« Le rôle important de la presse dans notre régime parlementaire »

Le projet de loi C-41 avait été présenté aux Communes par le député néo-démocrate de Témiscamingue, Arnold Peters. Il prévoyait l’exemption des journalistes de l’obligation relative à la divulgation des sources d’information. Deux anciens journalistes alors députés, Jim Fleming et Roméo Leblanc, s’étaient opposés à ce projet de loi et le député de Glengarry-Prescott-Russell, Denis Ethier, était d’accord avec eux. Voici quelques extraits de son discours aux Communes que nous avions reproduit dans l’édition du 1er novembre 1973 du journal Le Carillon :

« (…) Dans une société comme la nôtre, la presse joue un rôle très important, même dans avec notre régime parlementaire. Les ministériels représentent la majorité. Voilà pourquoi ils ont été appelés à former le gouvernement. Les oppositionnels représentent et défendent le point de vue des minorités. Troisièmement, les minorités qui n’ont pas de porte-parole à la Chambre comptent sur la presse pour exposer leur point de vue, en plus d’informer la population du Canada des événements survenus sur les scènes locale, nationale et internationale.

Monsieur le président, nos journalistes jouissent présentement d’une réputation qui, j’en suis sûr, est enviée par les journalistes de nombreux pays du monde. Voilà une des raisons pour lesquelles je ne peux appuyer le bill C-41. En accordant notre support à un tel projet, je suis persuadé, monsieur le président, que la réputation dont nos journalistes jouissent présentement serait grandement touchée, car aux termes de la loi actuelle, les Canadiens sont assurés de la véracité de tel ou tel rapport, ou de telle ou telle nouvelle.

(…) Il y a une autre tâche que doit assumer la presse dans notre régime démocratique, soit celle de critiquer les gouvernements au pouvoir lorsque l’opposition n’a pas le courage de manifester sa désapprobation d’une façon positive et constructive. Puis-je ajouter que la presse s’en acquitte fort bien dans la présente situation. Monsieur l’orateur, vous trouverez peut-être que je m’écarte du sujet, mais je tiens à souligner le rôle important que doit jouer la presse dans notre régime parlementaire. La loi actuelle vise à rassurer les Canadiens qu’ils reçoivent des informations de bonne foi et que la minorité non représentée obtient une représentation convenable. Je suis tout à fait convaincu qu’avec la loi actuelle les informations des journalistes sont absolument dignes de foi. »

Comme vous voyez, nous sommes loin des idéaux d’Ethier. Peut-être devrait-il les rappeler au gouvernement conservateur de 2011 qui semble favoriser les cachoteries à la transparence.

* * *

Marcel Desjardins, sous son pseudonyme de Paul Huneault, commente les résultats des élections provinciales au Québec du 29 octobre 1973 dans l’édition du 1er novembre. Robert Bourassa avait été réélu premier ministre du Québec en accumulant 100 sièges, soit sensiblement plus que les 72 qu’il comptait avant le scrutin provincial. René Lévesque n’avait pas été élu, mais avait quand même fait élire sept députés, tandis que les Créditistes en comptaient deux (dont le chef Camil Samson); quant à l’Union nationale de Gabriel Loubier, elle est disparue de l’Assemblée nationale, n’ayant fait élire aucun député, dont son chef.

« L’indépendance du Québec ce n’est donc pas pour tout de suite » écrit Desjardins même si René Lévesque avait augmenté ses appuis. « D’ici la prochaine élection québécoise, on assistera à un réalignement des forces politiques dans la province de Québec. Il est encore trop tôt pour prédire quel côté prendront ceux que la polarisation aura laissé pour compte. » Comme l’ajoute Desjardins, « si on veut décourager l’indépendance au Québec, ce n’est plus à la peur des Québécois qu’il faut s’adresser mais à leur intelligence. Le PQ a été le premier à comprendre cela et il a bâti sa campagne en conséquence. »

Et Desjardins écrit ceci en référence à des accusations sur le travail des journalistes pendant la campagne électorale, propos qu’aurait pu emprunter le député Denis Ethier : « La presse québécoise n’est pas sans tort et sans reproche. Toutefois, cette institution sera d’autant plus importante dans un parlement où la force numéraire de l’Opposition ne dépasse pas la douzaine. »

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