« Le petit salarié paie sa livre de steak au même prix »

En 2011-2012, il ne se passe pas une journée sans que nous n’entendions parler de la crise économique locale, provinciale, nationale ou mondiale. L’année 1975 avait connu sa part de déboires économiques et le gouvernement Trudeau avait imposé un gel des prix et des salaires. Dans mon éditorial du journal Le Carillon du 30 décembre 1975, je brosse un portrait de la situation que nous avions vécu les douze mois précédents. Je le reproduis pour montrer qu’en fin de compte, il n’y a pas grand-chose qui change

« Une autre année se termine. Elle aura de nouveau été marquée mondialement par le crime, la violence et l’inflation. Dans la région, l’année 1975 n’a pas de faits saillants dignes de mention.

Cette année qui s’achève aura été marquée par la contradiction, particulièrement au chapitre de l’économie. Tout le monde parlait de lutte à l’inflation; tout le monde voulait une solution. Trudeau a lancé un message pourtant précis que plusieurs feignent ignorer.

Le message n’était pas aussitôt donné que les postiers, après avoir privé les contribuables des services postaux pendant près de deux mois, obtiennent une hausse importante les plaçant parmi les travailleurs canadiens les mieux payés. La limite de 12 p. cent était dépassée de beaucoup.

À Toronto, les enseignants se font réduire les augmentations salariales obtenues. En même temps, le gouvernement fédéral annonce que les primes d’assurance-chômage augmentent de 27 p. cent. La taxe de vente provinciale en Ontario, réduite à 5 p. cent avec un tapage publicitaire bien orchestré, avant les élections, grimpe jeudi à 7 p. cent – 40 p. cent de plus – sans que le gouvernement Davis en fasse une publicité monstre.

Bell Canada dit qu’elle a besoin de plus d’argent, les compagnies d’huile de même, les primes d’assurance sont majorées… le monde dépense quand même… les gouvernements font pareil… pas de bon augure pour 1976.

Les compagnies veulent augmenter leurs profits; les syndicats disent nous voulons une meilleure part de ces profits; ils gagnent leur cause; les prix augmentent… le même cercle vicieux recommence.

Trudeau invite les Canadiens à se serrer la ceinture. Il donne un certain exemple, en éliminant certaines augmentations de dépenses gouvernementales prévues. Les gros syndicats, avec une campagne publicitaire, encouragent les travailleurs à ignorer ces principes de restrictions économiques: ‘Pourquoi moi?’ lancent-ils aux Canadiens.

Chacun veut que son voisin, le premier, accepte une moins forte augmentation de salaire… le voisin dit la même chose. C’est à n’y rien comprendre.

Chaque travailleur voudrait bien gagner autant que le médecin, l’avocat ou l’ingénieur. Chacun voudrait être capable d’acheter à son conjoint un magnifique diamant de $250 que le travailleur sud-africain a produit pour un salaire annuel de ce montant.

Chacun veut une augmentation de $2,000 par année… ce qu’un citoyen célibataire âgé reçoit annuellement de pension. On oublie que le petit salarié paie sa livre de steak au même prix que les autres travailleurs.

Pendant ce temps, la violence prend de plus en plus de place dans la société. On élimine ‘Mannix’ de la télévision, parce que jugé trop violent; on y substitue les aventures de la Commission d’enquête sur le crime organisé où on fait état des présumés crimes des frères Dubois, d’un certain Paolo Violi.

Les tragédies mondiales se multiplient. Chez nous, on vit quand même bien; les magasins vendent leurs marchandises; tout le monde a l’air heureux…

Bonne année malgré tout. »

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