Les dortoirs des garçons ressemblaient à un chenil

Je ne sais pas si cela existe encore de nos jours parce que nous n’en entendons jamais parler. Quoi qu’il en soit, en 1975, « le Grand Jury des assises d’hiver de la Cour suprême de l’Ontario, siégeant à L’Orignal, a déploré certaines situations à la prison de L’Orignal, à l’annexe B de l’Hôpital général de Hawkesbury et à l’école Champlain d’Alfred ». Il en était question dans l’édition du 3 avril 1975 du journal Le Carillon. Le Grand Jury était composé de citoyens ordinaires de la région et son rôle consistait à visiter et à inspecter les « institutions de la région qui bénéficient d’assistance financière du gouvernement ontarien ». C’était avant l’avènement de l’ombudsman de la province. Ces citoyens préparaient un rapport qui était alors rendu public. Ce sont leurs recommandations qui retenaient l’attention bien évidemment. Cette fois-là, le Grand Jury avait visité trois résidences particulières, la maison de convalescence Pleasant Rest à L’Orignal, le Foyer La Marquette, aussi à L’Orignal et le Casselman Nursing Home, à Casselman bien sûr. Dans les trois cas, le Grand Jury n’a rien trouvé d’anormal. Quant à l’annexe B de l’Hôpital général, l’ancien hôpital Notre-Dame, les membres du Grand Jury avaient conclu « que l’édifice n’est pas du tout adéquat pour le soin des malades ». Cette situation serait corrigée par l’ouverture du nouvel hôpital et Notre-Dame a fermé ses portes depuis belle lurette, comme la prison de L’Orignal d’ailleurs. Quant à l’école Champlain d’Alfred, que l’on connaissait sous le nom d’école de réforme, « les membres ont trouvé que les nouveaux dortoirs des garçons ressemblaient à un chenil, les garçons ne profitant pas d’intimité ». Le rapport précisait que « les futurs quartiers des filles sont adéquats, avec des chambres individuelles pour chacune ». Cette ancienne école Champlain loge aujourd’hui le campus du Collège d’Alfred de l’Université de Guelph.

* * *

Le Conseil d’éducation de Prescott-Russell et son Comité consultatif de langue française ne s’étaient jamais bien entendus et en cette veille de printemps de 1975, « le dialogue est rompu ». C’est que le Conseil d’éducation avait décidé qu’il n’accorderait aucune étiquette linguistique aux écoles sous sa juridiction, ni française, ni anglaise. Comme le rapporte Le Carillon du 3 avril 1975, la délégation du CCLF s’était même fait refuser le droit de parole lors de la plus récente réunion du CEPR. Seule la réforme des conseils scolaires, beaucoup plus tard, viendrait régler ces problèmes. Le journal consacrait une pleine page à ce conflit et je dois avouer que la lecture des divers articles ne m’a pas permis de brosser un portrait juste de toute la situation et de la résumer adéquatement. Disons que fondamentalement, cela se résumait à la réticence habituelle de plusieurs de reconnaître de manière officielle la réalité du français dans notre coin. Cette réticence ne provenait pas de concitoyens anglophones, mais bien de francophones qui avaient toujours peur d’offenser la minorité du coin. Parce qu’à l’époque, les anglophones étaient une minorité dans la région.

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En 1975, les gens déploraient la situation économique, comme on le fait de nos jours, surtout dans les médias. Le Carillon du 3 avril 1975 reproduisait un texte qu’avait publié le Bureau d’éthique commercial de Montréal dans son récent bulletin et qui voulait démontrer « le ridicule de la présente situation ». J’aime encore ce texte, que je trouve pertinent 37 ans plus tard (et rien à voir avec les stands à ‘hot dogs’ d’Alfred), et le voici :

« Il y avait une fois un bonhomme demeurant le long de la route et dont le commerce était de vendre des ‘hot dogs’…

Il était dur d’oreille, donc il n’écoutait pas la radio. Il avait la vue faible, donc il ne lisait pas les journaux. Mais il vendait d’excellents ‘hots dogs’. Il avait même installé des affiches sur la route pour vanter la qualité de son produit. Il s’installa même sur le bord de la route pour crier: ‘Monsieur, achetez et mangez un bon hot dog!’ Tout le monde l’encourageait. Il dut augmenter ses achats de viande et de pain, ce qui l’amena à acheter un plus gros poêle pour agrandir son commerce.

Finalement, il se décida à faire venir son fils du collège pour donner un coup de main au commerce.

Tout allait pour le mieux quand tout à coup quelque chose de terrible survint. Son fils lui dit: ‘Papa, avez-vous écouté la radio ou avez-vous lu les journaux? Il règne présentement une forte dépression économique et la situation est encore pire en Europe. Tout s’en va chez le diable!’ C’est alors que le père se fit la réflexion suivante: ‘Mon fils doit avoir raison lui qui a été au collège, qui lit les journaux et écoute la radio’. Alors le papa se décida à diminuer ses commandes de viande et de pain, enleva ses annonces devant la porte et ne se soucia plus d’offrir ses ‘hot dogs’ le long de la route.

Le résultat: ses ventes de ‘hot dogs’ déclinèrent à un point mort du jour au lendemain tant et si bien que le père dit à son fils: ‘Tu as raison, nous sommes en effet en pleine période de dépression économique’. »

Une réflexion sur “Les dortoirs des garçons ressemblaient à un chenil

  1. J’aurais pu ajouter que les dortoirs du petit séminaire où j’ai étudié n’étaient assurément pas des chenils, mais nous étions quand même un méchant groupe sur chacun des deux étages. Les lits étaient en rangées, avec un petit bureau à côté de chacun, des casiers et des lavabos du côté du mur. À une extrémité, des bains de pieds;à l’autre extrémité, les salles de toilettes et des douches. Il n’était pas question de prendre une douche chaque soir, mais nous pouvions utiliser les bains de pieds tous les jours. N’oubliez pas que nous étions tous des ados… mâles… donc les pieds…! De temps à autre, un confrère était à genoux à l’entrée du dortoir… en punition pendant une demi-heure ou plus! Une autre époque, forcément. À 9 h, nous étions couchés! Debouts à 6 h pour la messe du matin. Je pourrais continuer ainsi longuement et longtemps…

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