C’était aussi le prélude de la future centralisation municipale et de l’avènement des gouvernements régionaux.

La route transcanadienne 17 a la triste réputation d’être mortelle, surtout dans l’ouest des comtés unis, mais les tragédies routières sont monnaie courante partout. Il se passe rarement un mois, sinon une semaine, sans que Le Carillon fasse état d’un accident routier mortel sur la 17. Les pressions s’accentuent et la construction d’une autoroute (qui sera connue sous le nom d’autoroute 417) devient une priorité. Elle sera concrétisée quelques années plus tard.

À Hawkesbury, signe incontestable que les changements souhaités en 1960 se matérialisent, les autorités municipales avaient décidé qu’un nouvel hôtel de ville était une nécessité et en assurent la réalisation. Les conseillers de l’époque voulaient que ce nouveau siège administratif devienne le symbole du nouveau dynamisme de leur ville. Un peu dans le même contexte, le projet ambitieux d’une Route du Nord pour contourner la rue Principale anime les débats déjà en cette fin de décennie. La population devra patienter deux autres décennies avant d’en voir la réalisation. Le mauvais état du pont interprovincial Perley inquiétait les citoyens. Là aussi, la population devra attendre longtemps.

À la fin de la décennie, tout était en place pour entrevoir le réveil économique de la ville et de la région.

À venir demain… les années 70

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