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Une école au statut singulier

« Une école française au statut unique » et c’était vrai. Encore aujourd’hui, l’école St-Joseph de Russell peut revendiquer une place unique dans l’histoire des écoles dites françaises de Prescott et Russell. Comme il en question dans Le Carillon du 21 mars 1984, le Conseil des écoles catholiques de Prescott-Russell avait dû confirmer son statut d’école française à l’époque parce qu’il y avait impression que cette école en était une d’immersion française. Et il était facile de comprendre cette confusion. Le directeur de l’école, Reynald Lapointe, avait admis « que 38 pour cent des élèves proviennent de foyers anglophones, 35 pour cent de foyers mixtes et 26 pour cent de foyers francophones, des proportions non orthodoxes pour une école française ». Au sein du Conseil, il y avait eu certaines divergences d’opinions alors que l’on favorisait un statut d’école d’immersion, alors que de nombreux parents souhaitaient le maintien du statut d’école française. Les opposants craignaient l’assimilation et comme l’avait rassuré le directeur Lapointe « à partir de la première année, tout se passe en français dans le milieu scolaire. Nous insistons même pour que tous les élèves parlent le français dans le cadre d’activités parascolaires. Si les francophones s’assimilent, ce n’est certainement pas à l’école, mais plutôt à l’extérieur. » À ceux qui craignaient l’assimilation, on leur suggérait « d’envoyer leurs enfants à l’école St-Jean d’Embrun, une école française dans le sens le plus strict ». Un parent qui souhaitait un statut d’immersion à St-Joseph de Russell avait déclaré que « l’éducation des élèves francophones est retardée parce que les jeunes anglophones ont de la difficulté à comprendre le français qui est la seule langue des cours ». Je n’ai pas de statistiques sur la question, mais je sais par expérience que de nombreux jeunes anglophones qui ont fréquenté l’école St-Joseph sont devenus bilingues, alors que leurs parents, souvent, étaient unilingues anglophones.

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Dans la même édition du 21 mars 1984, il était évidemment question de la visite du grand Jean Béliveau à Hawkesbury à l’occasion du tournoi annuel de l’Association du hockey mineur de Hawkesbury. Des centaines et des centaines de personnes étaient présentes au complexe sportif pour la cérémonie d’inauguration du tournoi où Béliveau était l’invité d’honneur. Béliveau était resté au complexe beaucoup plus longtemps que prévu afin de rencontrer le maximum d’amateurs. Il m’avait dit qu’il adorait de tels événements à l’intention des jeunes. Puisque j’étais le président d’honneur du tournoi, j’avais fait en sorte que mon filleul, Patrick Martel, alors âgé de 4 ans, lui fasse une petite présentation spéciale. La photo de Jean Béliveau avec mon neveu dans les bras avait évidemment fait la une du journal.

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Une citation, dont j’ai oublié la source, dans ma chronique du 21 mars 1984 : « Une faille majeure de notre société moderne est que tant de personnes qui se tiennent debout pour réclamer leurs droits restent assises devant leurs devoirs. » Toujours d’actualité!

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« L’année scolaire 1953-1954 marquait en effet le début de cette œuvre d’éducation de la Congrégation des prêtres du Sacré-Cœur dans la région. Le 17 septembre 1953, quinze jeunes garçons faisaient leur entrée à ce séminaire, situé alors dans l’ancien presbytère de la paroisse de Pointe-au-Chêne. Depuis, l’œuvre a progressé et, déjà en 1956, on construisait une partie des locaux qui logent actuellement cette école secondaire privée. » L’article se retrouvait dans le journal du 21 mars 1984. C’est donc dire que le Séminaire du Sacré-Cœur de Pointe-au-Chêne célèbre cette année son 60e anniversaire d’existence… toujours au même endroit et un peu plus grand qu’à l’époque.

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La presse franco-ontarienne : le Nouvel-Ontario (2)

Au cours des années 1970, plusieurs expériences journalistiques sont de nouveau tentées dans le Nouvel-Ontario. New Liskeard lance Regard en 1971, de courte durée hélas, et Timmins publie Le Raconteur en octobre 1979 (encore plus éphémère). À Sudbury, Le Dialogue du Moulin à fleur paraît huit fois entre juin et septembre 1979. C’est à Hearst que le succès frappe. Les Presses du Nord-Est de l’Ontario sont créées alors que 320 actionnaires investissent 50 $ chacun. Tout est en place pour la publication d’un nouvel hebdo; Le Nord fait sa première apparition le 24 mars 1976.

L’éditorialiste Paul Tanguay écrit que le journal « veut informer les gens aussi complètement et aussi objectivement que possible ». Chaque semaine, il évalue les conséquences de différents événements pour les francophones en particulier et pour la population du Nord-Est de l’Ontario en général. Diffusé dans une quinzaine de municipalités sur une distance de 250 milles, Le Nord réussit à tenir ses milliers d’abonnés au courant de l’actualité locale et régionale. Les politiques du gouvernement sont scrutées et analysées, les initiatives estudiantines sont encouragées, les revendications de l’ACFO sont commentées et la ville de Hearst est félicitée en octobre 1977 alors qu’elle devient officiellement bilingue. Des chroniques sur la santé, la religion, l’histoire régionale et les sports trouvent également leur place dans le nouveau-né de la presse franco-ontarienne. Contrairement à plusieurs autres hebdos, Le Nord jouit d’un appui considérable de la part des commerçants qui achètent régulièrement des pages entières de publicité. Et ça continue toujours.

La région de New Liskeard tente une deuxième expérience en décembre 1977, grâce à un projet « Canada au travail » parrainé par l’ACFO régionale. Comme le journal s’adresse aux francophones du Témiscamingue ontarien, il se nomme tout simplement Franco-Tem. C’est un hebdomadaire qui cherche à servir un public varié, depuis les agriculteurs aux mineurs en passant par les gens d’affaires. La francophonie ontarienne occupe évidemment une place de choix dans les pages du journal, tout comme l’économie et la famille d’ailleurs. Chaque mois on présente une personnalité régionale qui s’est distinguée d’une manière ou d’une autre. Franco-Tem ne tarde pas à rencontrer des difficultés financières; la subvention initiale s’épuise et les appuis locaux demeurent trop faibles. Il s’en trouve même pour comparer le journal à Allo Police. La publication est suspendue le 2 avril 1980.

Ce tour d’horizon ne saurait être complet sans faire mention de La Tribune, hebdomadaire bilingue fondé le 17 janvier 1968, à Sturgeon Falls, par Ubald Serré. Si le produit n’est pas entièrement franco-ontarien, les artisans le sont pour la plupart. Il faut également souligner la parution de plusieurs organes d’information à l’Université Laurentienne : Réaction, Hublot, Étendard, Le Calumet, etc. Enfin, pendant son séjour de huit ans à Moonbeam, le père Jean Lagacé a publié La Lune (1972-1980).

Depuis près de cent ans, la presse entretient un lien de communication chez tous les résidents francophones du vaste territoire qu’est le Nouvel-Ontario. Dix-sept hebdomadaires se sont succédé; deux seuls continuent à servir leurs lecteurs entièrement en français : Le Voyageur et Le Nord. Malgré les échecs, la presse francophone s’est maintenue, grâce à des subventions parfois, mais surtout parce que des bénévoles ont travaillé sans compter, convaincus du rôle que peut jouer l’information. Tous ont cru que la presse pouvait entretenir une vie culturelle, tous croient que la presse peut déterminer un agir collectif face à l’identité culturelle, tous suscitent la dynamique culturelle de demain.

Note du blogueur – Aujourd’hui, selon son site Web, l’Association de la presse francophone, un organisme pancanadien, compte 14 journaux en Ontario français : Agricom (basé dans Clarence-Rockland), le Journal de Cornwall, L’Action de London, La Nouvelle (un journal étudiant publié par Transcontinental à partir d’Ottawa), Le Carillon de Hawkesbury, Le Goût de Vivre de Penetanguishene, Le Métropolitain de Toronto, Le Nord de Hearst, Le Reflet de Prescott-Russell (qui comprend une section anglophone nommée The News), Le Régional de Hamilton-Niagara, Le Rempart de Windsor, Le Voyageur de Sudbury, L’Express de Timmins et L’Express Ottawa.