Des animaux et des enfants dirait Steinbeck

Vous entendez souvent la remarque voulant que les animaux soient souvent mieux traités que les humains. Vous serez donc surpris de découvrir que les sociétés de protection de l’enfance tirent leur origine des sociétés protectrices des animaux. L’histoire surprenante est racontée dans Le Carillon du 3 avril 1985 parce qu’il était alors question du cinquantenaire de la Société d’aide à l’enfance de Prescott-Russell. La source du texte n’est pas identifiée, mais je tiens pour acquis qu’il s’agissait d’un document que nous avait fourni la Société en question. J’ajoute que mes parents ont été un foyer d’accueil dans les années 50-60… le temps de mon enfance et mon adolescence.

« Le service de la Société d’aide à l’enfance tel que nous la connaissons aujourd’hui dans Prescott-Russell résulte d’un cheminement historique qui ne remonte qu’au siècle dernier dans le continent nord-américain. Celui qui nous touche plus particulièrement, celui de Prescott-Russell, fête cette année son 50e anniversaire.

L’historique de ce service humaine ne pouvait se faire sans s’inspirer de grands noms qui ne sont pas nécessairement des fondateurs, Charles Loring Brace de New York ou John J. Kelson de Toronto, mais aussi de l’histoire du premier enfant qui a reçu des services de protection dont la situation engendra les premières lois de Protection de l’enfance.

Nous parlons de la petite Mary Ellen. L’histoire de cette petite fille est rappelée à maintes reprises dans les textes sur le bien-être de l’enfance pour rappeler sans doute aux praticiens la grande fragilité et l’impuissance des enfants face aux mauvais traitements. Un journaliste de l’époque, l’éloquent Jacob Riis – qui toute sa vie, par ses écrits, a tenté de confronter les gens de la classe moyenne au triste sort des pauvres de New York – raconte dans son livre ‘The Children of the Poor’, l’histoire de ‘Little Mary Ellen’s Legacy’.

C’était en 1871. Etta A. Wheeler, travailleuse à une mission pour les pauvres de New York, trouva qu’une petite fille connue depuis lors sous le nom de Mary Ellen était sévèrement maltraitée par un homme et une femme qui l’avaient retirée d’un établissement (institution) de charité et n’étaient pas ses parents. Les lois de l’époque ne permettraient pas que l’on appréhende l’enfant à moins de faire preuve que ‘l’enfant’ avait commis un crime, ou encore menait une vie immorale.

Trouvant la situation désespérée, Mme Wheeler eut la prescience de s’adresser à la Société protectrice des animaux, dirigée alors par Henry Bergh. Les lois régissant la protection des animaux donnaient des pouvoirs importants aux travailleurs de la Société afin de protéger les animaux jugés foncièrement impuissants (surtout les chevaux et les chiens de la ville) contre les mauvais traitements. L’avocat de la Société, Me Elbridge T. Gerry, présenta une requête à la cour, demandant qu’une Mary Ellen soit protégée et retirée des soins de l’homme et de la femme qui la maltraitaient. La requête se faisait sous la loi régissant la protection des animaux et l’avocat présenta l’argument que l’enfant, qui était aussi un animal, eût droit à la même protection d’un chien ou un cheval maltraité. La cause fut gagnée; la mère fut incarcérée pour un an et l’enfant – Mary Ellen – reprit la vie dans des circonstances qui garantissaient son épanouissement.

L’héritage de Mary Ellen fut donc de nous donner la première loi qui permettrait la protection des enfants. La première ‘Children’s Aid Society’ vit le jour encore à New York, deux décennies plus tôt, en réaction à la situation malheureuse des enfants trouvés de New York. Un journaliste de l’époque rapportait que quelque 10 000 jeunes garçons couraient les rues de New York le jour et le soir s’abritaient là où ils trouvaient un toit qui offrait un peu de protection. Et ces enfants, une fois ‘trouvés’, étaient placés en centre d’accueil pour enfants. Et là, ‘sauvés’ des dangers de la rue, ces enfants subissaient un esclavage des plus abominables. Les propriétaires de ces centres d’accueil profitaient énormément de ces placements. Ils recevaient une subvention de l’État pour chaque enfant trouvé et ensuite les nourrissaient peu, lui imposaient de durs labeurs, le maltraitaient et allaient jusqu’à le vendre en esclavage. Tel fut le cas de la petite Mary Ellen. En réaction à ces mauvais traitements, des gens tels Charles Loring Brace établirent des Sociétés de l’aide à l’enfance et des ‘Societies for the Protection of Children’. Ces organismes proposèrent une alternative acceptable ou la famille d’accueil. Bien que fondamentalement bonnes, ces réformes ne furent pas sans abus. Par exemple, M. Brace plaça systématiquement des milliers d’enfants avec des familles qui prenaient la route des pionniers vers l’ouest été les expatriaient à tout jamais du milieu de leur naissance. Heureusement, cette pratique cessa avec l’arrivée du nouveau siècle.

Plusieurs centres d’accueil pour enfants ont été fermés systématiquement à la même époque. Ces centres d’accueil représentaient le triste héritage de l’époque médiévale qui vit des centaines de milliers d’enfants maltraités tout au long des mille ans de l’histoire de ce genre de service. Des milliers d’enfants furent ‘hébergés’ à Paris dans des conditions rappelant celles imposées aux forçats de la Salpêtrière. Ces centres d’accueil hébergeaient simultanément des nombres incroyables de jeunes : par exemple, au IXe siècle, 2000 à l’Asile pour enfants à Naples et au XIXe siècle, jusqu’à 25 000 enfants trouvés à l’hôpital pour enfants à St-Petersburg.

Depuis la fin du XIXe siècle, l’utilisation systématique de la famille d’accueil a permis à des centaines de milliers d’enfants de se voir accorder l’occasion de l’épanouissement dans une situation familiale, entourée de parents substituts aimants.

Plus près de chez nous, à Toronto, l’urbanisation croissante créait des problèmes nouveaux, mais non pas sans précédent. S’inspirant de gestes posés aux États-Unis, un jeune journaliste, John J. Kelso, travailla à protéger les enfants qui livraient les journaux et qui étaient souvent des jeunes sans famille. Rapidement, son attention se tourna vers la situation malheureuse des enfants trouvés de Toronto. À cette période se fonda la ‘Toronto Humane Society’ qui voyait à la promotion de la protection des animaux et des enfants.

En 1888, grâce aux efforts de Kelso et de la ‘Toronto Humane Society’, la législature adopta une loi de Protection des enfants et la ville de Toronto embauchait un ‘Cruelty Constable’ qui voyait à prévenir la cruauté envers les chevaux et les enfants.

Aussi, mentionnons qu’à la même époque, la ‘Toronto Fresh Air Fund’, œuvre de philanthropie très populaire, voyait à organiser des randonnées en campagne et des colonies de vacances en plein air pour les enfants moins fortunés de la ville. C’est l’union de tous ces efforts communautaires et le leadership de J.J. Kelso qui mena à l’incorporation de la première Société de l’aide à l’enfance en 1891. S’en suivront les 51 autres Sociétés de l’Ontario, dont la SAE de Prescott-Russell fondée en 1935.

Ce bref historique de la protection de l’enfance n’a pu, malheureusement, traiter des (et elles sont multiples) questions d’intérêt historique et de l’heure – l’abus sexuel, l’infanticide, le rôle changeant de la famille, l’adoption, entre autres.

Il devrait toutefois permettre à faire comprendre la richesse des traditions du bien-être de l’enfance, les racines historiques de la SAE de Prescott-Russell et l’importance de notre vigilance continue à voir à la protection de l’enfance. »

Cette conclusion est toujours pertinente en 2013.

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