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Les années 80, les grèves et la CIP ferme

La décennie des années 80 avait commencé par une série de grèves dès la première année. Ces grèves ont créé un climat incertain au sein de la main-d’œuvre locale et n’ont pas inspiré les investisseurs à choisir Hawkesbury pour y établir leurs usines. Mais 1982 est l’année qu’il faut retenir.

Le conflit violent chez Amoco

La pire grève avait été incontestablement celle qui avait secoué Amoco Fabrics (anciennement Patchogue-Plymouth) pendant de longs mois. L’arrêt de travail d’avril à septembre avait connu son moment le plus honteux lorsque des manifestants (grévistes et autres sympathisants) avaient « attaqué » l’hôtel de ville. Les autorités municipales, et encore moins les contribuables de Hawkesbury n’avaient pourtant rien à voir avec les querelles intestines chez Amoco. Un triste chapitre de l’histoire locale.

Mais d’autres grèves ou menaces de grève avaient dérangé la CIP, l’administration municipale de Hawkesbury, Mercedes Textile, Canadian Refractories et le Conseil des écoles catholiques de Prescott et Russell. Cela n’augurerait rien de bon pour la stabilité économique de la région au cours de la décennie. Dès 1981, il y avait eu des mises à pied importantes chez Amoco, Ivaco, Fiberworld, Canadian Refractories et plusieurs autres petites entreprises manufacturières locales.

Sur la scène nationale, la longue grève postale de 1981 avait précédé la transformation du ministère des Postes en société d’État cet automne-là. Et chaque fois qu’il y avait grève, la population et les entreprises de Hawkesbury et la région étaient immanquablement touchées. Une des intentions était justement d’améliorer les relations ouvrières et de mettre fin aux fréquentes grèves, mais ce n’était qu’un beau souhait.

En 1980, le Parti québécois de René Lévesque avait tenu son premier référendum sur la « souveraineté-association », un euphémisme pour décrire la séparation du Québec de la Confédération canadienne. Mais le clan fédéraliste avait eu gain de cause. Les Québécois avaient pourtant redonné un mandat à ce même gouvernement l’année suivante. Mais les péquistes n’accepteraient pas facilement le rejet de leur option indépendantiste et ils reviendraient à la charge plus tard.

Un héros national s’arrête chez nous

Malgré ces débuts de décennie sur une note pessimiste, l’espoir se manifestait en juin 1980 par le passage à Hawkesbury et dans la région du jeune unijambiste Terry Fox qui voulait traverser le pays pour attirer l’attention des Canadiens sur le cancer. Ayant été pratiquement ignoré au Québec, on affirmait à l’époque que c’était à Hawkesbury, en rentrant en Ontario, que son exploit avait conquis le cœur des Canadiens.

C’est vers la même époque que le gouvernement ontarien du conservateur Bill Davis avait confirmé l’ouverture d’un collège d’agriculture à Alfred. Il faudra quelque temps pour concrétiser le tout, mais le souhait de tant d’agriculteurs régionaux, depuis si longtemps, se matérialiserait enfin.

Jamais tant d’incendies majeurs en une seule année

L’année 1980 avait été marquée par une série d’au moins 25 incendies majeurs un peu partout sur le territoire desservi par le journal Le Carillon. Il y avait eu le feu de la Résidence Mon Chez-Nous à Casselman où trois personnes ont perdu la vie. Les pompiers avaient combattu des brasiers à Chute-à-Blondeau, dans Cassburn, aux restaurants Monic de Fournier, Plaza et Blue Corner d’Alfred, Riverview à Hawkesbury, l’hôtel Union de Plantagenet et le feu de St-André-Est, sur la rue Principale à Lachute, sans compter ceux de résidences dans Cassburn, à L’Orignal, près d’Alfred, dans Ritchance et à St-Albert, sur la rue William et sur le boulevard Cartier à Hawkesbury, à la Coop et chez D’Aoust Lumber à Embrun. Il y avait eu l’explosion au garage Del-Mar de Grenville, sans oublier la tragédie de la route 34 au début de 1980 et l’accident d’autobus sur l’autoroute 417 à la fin de l’année.

La fin des ères Bélanger-Ethier et l’avènement de l’ère Boudria

Cette bonne nouvelle n’avait pas empêché la défaite du conservateur Albert Bélanger aux mains du libéral Don Boudria en 1981. Boudria est devenu rapidement une épine pour les conservateurs.

Boudria ne resterait pas longtemps à Toronto. Il avait préféré faire le saut dans l’arène fédérale pour se rapprocher de sa famille. En 1984, il avait remplacé le libéral Denis Ethier, un député de longue date qui avait succédé à son frère Viateur à la Chambre des communes. Ethier avait été nommé président de l’Office canadien des provendes par le premier ministre Pierre Elliott Trudeau, peu de temps avant la démission de celui-ci.

L’année 1984 avait été très intéressante sur la scène politique régionale. Pas moins de 5000 partisans libéraux s’étaient massés dans le nouveau complexe sportif de Hawkesbury pour choisir Don Boudria au détriment de l’ancien maire de Hawkesbury Philibert Proulx, que plusieurs observateurs jugeaient le successeur inévitable d’Ethier. Mais les conservateurs ne s’étaient pas laissé damer le pion et réunissaient plus de 3000 partisans à l’aréna de Rockland pour choisir le maire du canton de Russell, Gaston Patenaude, comme leur porte-étendard.

Mais le peuple déciderait d’inverser les rôles en Ontario et à Ottawa. Boudria, qui avait été dans l’opposition à Queen’s Park, se retrouve encore une fois dans cet état à Ottawa parce que les Canadiens avaient confié les rênes du pays à l’équipe conservatrice de Brian Mulroney. Entre temps, à Queen’s Park, les Ontariens avaient confié la barre de leur gouvernement au libéral David Peterson.

1984 est aussi l’année où le pape Jean-Paul II était passé tout près et s’était arrêté à Ottawa.

Décembre 1982

C’est le mois de cette décennie qui restera à jamais marquée dans l’histoire de Hawkesbury. La Compagnie internationale de papier du Canada avait délégué un de ses vice-présidents à l’usine de Hawkesbury pour annoncer à la direction que leur usine n’était plus rentable et que la CIP n’y investirait pas les millions nécessaires pour la moderniser et respecter les lois environnementales que la province de l’Ontario leur imposait depuis quelques années. Les portes de l’usine fermeraient le 1er décembre 1982… pour toujours. Des employés avaient profité d’une retraite anticipée dédommagée. Les autres avaient bénéficié de soutien professionnel afin de trouver de nouveaux emplois. D’autres étaient assez jeunes pour entrevoir un bon avenir ailleurs. En conséquence, les effets néfastes de la fermeture de la CIP que tant d’observateurs avaient anticipés ne se sont jamais véritablement concrétisés, mais la fermeture a quand même eu des répercussions défavorables. L’usine avait été démolie en 1985.

Le centre de recherches de la CIP, qui était voisin de l’usine de pâtes et papiers, allait lui aussi fermer ses portes quelques années plus tard. Dans ce dernier cas, toutefois, l’édifice serait rénové et adapté à d’autres usages commerciaux et résidentiels.

Le monde hospitalier

Le bouleversement dans la gestion des services hospitaliers de Hawkesbury et la région s’était amorcé au cours de la décennie précédente. Mais c’est en 1982 que la réalité de la réorganisation devient évidente. La Clinique Smith, une institution de la rue Principale reconnue pour ses services à la population anglophone, mais préférée par beaucoup de francophones à cause de la popularité de ses médecins, est fusionnée avec l’Hôpital général de Hawkesbury qui se prépare alors à aménager dans de nouveaux locaux. La fusion de la clinique avait créé quelques soubresauts culturels au sein de la population, mais cela aura été de très courte durée.

Les droits des Franco-Ontariens

Les nombreuses luttes des Franco-Ontariens au cours des années 70 pour obtenir des droits fondamentaux, surtout dans les milieux éducatifs et juridiques, allaient être récompensées par l’adoption, en 1986, de la Loi 8 qui accordait un statut quasiment officiel au français en Ontario. Les observateurs de la scène franco-ontarienne avaient toutefois fait remarquer que cette loi historique n’enchâssait pourtant pas les droits linguistiques des Franco-Ontariens dans la Constitution canadienne. Ce qui fait que la situation des Franco-Ontariens restait précaire et sujette aux bons vouloirs du gouvernement du moment.

Deux accidents dans l’espace et sur terre

C’était en 1986. Au début de l’année, la navette spatiale Challenger explose peu de temps après son décollage. Les yeux du monde entier sont rivés au petit écran. La technologie n’est pas sans problème. En Russie, quelques mois plus tard, une fuite au réacteur nucléaire de Tchernobyl remet en doute la sécurité de toutes les centrales nucléaires du monde entier. Tout le monde en parle à Hawkesbury, dans Prescott-Russell, comme ailleurs autour du monde.

La rue Principale se transforme

À Hawkesbury, la fermeture de la CIP n’avait pourtant pas ralenti les initiatives commerciales et l’incendie qui avait ravagé le complexe Hawkesbury Centre en 1987 permettrait simplement aux propriétaires de reconstruire, d’améliorer et de faire renaître de ses cendres ce centre commercial en plein centre-ville.

L’éveil de l’intolérance

La décennie avait été marquée par la tragédie de la Polytechnique de Montréal en 1989. Un tueur fou avait manifesté son intolérance de la pire manière possible, en tuant de jeunes étudiantes de cette grande institution montréalaise. Les soubresauts se sont fait ressentir dans toute la région au point où l’éditorialiste du journal Le Carillon de l’époque, Yves Rouleau, y consacrait entièrement son éditorial de fin d’année.

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Les années 70, une décennie de turbulences

Si la décennie des années 60 avait annoncé un réveil de la classe politique locale et l’avènement d’un progrès industriel et commercial intéressant, la décennie des années 70 était plutôt porteuse de turbulences sociales, économiques et politiques. C’était le même portrait sur la scène nationale et, particulièrement, chez les Québécois.

La saga du complexe sportif de Hawkesbury, la multitude de grèves, les changements politiques au Québec; les luttes acharnées pour les droits des Franco-Ontariens; la fermeture d’écoles et la construction de nouvelles; l’échec d’un effort de restructuration des assises municipales régionales, les chicanes constantes et parfois verbalement violentes à la table du Conseil municipal de Hawkesbury; la crise mondiale du pétrole; l’affaire Saputo; sans oublier, bien sûr, la conversion au système métrique. Voilà un survol de turbulences qui ont caractérisé les années 70.

Le nouvel hôtel de ville et le complexe sportif

L’hôtel de ville avait été inauguré au début de la décennie et se voulait le symbole du nouveau dynamisme municipal. Au cours des années suivantes, les élus municipaux allaient se débattre souvent avec des questions d’éthique. Des experts-conseils étudieraient les problèmes et proposeraient des solutions. Leurs rapports ont fini sur des tablettes, bien que certains éléments aient été adoptés, dont la nomination d’un administrateur en chef. Auparavant, le Conseil avait embauché un premier directeur des loisirs. Un peu plus tard, on embauchera un premier ingénieur municipal. Chaque nomination n’a pas été facile.

En fait, les directeurs des loisirs se succéderaient à un rythme fou à Hawkesbury. Les élus, surtout ceux qui étaient là depuis longtemps, continuaient à s’ingérer dans la gestion des loisirs. Même les citoyens qui participaient à la gestion des loisirs ne vivaient que frustrations. La population exprimait son insatisfaction, surtout lorsqu’elle a décidé de confier la barre à un jeune nouveau venu en politique, Yvon Montpetit. À la même élection, le conseiller Claude Demers faisait son entrée.

Les travailleurs de la CIP étaient responsables de l’élection de leurs collègues de travail Philibert Proulx et Claude Demers et ils renouvelaient leurs mandats d’une élection à l’autre. Ces deux-là étaient les principales sources de conflits à la table du Conseil. Leurs idées bien arrêtées ralentissaient énormément tous les efforts que la Ligue du réveil civique et les hommes-clés avaient tenté d’amorcer la décennie précédente. Les élus ne progressaient pas au même rythme que leur ville et leur région. Proulx et Demers dominaient la scène politique des années 70 avec leur négativisme et leurs attaques personnelles à l’emporte-pièce.

Quant au maire Montpetit, la fréquence de ses grandes idées essoufflait les observateurs. Ses grands projets auraient transformé la ville de Hawkesbury et la région immédiate, mais il avait éprouvé des difficultés à convaincre les autres de les adopter. Il avait été associé bien malgré lui au conseiller Demers. Il n’a duré qu’un mandat. Mais ses idées ont continué à refaire surface, surtout celles sur le renouveau administratif. Les germes d’un complexe sportif et récréatif ont été semés pendant son mandat.

Le complexe sportif

Le débat autour de la construction d’un nouveau complexe sportif a été amorcé en 1972. Tous savaient que le vieux Centre Mémorial devait être remplacé un jour. Mais des élus et des éléments de la population tenaient à cet aréna. Vers le milieu de la décennie, les autorités provinciales, comme elles l’avaient fait dans plusieurs municipalités ontariennes, ont décrété que le Centre était dangereux et qu’il fallait ou bien le réparer ou bien le remplacer. Les partisans de son maintien et de sa réparation ne lâchaient pas prise et faisaient tout en leur pouvoir pour bloquer un nouveau complexe sportif et récréatif. Mais la population elle-même, qui s’était prononcée par référendum, favorisait un nouveau complexe et après des années de débats et de contredébats, le nouveau complexe sera inauguré à la dernière année de la décennie.

Les luttes pour la francophonie

Les années 70 ont été celles des grandes luttes pour les droits fondamentaux des Franco-Ontariens. Ces luttes étaient constantes partout en province, particulièrement dans le cas des écoles secondaires de langue française. Les protagonistes avaient de la difficulté à obtenir l’appui des autorités scolaires francophones de Prescott-Russell qui favorisaient plutôt des écoles bilingues, surtout dans les comtés unis. Les élus régionaux ne voulaient pas offusquer les concitoyens anglophones et préconisaient le bilinguisme sur toute autre forme d’éducation. Dans la province, des gens sont allés en prison pour faire respecter leurs droits, notamment pour le bilinguisme sur les permis de conduire et autres documents juridiques. En fait, il y avait des pressions pour obtenir des services de justice en français. Ils obtiendraient progressivement gain de cause parce que le gouvernement de Bill Davis de l’époque avait commencé à faire preuve de compréhension et autorisaient des services bilingues ou en français au compte-gouttes. Par la fin des années 70, les droits des Franco-Ontariens étaient respectés de plus en plus, mais il y avait encore un très long chemin à parcourir.

Mais la francophonie comprenait également le Québec. Ce qui se passait dans la province voisine influençait le sort des francophones de l’Ontario, forcément. Au début de 1970, René Lévesque devient une figure dominante de la politique québécoise et canadienne. Il prêche une doctrine de séparation ou d’association. Ses débats remettent en cause le sort de tous les Franco-Canadiens. Les fédéralistes et les souverainistes sortent leurs munitions. Hawkesbury et la région subiront les contrecoups de l’avènement du Front de libération du Québec (qui n’a rien à voir avec Lévesque) et de la crise d’octobre 1970 qui s’ensuivra, un moment marquant de notre histoire. En 1976, l’année des Jeux olympiques à Montréal, René Lévesque est porté au pouvoir au Québec.

Les turbulences ouvrières

À Hawkesbury et dans la région, Ivaco Rolling Mills et Eastern Steelcasting dominaient le développement industriel de la première moitié des années 70. Malheureusement, plusieurs grèves allaient les paralyser et donneraient le ton aux autres industries locales. De longues grèves ont nui également à Patchogue-Plymouth (qui deviendrait Amoco), à Fiberworld, à Texturon Yarns, sans oublier des firmes de construction (Ouimet et Sinclair) et l’Unité sanitaire de l’Est ontarien. L’instabilité ouvrière allait nuire à l’attrait de nouvelles industries. Entre temps, l’inauguration de l’autoroute 417 et la construction de l’aéroport international à Mirabel n’apportaient pas les avantages économiques auxquels la population s’attendait.

La restructuration municipale et les soubresauts scolaires

Le regroupement des conseils scolaires de 1969 avait été précurseur d’un mouvement provincial visant la restructuration des conseils municipaux. Le gouvernement préférait laisser les élus régionaux se réorganiser de leur propre chef. Dans Prescott et Russell, le Conseil des comtés unis avait manifesté une bonne volonté et avait confié à Goldyn Sunderland le soin d’étudier la question et de formuler des recommandations. Ses conclusions allaient être trop radicales pour des élus préoccupés par le maintien du statu quo et de leurs acquis. Le volumineux rapport finirait sur les tablettes du siège social de L’Orignal.

Le Conseil des écoles catholiques de Prescott et Russell retient l’attention des contribuables à quelques reprises. Les élus et administrateurs veulent moderniser leurs opérations, ce qui sous-entend des fermetures d’écoles et la construction de nouvelles. Il ne leur faut pas trop de temps pour constater que leurs multiples locaux de Hawkesbury ne répondent plus au besoin. Leur directeur général propose de nouveaux locaux grandioses, mais le public est mécontent, surtout que l’ancien Foyer Prescott-Russell est vacant à L’Orignal. Le CECPR y déménage. Entre temps, ce même directeur général est l’objet d’attaques répétées d’un petit groupe de conseillers scolaires qui finiront par obtenir sa tête. Le conflit, pourtant personnel, avait monopolisé les médias pendant plusieurs mois.

Un pot-pourri d’autres événements

Les années 70 ont retenu l’attention à plusieurs autres points de vue. Le Cinéma Laurentien de Grenville est passé aux mains d’un nouveau propriétaire, Yvon Myner. Ce cinéma existait depuis mars 1950, donc pas tellement plus jeune que Le Carillon.

La crise du pétrole du premier tiers de la décennie crée de nombreuses turbulences économiques. Le gouvernement fédéral décrète un gel de salaires à un certain moment et crée une commission antiinflation. En même temps, il impose la conversion au système métrique.

L’année 1972 marque la naissance des clubs d’âge d’or et du programme Nouveaux-Horizons. – L’administration de l’hôpital général de Hawkesbury passe entre les mains de laïcs. – Denis Ethier remplace son frère Viateur comme député libéral de Glengarry-Prescott-Russell et sera réélu à quelques reprises jusqu’à la décennie suivante. – Le scandale de la viande avariée a des répercussions dans la région en juin 1975. – Le projet d’une route pour contourner la ville de Hawkesbury par ses frontières nord fait l’objet de débats sans jamais être réglé.

Une autre situation désagréable aura marqué les années 70 à Hawkesbury. Une fromagerie de Montréal, Saputo, veut prendre de l’expansion et aimerait bien installer une nouvelle usine à Hawkesbury. Mais un concurrent du comté voisin, Ault Foods, de Winchester, ne veut rien savoir et convainc même son député d’intervenir. Son député est plus influent que celui représentant Hawkesbury. Saputo s’installera ailleurs. Le débat aura duré plusieurs mois.

À suivre demain… les années 80

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Le réveil politique à Hawkesbury et dans la région

J’ai rédigé récemment une série de trois articles qui ont été publiés dans l’édition spéciale 65e anniversaire du journal Le Carillon de Hawkesbury… la source de mes retours sur hier évidemment et là où j’ai travaillé de 1965 à 1987. Cette édition spéciale a été publiée le mercredi 12 septembre 2012. Je les publie en rafale aujourd’hui, mercredi et jeudi.

La ville de Hawkesbury amorçait le début de son deuxième centenaire en 1960 et il était donc tout à fait normal de constater, en rétrospective, que cette décennie serait caractérisée par un réveil politique important. La population était encore sous le choc de l’annonce de la construction du futur barrage hydroélectrique de Carillon. Marcel Desjardins écrivait en éditorial au début de 1960 que « l’avenir est aux audacieux ». Desjardins avait affirmé que c’était « le commencement d’une ère nouvelle pour Hawkesbury, mais il faudra continuer de travailler ferme pour en faire un centre encore plus d’important, car d’ici dix ans l’avenir de notre ville sera décidé ». Il avait vu juste.

Ce réveil devait d’abord passer par un assainissement de l’administration municipale d’autant plus que la ville avait été sous la tutelle du gouvernement provincial dans la décennie précédente. La population commençait à douter tant de la compétence de ses élus que des employés municipaux. Le Carillon, dès 1961, n’avait pas hésité à soulever la question. Le débat se prolongera pendant quelques années et ce n’est qu’au milieu des années 60 que les changements commenceront à poindre.

Pendant ce temps, la population d’un quartier complet de la ville, celui du Chenail, allait être expropriée et déplacée. Si l’attrait de l’argent les fascinait au début, la réalité ne tarderait pas à les rattraper. La construction du barrage n’avait pas été la manne attendue. « Seulement une minime proportion de la main-d’œuvre locale a été employée à l’érection du barrage » rappelait Michel Hotte dans son éditorial de décembre 1962. Hotte ajoutait que « la solution est donc d’établir des industries chez nous; la main-d’œuvre de l’extérieur viendra vite combler ce à quoi nous ne pouvons suffire ». Son message n’était pas tombé dans les oreilles de sourds. Une partie de la population, particulièrement le milieu des affaires, n’était pas convaincue que les élus en place pouvaient « faire le lien entre le présent à l’avenir ».

Les années 60, entre parenthèses, ont aussi été importantes pour le journal Le Carillon. Sa transformation, en mars 1964, du grand format par procédé d’impression « letterpress » (pour reprendre le jargon technique de l’époque) en format tabloïd par procédé d’impression « offset », était un pas immense pour un petit journal communautaire franco-ontarien. Il fallait le faire. Le journal entrait dans l’ère moderne et cette transformation majeure encouragerait la direction à moderniser ses techniques de production, son apparence, son contenu, ses politiques. Les lecteurs en bénéficieraient pendant longtemps.

Le réveil civique

À l’été de 1965, après des mois de démarches en coulisse, plusieurs hommes d’affaires jettent les bases d’un parti politique municipal, le premier de l’histoire de Hawkesbury. « Il faut que ça change » est le slogan de la Ligue du réveil civique. La Ligue prendrait le contrôle du Conseil municipal en y faisant élire des hommes d’affaires soucieux de l’avenir de la ville et de son développement industriel entre autres. Leurs démarches, au cours des années suivantes, attireraient à Hawkesbury plusieurs nouvelles industries. Jusque-là, les travailleurs locaux ne pouvaient qu’espérer obtenir un emploi à l’usine de la Compagnie internationale de papier du Canada, une filiale de l’International Paper Company, et à son centre de recherches. Les meilleurs salaires se trouvaient à ces deux endroits et les pratiques de l’époque faisaient en sorte que la relève était assurée par les enfants des employés syndiqués. C’était la réalité de l’époque.

Les « Hommes-clés », un autre groupe politique municipal, allaient intervenir en 1967 et faire élire à leur tour d’autres citoyens intéressés par l’avenir de la ville. C’est que deux années plus tôt, des « anciens » avaient été réélus sans problème et entravaient en quelque sorte le progrès que les nouveaux élus de l’époque voulaient implanter. À l’époque, il est important de le souligner, la plupart des élus étaient des employés de la CIP. C’est à cette usine que le centre d’influence politique se situait. Les employés appuyaient leurs confrères de travail. Cette situation perdurerait pendant encore longtemps cependant; jusqu’à ce que cette usine ferme ses portes d’ailleurs.

Le Carillon et son président fondateur, André Paquette, ont joué un rôle de premier plan dans la fondation et la promotion tant de la Ligue du réveil civique que des Hommes clés. André Paquette avait été la source de motivation auprès de nombreux hommes d’affaires pour qu’ils se lancent dans l’arène municipale et qu’ils s’occupent justement de « leurs affaires ». L’équipe éditoriale du journal avait également appuyé solidement les deux mouvements et leurs objectifs.

La réalité de l’époque était aussi celle de la Guerre froide et, conséquemment, d’organismes tels l’Organisation des mesures d’urgence de Prescott-Russell, par exemple. Au niveau national, les autorités fédérales avaient créé la Régime de pensions du Canada (en 1965) afin d’offrir un meilleur espoir d’avenir aux travailleurs canadiens. Les Frères des écoles chrétiennes et les Sœurs grises de la croix, qui étaient à la source de l’enseignement primaire de plusieurs générations de jeunes de Hawkesbury, allaient devenir victimes de la Révolution tranquille et de la prise en mains de l’administration scolaire sur une plus grande échelle.

En 1966, le débat sur la question des écoles secondaires françaises en Ontario s’accentuait, surtout dans le sud et le nord de la province, mais aussi dans Prescott et Russell par ricochet. Une grande partie de la population, par contre, favorisait des écoles bilingues et les décisions politiques reflétaient cette opinion. Le débat se poursuivra pendant plusieurs années et ne sera pas entièrement réglé à la fin de la décennie suivante. À cette époque, Louis-Pierre Cécile, de Hawkesbury, est le député de Prescott-Russell à Queen’s Park et il occupera divers ministères dans le cabinet de John Robarts. À sa retraite, il sera nommé juge de la Cour provinciale, division criminelle, et il siégera à la cour de L’Orignal.

Une région défavorisée

L’année 1967, celle du centenaire de la Confédération canadienne, est importante pour Hawkesbury et la région immédiate. Depuis leur élection, les conseillers municipaux, surtout ceux de la bannière de la Ligue du réveil civique, avaient jugé qu’il fallait absolument que la ville soit déclarée « zone défavorisée » par le gouvernement fédéral afin que l’on puisse profiter des subventions spéciales consenties aux entreprises manufacturières qui s’installaient dans les communautés de telles zones. Les pressions constantes de la communauté des affaires et du député libéral de l’époque, Viateur Ethier, ont donné des résultats favorables. Le développement industriel n’a pas tardé à se manifester et les Duplate Canada, Amoco Fabrics et plusieurs petites entreprises manufacturières s’établiront à Hawkesbury et créeront des centaines d’emplois. L’arrivée de la société Ivaco dans le canton de Longueuil était aussi attribuable à ces avantages fiscaux.

À cette époque, Albert Bélanger, un fromager de Sarsfield, devient député conservateur à Queen’s Park. Il conservera ce poste jusqu’au début des années 80. Une de ses premières tâches a été de se faire le porte-parole de tous ceux qui réclamaient l’aménagement d’un parc provincial à proximité du nouveau barrage de Carillon, afin d’attirer le tourisme dans l’est du comté de Prescott. Il gagnera cette cause à la longue.

En 1968, la situation économique n’est pas facile, comme la déclaration de « zone défavorisée » l’avait confirmée l’année précédente. En Ontario, par exemple, le salaire minimum était alors de 1,30 l’heure.

La centralisation

C’est aussi cette année-là que le phénomène de la centralisation des institutions publiques s’amorce. L’Unité sanitaire de l’Est ontarien devient la première à évoluer ainsi. Les trop nombreux petits conseils scolaires locaux de Prescott-Russell apprennent qu’ils disparaîtront le 1er janvier 1969 pour être remplacés par deux grands conseils scolaires à l’échelle des comtés : le Conseil des écoles catholiques et le Conseil d’éducation. Ce dernier comporte également un volet pour gérer les écoles publiques, qui sont alors exclusivement de langue anglaise. C’était aussi le prélude de la future centralisation municipale et de l’avènement des gouvernements régionaux.

La route transcanadienne 17 a la triste réputation d’être mortelle, surtout dans l’ouest des comtés unis, mais les tragédies routières sont monnaie courante partout. Il se passe rarement un mois, sinon une semaine, sans que Le Carillon fasse état d’un accident routier mortel sur la 17. Les pressions s’accentuent et la construction d’une autoroute (qui sera connue sous le nom d’autoroute 417) devient une priorité. Elle sera concrétisée quelques années plus tard.

À Hawkesbury, signe incontestable que les changements souhaités en 1960 se matérialisent, les autorités municipales avaient décidé qu’un nouvel hôtel de ville était une nécessité et en assurent la réalisation. Les conseillers de l’époque voulaient que ce nouveau siège administratif devienne le symbole du nouveau dynamisme de leur ville. Un peu dans le même contexte, le projet ambitieux d’une Route du Nord pour contourner la rue Principale anime les débats déjà en cette fin de décennie. La population devra patienter deux autres décennies avant d’en voir la réalisation. Le mauvais état du pont interprovincial Perley inquiétait les citoyens. Là aussi, la population devra attendre longtemps.

À la fin de la décennie, tout était en place pour entrevoir le réveil économique de la ville et de la région.

À venir demain… les années 70

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L’histoire d’un long voyage sans fin

« Le camp du NON a récolté 59,4 % du suffrage exprimé contre 40,6 % pour le OUI. » Les résultats du référendum du 20 mai 1980 sont évidemment rapportés dans l’édition du 21 mai du journal Le Carillon. Dans l’édition du 28 mai, j’écris un conte à propos d’un groupe de dix couples d’amis qui effectuaient un voyage depuis longtemps et que tout à coup, un des couples avaient parlé de quitter le groupe et de faire cavalier seul vers une destination différente. Les couples se sont mis à discuter pour voir s’il n’y avait pas moyen d’ajuster le voyage que tout le monde s’y plaise. Et je terminais en écrivant que « l’histoire ne dit pas si les couples ont réellement rajusté leur façon d’agir et s’ils ont complété le voyage tous ensemble ». Nous savons tous que l’histoire est loin d’être terminée comme on a pu le constater lors de la récente campagne électorale au Québec.

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Il fallait le faire. « Le tour du Canada, sans quitter la cour de son école, tel que l’exploit accompli par les étudiants de l’École secondaire Plantagenet, qui a pris fin mardi dans un grand soupir de soulagement et la satisfaction du devoir accompli. » L’exploit est raconté dans le journal du 31 mai 1980. « ‘Partis’ de Plantagenet, la plupart des élèves de l’école qui ont pris part à ce marathon, se sont ensuite dirigés vers Ottawa pour se rendre successivement à North Bay, Hearst, Thunder Bay, Winnipeg, Regina, Calgary, Vancouver, Prince George, Fort Nelson, Whitehorse, Dawson, Aklavik, Coppermine, Chersterfield, Frobisher Bay, Fort Chimo, Goose Bay, St-Jean de Terre-Neuve, Sydney, Moncton, Québec et Montréal, avant de finalement revenir à Plantagenet. Il s’agit d’un circuit de 14 150 kilomètres (8 845 milles) qui a nécessité l’équivalent de pas moins de 38 920 tours de pistes. » Le projet avait duré un peu plus de deux semaines… du sur place.

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Hawkesbury respirait mieux. Les employés d’Amoco Fabrics étaient en grève depuis de nombreuses semaines et il était question d’une grève à la CIP locale. Comme nous l’apprend le journal du 7 juin 1980, le Syndicat canadien des travailleurs du papier a décidé de cibler la compagnie Abitibi-Price pour ses négociations de 1980 au lieu de la CIP.

Mais entre-temps, les employés municipaux de Hawkesbury, membres du Syndicat canadien de la fonction publique, donnaient un mandat de grève à leurs représentants syndicaux. Ça n’allait pas bien dans les relations ouvrières locales.

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La rumeur avait fait beaucoup jaser à Hawkesbury. Rozon Discount Foods était une institution locale à l’époque et c’est pourquoi son propriétaire, Marcel Rozon (dont le père Noé avait fondé le magasin), s’empresse de nier que Loeb Limitée veut acquérir son entreprise. Par contre, un porte-parole de Loeb, division d’Ottawea, avait indiqué que « la fusion entre le marché d’alimentation IGA Lapointe de Hawkesbury et celui de Rozon Discount Food Ltd est hypothétique pour l’instant ». Marcel Rozon resterait propriétaire de son épicerie pendant encore très longtemps.

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Boogie-Woogie 47 avec Larry-Michel et Marc

Je vous avais déjà parlé de Larry-Michel Demers, un jeune de Hawkesbury qui voulait faire carrière dans le milieu artistique. Il y réussissait. Dans l’édition du journal Le Carillon du 7 mai 1980, nous apprenons qu’il sera « une des vedettes d’une nouvelle télésérie qui sera en ondes à Radio-Canada ». Larry-Michel serait de la distribution de « Boogie-Woogie 47 de Claude Jasmin ». Le journal Échos-Vedettes « a prédit que Boogie-Woogie fera découvrir Larry-Michel Demers et Marc Labrèche (un jeune comédien lui aussi), comme La petite patrie avait fait découvrir le talent de Jacques Thisdale et Vincent Bilodeau ». Larry-Michel est tristement décédé il y a plusieurs années et tout le monde connaît Labrèche aujourd’hui.

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Nous étions à la veille du premier référendum sur l’avenir du Québec et les forces fédéralistes s’étaient donné la main pour faire campagne dans la province voisine. Denis Ethier, le député libéral de Glengarry-Prescott-Russell, s’était lui aussi déplacé pour rencontrer des Québécois. On l’apprend dans le journal du 14 mai 1980. En fait, Ethier se demandait « si les Québécois ont moralement le droit de vouloir la destruction du Canada ». Il avait expliqué qu’il participait à la campagne « à titre de député d’une circonscription majoritairement francophone, mais aussi à titre de citoyen canadien ‘né au Québec, élevé au Québec, marié à une fille du Québec et dont les enfants sont nés au Québec’, et que les circonstances ont fait en sorte qu’il devienne résidant de l’Ontario ». Et dans un commentaire qui explique peut-être l’attrait du NPD auprès d’un certain segment de la population lors des élections fédérales de 2011 au Québec, le député Ethier avait « reproché au Nouveau parti démocratique sa neutralité dans le présent débat référendaire, affirmant que les néo-démocrates se rapprochent surtout des tenants du ‘oui’ et qu’ils ne pensent pas en fonction d’un Canada uni ».

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En tout cas, le gouvernement fédéral ne craignait manifestement pas ce premier référendum puisqu’il inaugurait le nouveau Collège des douanes et de l’accise à Rigaud la semaine précédant le vote. Le journal du 14 mai 1980 nous apprend que ce collège « injecte 100 nouveaux emplois dans la localité, soit le transfert de 60 employés permanents et l’embauche de 40 autres personnes sur le marché du travail local ». Le collège occupait deux locaux temporaires à Ottawa depuis 1977. « La masse salariale annuelle se chiffre par quelque 1,17 million de dollars. Cet investissement profitera sans aucun doute aux marchands locaux, aux restaurateurs et autres industries de services de la région. » Le collège est toujours là et a profité de quelques expansions au fil des ans.

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L’école secondaire de Rockland s’appellerait dorénavant « L’Escale ». Le Conseil d’éducation de Prescott-Russell avait accepté la suggestion du comité étudiant de l’école. Le parrain du nom avait expliqué son choix : « J’ai choisi ce nom car la vie d’un étudiant ressemble au trajet d’un avion. Il y a le point de départ, puis l’escale avant d’arriver à destination, tout comme l’étudiant qui commence à l’école primaire, puis s’arrête à l’école secondaire pour apprendre encore plus, pour corriger ses erreurs et se préparer à repartir afin d’atteindre son but. »

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Le Rang du fermier… un projet touristique

C’était un projet touristique qui aurait bien reflété la région à vocation fortement agricole. Comme on peut le lire dans Le Carillon du 2 avril 1980, le projet « Le Rang du fermier » serait présenté au ministère de l’Industrie et du tourisme de l’Ontario et nécessiterait une subvention de 65 000 $ pour fins d’étude sur ses possibilités de réalisation. Le maire Robert Racine, de Casselman, se faisait le promoteur de l’idée.

« Le Rang du fermier serait construit près de l’éboulis sur la rivière Nation, dans le canton de Cambridge, près de Lemieux. Il présenterait différents types d’agriculture et de modes de vie, allant de l’ère indienne à la ferme ultramoderne. On pense aussi à y aménager des pistes de ski de fond, de bicyclette et des sentiers de nature, une voie ferrée pour une locomotive à vapeur entre Ottawa et le centre, un bureau touristique et une reconstitution de l’hôtel de villégiature Caledonia Springs (démoli en 1920). » Racine avait comparé le projet au Village du Haut-Canada près de Morrisburg. Le projet n’est jamais allé de l’avant.

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« Les lots du coin de Cameron, soit les lots 154 et 155, ont été vendus par arrêté municipal le 16 février 1971 et le contrat entre le Conseil municipal et l’Imprimerie Prescott & Russell Ltée avait été signé le 15 mars 1971. (…) L’option d’achat avait été prise au début de 1969. » En avril 1980, quasiment dix ans plus tard, le Conseil municipal avait songé à récupérer ce terrain inutilisé parce que deux entrepreneurs « avaient soumis à la ville un projet de construction de club sportif dans le parc industriel ». Gerald Struth et Serge Lacelle avaient une parcelle de terrain, mais voulait une plus grande superficie pour réaliser leur projet ambitieux qui comprendrait « deux courts de tennis, deux courts de squash, deux courts de racquetball, deux courts de badminton et une salle d’exercice ». Le projet ne sera jamais réalisé et le terrain coin Cameron-Aberdeen est demeuré propriété de l’Imprimerie. Aujourd’hui, ce terrain est occupé par les bureaux commerciaux, l’imprimerie et le centre de distribution des Éditions André-Paquette. C’est précisément pour ça qu’il avait été acheté, mais il aura fallu de nombreuses années et de meilleures circonstances économiques pour réaliser le tout. Tout ça dans le journal du 2 avril 1980.

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Le député fédéral libéral Denis Ethier avait été catégorique : « Tous les francophones de l’extérieur du Québec devront dire NON de façon catégorique, en ce qui concerne la campagne référendaire au Québec. » C’est ce qu’on peut lire dans le journal du 5 avril 1980. Ethier ne comprenait pas les hésitations de la Fédération des francophones hors Québec, ni de la Fédération des Acadiens du Nouveau-Brunswick, qui demeuraient indécises. L’Association franco-manitobaine avait déjà déclaré « qu’elle se rangeait du côté du OUI, accordant ainsi son appui à l’indépendance du Québec ». Et si l’ACFO décidait de faire de même? « Je la défierai de prouver que les Franco-Ontariens de ma circonscription sont en faveur du OUI », avait-il déclaré.

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« Le Club Seigniory de Montebello fêtera cet été ses cinquante ans d’existence au Château Montebello. Ses membres actifs et ses anciens membres, qui sont au nombre de 900, s’y réuniront du 27 juin au 1er juillet. » Un court article en parle dans le journal du 9 avril 1980. Je ne savais pas que ce club privé comptait tant de membres à l’époque.

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« Il y en a bien peu qui l’embrassent »

« Bien des gens couchent avec le rapport Price-Waterhouse, mais il y en a bien peu qui l’embrassent. » C’était la conclusion du conseiller municipal Edward Mullin. Comme on peut le lire dans Le Carillon du 19 mars 1980, Mullin réagissait à la proposition d’embaucher l’entraîneur des Hawks, Mac MacLean, « à titre de gérant du complexe et promoteur d’activités ». Mullin et quelques autres croyaient que cette nomination ne respectait pas les procédures recommandées dans le rapport de Price Waterhouse sur l’administration municipale. Ainsi, le directeur des loisirs, Gilles Lefort, n’aurait même pas été consulté, ni l’administrateur Raymond Lacroix. Vous aurez conclu, si vous suivez mes billets, que c’était encore une fois une manigance du conseiller Claude Demers, et Lefort ne s’était pas gêné pour le lui reprocher. Il y avait aussi l’épineuse question de l’unilinguisme de MacLean. Ce dernier ne serait pas embauché en fin de compte.

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C’est le problème typique des petites communautés, aujourd’hui comme il y a 30 ans… la qualité de l’eau. Dans le journal du 26 mars 1980, on apprend que le village de L’Orignal devra retarder le développement domiciliaire dans son territoire à cause des problèmes de qualité de l’eau. Le ministère ontarien du Logement avait conclu que « le Conseil doit accorder une grande cote de priorité aux problèmes de chlorure dans l’eau potable du village ». Un document du ministère souligne que « L’Orignal compte présentement 384 habitations privées et 128 logis loués. D’ici 1984, il y aura 97 résidences privées de plus et 48 logis loués additionnels. La population devrait avoir passé de 1669 à 2238 pendant la même période, tandis que le nombre de foyers devrait être de l’ordre de 662 en 1984 comparativement à 512 aujourd’hui. D’ici là, la croissance sera limitée à 40 nouveaux logements par année au plus. » Cela n’avait aucune incidence sur les projets de développement déjà autorisés et il y en avait quelques-uns. L’Orignal devait régler ce problème si la communauté voulait croître davantage.

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Jusque-là, les automobilistes ontariens pouvaient verser 150 $ au Fonds d’indemnisation des victimes d’accidents d’automobile et pouvaient conduire un véhicule immatriculé sans assurance. Le gouvernement ontarien venait de changer la loi pour rendre l’assurance-automobile obligatoire dans la province pour tous les propriétaires de véhicules. Le lecteur retrouvait les explications à cet effet dans le journal du 26 mars 1980. « Les automobilistes sont tenus de porter sur soi la carte rose d’assurance responsabilité civile lorsqu’ils conduisent. » Tiens, tiens, j’ai toujours cru qu’il fallait simplement l’avoir dans son auto.

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Sa décision n’avait rien à voir avec l’affaire MacLean, mais sa démission se produisait quasiment en même temps que le débat était devenu public. Dans le journal Le Carillon du 29 mars 1980, on apprend que « l’administrateur de la ville de Hawkesbury, M. Raymond Lacroix, a remis sa démission mardi après-midi, mettant ainsi fin à une carrière de plus de vingt ans dans la fonction publique locale et régionale ». C’est que Lacroix avait acheté l’entreprise du maire Laurent Cayen, Cayen Steam Laundry. Le maire en était propriétaire depuis 1968, quand il l’avait acheté de son père. Devenir homme d’affaires était un rêve de Lacroix. « M. Raymond Lacroix a été surintendant municipal de la ville de Hawkesbury pendant douze ans, avant d’occuper le poste de préposé aux achats au Conseil d’éducation de Prescott-Russell et d’adjoint à l’administrateur des affaires au sein de cet organisme, pendant près de six années. C’est ce poste qu’il occupait quand il a accepté la responsabilité d’administrateur municipal, en 1976. »

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Télidon! Ça vous rappelle quelque chose?

Au début de 1980 nous étions encore très loin de l’Internet grand public qui n’arriverait qu’une quinzaine d’années plus tard. Cela n’avait pas empêché l’émergence de Télidon le 1e février 1980. Cette initiative du ministère fédéral des Communications et de l’Office de la télécommunication éducative de l’Ontario (TVOntario) était en fait une première mondiale. Le Carillon du 1er mars 1980 expliquait de quoi il s’agissait. « Il s’agit d’une innovation technologique remarquable qui, bientôt, bouleversera nos loisirs, nos modes de communication, notre vie tout entière. Ce système transforme le téléviseur classique en un appareil capable de fournir instantanément et sur commande, toutes sortes de renseignements sous forme de textes et de représentations graphiques. Grâce à Télidon, les abonnés pourront, dans un avenir rapproché, avoir accès à de gigantesques banques d’information, recevoir des messages électroniques, suivre des cours, etc. Les versions ultérieures du Télidon feront du téléviseur un émetteur autant qu’un récepteur d’information: l’usager pourra s’en servir pour enregistrer des messages, traiter des affaires, acquitter des factures, vendre des idées, ou communiquer avec d’autres abonnés. » L’objectif était essentiellement pédagogique et son utilisation devait révolutionner l’enseignement. En 1980, il était plutôt question d’essai du système Télidon. L’ordinateur personnel en est alors à ses premiers balbutiements.

J’avoue ne pas trop m’en souvenir et encore moins de ce qu’il en est advenu. Par contre, j’aurais aimé m’en souvenir au début des années 90 quand, à Postes Canada, un de mes dossiers de relations avec les médias touchait une expérience plutôt similaire, celle du projet UBI en collaboration avec Vidéotron, la Banque Nationale, Hydro-Québec, Loto-Québec, Hearst Corporation. Postes Canada et ses partenaires avaient une vision d’un service très semblable à la description que le journal faisait de Télidon dix ans plus tôt. Évidemment, le World Wide Web allait tout chambarder ces belles intentions.

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Tiens, c’est intéressant de retrouver les noms de ces politiciens très connus à l’époque. Le journal du 5 mars 1980 publiait la liste des noms des membres du nouveau cabinet des ministres que Pierre Elliott Trudeau venait de former au lendemain de sa récente victoire électorale. Jeanne Sauvé, future gouverneure générale, était la présidente de la Chambre des communes. Voici les noms de ces ministres, si ça vous rappelle autant de souvenirs : Pierre Elliott Trudeau, bien sûr, et Allan MacEachern, son bras droit de l’époque et vice-premier ministre. Les autres étaient (par ordre de préséance, comme ils disaient) : Jean-Luc Pépin, Jean Chrétien, John Munro, Bud Olson, Herb Gray, Eugene Whelan, André Ouellet, Daniel MacDonald, Marc Lalonde, Ray Perrault, Roméo LeBlanc (un autre futur gouverneur général), John Roberts, Monique Bégin, Jean-Jacques Blais, Francis Fox, Gilles Lamontagne, Pierre De Bané, Hazen Argue, Gerald Reagan, Mark MacGuigan, Bob Kaplan, Jim Fleming, Bill Romkey, Pierre Bussières, Charles Lapointe, Ed Lumley, Yvon Pinard, Donald Johnson, Lloyd Axworthy, Paul Cosgrove et Judy Erola. J’ai eu l’occasion de rencontrer l’un ou l’autre lorsqu’ils se rendaient dans Glengarry-Prescott-Russell. Et bien sûr, 20 ans plus tard, André Ouellet serait mon grand patron à Postes Canada.

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« Amoco Fabrics – Les négociations sont dans une impasse » et « le recours à la grève n’est pas écarté » peut-on lire dans le journal du 12 mars 1980. Signe avant-coureur de ce qui s’en venait à cette usine locale. Triste chapitre à suivre.

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Une solide majorité cette fois

À l’échelle nationale, les Canadiens n’avaient pas apprécié un gouvernement minoritaire et encore moins un gouvernement minoritaire conservateur. Au scrutin du 18 février 1980, les Libéraux de Pierre Elliott Trudeau retournent au pouvoir, cette fois avec une solide majorité et 147 sièges. Les conservateurs s’en tirent quand même avec 102 sièges, alors que le Nouveau parti démocratie en obtient 32. Le Crédit social a été éliminé de la carte, ne faisant élire aucun député. Dans Glengarry-Prescott-Russell, la victoire du libéral Denis Ethier était inévitable et il a solidifié sa réputation avec une majorité écrasante de 20 076 voix sur son adversaire conservateur Gordon Johnson, qui n’obtenait que 8107 votes, quasiment 2000 de moins qu’à l’élection précédente de mai. Le néo-démocrate Claude Dion avait augmenté l’appui à son parti avec 4705 votes. Quant au marxiste-léniniste Gary O’Brien, il s’est consolé avec 88 votes. Le peuple avait parlé.

« Dans Glengarry-Prescott-Russell, la population a ‘embarqué’ dans cette vague anti-Clark (ou anti-Alberta) – selon ses convictions – parce que c’est la seule justification à cette écrasante majorité de plus de 20 000 votes. Cela explique sans doute, aussi, pourquoi le conservateur Gordon Johnson a récolté beaucoup moins qu’en mai et pourquoi le néo-démocrate Dion a récolté plus. » Tout ça et beaucoup d’autres textes à saveur électorale dans Le Carillon du 20 février 1980.

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Je ne sais pas si cette banque de données existe encore. Dans le journal du 23 février 1980, il est question du collège Algonquin qui vient de mériter « une subvention de l’ordre de $14,900 afin de mettre sur pieds un système de documentation à partir de découpures de journaux ». Le projet du ministère de l’Éducation de l’Ontario s’intitule « Rapatriement de documents journalistiques » et est destiné à faciliter la tâche des recherchistes. Richard Hudon et Aline Groulx, du collège, étaient responsables du bon fonctionnement du projet d’une durée de six mois.

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Contexte du temps

Sinclair Construction annonce « le Briarwood », un bungalow neuf de trois chambres à coucher et de 864 pieds carrés au prix de 31 950 $. – Capri Realties Ltd vend une quarantaine de nouveaux lots dans la subdivision Chartrand à Hawkesbury au prix unitaire à partir de 11 900 $. – Chez Ameublement Sarault et fils, à Clarence Creek et Casselman, vous meublerez votre chambre à coucher au complet pour 1 695,95 $. « Tête de lit avec miroir et lumière, radio AM/FM 8 pistes, 2 tables de nuit, contour de lit, bureau triple et miroir et couvre-lit. » – Un alignement de roues coûtait 12,95 $ au centre Goodyear.

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Dans le journal du 27 février 1980 : « Dans son discours inaugural pour l’année 1980, le maire du village de Casselman, Robert Racine, a promis à ses contribuables l’établissement de 10 industries et la création de 300 emplois dans la municipalité pour la prochaine année. » Rêver… que c’est beau! Rien de ça ne s’est matérialisé bien sûr.

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Mayer avait failli perdre son contrat

La firme René Mayer s’occupait du prélèvement des ordures à Hawkesbury depuis plus de 30 ans et lors d’une demande de soumissions, c’est l’entreprise Ernest Lacombe jr qui soumettait le meilleur prix, en fait, 24 000 $ de moins que la firme Mayer. Les autorités municipales n’avaient d’autre choix que de lui accorder le contrat, mais sans exiger au préalable « une garantie de performance ». La demande de garantie avait été présentée aux deux seuls soumissionnaires. Et ce qui devait arriver, arriva; Mayer avait présenté cette garantie, mais Lacombe non. L’enlèvement des ordures serait donc encore assuré par la firme Mayer pendant longtemps d’ailleurs. On apprend tout ça dans l’édition du 6 février 1980 du journal Le Carillon.

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Une lettre au rédacteur retient mon attention dans le journal du 6 février 1980. La lettre n’a rien d’extraordinaire, en soi, bien qu’elle soit signée par Claudette Larocque, de Hawkesbury. Cette femme allait devenir une contributrice régulière de notre page des lecteurs pendant au moins les sept années suivantes. Elle nous arrivait au bureau avec ses lettres écrites sur tout papier sur lequel elle pouvait mettre la main : serviettes, napperons, et ainsi de suite. Les déchiffrer était souvent un travail de détective. Elle était très colorée. Vers la fin des années 1980, elle deviendrait membre du Conseil municipal de Hawkesbury.

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C’était une excellente idée à l’époque. Les autorités municipales du Canton de Russell, qui avaient déjà acheté le droit de passage de la voie ferrée du New York Central pour une somme nominale, visaient un peu plus haut. Elles avaient acheté, également pour 1 $, « la vieille gare du New York Central à Berwick » avec l’intention de la déménager dans le village. Cette gare était abandonnée depuis 1957 et était la proie des vandales. « Sous la gouverne du Conseil municipal, peut-on lire dans le journal du 13 février 1980, la vieille gare sera rénovée et remise en état et pourra éventuellement accueillir un musée ferroviaire, qui mettra en valeur le rôle du chemin de fer dans le développement de la région. » La vieille gare a bel et bien été installée sur la rue Notre-Dame à Embrun, mais elle est une résidence particulière. Elle a conservé son allure de vieille gare. Il n’y a jamais eu de musée par contre; je ne crois pas, en tout cas.

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Je ne me souviens pas si cette promesse électorale faisait partie du programme national du Parti progressiste-conservateur. Le candidat Gordon Johnson fait référence à Petro-Canada. « Petro-Canada, est-ce votre affaire? » se demande-t-il dans une demi-page de publicité. « Cela le sera si vous votez Johnson P.C. 5 actions vous seront données gratuitement. Lorsque vous détenez des actions, c’est vraiment votre affaire. Vous possédez déjà le CN et Air Canada, mais vous ne pouvez rien y faire. Ne laissez pas Petro-Canada tomber dans la même catégorie. » Je me demande ce que vaudraient bien mes actions si cette idée s’était matérialisée.