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Feuilleton sur une époque longtemps disparue (9)

L’embouteillage des eaux : autant de compagnies que d’hôtels

par Monique M. Castonguay

S’il existait trois hôtels à Caledonia Springs, il n’en était pas moins que trois usines d’embouteillage tiraient des revenus des sources à la fin du siècle dernier. La Hawkesbury Bottling Works a survécu aux deux autres pour finalement s’éteindre dans les années soixante.

Le dernier embouteilleur de cette compagnie, M. Eugène Dicaire, réside toujours à l’emplacement de la dernière usine d’embouteillage, rue Hampden à Hawkesbury.

En fouillant dans ses souvenirs, il a établi que Canada Dry a embouteillé sous le nom d’Adanac Waters dans des installations au sous-sol du Grand Hôtel et a cessé ses opérations complètes à Caledonia Springs en 1938. Gurd’s Mineral Water Co. Ltd embouteillait de l’autre côté de la route, près de la voie ferrée, a vendu sa compagnie à Émile Paré de Hull en 1940 qui a embouteillé sous le nom de Régal, et Hawkesbury Bottling devait en faire l’acquisition en 1947 pour l’amalgamer à sa compagnie et fermer ses portes en 1963. Seule la compagnie de Hawkesbury, commencée sous la direction de M. Amédée Sabourin alors maire de Hawkesbury, devait embouteiller à l’extérieur du début à la fin.

Ses premiers locaux ont été dans l’hôtel appartenant au Canadian National Railroad à Hawkesbury, édifice remplacé par l’ancien Hôpital Notre-Dame ou annexe B. On y embouteillait l’eau Maple Leaf sous la compagnie « The Maple Leaf Aerated Water Co. ». L’entreprise a été vendue à ses deux fils, Philippe et Charlemagne, qui l’ont revendue à leurs oncles, Antoine et André Sabourin (frères d’Amédée). Antoine, beau-père de M. Dicaire, a racheté la part d’André dans l’entreprise en 1936, et sa fille, Émilienne Sabourin-Dicaire devait en hériter en 1942.

M. Dicaire a révélé que son entreprise s’approvisionnait d’une autre source d’eau gazeuse que celle qui était connue par le Grand Hôtel. Elle était sur le terrain de M. Gauthier, qui a déménagé depuis, à proximité de l’école, à droite du chemin. L’eau y jaillissait à trois pieds de terre.

Une autre source d’eau minérale existait aussi sur le terrain de M. Carrière au bout d’un cul-de-sac dans la terre noire près du Lost Creek; l’eau sort dans un jet à deux pieds de terre et certaines personnes s’y approvisionneraient encore.

L’usine d’embouteillage de Hawkesbury allait chercher son eau avec des barils de bois toute l’année. Les chevaux facilitaient le transport durant l’hiver. Les locaux de l’usine ont ensuite été construits sur la rue Atlantic, là même où Le Carillon tient ses bureaux actuellement. Un puits d’eau douce potable avait été creusé pour s’assurer un approvisionnement autre que l’eau de la rivière qui montrait déjà des signes de pollution. Ce local a été vendu pour déménager sur la rue Principale en face des forges Vachon et près de l’ancien restaurant Duplantie. Plus tard, la rue Régent était l’hôte de l’usine d’embouteillage, dans le local qui a servi plus tard à l’imprimerie Régent de feu Gérard Millette. Finalement, la compagnie a élu domicile sur la rue Hampden en 1938 pour y rester; un puits avait aussi été creusé à cet endroit.

M. Dicaire a expliqué que de son côté, Adanac embouteillait sur place. Gurd’s avait bâti un entrepôt de deux étages et les employés étaient logés au deuxième plancher. L’eau était pompée à proximité par une pompe manuelle qui devait être opérée par deux hommes. Les barils d’eau étaient ensuite transportés par train à Montréal.

Demain : Le cheminement de l’usine de Hawkesbury

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Feuilleton sur une époque longtemps disparue (8)

On y vient encore

Caledonia Springs n’est plus que le fantôme d’autrefois. De sa magnificence, il ne reste plus qu’un réseau de trottoirs, un pavillon des sources et les structures d’un barrage et de l’embouteillage. Mais la renommée est longue à décrépir. Il y vient encore parfois des gens d’aussi loin que les États-Unis qui s’informent auprès des résidents de l’emplacement des sources qu’ils croient, du reste, encore en bon état.

Le propriétaire d’une partie du terrain où se trouvaient autrefois érigées les plus impressionnantes installations de Caledonia Springs, M. Reynald Leduc, raconte qu’il a reçu il y a quelques années la visite d’une femme dont le docteur à Kingston avait recommandé une cure à Caledonia Springs pour soulager ses malaises rhumatismaux. Elle fut évidemment très désappointée d’apprendre qu’on ne traitait plus les malades à Caledonia Springs.

Lorsque Le Carillon s’est rendu au pavillon des sources, deux hommes d’Alfred s’y trouvaient. MM. Philippe Arcand et René Bourdon étaient venus recueillir quelques cruches d’eau qu’ils entendaient goûter au cours des jours suivants. Les deux hommes sont d’abord des amateurs d’eau de source. Mais ils sont aussi des rêveurs. Lorsqu’ils s’y rendent, ils se laissent aller à s’imaginer la splendeur qui a pu émaner de Caledonia Springs.

« Ça ne ressemble en rien à ce que ce fut autrefois. Pourtant, je suis captivé à chaque fois que je viens ici, soutient M. Bourdon. Je m’imagine parfois Caledonia Springs avec son aspect d’autrefois et je suis fasciné. Cependant, à chaque fois que j’y reviens, il me semble que tout s’est détérioré davantage et cela me chagrine. Bientôt, il ne restera plus rien et c’est dommage, car restaurer Caledonia Springs pourrait constituer une grande attraction touristique. Il y a partout des musées fort populaires dont les thèmes sont beaucoup moins intéressants que Caledonia Springs. »

« Moi, je viens surtout pour l’eau, raconte M. Arcand. Je ramène une cruche d’eau salée et une autre d’eau sulfureuse. J’en bois une très petite quantité par jour de sorte que ma réserve dure longtemps. Il me semble que je me sens mieux lorsque je bois cette eau. Ma digestion entre autres se fait plus facilement. J’aime également me promener un peu aux alentours. Je me fis souvent que les gens qui venaient séjourner ici devaient être très importants et fortunés. »

Lundi: L’embouteillage des eaux

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Feuilleton sur une époque longtemps disparue (7)

Qui a fermé le Grand Hôtel?

Toutes les recherches effectuées jusqu’à maintenant, et même les livres d’histoire omettent de mentionner la raison exacte de la fermeture du Grand Hôtel, à Caledonia Springs, événement qui a marqué le début de la fin de l’heure de gloire du site de villégiature jusqu’alors tellement populaire.

De plus, le Canadian Pacific qui était propriétaire de l’établissement à cette époque n’a ouvert d’archives qu’en 1973, selon la recherche effectuée pour les comtés unis en 1981.

Le CP a annoncé officiellement la fermeture de l’établissement principal de Caledonia Springs en 1915, et a démoli l’installation au cours des années suivantes. Des témoins disent que la fermeture avait eu lieu en 1914, et les recherches font état de travaux onéreux incomplets effectués à l’automne de 1913.

Le rapport de l’ingénieur sur ces travaux adressé au CP en janvier 1914, insiste sur la nécessité pour la compagnie de s’assurer de la rentabilité de l’embouteillage de l’eau des sources avant d’aller de l’avant avec les prochaines étapes. Durant l’année, une distance de cinq mille de longueur de tuyaux avait été installée sous la terre pour acheminer l’eau à l’usine d’embouteillage. L’ingénieur y signale un début de quelque 27 gallons à la minute ou 14 200 000 gallons à l’année. L’embouteillage avec les méthodes les plus modernes nécessitait une dépense additionnelle de quelque 35 000 $, et le projet de 1913 avait déjà coûté à l’époque 30 000 $.

D’autre part, le premier conflit mondial était déclaré en juin 1914. Les pays alliés se sont joints à ceux impliqués dans cette guerre en mai 1915, ce qui pourrait avoir influencé l’ordre des priorités à la compagnie de chemins de fer canadienne. Les recherches ont aussi révélé que le bois des bâtisses démolies avait été récupéré et transporté ailleurs.

La prohibition

Autre hypothèse intéressante : la prohibition. Entre 1914 et 1916, quelque 502 des 835 municipalités de l’Ontario ont soumis au vote populaire la question de la prohibition. Caledonia aurait à cette époque emboîté le pas vers la restriction de toute vente de boissons alcoolisées dans ses limites, puisqu’en 1978, lors des élections municipales, la population devait se prononcer à nouveau sur la question de légaliser la vente d’alcool dans la municipalité. La population a voté à 93 % en faveur de la législation, ce qui donnait le feu vert au bar du nouveau centre communautaire, ainsi qu’à tout établissement éventuel et conforme aux règlements provinciaux. L’une des dernières municipalités à le faire, après 64 ans, Caledonia n’était plus sèche.

Selon l’historien Joseph Shull, dans son livre « Ontario since 1867 », le débat était poussé principalement par la population rurale, les femmes, le clergé et le parti libéral à l’opposition. On présentait alors la question comme suit aux masses : « Chrétienté versus alcool ».

La prohibition a eu pour effet de centraliser les débits de boisson dans les grands centres urbains, et pour l’Est de l’Ontario, dans la province de Québec. La taxe et le contrôle de la province sur les permis et la qualité des produits sont apparus en 1927, tout comme au Nouveau-Brunswick.

La tendance à la contrebande a vite fait son apparition après la prohibition. Cette période marque aussi un changement radical des exploitations commerciales avec l’avènement de la mécanisation dans tous les domaines et des moyens de transport motorisés. Nous étions à peu de temps des « Années folles » et à quelques mois de la Première Guerre mondiale.

Tenir un hôtel ouvert sans alcool aurait été difficilement rentable.

Demain : On y vient encore

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Feuilleton sur une époque longtemps disparue (6)

L’Adanac ferme

Les sources continuèrent à accueillir des visiteurs plusieurs années après la fermeture de l’attrayant Grand Hôtel toutefois. Et lorsque M. Leduc acheta la propriété du CPR, un hôtel opérait encore, souligne M. Leduc. Il s’agissait de l’Adanac Inn, géré par M. Arthur Dubois, celui-là qui avait agi en tant que caddie au terrain de golf du Grand Hôtel. L’Adanac n’avait pas cependant l’attrait mondain de son prestigieux prédécesseur. On y venait d’abord et, surtout, pour soigner des malaises rhumatismaux.

Finalement, en 1947 après la guerre, l’appauvrissement général de la population, la fin de la mode contribuèrent à la fermeture de l’Adanac et la fin de l’exploitation commerciale des sources.

À l’Adanac Inn, Rutherford faisait sa cure de bain chaque année

Tous les ans, Raymond Rutherford, un riche aviculteur du Connecticut arrivait l’été pour un séjour à l’Adanac Inn, courbaturé, vieilli, traînant de la patte et béquille sous le bras. Après trois semaines de bains répétés dans les « eaux » magiques de sources de Caledonia Springs, c’était un tout nouvel homme qui sautait dans le train pour les États-Unis.

« Il faisait vraiment pitié à voir lorsqu’il nous arrivait chaque année, relate M. Arthur Dubois, qui a été propriétaire du dernier hôtel de Caledonia Springs, l’Adanac Inn. Mais nos traitements ne manquaient jamais de le revigorer. Au bout de quelques jours, il suspendait ses béquilles et allait et venait comme un homme dans la fleur de l’âge. Il était un fervent inconditionnel des sources et croyait fermement en ses propriétés curatives.

M. Dubois se souvient particulièrement de M. Rutherford, qui avec son épouse, étaient parmi les meilleurs clients de l’Adanac Inn. Mais il y en avait plusieurs comme eux pendant les années 30 et jusqu’à la fin des opérations en 1947.

Les clients, qui à cette époque, étaient devenus presque des patients en quête d’une fontaine de jouvence, réservaient habituellement pour une semaine. Ceux comme M. et Mme Rutherford, qui venaient de loin, se réservaient une chambre pour deux ou trois semaines. Aussitôt le dépaquetage de leurs affaires terminées, ils se dirigeaient vers la chambre des bains, relate M. Dubois. Là ils s’étendaient dans un bain contenant de l’eau chauffée à environ 100 degrés Fahrenheit et parfois plus, après avoir ingurgité à intervalles réguliers des tasses d’eau sulfureuse.

M. Dubois exerçait une surveillance constante sur les baigneurs pour éviter qu’ils ne se décontractent trop. Après une quinzaine de minutes, il aidait le client affaibli par le laps de temps couché dans les eaux chaudes à se relever et lui entourait soigneusement le corps d’épaisses couvertures de laine pour l’amener à suer à pleins pores.

Telle était la fontaine de jouvence des vieillards, rhumatisants ou simples gens soucieux d’afficher une jeunesse éternelle.

Demain : Qui a fermé le Grand Hôtel?

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Feuilleton sur une époque longtemps disparue (5)

À travers les clôtures

Mais la plupart du temps, les paysans admiraient de loin. M. Earl Butler, dont la résidence est construite sur la fondation de l’édifice abritant les bouilloires du Grand Hôtel, relate les longues heures passées à admirer le défilé des vacanciers descendent de gare dans leurs costumes à la dernière mode, se dandinant élégamment vers leur chambre en empruntant un des trottoirs de l’imposant réseau.

Le soir, une fois leurs travaux des champs terminés, les habitants de la région se prenaient à rêver à la vue des locataires du Grand Hôtel se promenant bras dessus-dessous ou naviguant paisiblement sur l’étang artificiel créé grâce à un barrage empêchant un petit ruisseau de se tarir.

M. Butler conserve des souvenirs assez flous de Caledonia Springs à son époque glorieuse cependant. Il n’était pas encore en âge d’aller à l’école lorsque le Grand Hôtel cessa ses opérations. Un de ses frères aînés, Cecil, a agi en tant que caddie au terrain de golf, un autre plus âgé a travaillé comme garçon de chambres, premier emploi qui s’est d’ailleurs avéré le début d’une longue carrière dans l’hôtellerie au service de la compagnie CPR.

Pendant l’année de fermeture, M. Butler raconte qu’il s’est sournoisement introduit dans le Grand Hôtel abandonné à quelques reprises. Il en garde le souvenir d’un établissement incroyablement vaste, aux larges corridors et d’une beauté et d’un raffinement rares. Ce ne sont que les souvenirs d’un enfant âgé de 6 ou 7 ans mais qui confirment les commentaires de documents historiques au sujet de cet hôtel de 300 chambres.

En 1914, le Grand Hôtel fut démoli. Les travaux furent si rapides que personne ne semble en garder mémoire. Avec lui, Caledonia Springs s’éteignit lentement. Lorsque M. Ubald Leduc se porta acquéreur de la propriété en 1943, raconte son fils Reynald, il ne subsistait pratiquement que les anciens bâtiments de la ferme grâce à laquelle la direction de l’hôtel subvenait autrefois à l’alimentation des locataires.

La surtaxe exigée par les gouvernements sur les bâtiments, et le contexte économique mauvais incitèrent M. Leduc à démolir la plupart des bâtiments toujours debout.

« Plusieurs constructions étaient encore debout et solides, raconte M. Reynald Leduc, dont le terrain est une parcelle de l’ancienne propriété du CPR. Toutefois c’était pendant la guerre et nous ne pouvions nous permettre de payer des taxes sur des bâtiments dont nous n’avions pas besoin. C’était une question de subsistance. Nous avons donc démoli et vendu le bois, qui était d’ailleurs abondant et de bonne qualité. »

Demain : L’Adanac Inn et les Rutherford

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Feuilleton sur une époque longtemps disparue (4)

Caledonia : plusieurs se souviennent

par Yves Rouleau

Les mémoires s’estompent. Ils ne sont plus que quelques-uns à pouvoir ressasser de lointains souvenirs de l’époque glorieuse des sources et de la vie mondaine à Caledonia Springs.

M. Arthur Dubois, âgé de 80 ans, se souvient d’avoir agi en tant que caddie pour les riches golfeurs sur le terrain du Grand Hôtel. Un septuagénaire, M. Earl Butler, aime remémorer la curiosité que provoquaient les élégants visiteurs lorsqu’ils descendaient de gare. Quant à M. Reynald Leduc, son âge l’empêche de garder quelque souvenir que ce soit de l’époque grandiose des sources, mais il se rappelle des installations qui étaient toujours debout lorsque son père a acquis la propriété de plus de 400 acres en 1943. M. Ubald Leduc avait acheté le terrain du Canadian Pacific Railway qui désirait ardemment s’en défaire.

Comme la plupart des enfants d’agriculteurs des environs, M. Dubois, qui a maintenant élu domicile à cinq kilomètres au nord de Caledonia Springs, sur le chemin du Blue Corner en bordure de la route 17, raconte qu’il trouva à se faire embaucher par le Grand Hôtel. Dès l’âge de 10 ans, il parcourait les verts du terrain de golf portant les bâtons des riches joueurs. Il gagnait pour cette tâche le salaire très appréciable de 10 sous par jour.

« C’était un salaire plus qu’intéressant pour un enfant de 10 ans à cette époque », confie-t-il.

Bien que les habitants des environs n’eurent jamais l’occasion de profiter du luxe du domaine des sources, ils appréciaient tout de même son existence, car plusieurs y trouvaient un emploi, le plus souvent à temps partiel à cause de leur métier d’agriculteur.

Les jeunes filles étaient embauchées dans les cuisines, la buanderie, parfois même en tant que femme de chambre. Les garçons, considérés trop jeunes par leurs parents pour participer aux travaux de la ferme, étaient engagés comme caddie.

Deux mondes vivaient cependant côte à côte dans Caledonia Springs sans se mêler. Toutefois, la tentation d’admirer de plus près cette gent aisée était parfois irrésistible, raconte M. Dubois. Il lui arrivait donc parfois, avec des copains, de risquer une excursion sur le terrain du Grand Hôtel. Il se souvient même quelquefois de s’être aventuré sur la galerie de l’établissement. « Le gérant avait un chien, pas très gros, mais qui jappait très fort, qui nous faisait peur et ainsi nous déguerpissions », indique M. Dubois.

Demain : À travers les clôtures

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Feuilleton sur une époque longtemps disparue (3)

La légende des sources

L’histoire des sources de Caledonia reste obscure jusqu’au début du XIXe siècle. Néanmoins, la version des Indiens a gardé son charme et la légende ressemble étrangement aux contes de fées, aux princesses et aux princes charmants qui ont survécu le passage des années.

L’auteur du livre « L’histoire des Comtés unis de Prescott et de Russell », M. Lucien Brault, a rassemblé les éléments de cette légende :

« Un brave chef indien, nommé Tonnerre-Roulant, faisait la chasse dans la région; il avait une charmante fille, du nom Étoile-de-la-Nuit, qu’il aimait particulièrement. À l’âge de seize ans, elle fut atteinte d’une grave maladie qu’aucune plante médicinale n’avait réussi à guérir. Elle allait mourir.

L’un de ses prétendants, Aile-de-Corbeau, ayant entendu parler par son grand-père des merveilleuses qualités de l’eau des sources, se fit promettre la main d’Étoile-de-la-Nuit par le grand chef s’il réussissait à guérir sa maladie.

Bien qu’Aile-de-Corbeau ne fût pas le choix préféré de Tonnerre-Roulant pour sa fille, il consentit à l’entente. L’amoureux se rendit à la hâte aux sources où, à l’ombre des grands arbres et près des sources, il confectionna un lit aussi confortable que possible en branches de cèdre. Il y transporta ensuite la patiente et, au moyen d’un cornet d’écorce de bouleau, lui fit boire de l’eau des quatre sources à intervalles réguliers pendant toute une journée. Le lendemain la fièvre avait diminué et quelques jours plus tard elle était guérie.

Depuis, les Indiens ont toujours cru aux qualités médicinales de ces sources. »

* * *

Un retour à la nature

« Sans argent, le développement des sources reste impossible », selon la propriétaire du terrain, Mme Harriet Leduc.

Après avoir tenté l’exploitation d’un terrain de camping sur le site des sources et demandé l’aide gouvernementale à l’époque, les propriétaires ont laissé tomber les bras devant l’importance de l’investissement pour faire revivre Caledonia Springs.

Que ce soit un kiosque d’arrêt, un musée, ou la reconstruction d’édifices semblables à ceux qui ont fait la gloire de l’endroit il y a près d’un siècle, la somme de travail, et l’expertise doivent aussi figurer aux frais.

« Le terrain de camping n’était pas été fréquenté pour que ce soit rentable », de dire Mme Leduc. Le développement du site, selon elle, ne serait pas possible non plus sans une publicité importante.

Toutefois, elle a mentionné que des acheteurs avaient déjà manifesté un intérêt pour le terrain qui renferme les quatre sources différentes.

Présentement, les longs trottoirs de granit lézardés à quelques endroits ne sont utilisés que par de rares amateurs des sources et le troupeau laitier de la ferme Leduc en pâturage là où jadis la haute bourgeoisie se retrouvait. La plupart des édifices ont été démolis pour récupérer le bois, et les fondations de béton qui ont résisté à cet assaut s’érodent peu à peu.

Lundi : Plusieurs se souviennent

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Feuilleton sur une époque longtemps disparue (2)

Le Grand Hôtel

Entre la découverte du site par l’homme blanc et l’érection d’un premier hôtel, trente années ne se sont pas écoulées.

Alexander Grant avait suivi un sentier qui l’a mené aux sources durant une expédition de chasse en 1806. Des signes hiéroglyphiques avaient été gravés sur les arbres par les Indiens pour y indiquer l’emplacement des sources et leur « magie ». Un compagnon, M. Kellog, n’a pas tardé à y construire une cabane durant les années qui ont suivi, exigeant des visiteurs une somme d’argent pour profiter des sources.

Celui-ci bâtit bientôt une maison pour les malades et les visiteurs. Le Canada House y est construit en 1835 par Samuel Cushing; on peut accueillir dans cet hôtel quelque 100 personnes. William Parker l’achète et installe en plus un pavillon à chaque source.

Entre temps, en 1837, le terrain est arpenté et divisé en lots pour le village, et la vente des lots se fait par tirage au sort à Montréal vers 1840. Une route carrossable qui conduit jusqu’à la localité est aménagée à la même époque.

Un journal publié à l’intention des visiteurs et touristes voir le jour : « Life at the Springs », paraissant tous les samedis entre mai et octobre. « The Springs Mercury and Ottawa Advocate » fait une unique parution, en novembre 1840.

Le Canada House compte alors deux étages, une large véranda, une fontaine et un carrousel. Le commerce de l’eau à 4 sous le gallon commence, inauguré par J.L. Wilkinson qui fait l’acquisition de l’hôtel peu de temps après. Il le revend après à T. Crawford, qui lui s’en départit auprès de MM. Cushing et Shepard. Ceux-ci érigent un hôtel de pierre qui est la proie des flammes quelque temps après.

MM. Bowie et Gouin reconstruisent : cette fois, l’hôtel offre des bains pour les rhumatisants. La Compagnie Grand Hotel englobe le tout. Des centaines d’invalides et de malades s’inscrivent chaque année au registre pour venir y être guéris grâce aux quatre sources. Construit en bois dans un style qui s’apparente à celui de La Nouvelle-Orléans, l’hôtel y gagne bientôt une annexe pour y offrir le plus de services.

La compagnie tente de restreindre l’usage des sources à ses clients en 1877, en vain en raison des réactions de la population locale.

Caledonia Springs devient le rendez-vous mondain. Pour 3 $ par jour au Grand Hôtel, on y offre le chauffage à la vapeur, l’éclairage au gaz, des foyers, un ascenseur, le téléphone à chaque chambre, une véranda de quelque 20 pieds tout autour, un coup d’œil sur le paysage, le ruisseau et les Laurentides au loin. Il est possible de faire les arrangements pour avoir un bain privé pour sa chambre.

L’aménagement offre des trottoirs et sentiers paysagers, un court de tennis, un terrain de golf, un jeu de croquet, une salle de billard, des allées de quilles, une bibliothèque, un parquet de danse, une estrade, une salle de musique, les services religieux catholiques et anglicans dans les chapelles de la localité. La saison estivale est d’ailleurs inaugurée par un tournoi de golf. On y a signalé aussi des courses de chevaux.

Les activités d’hiver sont plus restreintes. L’étang aménagé dans le ruisseau par une digue est transformé en patinoire; les glissades en traînes-sauvages y sont aussi populaires, ainsi que les promenades en traîneaux et le retour au chaud près du foyer.

Le Canadian Pacific achète les 482 acres de terrain de l’Hôtel et des sources le 21 juillet 1905 avec droit de revendre l’eau des sources. Des travaux sont entrepris à l’automne 1913 pour moderniser l’usine d’embouteillage. L’Hôtel ferme ses portes et l’opération du site est officiellement abandonnée en 1915. L’édifice est démoli en 1920 et Canada Dry Ginger Ale cesse d’y embouteiller pour déménager à Montréal.

La propriété passe aux mains de J. Ubald Leduc le 20 avril 1943, et le site devient presque uniquement une ferme. Les édifices sont démolis un à un. Il ne reste rien de la beurrerie, du poulailler, de la bergerie, de la porcherie, ni de la grande qui servaient à alimenter l’Hôtel et quelques fortunés clients.

Le chalet abritant les sources demeure barricadé durant plusieurs années, mais ses carreaux vitrés sont bientôt la proie des vandales.

Le fils du propriétaire, M. Reynald Leduc, profite de l’affluence des touristes amenés par l’Expo 67 pour y ouvrir un par cet un terrain de camping entre 1965 et 1967. L’entreprise est bientôt abandonnée devant l’exigence des campeurs pour les différents services. Les enseignes routières sont maintenues et plusieurs personnes viennent encore s’approvisionner aux sources de temps à autre.

Les archives répertoriées et compilées au bureau central des Comtés unis de Prescott et Russell lors d’un projet d’été en 1980, où plusieurs des informations de la présente série d’articles ont été puisées, montrent qu’à ce moment-là, seules les sources sulfureuses et salines étaient considérées comme potables. La source gazeuse et intermittente dite Duncan contient trop de colibacilles fécaux pour permettre la consommation humaine.

Demain : La légende des sources

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Feuilleton sur une époque longtemps disparue (1)

À l’époque de mon « Retour sur hier », Caledonia Springs était souvent l’objet de conversations. Dans notre coin de pays, ce centre de villégiature de la belle époque faisait rêver, bien qu’à peu près personne encore vivante n’en ait été témoin direct. Mais la « légende » se perpétuait de bouches à oreilles. Des recherches sur le Web vous donneront peu d’information sur les sources de Caledonia Springs et son prestigieux Grand Hôtel, sauf des références à un ou deux livres. Au cours des prochains jours, je reproduirai le fruit des recherches de mes journalistes Monique M. Castonguay et Yves Rouleau. Ces reportages avaient été publiés dans les éditions des 10, 17, 24, 31 août et 7 septembre 1983 du journal Le Carillon.

Caledonia Springs : c’était à la belle époque

par Monique M. Castonguay

L’histoire de Caledonia Springs m’avait été racontée, par bribes. Toutefois, certains éléments manquaient pour laisser croire l’histoire d’un site aussi fabuleux, disparu après plus d’un siècle de gloire.

Reste encore que ce phénomène de la nature, quatre sources différentes aussi rapprochées l’une de l’autre, ainsi que l’exploitation dont elles ont été entourées, ne laissent personne indifférent malgré la disparition des édifices majestueux et de la communauté de ce hameau.

Cette série d’articles réalisés par mon confrère Yves Rouleau et moi-même présente les différents aspects de ce qu’a été, ce qu’est et ce que sera ce coin de pays unique situé dans les comtés unis de Prescott et Russell.

Bien plus qu’un poste d’arrêt pour s’abreuver à l’eau des quatre sources ou un hôtel de santé, Caledonia Springs vivait jusqu’à il y a cinquante ans comme tout autre communauté de l’époque.

Le village comptait en 1839 quelque 160 âmes, selon les recherches de M. Lucien Brault, publiées dans le livre « L’histoire des Comtés unis de Prescott et de Russell ».

Outre le Grand Hôtel et sa ferme d’approvisionnement, la population locale pouvait compter sur un fabriquant de bardeaux, une salle de billard, un tailleur, un boucher, une maison de pension, un voiturier, un forgeron, un cordonnier et deux autres hôtels, soit l’Adanac et l’Ottawa. Le bureau de poste y a été ouvert en 1853, fermé dix ans entre 1886 et 1896, et fermé définitivement le 30 avril 1960; la gare du Canadian Pacific y était fermée la même année.

En 1900, on parle des trois hôtels, de deux chapelles, l’une catholique et l’autre anglicane, deux magasins, un bain public et une usine d’embouteillage de l’eau de source saline et sulfureuse.

C’est à cette époque que l’endroit aurait connu son apogée, principalement grâce à la clientèle du Grand Hôtel. Les touristes en quête d’une cure de santé arrivaient généralement de Montréal jusqu’à Pointe-Fortune par bateau, et ensuite par une voiture à cheval qui faisait escale à L’Orignal. Les différentes éditions des brochures publicitaires de l’époque à compter de 1844 font généreusement état des qualités des sources et de leurs propriétés médicinales, des activités et du tout confort de cet hôtel de grand luxe. Il était le moteur économique, l’industrie locale, principalement durent la saison d’été entre mai et octobre, mais aussi durant l’hiver avec une clientèle moins nombreuse.

Demain : Le Grand Hôtel

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La réforme des conseils de comté en Ontario

En Ontario, les libéraux de David Peterson s’attaqueraient à une grosse tâche… « la réforme des conseils de comtés en Ontario ». C’était peu dire. Vous vous souviendrez des références, dans mon blogue, aux recommandations de l’urbaniste Goldyn Sunderland qui auraient justement abouti à une restructuration d’au moins un conseil de comtés, celui de Prescott et Russell. J’y faisais d’ailleurs référence dans mon éditorial du journal Le Carillon du 8 avril 1987. « Pour nous de Prescott et Russell, le sujet n’est pas nouveau. Nous pouvons même affirmer que de volumineux documents, tout couverts de poussière, traînent depuis belle lurette sur les tablettes de l’administration du Conseil des comtés unis (comme dans les filières des journalistes). On le baptisait à l’époque: Rapport Sunderland. L’encre avait coulé à profusion. Rien ou presque n’en avait découlé, à part quelques manifestations parcimonieuses de bonne volonté et encore… » Manifestement, je n’avais toujours pas digéré l’inaction des élus à la suite de ce rapport.

Bernard Grandmaître, le « puissant ministre des Affaires municipales, délégué aux Affaires francophones », croyait, « à la lumière de diverses situations prévalant dans la province, qu’il serait peut-être sage de confier à cette structure revigorée la fameuse question de la gestion des déchets, de la planification des secours d’urgence, du développement économique, de l’application du code du bâtiment et d’autres fonctions ». Les comtés avaient déjà la responsabilité de services sociaux et des routes dites de comté. « Grandmaître lui-même songe à confier aux comtés des rôles dans la fourniture de services sociaux aux personnes âgées ou aux garderies. » Grandmaître avait créé un comité spécial pour étudier toute cette question. La suite de tout ça se poursuivrait bien après mon départ prochain du journal.

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Je ne me souviens pas de la source de cette bribe d’information, mais en la relisant, j’ai pensé la partager avec vous. Elle se retrouvait dans ma chronique du 15 avril 1987. « Une petite leçon d’histoire pendant que nous y sommes. Les premiers signaux de ‘Stationnement interdit’ remontent à l’ancienne Mésopotamie à Neneveh où l’on a trouvé des tableaux d’argile avec cette indication écrite en hiéroglyphes. Ils étaient placés le long des deux côtés de la rue pavée qui mène la procession aux temples. En ce temps-là, il ne s’agissait pas de plaisanter avec la loi, car la contravention en vigueur pour les conducteurs de chariot contrevenants était la peine de mort. » Ouch!

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« Darquise Lalonde, de Clarence, Normand Bonin, de L’Orignal, Louis Martel, d’Embrun, et Michel Major, de Hawkesbury, quatre organisateurs de loisirs de l’Est de l’Ontario, viennent d’être cités au Corps d’élite, un programme destiné à récompenser les réalisations exceptionnelles des bénévoles ontariens dans le domaine des loisirs. (…) Ces quatre personnes ont fondé l’Association des comités de loisirs de Prescott-Russell. » L’article était dans le journal du 15 avril 1987.

Demain : Début d’un feuilleton de plusieurs jours
sur la belle époque de Caledonia Springs.