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Les villes où j’ai vécu : Ste-Geneviève de Pierrefonds

(Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits sont relatives à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré…ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le troisième article de cette série. Vous les retrouverez dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous les «Grands thèmes » de mon blogue. Bonne lecture.)

par Alain Guilbert

Après avoir obtenu mon baccalauréat ès arts en mai 1958 au Séminaire de St-Hyacinthe, il fallait bien choisir une vocation. Pendant un grand moment, à cette période, et particulièrement à la suite d’une retraite fermée de trois jours vers la fin de ma dernière année d’études classiques, j’ai sincèrement cru être appelé à devenir prêtre. Après avoir longuement hésité entre le Grand Séminaire de St-Hyacinthe, où on formait les prêtres séculiers, j’ai finalement opté pour la Congrégation de Sainte-Croix, une communauté « moderne » (fondée au XIXesiècle), qui était à l’origine de la célèbre université Notre-Dame dans l’Indiana (États-Unis) et aussi très bien reconnue au Québec pour son Collège Sainte-Croix, rue Sherbrooke Est à Montréal, son collège St-Laurent, à ville St-Laurent, l’un des meilleurs au pays, et aussi son œuvre de l’Oratoire St-Joseph. La différence entre devenir un prêtre séculier et un père de Sainte-Croix, c’est qu’il fallait faire une année de noviciat avant d’entreprendre quatre années d’études théologiques.

C’est ainsi qu’un bon jour du mois d’août 1958, à peine âgé de 18 ans, je me suis retrouvé à Ste-Geneviève de Pierrefonds, une municipalité située dans la banlieue ouest de Montréal dont j’ignorais même l’existence, mais où se trouvaient regroupés le noviciat et le scolasticat de la Congrégation de Sainte-Croix. Le monastère qui m’a accueilli pendant huit mois (la durée de mon séjour) se trouvait le long du boulevard Gouin (la voie de circulation la plus au nord de l’île de Montréal), en bordure de la rivière des Prairies, juste en face de l’Île Bizard, et à quelques pas à peine du pont qui y donnait (et y donne encore) accès. Autre point de repère, le monastère était à peine à un kilomètre du célèbre Parc Belmont. Cet édifice (le Monastère, et non le Parc Belmont), alors la propriété de la Congrégation de Sainte-Croix, existe encore, mais il a été transformé en cégep (anglophone, je crois) il y a bien des années.

Un peu comme pour mes années de pensionnat à St-Hyacinthe, où j’ai passé près de 98 % de mon séjour de sept ans à l’intérieur des limites du séminaire, le même phénomène s’est produit au noviciat des pères de Sainte-Croix où la presque totalité de mon séjour s’est déroulée à l’intérieur des limites de la propriété. Pour ceux et celles qui ne seraient pas familiers avec la notion de noviciat, disons qu’il s’agit d’une année consacrée à la prière, à la réflexion, à la méditation, à des lectures (toutes reliées d’une façon ou de l’autre à la religion) afin de vérifier si nous avions vraiment la vocation pour devenir prêtre, ou « père », si vous le préférez. Voici à quoi ressemblait une journée typique : lever à
6 heures, messe vers 6 h 30, suivie de 30 minutes de méditation, puis petit-déjeuner. Par la suite, vers 8 heures, chacun vaquait aux tâches qui lui avaient été assignées : par exemple, pour mes trois premiers mois, j’étais sacristain; ceux qui n’avaient pas de tâches précises et les autres, lorsque leurs tâches étaient terminées, participaient à la fabrication des lampions et des lampes de sept jours que les pèlerins faisaient brûler à l’Oratoire
St-Joseph en échange d’une obole. Par la suite, il y avait une longue conférence spirituelle animée par le père « maître » des novices, laquelle était suivie du dîner. Après une récréation bien méritée, il y avait une heure ou deux pour la lecture et la réflexion personnelle, le tout suivi d’une autre conférence spirituelle et d’une autre période de méditation. Enfin, en soirée, il y avait le souper, suivi d’une seconde récréation et d’une dernière période de lecture ou de réflexion. À travers ce programme, nous nous rendions à la chapelle à plusieurs reprises pour chanter les psaumes de l’office religieux, à différentes heures de la journée, en commençant tôt le matin par les laudes, en poursuivant durant la journée par prime, tierce, sexte, none, puis vêpres et complies. Tôt les dimanches matins, on y ajoutait les matines. Je chantais tellement mal, même des choses aussi simples que les psaumes, qu’on m’avait demandé de me limiter à faire du « lipsync » (faire bouger mes lèvres sans faire de bruit).

Inutile de dire que nos journées complètes se passaient en silence, sauf pour les deux périodes de récréation. Même les repas se prenaient en silence pendant que chacun des novices, à tour de rôle (nous nous remplacions chaque semaine), faisait la lecture à haute voix d’un livre à caractère religieux à l’intention de ses collègues. Pendant mon séjour, je me rappelle que nous avions passé à travers (ou presque) « l’Histoire de l’Église » par Daniel-Rops, une œuvre de sept ou huit « briques » de plus de 500 pages chacune. Au moins, c’était très intéressant.

Je ne sais pas si nous pouvons appeler cela des « congés », mais nous avions du temps libre les mercredis et les dimanches en après-midi pour nous livrer à des activités sportives ou à des excursions. Bien sûr, ces excursions consistaient en de longues marches, quelques fois le long du boulevard Gouin, mais la plupart du temps sur l’île Bizard qui n’était pas encore passée entre les mains des promoteurs immobiliers et qui n’était alors habitée que par quelques producteurs agricoles. La campagne à la porte de Montréal, quoi! Cette île était tout simplement magnifique. Lors des grandes fêtes religieuses, comme Noël, Pâques et quelques autres, nous pouvions profiter de sorties très spéciales : en effet, nous nous rendions (en autobus) à l’Oratoire St-Joseph pour y participer aux superbes cérémonies que la Congrégation de Sainte-Croix préparait pour les fidèles et les pèlerins. Nous pouvions en même temps y voir brûler des centaines de lampions et de lampes que nous avions fabriquées de nos mains. Quelles belles sorties.

Pour les sports, c’était un peu limité puisque nous n’étions qu’une douzaine de novices, ce qui ne nous permettait pas vraiment de faire deux équipes de balle (softball ou baseball), mais nous pouvions techniquement former une équipe de hockey. La plupart du temps nous jouions entre nous (les novices), mais très occasionnellement nous pouvions affronter les scolastiques (nos aînés). Nous n’étions pas vraiment en mesure de leur livrer de trop chaudes luttes, mais au moins cela nous faisait faire de l’exercice et nous procurait une saine détente. Le plus bizarre, c’est que nous devions toujours nous « vouvoyer » par respect mutuel. Cela n’était pas trop difficile dans nos activités quotidiennes et même lors de nos excursions, mais disons que ce n’était pas évident lors des compétitions sportives. J’avais de la difficulté à crier : « Allez-y Bernard » ou encore « Envoyez Adélard ». J’avais trouvé un truc : j’utilisais l’anglais où le « tu » et le « vous » sont confondus. C’était bien plus simple de dire « Let’s Go Bernard » ou « Com’on Adélard ». Cela faisait plus sportif, du moins je le crois.

Au Séminaire de St-Hyacinthe, j’avais commencé à fumer quand j’ai atteint la classe de Versification. Mais au monastère, c’était bien sûr interdit. À l’hiver, en arrière du monastère, il y avait une longue pente qui descendait jusqu’à la rivière des Prairies. Nous y avions installé un genre de rampe surélevée qui nous permettait de nous laisser descendre en skis et de nous rendre loin sur la rivière. Un jour, j’ai pris une spectaculaire culbute au cours de laquelle je me suis accroché le nez avec mon bâton de ski. Visite chez le médecin et deux points de suture… et une occasion en or de fumer… Quand je suis retourné voir le médecin pour enlever les points, je lui ai demandé s’il pouvait n’en enlever qu’un seul à la fois, ce qui me permettrait de revenir une autre fois… et me donnerait une autre occasion de fumer… Le médecin a été supercompréhensif… Il m’a enlevé les deux points au même moment, mais m’a donné trois autres rendez-vous pour vérifier si la cicatrice guérissait bien… trois occasions de fumer… Un vrai bon médecin!

Malgré les bons soins du médecin et l’amitié sincère de mes collègues novices, j’ai réalisé au bout de huit mois que je n’étais pas destiné à devenir un prêtre ou un « père ». Par un beau matin d’avril 1959, j’ai enlevé ma soutane, fait ma valise et suis rentré chez moi à Acton Vale… où ma mère m’a accueilli les bras grands ouverts! Ma vraie vie d’adulte allait alors commencer.

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Les villes où j’ai vécu : St-Hyacinthe

(Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits ont relatives à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré…ainsi ue des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le deuxième billet de cette série. Vous les retrouverez dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous les «Grands thèmes » de mon blogue. Bonne lecture.)

par Alain Guilbert

Après ma ville natale, Acton Vale, la première ville où j’ai habité est St-Hyacinthe, qu’on appelait à l’époque (et encore aujourd’hui) « St-Hyacinthe la jolie ». Je ne suis pas vraiment déménagé à St-Hyacinthe… j’ai plutôt fait mon entrée au Séminaire de
St-Hyacinthe pour y entreprendre mes études classiques. Les Cégeps n’existaient pas encore. À cette époque (1951), on terminait ses études primaires (7e année), puis on entreprenait des études classiques… ou on poursuivait jusqu’en 9eannée, et on se dirigeait vers l’usine ou un autre travail.

Comme je l’ai dit dans un texte précédent, nous étions pauvres, et ma mère n’avait certainement pas les moyens d’acquitter les frais de ma pension à St-Hyacinthe, quelque chose comme 36 $ par mois, logé et nourri, enseignement inclus. C’est le curé de la paroisse à Acton Vale, en espérant qu’un jour je devienne prêtre (!!!), qui a payé une partie des frais au Séminaire.

Le Séminaire de St-Hyacinthe accueillait 600 étudiants – tous des garçons –
450 pensionnaires qui habitaient sur place et 150 externes qui logeaient chez eux,
à St-Hyacinthe même) à partir de la classe des Éléments latins jusqu’à la 2e année de philosophie, soit un cours qui s’étendait en principe sur huit années. Je dis « en principe » parce que certains élèves pouvaient terminer le cours en sept années alors qu’on condensait les trois premières années en deux, soit les Éléments Latins, la Syntaxe et la Méthode qui étaient condensées en Syntaxe spéciale et Méthode spéciale. Par la suite, c’était le même parcours pour tous, soit la Versification, les Belles-lettres, la Rhétorique, la Philosophie I et la Philosophie II. Après les deux premiers mois en Éléments latins, on choisissait ceux qui passeraient directement en Syntaxe spéciale. Les autorités du séminaire hésitaient à me faire accéder à ce parcours abrégé à cause de mon jeune âge
(11 ans seulement), mais un professeur originaire d’Acton Vale, l’abbé André Beaugrand, est intervenu en ma faveur en plaidant que si j’étais plus jeune que les autres, c’est tout simplement parce que j’avais entrepris mes études primaires à cinq ans et que j’étais passé directement de la 4e à la 6e année, et que je n’avais pas à être pénalisé pour cela. Des
28 élèves qui ont été choisis pour la Syntaxe, nous sommes seulement cinq à avoir gradué en Philosophie II sans avoir abandonné les cours ou sans avoir doublé une année.

Je me souviens très bien de ma première journée au séminaire. C’était la première fois que je quittais la maison familiale (excepté pour un camp scout) en sachant que je n’y reviendrais pas avant Noël, sauf une journée en octobre et en novembre. Quand ma mère a quitté l’endroit en fin d’après-midi, j’avais le cœur gros, mais comme nous étions de nombreux nouveaux, je me suis rapidement fait des amis. Mais quand venu le temps d’aller au lit (à 21 heures… ce qui était bien plus tôt qu’à la maison) et que je me suis retrouvé dans un immense dortoir de 150 lits (le séminaire comptait trois de ces dortoirs) où nous n’avions pas le droit de parler, je me suis mis à pleurer dès que les lumières se sont éteintes. À en juger par les bruits que j’entendais autour de moi, je n’étais pas le seul. Je me suis finalement endormi, et le lendemain matin, je me sentais beaucoup mieux… et je n’ai plus jamais pleuré d’ennui par la suite.

Ma présente série de textes s’intitule « les villes où j’ai vécu », mais je dois bien avouer que mon séjour de sept années à St-Hyacinthe (j’y suis retourné plusieurs années plus tard… et j’en parlerai dans un futur texte) s’est déroulé à 98 ou 99 pour cent à l’intérieur des limites du séminaire. Nous avions rarement l’occasion d’aller « en ville ». Pour ce faire, il fallait demander la permission au directeur des études et avoir une très bonne raison pour quitter le séminaire, comme par exemple aller chez le médecin ou chez le dentiste. Pour quitter le séminaire, il fallait un billet signé de la main du directeur, billet qu’il fallait présenter à un surveillant au départ ainsi qu’au retour. Une fois par année, nous pouvions nous rendre au manège militaire de la ville où se tenait une clinique de sang de la Croix-Rouge. Nombreux étaient les étudiants qui se portaient volontaires pour donner de leur sang, mais ce n’était pas toujours par pur désintéressement. En effet, c’était une occasion de quitter le séminaire pour aller « en ville », et, petit bonus, la Croix-Rouge donnait un verre de cognac à tous ses donneurs pour les aider à se remettre rapidement sur pied, une pratique fort agréable qui a depuis bien longtemps été remplacée par un simple café.

Au Séminaire de St-Hyacinthe, il y avait des cours tous les jours, y inclus le samedi. Nos congés hebdomadaires étaient les mardis et les jeudis en après-midi, de même que les dimanches. Nous profitions des récréations et des périodes de congés pour faire du sport. Il faut dire que nous étions choyés en termes de terrains et d’équipements : nous avions huit courts de tennis (un réservé à chaque classe), huit courts de balle au mur, huit terrains de softball, trois terrains de baseball, trois terrains de football, une piste d’athlétisme, trois patinoires, un plateau de basketball intérieur (gymnase) et un autre à l’extérieur, huit tables de ping-pong, etc. Le sport était bien organisé : il y avait des ligues de softball, baseball, basketball, et hockey. L’hiver, les mardis et les jeudis après-midi, en plus de matches de hockey disputés sur les trois patinoires du séminaire, il y en avait également à l’aréna de la ville, donc d’autres occasions de quitter le séminaire pour aller « en ville ».

À l’époque des séries mondiales de baseball, il nous arrivait de quitter le séminaire « en cachette » pour aller voir les matches à la télévision. Je me souviens d’une fois où je me suis fait « attraper » et d’avoir reçu tout un « savon » de la part du directeur. Il m’avait dit que j’aurais dû demander la permission, qu’il me l’aurait accordée, ce dont je doute fortement. Mais ses paroles n’étaient pas tombées dans l’oreille d’un sourd. L’année suivante, je suis allé le voir et je lui ai demandé la permission pour aller «en ville ». Bien sûr, il m’a demandé « pourquoi? » et je lui ai avoué candidement que c’était pour aller voir la Série mondiale chez un confrère dont les parents habitaient St-Hyacinthe. Il m’a d’abord refusé… mais quand je lui ai rappelé son petit discours de l’année précédente à l’effet que
« si j’avais demandé la permission il me l’aurait accordée »… il a été pris à son propre piège et m’a autorisé à y aller. J’en ris encore quand je pense à ce coup fumant.

Pendant mes sept années au séminaire, j’ai pratiqué tous les sports possibles. Je n’excellais dans aucun, mais je me débrouillais dans toutes les activités. Je n’ai jamais été assez bon pour faire partie de la première équipe de ma classe, mais je faisais toujours partie de la deuxième équipe. Quand il n’y avait pas de longs congés, comme à Noël et à Pâques, nous avions droit à un congé par mois pour aller dans nos familles… à condition d’avoir de bonnes notes de conduite. Il faut dire que parler dans les moments de silence pouvait facilement nous valoir une mauvaise note de conduite. Et des moments de silence, il y en avait beaucoup. Inutile de dire que j’avais de nombreuses difficultés de ce côté-là… ce qui fait que je perdais souvent mes congés du mois. Ceux qui avaient leur congé du mois partaient en autobus vers 8 heures le matin, immédiatement après le petit déjeuner, pour se rendre dans leurs familles respectives, et ils devaient revenir au séminaire pour
8 heures le soir. Ceux qui n’avaient pas leur congé et ceux qui habitaient trop loin pour effectuer un aller-retour à la maison le même jour devaient rester au séminaire, mais ils étaient libres toute la journée… pas de cours, pas de session d’études… seulement des sports durant 12 heures, sauf de brèves pauses pour le dîner et le souper. J’adorais ne pas avoir mes congés du mois!!! Il y avait plusieurs élèves franco-américains au séminaire. Ils venaient des états américains voisins du Canada. Évidemment, ils n’allaient pas à la maison pour un congé d’un jour. Ils connaissaient et pratiquaient tous le football et nous l’ont enseigné. C’est comme cela que j’ai appris le football américain (que j’adore toujours) bien avant d’apprendre le football canadien.

Au séminaire, j’ai continué à développer le goût de la lecture. Il y avait tellement de moments de silence… dont je profitais pour lire. Je lisais en défilant dans les interminables corridors, je lisais pendant la messe quotidienne en dissimulant mon livre dans un étui de missel, je lisais dans la salle d’étude dès que j’avais terminé mes devoirs (ce qui ne me prenait habituellement pas beaucoup de temps), je lisais dans mon lit en attendant qu’on ferme les lumières du dortoir. Je crois avoir lu en moyenne un livre à tous les jours où j’ai été au séminaire. Nous avions une bibliothèque dont j’ai rapidement fait le tour. C’est alors que j’ai découvert que plusieurs professeurs avaient des bibliothèques personnelles intéressantes. Je n’ai pas hésité à me faire « copain » avec eux et à leur emprunter des livres. Ma mère m’avait enseigné le respect des livres… et je leur ai toujours fait attention et les ai toujours remis dans le même état où ils étaient quand je les ai empruntés. J’étais passionné par les romanciers du XXesiècle, les Mauriac, Balzac, Zola, Camus, St-Exupéry, Hemingway, Steinbeck, et combien d’autres. Durant mes années de Philosophie, nous avions des cours de littérature, particulièrement de littérature contemporaine. Il ne m’est jamais arrivé que le professeur nous parle d’un auteur dont je n’avais pas lu la majorité des œuvres.

Ces sept années au Séminaire de St-Hyacinthe ont été merveilleuses. J’y suis arrivé un enfant… j’en suis sorti un adulte… ou presque.

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Les villes où j’ai vécu : Acton Vale

(Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatives à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le premier article de cette série. Vous les retrouverez par la suite dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous les «Grands thèmes » de mon blogue. Bonne lecture.)

par Alain Guilbert

Je suis né à Acton Vale le 6 mars 1940, fils aîné de Roland Guilbert et de Léa Loignon. Acton Vale, « la porte des Cantons-de-l’Est », selon ce qui était écrit sur un panneau publicitaire placé près de la voie ferrée en plein centre-ville. Acton Vale, une ville industrielle comptant environ 5 000 âmes, une ville dont les principales industries étaient Acton Rubber (qui n’a pas un jour porté des caoutchoucs ou des bottes Acton?), Acton Shoe, un manufacturier de souliers qui a fermé ses portes il y a bien longtemps, et aussi les Tapis Peerless, dont les produits étaient distribués et vendus partout au Canada. Acton Vale (pour ceux et celles qui n’en ont jamais entendu parler) est située à peu près à la même distance et au milieu de villes comme St-Hyacinthe, Granby, Drummondville et Richmond, quelque part au Centre du Québec, entre la Montérégie et les Cantons-de-l’Est.

Pourquoi Acton Vale? Parce que mon grand-père maternel, Thomas Loignon, qui avait vécu à Thetford Mines jusqu’au milieu des années 1930, avait acheté un hôtel, Le Manoir, et qu’il y avait amené ses trois filles, dont ma mère, pour lui donner un coup de main.
Et c’est ainsi que ma mère a rencontré un bel électricien œuvrant à la Southern Canada Power (mais oui, c’était bien avant la nationalisation des compagnies électriques et la création d’Hydro Québec), qu’elle a épousé en septembre 1938. Tous deux étaient âgés de 33 ans. De cette union sont nés trois enfants, moi, évidemment, et mes frères, Bruno et Laval. Nous aurions possiblement été plus nombreux si un terrible cancer n’avait pas emporté mon père à l’âge de 38 ans alors que je n’avais que 4 ans et que mes frères étaient respectivement âgés de 2 ans et demi ainsi que d’un an.

Ma mère ne s’est jamais remariée, ayant fait le choix de se consacrer à ses « trois trésors », comme elle nous appelait. La vie n’était pas facile à l’époque. Mon père a été alité pendant neuf mois, dont les quatre premiers à l’hôpital St-Charles de St-Hyacinthe et les cinq suivants à la maison, alors qu’on avait jugé son cas incurable. La chimiothérapie et la radiothérapie n’avaient pas encore été inventées. Les programmes comme l’assurance-hospitalisation, l’assurance-santé, l’assurance-médicaments, les CLSC, l’aide à la maison pour les grands malades… rien de cela n’existait à l’époque. Il n’y avait même pas d’assistance sociale pour une « veuve avec trois jeunes enfants » et des dettes d’hôpital, de pharmacie et d’infirmerie.

Avant d’être condamné à garder le lit, mon père qui luttait déjà contre le cancer, avait dû abandonner son emploi comme électricien et s’était trouvé un travail prétendument plus facile en devenant le gérant d’une succursale de meubles Légaré. Au décès de mon père, ma mère a conservé cette agence pour assurer notre survie et la sienne, bien sûr. Elle était alors la seule femme agente de Légaré dans tout le Canada (qui comptait plus de
75 succursales). Quand j’étais tout jeune, je croyais naïvement qu’il s’agissait vraiment d’un magasin de meubles. Mais plus tard, j’ai réalisé qu’il s’agissait bien davantage d’une sorte d’agence de crédit, dont l’objectif était de vendre des meubles « pas trop chers », mais de faire en sorte que les acheteurs les paient à crédit pendant très longtemps. Même si les taux d’intérêt exigés n’étaient pas aussi exorbitants qu’aujourd’hui, ils étaient quand même très élevés. Les gens qui achetaient des meubles dont ils avaient vraiment besoin, mais qui ne pouvaient les payer comptant, se retrouvaient avec des versements hebdomadaires ou mensuels de quelques dollars. On disait ironiquement qu’un acheteur pouvait se procurer un bien de 100 $ en versant 1 $ par semaine… pour le reste de sa vie!!! Quand j’avais 9 ou 10 ans, je faisais parfois de la collection pour les comptes de ma mère. Je me souviens d’une « vieille fille » qui remboursait sa dette à raison de 50 cents par semaine.

Cette période de la vie a été très difficile pour ma mère, parce qu’elle devait consacrer des heures et des heures à ce magasin ouvert de 9 h à 18 h du lundi au jeudi, et de 9 h à 22 h les vendredis et les samedis. Elle en faisait la comptabilité tard le soir, et même une partie de ses nuits, c’est-à-dire quand mes frères et moi dormions.

Nous étions bien jeunes et à l’âge de l’insouciance. Ce n’est que bien des années plus tard que nous avons réalisé toute l’ampleur du travail de notre mère pour s’assurer que nous puissions manger tous les jours et que nous ne nous sentions pas différents de nos « petits amis » et des autres enfants. Nos premières bicyclettes étaient usagées, de même que nos premiers patins. Même chose pour nos premières raquettes de tennis. Lorsqu’il nous fallait des uniformes pour jouer au baseball, ma mère n’avait pas les moyens d’en acheter. Elle les fabriquait. Nous n’avions pas d’argent, mais ma mère en trouvait toujours pour les choses importantes de la vie. À Noël, par exemple, nous recevions toujours des livres en cadeau. Ma mère a tout fait pour nous donner le goût de la lecture. Elle a certainement très réussi avec moi. Elle s’était abonnée à La Tribune de Sherbrooke alors que je n’avais que 7 ou
8 ans. C’est moi qui allais chercher le journal tous les jours au bureau de poste. Je le dévorais du début jusqu’à la fin, avec une attention particulière pour la section des sports. Ce sont probablement les gestes posés par ma mère quand j’étais tout jeune qui m’ont amené à faire carrière comme journaliste et à œuvrer presque toute ma vie dans les médias d’information et les communications.

Il faut dire que j’ai développé le goût de la lecture et de l’écriture très jeune. En effet, j’ai commencé l’école alors que je n’avais que 5 ans. Il n’y avait pas de minimum requis, mais c’était habituellement 6 ans… Les Frères du Sacré-Cœur m’ont accepté à 5 ans pour libérer un peu ma mère aux prises avec trois jeunes enfants depuis le décès de mon père. J’apprenais facilement, et en 4e année, je n’avais pas besoin d’être attentif en classe pour assimiler ce qu’on y enseignait. Le frère Guy-Robert, le titulaire de la classe, me prêtait des livres que je devais lire en classe plutôt que de déranger mes voisins. Je me souviens d’avoir lu le « Tour du monde en 80 jours » de Jules Verne alors que je n’avais que 8 ans.
À la fin de l’année scolaire, on m’a fait « sauter » directement en 6e année parce qu’on estimait que je perdrais mon temps en 5e.

J’ai commencé à pratiquer les sports très jeune: la natation, le tennis et le baseball, l’été; le hockey, l’hiver. Le samedi, nous chaussions nos patins à la maison et marchions, patins au pied, jusqu’à la patinoire de l’école. Nous nous divisions en deux camps… et tout le monde jouait en même temps. Parfois nous étions trois ou quatre dans chaque camp… Parfois
15 ou 20, quand il arrivait de nouveaux joueurs, nous les partagions d’un côté à l’autre. Même chose lorsque des joueurs retournaient à la maison… nous équilibrions les nombres…mais tout le monde se retrouvait en même temps sur la patinoire. Le midi, nous retournions à la maison pour manger. Ma mère plaçait des cartons sur le plancher de la cuisine pour que nous n’ayons pas à enlever nos patins. Et aussitôt le dîner avalé, nous retournions à la patinoire de l’école, toujours avec les patins aux pieds. Lorsqu’il ne faisait pas trop froid, nous retournions parfois à l’école le soir après souper parce qu’il y avait des lumières pour éclairer la patinoire.

Quand la patinoire de l’école n’était pas prête au début de l’hiver ou lorsqu’elle fermait au printemps, nous allions patiner et jouer au hockey sur la rivière. Vous aurez compris que s’il n’y avait pas assez de glace sur la patinoire, il n’y en avait pas davantage sur la rivière. Disons que nous avons souvent terminé nos compétitions au moment où la glace cédait sous le poids de l’un des joueurs (parfois, c’était moi). Nous rentrions alors à la maison trempés jusqu’aux os… ce qui ne nous a jamais empêchés de recommencer, même quand nous savions que la glace était bien mince.

À l’époque, on ne déblayait pas les rues, ni les trottoirs, durant l’hiver. S’il neigeait beaucoup, ce qui arrivait presque toutes les années, les bancs de neige de chaque côté de la rue atteignaient presque les fils des poteaux de téléphone et d’électricité. Nous allions à l’école à pied (les autobus scolaires n’existaient pas encore) et jamais, au grand jamais, une école n’a été fermée à cause d’une tempête. Il ne nous serait jamais venu à l’idée de demeurer à la maison une journée de mauvais temps. Inutile de dire qu’avec les religieux comme enseignants les journées pédagogiques n’existaient pas non plus. Nos professeurs se perfectionnaient les fins de semaine ou durant les vacances d’été.

Le tour de force que ma mère a accompli pendant ma jeunesse, et celle de mes frères, c’est que nous étions pauvres… mais que nous ne nous en sommes jamais aperçus. C’est sûrement là une facette du bonheur!

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Une société méconnue… et souvent mal aimée

par Alain Guilbert

Il y a quelques jours, on a célébré un anniversaire qui est probablement passé inaperçu aux yeux d’une majorité de Canadiens. En effet, c’est le 14 avril 1981 (il y a donc 30 ans exactement) que le ministère des Postes du Canada a été transformé en société d’État, soit la Société canadienne des postes, ou plus familièrement Postes Canada.

À l’époque, le changement avait causé de nombreux grincements de dents au sein de la population parce que le prix d’un timbre courant (celui utilisé pour poster une lettre ordinaire) passait instantanément de 17 cents à 30 cents. Depuis des années, le ministère des Postes encaissait des pertes annuelles d’un demi-milliard de dollars ou plus. Le mandat de la nouvelle société d’État consistait à se réorganiser sous le modèle d’une entreprise efficace, d’opérer sans subventions gouvernementales, et idéalement de dégager des profits, de payer des impôts et même de verser un dividende à son actionnaire unique, le gouvernement du Canada.

À cette époque, les relations du travail entre le gouvernement et ses employés du secteur postal étaient au pire. Les grèves s’enchaînaient presque automatiquement tous les deux ou trois ans. Il fallait être visionnaire pour croire que ce secteur pouvait être transformé en une entreprise profitable. L’un de ces visionnaires était André Ouellet, un ex-ministre des Postes qui est devenu le premier ministre responsable de la nouvelle société. À la fin des années 1990, il en est aussi devenu le président du conseil d’administration, puis le président et le chef de la direction.

Trente ans plus tard, on peut dire qu’André Ouellet et ses collègues ont largement gagné leur pari. Dans son rapport annuel de 2009 (le dernier disponible sur son site Internet – le prochain devant être publié dans quelques semaines), Postes Canada déclare un profit pour une quinzième année consécutive malgré un contexte économique difficile. Ses revenus pour cette année-là ont atteint 7,3 milliards $, en baisse de 421 millions $ sur l’année précédente, mais ses dépenses avaient aussi diminué de 639 millions $, ce qui lui a permis de réaliser un bénéfice avant impôts de 379 millions $ et un bénéfice net de 281 millions $. On est bien loin des déficits d’autrefois… et en plus le service postal n’a pas connu de grève depuis bientôt 14 ans.

Pourquoi je vous parle aujourd’hui de Postes Canada? Parce que j’y ai œuvré pendant presque huit années (1997 à 2005) à titre de vice-président, Communications, et parce que j’ai adoré chaque jour (à peu de choses près) où j’y ai été. Dans les années précédant mon entrée au sein de la société d’État, j’avais à plusieurs reprises critiqué ouvertement et publiquement Postes Canada pour toutes sortes de raisons, particulièrement pour la distribution des publications, un secteur auquel j’ai consacré une grande partie de ma carrière. Je dois bien avouer aujourd’hui que mes critiques n’étaient pas toujours bien fondées, pour la bonne et simple raison que je ne connaissais pas très bien Postes Canada.

Ce n’est qu’une fois à l’intérieur de l’entreprise que j’ai appris à vraiment la connaître, et surtout à l’apprécier. Qu’on pense seulement à l’immense défi quotidien que relève Postes Canada, celui de distribuer annuellement près de 11 milliards de pièces de courrier et de colis à pas moins de 15 millions d’adresses résidentielles et commerciales. Et sans oublier que le Canada est le deuxième plus grand pays au monde en surface, que non seulement le courrier doit être livré à Montréal, Toronto et Vancouver, mais aussi à Iqaluit, Fort McMurray, Kujjuak et des milliers d’autres. Dans de nombreux endroits, il n’y a même pas de routes pour s’y rendre. Pourtant, le courrier y arrive régulièrement. Nombreux sont ceux qui disent que la poste est un mode « lent » de distribution, mais elle n’en est pas moins efficace. L’un des objectifs de Postes Canada est de livrer le courrier en deux jours dans la même ville, trois jours dans la même province et quatre jours d’une province à une autre. Cet objectif est atteint régulièrement… et pour l’atteindre, il faut que 80 % du courrier soit livré avec un jour en moins que l’objectif, c’est-à-dire un jour de délai dans la même ville, deux jours dans la même province et trois jours d’une province à l’autre. Mais peu de personnes reconnaissent cette efficacité. Un ami personnel, qui était à l’époque vice-président principal, Opérations, à Postes Canada, m’avait dit que s’il avait à distribuer le courrier en Suisse, par exemple (un pays à peine plus grand que notre main!), il pourrait le faire deux fois par jour avec une main attachée dans le dos. Bien sûr, il ne voulait que souligner l’immensité de notre pays et le peu de densité de population sur plus de 80 % de notre territoire.

Je vous raconte une expérience vécue à plusieurs reprises. Lorsque je travaillais à Postes Canada, j’allais chez le parodontiste toutes les 10 semaines, habituellement le mercredi à l’heure du midi. À la fin de mon traitement, la réceptionniste remplissait mon formulaire d’assurances et le transmettait à la compagnie d’assurances par télécopieur ou par Internet. Le vendredi midi, je recevais mon chèque de remboursement à la maison. Quand je disais cela à un ami, je lui demandais ce que cela signifiait pour lui. On me répondait invariablement que la compagnie d’assurances était « vite sur ses patins ». J’ajoutais alors que oui, la compagnie d’assurances était rapide, mais que Postes Canada l’était également. En supposant que la compagnie d’assurances mettait un jour à conclure la transaction, Postes Canada complétait la livraison en un jour aussi. Mais jamais personne ne m’a mentionné ce côté de la médaille.

Au cours de mes années à Postes Canada, j’ai eu l’occasion, par la nature de mon travail, de voyager à travers tout le pays. Partout, j’ai rencontré des employés de Postes Canada, des facteurs, des employés de centres de traitement, des superviseurs, des gestionnaires, des comptables, des avocats et bien d’autres. Toujours, et cela sans exception, j’ai trouvé parmi eux des personnes extraordinaires, dévouées et engagées à bien servir leurs clients, les citoyens du Canada. Bien sûr, ils ne sont pas tous parfaits. Un certain nombre d’entre eux ne performent pas à la hauteur des attentes, mais il n’y en a plus à Postes Canada qu’il n’y en a dans toutes les autres entreprises, dans tous les autres métiers ou professions.

Il se trouve bien des gens pour penser que Postes Canada serait plus efficace si cette entreprise était privatisée. Ces personnes ne croient pas à l’efficacité de l’entreprise dite
« publique ». Il est possible, voire probable, que l’entreprise privée puisse efficacement distribuer le courrier dans les grandes villes où les adresses à desservir sont nombreuses. Mais cela équivaudrait quasiment à abandonner les citoyens qui vivent dans les villages et les zones rurales. C’est une décision politique qui déterminera l’avenir de Postes Canada… et je doute fort qu’un parti politique ose sacrifier une partie de la population et la priver d’un service qui répond très bien à ses besoins… et qui permet à plus de 70 000 personnes d’y gagner très honorablement leur vie.

Avant de penser à la privatisation, on pourrait encore faire des économies en ne distribuant le courrier qu’aux deux jours aux adresses résidentielles. Personne n’en mourrait… tout comme personne n’en est mort quand on a cessé de distribuer le courrier le samedi au milieu des années 80. (À cause des pressions syndicales, la poste des États-Unis distribue encore le courrier le samedi. Je n’y vois aucun avantage pour les citoyens.) On pourrait également augmenter les boîtes postales communautaires dans les quartiers résidentiels des villes plutôt que de livrer de porte-à-porte. Encore là, on ferait des économies intéressantes sans priver personne d’un service que je considère encore comme essentiel.

Bon 30e anniversaire à Postes Canada… et que cette entreprise « publique » puisse poursuivre son œuvre encore longtemps. C’est une entreprise qu’on aime bien quand on la connaît vraiment!

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À un ami, diplômé de l’école de la vie

par Alain Guilbert

(Le 12 avril me rappelle un ami très cher… il aurait célébré cette année son 79e anniversaire de naissance. Mais le sort en a décidé autrement… il est décédé subitement au début de mai 1995, à l’âge de 63 ans. Son nom : Roger Auger, un Granbyen pure laine que l’on surnommait affectueusement «Lefty», même s’il s’agissait du surnom que son père avait rendu célèbre. Sa compagne et l’un de ses fils m’avaient demandé de dire quelques mots à son sujet lors de ses funérailles. Souvent, je pense encore à lui, spécialement lors de son anniversaire de naissance et aussi lors de l’anniversaire de son décès. Roger était profondément aimé et apprécié des personnes qui l’entouraient : un être impossible à oublier. Pour que nous nous souvenions de lui une fois de plus, je vous présente le texte que j’avais écrit… et que j’avais lu lors de ses funérailles, le 9 mai 1995.)

Salut Roger,

Vendredi dernier, en fin d’après-midi, j’ai tenté de te rejoindre comme je le faisais presque tous les vendredis durant le trajet Montréal-Magog. Mais ce fut en vain. J’avais un conseil à te demander. Quand j’ai appris en début de soirée que tu étais parti sans même nous dire bonjour, il me semble que nous avions encore des tonnes de choses à nous dire. Aujourd’hui, avec un peu de recul, je ne sais plus vraiment où commencer, où finir…

D’abord, sur ta façon de nous quitter… Tu l’as fait si brutalement. Mais, nous le savons tous, c’est comme cela que tu voulais partir: soudainement, instantanément, sans souffrir, surtout sans être malade, sans être diminué physiquement. Cela, jamais tu ne l’aurais accepté, jamais tu n’aurais voulu attirer ne serait-ce que le moindre soupçon de pitié.

Même si on n’est jamais totalement prêt à partir pour l’autre côté, tu l’étais probablement plus que nous tous. C’est toi qui nous avais souvent expliqué la théorie de la chandelle… On peut la faire brûler lentement, disais-tu, en ne lui laissant qu’une toute petite mèche. On peut la faire brûler beaucoup plus vite en l’allumant par les deux bouts. Dans l’un et l’autre cas, la quantité de cire brûlée est exactement la même. Seul le temps pour la brûler est différent. À la vitesse où tu as vécu et à la façon dont tu as rempli ta vie, j’ai la conviction qu’il ne devait plus te rester de cire. C’est peut-être même une faveur que tu nous a faite de rester auprès de nous tout ce temps.

Ta vie a été si remplie que sans doute personne ne pourra jamais accomplir autant de choses que tu en as accomplies, même en vivant 20 ans plus longtemps que toi. Vouloir seulement résumer tes principales activités et réalisations prendrait des heures et ne te rendrait probablement pas justice.

Je m’en tiendrai donc à une seule et unique dimension de ta personne, celle qui nous relie tous à toi, chacun et chacune d’entre nous qui sommes réunis autour de toi aujourd’hui. Cette dimension, c’est l’AMOUR, l’amour que tu portais à ta ville, l’amour que tu portais à tes amis et l’amour que tu portais à ta famille.

L’amour que tu portais à ta ville et par extension à tes concitoyens

Si quelqu’un a déjà eu le mot GRANBY gravé dans son cœur, c’est bien toi. Il y a quelques années, lorsque tu avais décidé de faire une incursion en politique municipale, quelques amis avaient tenté de t’en dissuader. Mais tu avais balayé nos objections en disant : «Granby a été bonne pour moi, je lui dois cela. Je veux remettre à mes concitoyens une partie de ce que j’ai reçu.» Dans le fond, tu n’avais rien à remettre, parce que tes succès en affaires, acquis à force de travail et encore de travail, avaient déjà largement profité au développement économique de Granby. Mais quand on aime, on veut toujours donner!

Après quatre années fort occupées à faire avancer les dossiers auxquels tu croyais, tu pouvais rentrer chez toi la tête bien haute. Non seulement tu avais remboursé une dette que tu n’avais pas, non seulement tu avais rendu service à ta ville, mais tu avais également gravé ton nom, et surtout ton prénom, pour toujours dans l’histoire de Granby. Pour toi, c’était important. Tu nous l’avais souvent dit que «Lefty» Auger, ce n’était pas toi, mais ton père, et que tu souhaitais un jour être reconnu pour tes mérites et non pour ceux de ton père, qui lui aussi, en son temps, avait largement mérité de sa ville. En quittant l’hôtel de ville, tu pouvais désormais dire doublement MISSION ACCOMPLIE, Roger!!!

L’amour que tu portais à tes amis

L’amitié est sûrement l’une des plus grandes richesses de la vie; parce que l’amitié est issue du libre choix d’êtres humains de se témoigner entre eux, sans contrainte aucune, respect, affection et souvent même amour. Le Petit Prince de St-Exupéry disait : « L’amitié, c’est créer des liens »… des liens qui avec le temps deviennent si nombreux et si résistants qu’ils ne peuvent plus jamais se briser. Si donc l’amitié est l’une des plus grandes richesses de la vie, tu étais extrêmement riche, Roger. Nous sommes tous là pour en témoigner.

Cette amitié que nous te portions, tu nous la rendais très bien. Tu avais l’habitude de nous dire que tu n’avais pas fréquenté l’université, mais seulement l’école de la vie. Peut-être, mais tu y avais obtenu un doctorat en sagesse et en gros bon sens. Et ce gros bon sens, ce jugement sûr, à toute épreuve, qui était le tien, cette expérience qui faisait de toi un «sage», tu n’as jamais hésité à nous en faire profiter. Nous sommes plusieurs ici à n’avoir jamais pris une décision importante sans d’abord avoir demandé ton avis, sans d’abord avoir recherché tes conseils. Combien d’erreurs tu nous as évitées! Merci, Roger.

L’amour que tu portais à ta famille, à tes enfants, à tes petits enfants, à Yolande

Même si ta ville et tes amis tenaient une grande place dans ta vie, il n’y a jamais eu un doute que tes enfants ont toujours occupé la première place dans ton cœur. Tu ne leur as pas toujours dit… et tes relations avec eux ont parfois été tumultueuses. Il t’a fallu du temps pour accepter que Sylvain, David, Stéphane, Viviane et Mélanie ne seraient jamais des répliques de toi, mais qu’ils et qu’elles seraient eux-mêmes et elles-mêmes. L’important, ce n’est pas le temps que tu as mis pour te rendre là, mais bien de t’être rendu là. Ils et elles savent aujourd’hui que l’amour que tu éprouvais à leur endroit n’a jamais fait défaut. Tu devenais tellement lumineux, si cela est possible, lorsque Jennifer, Benjamin et Marie-Maude, ton prolongement et celui de tes enfants, étaient aussi avec toi. Un mot également de Yolande, douce et généreuse Yolande, qui t’as apporté le calme, la paix et le bonheur au cours de ces deux trop brèves années où vous avez été l’un près de l’autre. D’ailleurs, jamais tu n’avais semblé aussi heureux de toute ta vie.

Roger, tu étais de cette génération d’hommes à qui personne n’a appris à exprimer verbalement ses sentiments. Tu étais de ceux qui ne savent que les prouver par leurs gestes, par leurs actions. L’amour que tu as toujours porté à ta ville, à tes amis et à ta famille n’avait probablement pas besoin d’être dit… il a toujours été tellement évident.

Roger, tu ne seras plus là physiquement pour partager nos joies, nos peines, nos succès, nos échecs, nos bons moments, nos moments difficiles, nos interminables discussions où nous refaisions le monde à notre façon, nos « partys », nos matches de golf, nos parties de billard, nos excursions de pêche. Tu ne seras plus là physiquement pour nous faire profiter de ton expérience, de ta sagesse, de ta joie de vivre.

Mais si tu n’y es pas physiquement, tu y seras quand même toujours parce que du seul fait que nous avons eu le privilège et le bonheur de te connaître, de t’aimer, de partager avec toi, de parcourir en ta compagnie un bout de chemin sur la route de la vie, nous sommes tous et toutes, chacun et chacune qui t’accompagnons aujourd’hui, meilleurs et plus grands que si tu n’avais pas existé.

Tu es parti trop vite, bien trop vite. Mais quand nous nous retrouverons ensemble entre amis, tu le sais, tu seras encore là. Nous nous rappellerons la promesse que tu nous as si souvent faite, à savoir que si tu arrivais de l’autre côté avant nous autres, tu préparerais nos voyages de pêche et que tu nous trouverais de magnifiques lacs secrets pour le jour où nous irons te rejoindre. Mais de grâce, je t’en prie, sois prudent: ne tombe pas à l’eau, ne tombe pas dans un ravin avec le tout-terrain et ne casse pas nos lignes.

Salut Roger! À un de ces jours!!!

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Le cynisme envers les politiciens

par Alain Guilbert

Nombreux sont les citoyens qui deviennent de plus en plus cyniques à l’endroit des politiciens.

Le cas de l’ex-député fédéral et ex-sénateur Raymond Lavigne constitue une illustration parfaite de ce que pourquoi le cynisme des citoyens grandit avec les années. D’abord élu député libéral de Verdun en 1993, le député Lavigne a été réélu aux deux élections suivantes, jusqu’à ce que son chef Jean Chrétien le nomme sénateur en 2002. Lavigne ne s’est jamais vraiment fait remarquer, ni comme député, ni comme sénateur, si ce n’est en 2007 lorsqu’il a été accusé de fraude.

Les procédures entourant les accusations portées contre lui se sont étirées sur une période de presque quatre années, jusqu’à il y a quelques semaines, lorsqu’il a finalement été trouvé coupable de fraudes et d’abus de confiance. Il avait été expulsé du caucus de son parti en 2006, puis du Sénat dès le moment où il s’était retrouvé au banc des accusés. Mais ce qui demeure incompréhensible pour la plupart des citoyens, c’est que pendant tout ce temps, il a continué non seulement à recevoir son salaire annuel de 132 000 $ comme sénateur, mais également des dépenses reliées à sa fonction (quelle fonction?) de l’ordre de 30 000 $ annuellement. Au total, depuis son « expulsion » de la Chambre haute, les contribuables ont versé près de 700 000 $ au « sénateur » Lavigne. Pourquoi a-t-il continué à percevoir son salaire après son expulsion du Sénat? Probablement parce que tout accusé est présumé innocent jusqu’à preuve du contraire… Admettons que cette explication est acceptable… mais cela ne justifie pas pour autant qu’il ait pu toucher des remboursements de dépenses encourues dans un travail qu’il n’effectuait pas. Cela est totalement incompréhensible et inadmissible.

Une dizaine de jours après avoir été déclaré coupable par un juge de la Cour supérieure de l’Ontario, il a préféré « remettre sa démission » définitive du Sénat avant que celui-ci ne se penche sur son sort, ce qui aurait pu entraîner la perte de tous ses avantages futurs. Ainsi, malgré qu’il n’ait pas siégé une seule fois depuis 2007, il aura quand même droit à une pension annuelle de 35 000 $ comme ancien sénateur, une pension qui s’ajoute à celle à laquelle il aura droit comme ancien député, ce qui lui procurera un revenu de plus de 80 000 $ annuellement, bien sûr, le tout encore une fois aux frais des contribuables. Pas mal pour un homme qui a fraudé ces mêmes contribuables et qui a abusé de leur confiance!!! Le chef du Bloc Québécois, Gilles Duceppe, a jugé « honteux » que Lavigne puisse recevoir une telle pension. Pour une fois, je suis d’accord avec lui.

Lavigne recevra sa sentence au début du mois de mai. Il est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 14 ans d’emprisonnement. S’il était effectivement condamné à plus de deux ans, il perdrait automatiquement sa pension. Je doute que le tribunal lui impose une telle peine, mais chose certaine, ce serait certainement très équitable si le juge l’obligeait à rembourser le salaire reçu depuis que l’ex-sénateur a été mis en accusation, de même que toutes les dépenses de fonction qui lui ont été versées dans le cadre d’un travail qu’il n’accomplissait pas. De plus, les années écoulées depuis son expulsion du Sénat ne devraient pas être comptabilisées comme des années admissibles à une pension.

Les gestes posés par Lavigne,, et surtout l’argent qu’il a continué à recevoir après avoir été mis en accusation, rendent les simples citoyens de plus en plus cyniques à l’endroit des politiciens, même si ce ne sont qu’une infime minorité d’entre eux qui se livrent à de tels agissements. Puisque l’ex-député et ex-sénateur a été trouvé coupable de ce dont on l’avait accusé dès 2007, les simples citoyens (dont je suis) ne peuvent comprendre qu’un homme puisse profiter d’un emploi qu’il n’a pas assumé depuis des années. Si le juge reconnaissait cette dimension dans la peine qu’il infligera à Lavigne en mai, il contribuerait sans doute à faire diminuer quelque peu le niveau de cynisme des citoyens.

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Une grande athlète… et une grande personne

par Alain Guilbert

Jennifer Heil, la plus grande skieuse acrobatique de tous les temps, vient de prendre sa retraite; un geste qui me ramène plus de 10 ans en arrière au moment où elle a fait ses débuts au sein de l’équipe nationale. C’est aussi à ce moment que Postes Canada a noué une très forte association avec l’Association canadienne de ski acrobatique, une association qui dure encore.

Cette association avait commencé timidement au début de l’année 1999, quand mon collègue Daniel Sawaya, vice-président, Marketing, avait accepté de commanditer une épreuve de la Coupe du monde qui se déroulait à Mont Tremblant. Et comme il avait apprécié cette expérience, Postes Canada avait renouvelé sa commandite pour deux épreuves de la Coupe du monde l’hiver suivant, la première à Whistler-Blackcomb, en décembre 1999, et la seconde à Mont Tremblant, en janvier 2000. Et comme Daniel ne pouvait se rendre à Whistler, c’est moi, à titre de vice-président, Communications, et responsable des commandites, qui y avait été délégué pour représenter Postes Canada. Je dois avouer que ce n’était pas un grand sacrifice pour moi qui adorait le ski et qui dévalait les pentes depuis bien longtemps à raison d’une cinquantaine de sorties par année.

Lors de mon séjour à Whistler, j’ai eu un véritable coup de foudre pour le ski acrobatique, ses dirigeants et ses athlètes, dont entre autres le fort sympathique Nicolas Fontaine, alors le roi de l’épreuve des sauts. À mon retour à Ottawa, j’ai présenté un bref compte-rendu de mon expérience à mon patron de l’époque, André Ouellet, le président et chef de la direction de Postes Canada. Je lui ai souligné l’excellence de ces athlètes qui descendaient les bosses à une vitesse vertigineuse ou, selon le cas, qui s’envolaient dans les airs à partir des tremplins de sauts comme s’ils étaient des oiseaux. Je lui ai également fait part des difficultés financières auxquelles faisait face l’Association canadienne de ski acrobatique, qui avait perdu ses principaux commanditaires après les Jeux olympiques de Nagano. Ces difficultés étaient suffisamment sérieuses qu’elles empêcheraient possiblement plusieurs athlètes de participer aux épreuves suivantes de la Coupe du monde. Je lui ai suggéré que Postes Canada devienne un commanditaire majeur de cette équipe, ce qu’il a aussitôt accepté. Ce fut là le début d’une longue et fructueuse relation entre les deux groupes.

J’ai aussitôt entrepris des négociations avec l’Association canadienne de ski acrobatique, négociations qui ont rapidement mené à une entente que nous avons pu rendre publique avant le début de l’épreuve de la Coupe du monde qui avait lieu à Mont Tremblant en janvier 2000, à peine trois semaines après celle de Whistler-Blackcomb. En vertu de l’entente, Postes Canada s’engageait à supporter concrètement l’équipe canadienne jusqu’aux Jeux olympiques de 2002 à Salt Lake City et aussi à accorder son appui financier aux deux épreuves de la Coupe du monde présentées chaque année au Canada, l’une dans l’Ouest et l’autre dans l’Est. Notre entente contenait aussi une clause qui nous permettait de commanditer des athlètes à titre individuel. C’est à partir de ce moment que mon association avec le ski acrobatique est devenue une histoire d’amour. Ma présence autour de l’équipe lors des épreuves de la Coupe du monde au Canada et aux championnats canadiens à la fin de chaque saison m’a permis de côtoyer les athlètes de près et plusieurs d’entre eux sont devenus des amis personnels.

C’est d’ailleurs en 2000 que j’ai connu Jennifer Heil, un tout petit bout de femme de 17 ans, née en Alberta, qui faisait ses débuts comme « bosseuse » avec l’équipe canadienne. En mars 2010, elle remportait sa première médaille d’or à titre de championne canadienne des bosses à Mont Gabriel. C’était le début d’une grande aventure qui s’est poursuivie sur 11 années et qui lui a permis de monter sur le podium à 58 reprises, lors des championnats canadiens, des épreuves de la Coupe du monde, des championnats du monde et des Jeux olympiques, un bilan tout à fait exceptionnel, sinon incroyable! En 2001, lors des championnats du monde à Whistler, à peine âgée de 18 ans, elle se faisait remarquer sur la scène internationale avec une 7e place. Mais c’est vraiment à Salt Lake City, lors des Jeux olympiques de 2002, qu’elle est partie pour la gloire. Alors que personne ne l’attendait parmi les toutes premières, elle a terminé 4e, à quelques « poussières » du podium». J’ai eu le plaisir de la voir en personne lors de cette épreuve. Sa performance avait été tout simplement éblouissante. Si elle avait été mieux connue des juges, elle se serait fort probablement retrouvée sur le podium. J’étais certain ce jour-là qu’elle décrocherait éventuellement une médaille d’or aux Jeux olympiques.

En revenant des Jeux de Salt Lake, mon patron André Ouellet, qui lui s’était enthousiasmé pour les performances des « sauteurs » canadiens, m’avait confirmé que Postes Canada poursuivrait sa commandite de l’équipe canadienne de ski acrobatique pour quatre années supplémentaires, soit jusqu’aux Jeux de Turin, en Italie. Et si nous avions commandité deux athlètes à titre individuel jusqu’alors, soit Nicolas Fontaine, dans les sauts, et
Tami Bradley, dans les bosses, cette fois, je disposais des budgets pour en commanditer quatre nouveaux, tout en maintenant nos liens avec Nicolas. J’avais choisi deux « sauteurs », Deidra Dionne, qui avait remporté une médaille de bronze à Salt Lake, et Jeff Bean, qui avait terminé 4e. Dans les « bosses », et oui, vous l’avez deviné, j’avais sélectionné, en plus de Stéphanie St-Pierre, Jennifer Heil! Pendant ces quatre années où elle a survolé les parcours de bosses à travers le monde et où elle montée sur la plus haute marche du podium à de nombreuses reprises, elle a fièrement porté les couleurs de Postes Canada et sur son uniforme (commandite d’équipe) et sur sa tête (commandite individuelle). Inutile de dire combien nous étions fiers d’elle. Pendant ces quatre années où elle a porté nos couleurs, Jennifer avait les yeux fixés sur un seul objectif : Turin. Et dès le premier jour des Jeux, elle semait l’enthousiasme dans tout le Canada en accrochant autour de son cou, à la suite d’une éblouissante performance, cette médaille d’or olympique dont elle rêvait depuis longtemps.

En 2006, au moment des Jeux de Turin, j’étais déjà à la retraite depuis quelques mois. J’ai donc dû me contenter de regarder l’épreuve à la télévision plutôt qu’en personne comme à Salt Lake. Mais je n’en étais pas moins fier. Sur une photo (prise quelques semaines plus tard) où je me trouve avec Jennifer qui tient sa médaille d’or dans les mains, elle a écrit :
« Alain, You deserve a large part of this medal! Tks for everything! » (Tu mérites une bonne part de cette médaille. Merci pour tout!). J’ai quelques souvenirs auxquels je tiens beaucoup… cette photo en fait partie. Après Turin, Jennifer a pris une année sabbatique, loin de la compétition, avant de revenir à l’action et de fixer son nouvel objectif sur les Jeux de Vancouver. La pression était grande sur elle. Le Canada s’attendait vraiment à une médaille d’or de sa part. Mais elle a raté la première marche du podium par des
« poussières », remportant la médaille d’argent malgré une pluie diluvienne qui a quelque peu terni la compétition. Pour moi, sa 4e place à Salt Lake ainsi que sa 2e place à Vancouver équivalent à des médailles d’or, presque autant que celle de Turin. Combien d’athlètes ont autant dominé leur sport qu’elle ne l’a fait depuis sa 4e place de Salt Lake City en 2002?

Jennifer Heil n’est pas qu’une grande athlète… c’est aussi une très grande personne. Comme Clara Hugues, notre super patineuse de vitesse, Jennifer s’est engagée dans l’œuvre « Right to Play » qui vient en aide aux enfants des pays pauvres et qui les encourage à faire du sport. Elle s’est aussi engagée dans une autre œuvre qui s’appelle « parce que je suis une fille » (Because I am a girl) qui vient en aide aux jeunes filles dont les droits sont souvent bafoués, question de leur aider à réaliser leurs rêves, même les plus ambitieux.. Elle a personnellement donné 25 000 $ à cette œuvre et a demandé à tous ses commanditaires (elle en a plusieurs depuis sa médaille d’or de Turin) de contribuer aussi à cette œuvre, ce qui lui a permis de recueillir jusqu’à maintenant presque 500 000 $.
Et maintenant qu’elle est retraitée et qu’elle dispose plus de temps libre, elle vise à atteindre un million de dollars pour cette cause qui lui tient vraiment à cœur. Lors d’une récente chronique dans La Presse, Philippe Cantin l’a appelée « la championne humaniste », un titre qui lui va très bien.

Depuis deux ou trois ans, elle invite des enfants défavorisés à une fin de semaine en montagne pour les initier au ski acrobatique. Sait-on jamais, peut-être y trouvera-t-elle quelqu’un capable d’assurer sa relève? Et en plus de terminer ses études en administration à l’Université McGill, Jennifer a aussi l’intention de venir en aide aux athlètes d’élite canadiens. Voilà une personne extraordinaire que je me sens privilégié d’avoir côtoyée durant plusieurs années. Bonne chance Jenn dans ta nouvelle vie!

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Encore des élections… Pourquoi?

par Alain Guilbert

Donc, nous aurons des élections fédérales… les quatrièmes en sept ans. C’est beaucoup d’élections en peu de temps, surtout si on considère qu’il se passait habituellement quatre années entre deux élections.

Sauf que cette donne a changé depuis l’apparition des tiers partis. En effet, lorsque le pays ne comptait que deux plus partis importants, les « libéraux » et les « conservateurs », les choses se déroulaient bien plus simplement; l’un des partis (la plupart du temps, le parti libéral) formait le gouvernement, et l’autre constituait l’opposition. Mais on a tendance à oublier que le Canada a eu 13 gouvernements minoritaires depuis l’adoption de sa constitution en 1867.

Les plus vieux se souviendront sans doute qu’au cours des 54 dernières années, les gouvernements ont été minoritaires à neuf reprises. En 1957 et 1962, John Diefenbaker aurait eu besoin de 22 et 17 sièges pour obtenir une majorité; en 1963 et 1965,
Lester B. Pearson avait raté la majorité par cinq et deux sièges; en 1972, il avait manqué 23 sièges à Pierre Elliott Trudeau pour atteindre cette majorité; il en avait manqué six à Joe Clark en 1979; puis 20 à Paul Martin en 2004; et enfin 30 et 12 à Stephen Harper en 2006 et en 2008. Certains de ces gouvernements minoritaires ont réussi de bonnes performances en s’alliant avec l’un des partis de l’opposition. Malheureusement, cela n’a pas toujours été le cas.

Que se passera-t-il cette fois? Harper réussira-t-il enfin à former un gouvernement majoritaire? Même si plusieurs analystes prétendent que «non», je serais prêt à parier un « vieux 2 $ » que la réponse sera « oui ».

Il y a plusieurs éléments déjà connus dans cette élection. Entre autres, que les conservateurs domineront complètement les provinces de l’Ouest, où ils détiennent présentement 69 des 92 sièges, que le Bloc québécois remportera encore une fois la majorité des sièges au Québec. Il en détient présentement 47 sur 75. Dans les provinces maritimes, les sièges sont plus partagés avec 11 aux conservateurs, 17 aux libéraux et quatre aux néo-démocrates. La vraie bataille se déroulera en Ontario où les conservateurs comptent 51 sièges, les libéraux 37 et les néo-démocrates 17. Le parti de Stephen Harper n’a besoin que de 12 sièges de plus qu’il ne détient présentement pour former un gouvernement majoritaire. Je ne crois pas que ce sera un objectif difficile à réaliser.

Incidemment, plusieurs personnes croient que la dernière élection générale n’avait rien changé puisque Stephen Harper s’était retrouvé à la tête d’un gouvernement minoritaire une autre fois. Pourtant, il y avait une différence importante avec la fois précédente. Après l’élection de 2006, il ne fallait que deux des trois partis de l’opposition pour renverser le gouvernement, tandis qu’à partir de 2008, il fallait absolument que les trois partis d’opposition se mettent ensemble pour atteindre le même résultat. Ce qui a permis aux conservateurs de se maintenir au pouvoir pendant près de trois ans avant qu’une autre élection ne soit nécessaire.

Bien sûr, les conservateurs risquent de perdre quelques sièges dans la région de Québec à cause du projet d’un « nouveau colisée », mais ces sièges qu’ils perdront risquent de passer au Bloc plutôt qu’aux libéraux. Les récentes élections provinciales dans les Maritimes ont tourné à l’avantage des conservateurs, ce qui laisse présumer qu’ils feront également des gains sur la scène fédérale. Et en Ontario, tout va de pis en mal pour les libéraux provinciaux, ce qui pourrait aussi se traduire par des gains conservateurs importants, particulièrement dans la région de Toronto.

Dans une élection à l’échelle nationale, la personnalité des chefs joue un rôle important pour les électeurs. Les citoyens votent plus souvent pour un parti et son chef plutôt que pour un candidat et son parti. Et c’est ici que le bât blesse pour les chefs des partis d’opposition. De Gilles Duceppe, il y a peu à dire. Son parti ne sera jamais au pouvoir… il présente des candidats au Québec seulement. Il y jouit d’une cote de popularité bien au-dessus de la moyenne et fait élire une majorité de députés au Québec depuis quasiment une « éternité ». À force d’élire des députés bloquistes, les Québécois ne se rendent pas compte qu’ils se retrouvent dans une situation d’isolement et qu’ils ont peu de chances de jouer un rôle important dans le gouvernement comme à l’époque des Trudeau, Mulroney, Pearson et autres. Jack Layton est un chef fort sympathique. C’est son parti qui n’est pas très attirant pour les Canadiens. Avec 36 sièges sur 308 à la grandeur du pays, le NPD risque seulement d’en perdre quelques-uns. Et le chef Layton, qui ne semble pas dans une très grande forme physique après une fracture de la hanche et des traitements pour un cancer pourrait bien en être à sa dernière campagne à vie. Michael Ignatieff demeure une énigme.

Au départ de Paul Martin et de son fiasco comme premier ministre après Jean Chrétien, les libéraux ont tenu un congrès au leadership. Mais après l’histoire des commandites, ils ne se faisaient pas d’illusion. Ils savaient pertinemment bien qu’ils se retrouveraient dans l’opposition pour plusieurs années, une dizaine probablement. Les candidats « vedettes » ne se sont présentés. Les John Manley, Frank McKenna, Allan Rock, Brian Tobin et autres ont préféré rester sur la touche, pendant que les « seconds » comme Gerald Kennedy, Bob Rae, Michael Ignatieff et Stéphane Dion menaient le peloton d’une dizaine de candidats. Gerald Kennedy aurait dû être choisi, mais à la surprise générale, il a terminé quatrième aux deux premiers tours… et a décidé de transférer ses votes à Stéphane Dion. Ce dernier est devenu chef du parti. Autant il était un excellent ministre de l’Environnement, autant il n’était pas un chef… et il n’avait surtout pas le charisme que les électeurs recherchent. Bien sûr, il n’a pas tenu le coup bien longtemps. À son départ, les libéraux, qui étaient en difficultés financières et qui ne souhaitaient pas s’engager dans une autre course à la chefferie dispendieuse, ont tout simplement choisi celui qui avait terminé second à la convention précédente, Michael Ignatieff, un intellectuel qui ferait sans doute un excellent ministre des Affaires étrangères, n’a pas, à mon avis, les qualités nécessaires pour faire un chef attrayant. Je ne vois pas comment il pourra soulever de l’enthousiasme auprès des électeurs. Sa cote de popularité actuelle est plus basse que celle de Stéphane Dion, la plus basse d’un chef dans toute l’histoire du parti libéral.

Reste Stephen Harper, qui n’est pas charismatique, qui n’est pas « populaire », mais qui répond quand même aux attentes de nombreux Canadiens… qui ont maintenant tendance à se situer davantage à droite, même si pendant plusieurs années ils se situaient plus près de la gauche. Harper s’est bien sorti de la crise économique des dernières années, même si la performance canadienne est plus attribuable à la solidité de son système bancaire (comparativement aux États-Unis) qu’à celle de son gouvernement. N’empêche que certaines positions des conservateurs qui veulent des lois plus sévères, des peines plus lourdes pour les criminels, un déficit moins élevé, une réduction de la taxe sur les produits et services et autres sont susceptibles de plaire à de nombreux électeurs.

On sait bien que si Stephen Harper réussit à former un gouvernement majoritaire, il n’en fera qu’à sa tête pour plusieurs années à venir… mais si par hasard il formait à nouveau un gouvernement minoritaire, il en ferait quand même à sa tête jusqu’à l’élection suivante, qui, elle, surviendrait, après une année ou deux, plutôt qu’après quatre ou cinq années. Quant à Michael Ignatieff et Jack Layton, que le prochain gouvernement conservateur soit minoritaire ou majoritaire, ce sera la fin de leur carrière. Et quant à Gilles Duceppe, il se dira encore une fois « fier » de sa performance et n’admettra jamais qu’une forte présence du Bloc à Ottawa nuit au Québec plutôt que de l’aider.

À moins d’un changement de « vent » tout à fait imprévisible pour le moment, nous nous dirigeons lentement, mais sûrement, vers un gouvernement conservateur majoritaire.

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Un grand moment d’émotion… et de fierté

par Alain Guilbert

La date du 23 mars 2011 restera gravée dans ma mémoire bien longtemps. Pourquoi? Parce que ce jour-là, notre belle-fille (la conjointe de notre fils Alain), Catherine Larouche, procédait à la soutenance de sa thèse de doctorat en administration scolaire devant un jury formé de cinq brillants universitaires de carrière et aussi en présence de sa famille immédiate, son conjoint, ses trois enfants, Mireille, Sophie et Jean-Simon, ses parents, ses beaux-parents, quelques ex-professeurs et collègues aux études doctorales. L’événement se déroulait à l’Université Laval (Québec) où elle a fait ses études menant au doctorat et où se trouvaient son directeur de recherche, Denis Savard, et sa codirectrice de recherche, Lucie Héon, tous deux attachés au département des fondements et pratiques en éducation. Tous deux faisaient partie du jury, tout comme Jean-Joseph Moisset, qui a agi comme prélecteur, et Claude Trottier, comme examinateur, aussi attachés au même département. Et le cinquième membre du jury, à titre d’examinateur externe, était Pierre Michaud, professeur en administration scolaire à l’Université d’Ottawa.

Le sujet de la thèse de doctorat : « La validation d’une typologie des conceptions des universités en vue d’évaluer leur performance ». L’évaluation de la performance est aujourd’hui un sujet à la mode. On évalue la performance des employés à leur travail, la performance de nos politiciens, la performance des entreprises, la performance des organisations, etc. Mais évaluer la performance des universités… voilà pour le moins un sujet délicat et difficile à traiter. Bien sûr, le magazine Maclean présente annuellement son classement des universités. Toutes celles qui obtiennent une bonne note se disent évidemment satisfaites de cette évaluation, mais la plupart ont quand même l’impression que cette méthode ne les reconnaît pas à leur juste valeur. La thèse de doctorat de notre belle-fille s’attaquait donc à un sujet fort difficile, dont je n’ai pas compris tous les éléments, mais qui a semblé impressionner les cinq membres du jury qui à l’unanimité ont confirmé la validité de son travail.

Mon objectif en écrivant ce texte aujourd’hui n’est pas de discuter la valeur du travail de Catherine, sa valeur ayant été reconnue par le jury beaucoup mieux que je n’aurais pu le faire, mais plutôt de reconnaître le chemin extrêmement difficile qu’elle a parcouru au cours des années. Pour ce faire, je dois revenir quelque peu en arrière.

Mon fils Alain, qui est ingénieur chimiste chez Alcan (aujourd’hui Rio Tinto Alcan), a rencontré Catherine, une jeune avocate, au début de son séjour (qui dure depuis près de
20 ans) au Saguenay. En 1997, Alcan a proposé à mon fils un stage de deux années dans une usine de transformation de la bauxite (l’élément de base de l’aluminium) en Jamaïque. Catherine, qui pratiquait le droit au sein d’un cabinet d’avocats reconnu de la région, et qui était déjà la maman de deux jeunes enfants et enceinte d’un troisième, a accepté de relever le défi avec Alain en l’accompagnant dans son aventure jamaïcaine et en prenant la décision de se consacrer totalement à sa famille pendant cette période.

À son retour au Canada, après deux années d’absence, Catherine a jugé qu’elle en avait assez du droit et qu’elle voulait faire autre chose. Son rêve : devenir professeure d’université en administration, ce qui signifiait qu’elle devait reprendre des études, qui la mèneraient d’abord à une maîtrise, et par la suite au doctorat. C’est une exigence à laquelle doivent se soumettre à peu près tous les professeurs d’université. Vous le comprendrez comme moi, c’était un défi extrêmement difficile à relever qui, dans mon esprit, pouvait être assimilé à celui que relève l’alpiniste qui décide de s’attaquer au sommet le plus élevé du monde, l’Everest. Les obstacles qui se trouvaient devant elle étaient nombreux. C’est le moins que je puisse dire. Comme vous l’avez sans doute deviné, Catherine habitait Chicoutimi, là où les cours de maîtrise en administration n’existaient pas. Pendant deux années complètes, la jeune maman de trois enfants prenait l’autobus chaque semaine pour se rendre à l’école des Hautes études commerciales (HEC) à Montréal pour y suivre ses cours. Son conjoint (Alain) et ses parents (qui habitaient aussi Chicoutimi) se sont donné la main pour prendre soin des enfants lors de ses voyages dans la métropole. Ses efforts ont été récompensés puisqu’elle a réussi la première étape de son difficile parcours, soit sa maîtrise, ou, si je poursuis l’analogie de l’Everest, l’atteinte du camp de base.

Mais le plus difficile restait à venir. Cette nouvelle étape qui a mené Catherine au doctorat s’est allongée sur 10 ans… eh oui, dix longues années. Il lui a fallu énormément de travail, de courage, de persévérance, d’enthousiasme, de passion et quoi encore pour y parvenir. Heureusement, des démarches menées auprès de l’Université Laval, à Québec, lui ont permis de se rapprocher un peu de sa résidence pendant la période de sa scolarité de doctorat de même que pendant les années où elle a effectué les recherches nécessaires pour la rédaction de sa thèse de doctorat. Comme elle l’expliquait dans ses mots de remerciements qui ont suivi la décision unanime du jury à l’endroit de son travail, elle a traversé aller-retour des dizaines et des dizaines de fois le parc des Laurentides, entre Québec et Chicoutimi, bien avant que la route sinueuse et si dangereuse de ce parc ne devienne tout récemment une superbe autoroute à quatre voies. Elle a vu de ses propres yeux la construction de toutes les étapes de cette voie aujourd’hui sécuritaire qu’elle a connue dans la neige, le verglas, la pluie, la brume et quoi encore. Elle y a vu des animaux sauvages, des dizaines d’accidents, mais elle a tenu le coup… et malgré tous les obstacles sur son parcours, elle est demeurée une maman exemplaire pour Mireille, Sophie et
Jean-Simon (qui ont respectivement à quelques mois près 18, 16 et 14 ans. Ils n’en avaient que 8, 6 et 4 lorsque la grande aventure du doctorat a été entreprise).

Depuis, les cinq dernières années, en plus des enfants et du conjoint, elle avait obtenu le poste dont elle rêvait depuis longtemps, celui de professeure à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), mais à la condition qu’elle poursuive avec succès les travaux qui la mèneraient à son doctorat, ce qui aurait pour résultat d’assurer sa permanence comme professeure. Vous aurez compris qu’il s’agissait de tâches qui équivalaient tout compte fait à trois emplois à plein temps: mère de trois enfants, professeure d’université et étudiante au doctorat en administration scolaire. Quand je parlais d’atteindre l’Everest, cela y ressemblait sous plusieurs aspects.

Inutile de vous dire que pendant ses remerciements à ses professeurs, à ses collègues, aux membres du jury, à ses parents, à ses enfants et à son conjoint, à qui elle a dit que « ce doctorat était aussi le sien », l’émotion était à son comble. Catherine a dû s’arrêter à quelques reprises pour refouler ses larmes, sans doute des larmes de joie… qui étaient pourtant parfaitement justifiées dans les circonstances en revenant sur ce qu’avaient été les 10 (même les 12) dernières années pour elle. Mais en même temps, elle avait toutes les raisons du monde d’être FIÈRE de ce qu’elle avait accompli… d’avoir atteint cet objectif qui, pour moi, était aussi élevé que l’Everest… d’avoir finalement réalisé ce qui avait été son rêve durant tellement d’années… de n’avoir jamais quitté des yeux son objectif final.

Et pour Céline et moi, ses beaux-parents, c’était aussi un grand moment d’émotion… et surtout de fierté. Nous sommes extrêmement FIERS de toi, Catherine Larouche, Ph. D., trois lettres qui t’ont tellement demandé, mais qui valent tellement à tes yeux comme à nos yeux. C’est la première fois que nous accueillons une DOCTEURE dans notre famille! BRAVO! Catherine!!!

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Les journalistes… et le statut professionnel

par Alain Guilbert

L’ex-juge John Gomery, celui-là même qui s’est rendu célèbre en présidant la « désormais célèbre » Commission d’enquête sur les commandites, est maintenant président du Conseil de presse du Québec.

Le Conseil de presse est un tribunal d’honneur (c’est-à-dire qu’il n’a aucun pouvoir direct) auquel la plupart des médias et des journalistes acceptent de se soumettre. Ce tribunal d’honneur peut adresser des reproches ou des blâmes à des médias, ou à des journalistes, à la suite de manques à leurs obligations professionnelles, et ceux-ci acceptent volontairement de les publier ou de les diffuser selon le cas, et par voie de conséquence d’apporter des changements par la suite à leur conduite. La famille Quebecor (le Journal de Montréal, le Journal de Québec, entre autres) ne reconnaît pas le Conseil de presse et ne donne jamais suite à ses décisions.

Dans une récente opinion publiée par La Presse (et probablement ailleurs également), le juge Gomery affirmait que « le milieu journalistique, tout comme la société québécoise, doit s’engager activement dans un débat public autour de la qualité de l’information et de la pratique du journalisme ».

Citant le rapport d’un groupe de travail présidé par la journaliste Dominique Payette, le juge Gomery fait de la déontologie le pivot central en information. Ce rapport propose d’ailleurs trois mesures: le renforcement du journalisme professionnel par le biais de la création d’un titre protégé pour les journalistes, le renforcement du Conseil de presse du Québec, et l’aide de l’État à la production d’une information de qualité.

Dans mon propos d’aujourd’hui, je vais m’en tenir à la première de ces trois mesures. La discussion au sujet d’un statut professionnel de journaliste a cours depuis au moins 50 ans, soit depuis mes tout premiers débuts dans ce « métier » (ou, devrais-je dire
« profession »). À cette époque, l’Union canadienne des journalistes de langue française (UCJLF) en débattait avec beaucoup d’émotion à presque tous ses congrès annuels. Par la suite, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (qui a succédé à
l’ex-UCJLF) a mis le sujet à son agenda tous les trois ou quatre ans. Les journalistes n’auraient aucun problème, pour la plupart, à accepter un statut professionnel comme les médecins, les avocats, les ingénieurs, les comptables et autres groupes. Mais un tel statut entraînerait aussi des devoirs et des obligations, un encadrement de la profession, des examens de qualification et des règles à suivre. C’est là que le bât blesse le plus, et qui fait que les journalistes ne s’entendent jamais sur ce fameux statut professionnel.

Les journalistes sont très agressifs pour défendre la liberté de presse ainsi que le droit du public à l’information. Nombreux sont ceux et celles qui se réfugient derrière ces deux notions lorsque des reproches leur sont adressés. Les journalistes n’acceptent à peu près jamais la critique. Ils affirment toujours agir dans l’intérêt public. Ils veulent bien la
« LIBERTÉ » la plus large possible, mais pas nécessairement les obligations qui en découlent. L’un des problèmes majeurs que nous rencontrons au Québec, c’est que n’importe qui peut se donner le titre de journaliste, des grands reporters comme Pierre Nadeau aux « potineux » comme Michel Girouard. Entre les deux, vous en conviendrez, la marge est grande. Même chose du côté des médias: les grands quotidiens comme
La Presse, Le Devoir, The Gazette ainsi que les grands réseaux comme Radio-Canada, TVA, Télémédia sont des MÉDIAS au même titre que Nouvelles et Potins ou des stations radiophoniques qu’on appelle communément « radio poubelle ». Chez les premiers, on se soumet à des règles d’éthique et professionnelles qui sont habituellement définies dans les conventions collectives de travail. C’est un bon début. Chez les seconds, tout est permis. La « sensation » constitue l’objectif à atteindre. Seules les condamnations par les tribunaux peuvent parfois leur imposer certains freins.

S’il est relativement facile pour les grandes entreprises et organisations de s’adresser aux tribunaux lorsqu’elles s’estiment lésées par les médias ou les journalistes, les simples citoyens sont totalement démunis lorsqu’ils se retrouvent dans de telles situations. Mais même quand les tribunaux donnent raison aux plaignants, les dommages qu’ils ont subis demeurent la plupart du temps irréparables. Avez-vous remarqué ce qui se passe quand les médias commettent des erreurs. Même si ces « erreurs » ont fait les manchettes, souvent en première page, les corrections, elles, sont traitées en quelques lignes seulement dans un coin de page à gauche. (Pourquoi à gauche? Parce que ces pages sont moins visibles que celles de droite.) Est-ce vraiment équitable pour les victimes de ces erreurs?

Personnellement, je serais en faveur d’un statut professionnel pour les journalistes… un statut en vertu duquel tous ceux et celles qui l’auraient obtenu seraient tenus de se soumettre à des règles bien précises et d’adopter une conduite qui respecte à la fois le bon sens et l’intelligence de leurs lecteurs et de leurs auditeurs. Un tel statut entraînerait nécessairement un grand ménage au sein de la profession. Ne pourrait plus se prétendre journaliste qui le veut, tout comme ne peut se prétendre médecin, avocat ou ingénieur qui le veut. On risque d’avoir des débats qui se poursuivront durant bien des années encore avant d’en arriver là!

P.S. Quand je vois le « journaliste » Claude Poirier aux nouvelles de fin d’après-midi au réseau TVA et qu’il y présente un message publicitaire déguisé en reportage judiciaire, je me dis que journaliste, média, statut professionnel et éthique sont des mots qui seront extrêmement difficiles à accoler!