Eh, citoyen! As-tu le droit de te mêler de tes affaires?

J’avais intitulé mon éditorial du 4 août 1976 du journal Le Carillon « Sauvegarder la démocratie » et je me demande sérieusement si mon texte de l’époque n’est pas encore pertinent aujourd’hui. Ma première phrase : « La démocratie est une doctrine politique selon laquelle la souveraineté doit appartenir à l’ensemble des citoyens. » Aujourd’hui, j’ai l’impression que cela ne vaut que pour la journée d’une élection (fédérale, provinciale ou municipale). J’ajoutais aussitôt que « cette doctrine sous-entend que le citoyen a le droit de s’ingérer dans les affaires qui le concernent et, nécessairement, le droit de s’opposer à toute décision de ses dirigeants élus par lui-même ». Pour paraphraser le slogan de la radio de Radio-Canada… « Essayer… pour voir! »

Je faisais référence aux récentes audiences publiques de la Commission des affaires municipales de l’Ontario et à la frustration des élus de voir des citoyens y formuler des objections. « En d’autres mots, ils mettent en doute le droit du citoyen de se mêler de ses affaires. » Je n’étais pas le seul à souligner cette situation. L’éditorialiste Gérard Desroches, du quotidien Le Droit, avait noté la même réticence des élus dans Nepean où le maire Andrew Haydon ne digérait pas l’intention des citoyens de la CAMO. Dans son cas, il s’agissait de nouveaux quartiers généraux pour la Sûreté municipale, alors qu’à Hawkesbury, il était question d’un nouveau toit pour le Centre Mémorial. Le maire Philibert Proulx avait même proposé une résolution à l’Association des municipalités de l’Ontario « demandant à la Commission municipale de créer des mesures d’urgence pour autoriser des dépenses, sans passer par ce droit fondamental que sont les audiences publiques ». Le même maire, je vous le rappelle, qui avait dit que ce n’était pas des affaires des citoyens la manière qu’il dirigeait la municipalité.

« La pensée de MM. Haydon et Proulx – qui semble être celle de la majorité des politiciens municipaux dans ce monde d’aujourd’hui – est simple: pourquoi le citoyen aurait-il le droit de mettre en jeu la réalisation des beaux projets qu’eux ont jugé utiles et nécessaires; pourquoi ne seraient-ils pas rois et maîtres pendant leur mandat, quitte à se débrouiller ensuite devant l’électorat? Malheureusement, c’est ce même électorat qui est la cause du problème. Son apathie et son désintéressement au fil des dernières années ont convaincu en quelque sorte les politiciens municipaux qu’ils pouvaient faire à leur tête. Habitués à délibérer devant des salles vides, les politiciens municipaux sont surpris d’apprendre, tout à coup, que des citoyens s’opposent à leurs projets, informés comme il se doit par ces ‘maudits journalistes’ de la presse libre démocratique. »

J’ajoute que la Commission des affaires municipales avait rejeté le projet de la ville de Hawkesbury de construire un nouveau toit sur le Centre Mémorial. Les opposants étaient évidemment les partisans d’un nouveau complexe sportif plus durable.

* * *

Josée Leclerc-Boissy avait mérité une contravention pour excès de vitesse sur l’autoroute 417. Cette contravention n’était qu’en anglais et la dame avait refusé de la payer. Elle espérait, comme d’autres avant elle, contester publiquement et se faire condamner à la prison pour devenir ensuite une sorte de « martyre de la cause ». Mais voilà, le juge Marcel Houle, de la Cour provinciale à Rockland, la condamne simplement à une sentence suspendue. Ce qui n’a pas empêché la dame de faire campagne dans les médias pour condamner l’unilinguisme des contraventions en Ontario. Son erreur? Elle avait plaidé coupable. On en parle dans le journal du 18 août 1976.

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