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La remise en question de la justice

Vous me verrez venir… Dans l’édition du 9 octobre 1969, Paul Huneault (Marcel Desjardins) écrit un billet dans lequel il soutient qu’il est sain de remettre la justice en cause. Il fait référence à la décision du 24 septembre de la Cour d’appel du Québec de maintenir « l’appel de Pierre Vallières et ordonne la tenue d’un nouveau procès dans le cas de ce Felquiste accusé du meurtre de Mlle Thérèse Morin, tuée par l’explosion d’une bombe à l’usine La Grenade, le 5 mai 1966, dans la Métropole ». Nous sommes à une année de la notoire Crise d’octobre 1970.

Le lendemain de cette décision, le solliciteur général du Canada, George McIlraith, publiait un volumineux rapport sur la réforme pénale et correctionnelle du pays. Huneault traçait un parallèle entre deux faits qui « nous rassurent quelque peu sur la justice en terre canadienne ». Et il ajoute : « Il est sain dans une société, cela va surtout de soi dans une société démocratique, de remettre en cause la justice, l’appareil judiciaire et le rôle des hommes qui font fonctionner cette machine parfois lourde. »

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Les temps ne changent pas dans la LNH. Dans l’édition du 9 octobre 1969, Daniel McKale consacre sa caricature à l’ouverture prochaine de la saison du hockey. Il y montre deux joueurs en train de se battre étendus sur la glace. Sa caricature est toujours d’actualité.

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Toujours dans l’édition du 9 octobre 1969, un texte explique que onze municipalités dans Prescott et Russell ont accusé une baisse de population totalisant 387 personnes en 1969. Par contre, à l’échelle des comtés, on a inscrit une hausse de 66 habitants, soit 42 437 comparativement à 42 371 en 1968. C’est quand même 562 de moins qu’en 1967.

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Côme Charbonneau, de L’Orignal, devient le président de l’Association Lacordaire du diocèse d’Ottawa, un mouvement qui regroupait alors un total de 722 membres et qui était manifestement en voie d’extinction. Charbonneau avait rappelé que « le Lacordaire doit être un apôtre laïc dont le rôle est d’aider les alcooliques, les jeunes en particulier, à vaincre leurs tendances à la boisson et à faire de ces malades impuissants d’autres apôtres ». Autres temps, autres mœurs.

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St-Cœur-de-Marie est vendu… le Centre Maria ferme

Dans son édition du 18 septembre 1969, Le Carillon rapporte que les Servantes du Cœur-Immaculé-de-Marie ont offert de vendre l’hôpital St-Cœur-de-Marie aux Sœurs de la Charité d’Ottawa, déjà propriétaires de l’hôpital Notre-Dame, également situé à Hawkesbury. La vente n’est pas conclue, mais il est évident que les Servantes veulent se départir de leur hôpital. Par contre, le Centre Maria, un « foyer d’accueil pour les filles-mères », ne ferait pas partie de la transaction étant donné qu’il ne s’agit pas d’une œuvre des Sœurs de la Charité.

Le Centre Maria remontait au 5 mai 1938 et un peu moins de 2 000 jeunes filles-mères y ont séjourné pendant toute cette période. Ce foyer avait été élargi en 1956 pour devenir l’hôpital St-Cœur-de-Marie, une institution réservée exclusivement aux femmes pendant plusieurs années. Quant à l’hôpital Notre-Dame, les Sœurs Grises de la Croix comme étaient alors connues les Sœurs de la Charité, il remonte à 1927, une fois que l’ancien hôtel Lion d’Or a été converti en centre hospitalier; une annexe avait été aménagée en 1954.

La vente est confirmée dans l’édition du 20 novembre. Dans cette même édition, on confirme aussi la fermeture du Centre Maria. On tournait la page sur un important chapitre de l’histoire des soins hospitaliers à Hawkesbury. L’hôpital Notre-Dame est fermé depuis les années 70 et St-Cœur-de-Marie a été transformé en manoir pour personnes âgées plusieurs années après sa fermeture comme hôpital. Le nouvel Hôpital général de Hawkesbury avait été construit entre temps.

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Voilà, la décision est finalement prise. Dans l’édition du 25 septembre 1969, on apprend que l’UCFO, soit l’Union catholique des fermières de l’Ontario, n’existe plus; elle devient l’UCFO, soit l’Union culturelle des Franco-Ontariennes. Même sigle, nom différent. Le débat autour du nouveau nom avait été « la cause de violentes controverses ». Ainsi, les cercles locaux de Chute-à-Blondeau, Curran, Fournier, Plantagenet, St-Bernardin, Vankleek Hill et Ste-Anne-de-Prescott s’étaient retirés au mouvement provincial et régional en guise de protestation et avaient conservé l’ancien nom (l’UCFO). À ne pas confondre bien entendu avec la troisième UCFO : l’Union des cultivateurs franco-ontariens. Oui, je sais, c’est mêlant! Imaginez les lecteurs à l’époque.

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Dans l’édition du 2 octobre 1969, on apprend la mort d’Eugène Paquette, 83 ans, qui avait été greffier de la ville de Hawkesbury pendant 35 ans, soit de 1913 à 1948 (pendant les deux Guerres mondiales à bien y penser). En 1929, il avait été le premier président de la nouvelle Chambre de commerce de Hawkesbury. Il avait aussi été le directeur de scrutin dans le comté de Prescott au cours de trois élections provinciales. Il était le père d’André Paquette, le propriétaire-éditeur du journal Le Carillon, mon patron à l’époque.

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Un juge promet d’être sévère avec les juvéniles

Dans l’édition du 11 septembre 1969 du journal Le Carillon, un article consacré à des déclarations du juge Jean-Louis Cloutier, de la Cour provinciale, division familiale. Cloutier « s’est promis d’être très sévère à l’endroit des jeunes qui enfreindront les lois et des adultes qui ne respecteront pas les clauses de la loi se rapportant aux juvéniles ». Il se référait précisément aux règlements de la route, sur la vente des cigarettes aux juvéniles, le couvre-feu et le travail des juvéniles. Pour ce qui est de la route, il parle du problème des bicyclettes et des jeunes cyclistes qui enfreignent les lois régissant leur utilisation.

Et quant au couvre-feu, j’avais oublié qu’il y avait une loi à cet effet à l’époque. « Un jeune homme de moins de 16 ans, c’est-à-dire un juvénile, ne doit pas être sur la rue après 22 heures, à moins d’être accompagné de ses parents. » L’article ne précise pas pourquoi il se référait particulièrement à « un jeune homme »; j’imagine que cette loi s’appliquait autant aux jeunes filles.

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Paul Huneault (Marcel Desjardins) titre sa rubrique du 11 septembre : « Le cancer de l’anglicisation fait son œuvre ». Il écrit : « Un fait est passé inaperçu dans l’activité de la rentrée scolaire en Ontario. Un peu partout en Ontario, dans le sud surtout, les parents francophones ont oublié de se prévaloir de leurs droits et ne réclamaient pas toutes les classes francophones auxquelles ils ont droit. Plus près de nous, au Collège Algonquin, à Ottawa, les élèves francophones de l’Est de l’Ontario, des comtés de Prescott et Russell, comme des comtés d’Ottawa fermaient les yeux sur les cours offerts en langue française pour s’inscrire aux cours dispensés en langue anglaise. » La Cité collégiale n’existait pas encore bien sûr.

Huneault notait d’ailleurs que la Loi sur les langues officielles était en vigueur au Canada depuis le dimanche précédent. Il rappelait aussi que le projet de loi 140 de l’Ontario conférait « aux francophones des droits chèrement gagnés et revendiqués par quelques générations ». Huneault se demande également « si les tenants du statu quo de l’École secondaire régionale de Hawkesbury n’ont pas raison et s’il ne faut pas, sous le prétexte de mieux, de toujours mieux parler la langue de Shakespeare, pour monter, pour toujours monter plus haut dans l’échelle sociale, il ne faut pas accepter de se laisser angliciser à petits feux. » La question était posée en 1969.

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La sempiternelle route du nord… reportée encore une fois

Ah! Cette route du nord à Hawkesbury fait encore couler de l’encre. Cette fois, dans l’édition du 11 septembre 1969, c’est le Conseil municipal qui se donne un nouveau délai. « La première phase des travaux qui doit être complétée à la fin de 1971, prévoit que la route du nord se poursuivra de l’intersection des rues Principale-Ouest et McGill jusqu’à la rue John, tandis que la seconde phase, dont le parachèvement est prévu pour 1986, prévoit le prolongement de la route de la rue John à la rue Cameron dans l’est de la ville ».

La nouvelle route devait porter le nom de « boulevard du Chenail ». Je crois avoir déjà mentionné que ce projet d’envergure avait même été discuté quand je siégeais du Conseil de Hawkesbury de 1985 à 1988. Il a fallu attendre quasiment 30 ans pour la première phase et il est fort probable que la deuxième phase ne verra jamais le jour. Il n’en est même plus question en 2011.

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Dans cette même édition, un long article soulève la pertinence de l’embauche d’un directeur des loisirs à Hawkesbury. La question refait surface « à la suite de l’expulsion du Club des jeunes du local qu’il occupait depuis deux ans au sous-sol du Centre Guindon ». Fait intéressant, le président fondateur de ce Club des jeunes était René Berthiaume, aujourd’hui maire de Hawkesbury.

En se référant à cet éventuel directeur des loisirs, Berthiaume affirmait que « cet homme devrait être capable de se mêler à tous, autant les jeunes que les adultes, autant ceux qui portent les cheveux longs que ceux qui les aiment courts. Il doit être à même de se faire accepter de tous et, surtout, de combattre les préjugés que les adultes entretiennent au sujet des jeunes. Car les adultes de Hawkesbury sont portés à nous juger trop rapidement sur notre aspect extérieur ». L’éditorialiste Jean-Robert Danis, dans la page voisine, aborde le même thème et conclut que la dépense qui serait occasionnée par une telle embauche « apparaît toutefois plus que justifiée ». Daniel McKale en fait l’objet de sa caricature. J’y reviendrai.

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Il faudra reconstruire le Parti libéral à neuf

Que l’histoire a donc le don de se répéter. Non, il n’est pas question ici du Parti libéral du Canada et de sa cuisante défaite au scrutin fédéral du 2 mai 2011, mais les propos qui suivent pourraient tout aussi bien s’appliquer à celui-ci. C’est ainsi que dans l’édition du 4 septembre 1969, l’éditorialiste « Paul Huneault » parle en effet d’un « parti à reconstruire », mais il se réfère au Québec. « Depuis sa défaite de 1966, le Parti libéral du Québec ne cesse de péricliter. Sa chute a été aussi longue que vertigineuse. Et celui qui prendra la relève de M. Lesage devra reconstruire à neuf. » Huneault (Desjardins) se référait au départ de Jean Lesage, à la formation d’un nouveau parti politique par René Lévesque, au départ d’Eric Kierans pour les Communes et au départ de Paul Gérin-Lajoie. « Vaincu par un gouvernement de droite, M. Lesage avait, semble-t-il, résolu de placer son parti à la même enseigne. Il ne pouvait guère obliquer vers la gauche après avoir mis à la porte le chef de l’aile gauche et ses partisans. » Finalement, il ajoutait qu’à « l’heure actuelle, le Québec ne compte peut-être que sur un seul authentique leader en la personne de M. René Lévesque. »

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J’en ris. Nous sommes dans l’édition du 14 septembre 1969 du journal Le Carillon et il est question de la fameuse « Route du Nord » de Hawkesbury. « Le Conseil de Hawkesbury vient de s’accorder un nouveau délai avant de choisir le parcours qu’empruntera la route qui sera construite au nord de la rue Principale, en bordure de l’Outaouais, Le maire Victor Bruneau a toutefois donné l’assurance, lundi soir dernier, que ce nouveau délai ne signifie nullement que le projet est renvoyé aux calendes grecques. » Même quand je siégeais au Conseil de Hawkesbury vers la fin des années 80, il en était toujours question. Ce n’est qu’il y a une dizaine d’années que ce projet a finalement vu le jour.

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Hawkesbury n’est plus défavorisée finalement

Après des mois et des mois de rumeurs à cet effet, le ministre fédéral de l’Expansion économique régionale, Jean Marchand, confirme que la ville de Hawkesbury et le comté de Prescott ne feront plus partie d’une « zone désignée » à compter du 1er janvier 1970. Le président du comité industriel, le sous-préfet Germain Tessier, réagit en affirmant que la ville profitera d’un dernier « boom industriel » d’ici l’expiration de la désignation en décembre. Par exemple, une entreprise qui déciderait de s’établir à Hawkesbury avant le 31 décembre pourrait profiter de subventions si elle est « en opérations avant le 31 mars 1971 »; tout n’est donc pas perdu. C’est en juin 1967 que le ministre Charles Drury avait annoncé aux Communes la désignation de Hawkesbury et du comté dont elle fait partie. Cette période aurait quand même permis d’attirer dix nouvelles industries qui auront investi plus de 10 millions de dollars et qui auront créé plus de 1000 nouveaux emplois. Ce n’était pas rien! Tout ça était dans l’édition du 14 août 1969 du journal Le Carillon.

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Dans ma chronique du 21 août, j’écris ceci : « L’hebdomadaire Dimanche-Matin, dans son édition du 10 août, insiste sur certaines paroles du sous-préfet Germain Tessier, président du comité industriel de Hawkesbury, à l’effet que le climat politique du Québec est un facteur important dans la venue de nouvelles industries à Hawkesbury. M. Tessier a déjà dit que cette théorie n’a jamais été utilisée dans les négociations avec les industriels. (…) Les propos de M. Tessier, parus originairement dans le Financial Times, auront eu plus de répercussions que prévues. Soit dit en passant que Dimanche-Matin écrit Hawkesbury sans ‘e’. » Cette dernière note faisait référence à une récente affiche que le ministère de la Voirie de l’Ontario avait fait installer le long de la route 17 et qui épelait le nom de la ville comme étant « Hawksbury ». (Ça s’écrit comme ça se prononce, pensait-on sûrement!) L’affiche avait soulevé un tollé de protestations il va sans dire.

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La nouvelle technologie inquiète toujours les gens. Dans l’édition du 31 juillet 1969, un article rappelle que « les appareils de télé en couleurs » sont sans danger. Retenons que la télé-couleur était un phénomène tout récent en 1969. « Les experts ont constaté que les compagnies fabricantes d’appareils récepteurs s’empressent actuellement, par une réaction d’autoprotection naturelle, de remédier au danger en remplaçant les redresseurs et les stabilisateurs émetteurs de radiations par d’autres, à prix modique, non émetteurs parce que construits en phase solide (solid state). » En ce début de juin 2011, ce sont les téléphones cellulaires qui sèment l’inquiétude.

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« Use it… or lose it » aurait-on dit aux Franco-Ontariens

Nous sommes toujours en 1969 et la question des services en français est perpétuellement dans les débats publics en Ontario. Dans son éditorial du 24 juillet 1969, Jean-Robert Danis fait référence à de récents propos du ministre ontarien Fernand Guindon devant les membres du Club Richelieu de Vanier. Guindon aurait déclaré « que le gouvernement Robarts, après avoir fait des efforts louables au cours des dernières années pour instaurer le bilinguisme au sein de ses divers ministères, pourrait bien être tenté de réviser sa politique sur ce plan à cause du peu d’intérêt manifesté jusqu’à présent par les Franco-Ontariens pour utiliser les services mis à leur disposition ». « La majorité des Franco-Ontariens, avait dit Guindon, persistent à écrire en anglais aux divers ministères et à leurs représentants. Il devient alors très difficile de leur répondre en français. »

Le gouvernement ontarien était également « très déçu de l’attitude des Franco-Ontariens » sur la question des écoles secondaires françaises. Selon le ministre, il semble que les autorités des communautés à forte majorité franco-ontarienne craignaient « d’être qualifiées de séparatistes » et préféraient donner aux écoles un statut bilingue, bien que la majorité des étudiants inscrits soient de langue française. Guindon se référait à Cornwall, mais il aurait pu tout aussi bien parler de Hawkesbury. Et de conclure Danis : « Au cours des dernières années, le gouvernement Robarts a donné de trop nombreuses preuves de son attachement à la minorité francophone, pour que celle-ci lui démontre maintenant, par son manque d’intérêt, que ses efforts furent futiles. » Pourrait-on reposer la même question en 2011?

Quasiment! Ainsi, en cette fin de mai 2011, le commissaire aux services en français de l’Ontario, François Boileau, dans son rapport annuel de 2010-2011, « demande à la communauté franco-ontarienne de participer activement au processus de renouvellement des services gouvernementaux annoncé dans le dernier budget provincial ». Les journaux rapportent une affirmation de Me Boileau à l’effet qu’il « est très important en cette période de révision des services gouvernementaux que les Franco-Ontariens demandent d’être servis en français afin d’assurer la pérennité des services dans la langue de Gisèle Lalonde. (…) Demander ses services en français contribue à développer des milieux de travail francophone, ce qui contribue à la vitalité de la communauté franco-ontarienne ». Voilà,  nous sommes 42 ans plus tard et le même message doit être répété!

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Dans l’édition du 31 juillet 1969, il est question de la marche sur la lune de Neil Armstrong dans une rubrique sous la signature d’un « nouveau venu »… Paul Huneault. En fait, il s’agissait du pseudonyme emprunté par le journaliste Marcel Desjardins. Desjardins était rendu à La Presse et son syndicat lui interdisait toute forme de collaboration avec d’autres journaux, y compris un hebdo communautaire comme son alma mater. Sa collaboration est donc devenue un secret bien gardé jusqu’à tout récemment. Un étudiant à une maîtrise en histoire à l’Université d’Ottawa me posait des questions sur moi (en tant qu’éditorialiste) et sur ce « Huneault » parce qu’il ne trouvait aucune donnée sur lui. Je lui ai expliqué pourquoi. En passant, je ne sais pas s’il me croyait mort, mais mon courriel aurait agréablement surpris ce futur « maître ».

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Ethier gifle un caméraman de la CBC

Un autre brin de petite histoire que j’avais oublié. Cette fois, c’est à la une de l’édition du 10 juillet 1969 du journal Le Carillon et l’encadré titre : « Ethier gifle un caméraman anglophone ». C’est un jeune caméraman pigiste de la CBC, Jim Primrose, qui aurait « essuyé une gifle sur la joue gauche de la part du député libéral ». L’article ne dit pas s’il a présenté l’autre joue! À tout événement, il aurait couru après le trouble. « Il semble que M. Ethier, en sortant de l’antichambre des Communes, se serait arrêté dans le foyer où un groupe de journalistes et de caméraman attendent régulièrement la sortie des ministres et des députés après la période des questions. M. Ethier se serait alors approché de Primrose pour savoir quel était l’objet de cet attroupement. Il s’est adressé à lui en français en constatant qu’il ne parvenait pas à se faire comprendre, Primrose lui expliqua en anglais qu’il ne comprenait pas le français, M. Ethier lui aurait alors demandé si de fait le Canada n’est pas un pays bilingue? Sur ce, Primrose a rétorqué : ‘Is it?’ ». La suite de l’histoire s’est terminée dans les médias. Daniel McKale en fait l’objet de sa caricature de la semaine suivante.

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Dans ma chronique du 10 juillet 1969, j’écris ce petit paragraphe : « C’est mercredi prochain que trois Américains partent vers la lune. Au cours de ce périple, le commandant Neil Armstrong deviendra le premier humain à mettre les pieds sur la surface lunaire. Les gens seront sûrement cloués devant leur appareil de télévision pour surveiller cet exploit. » Et c’est assurément ce que j’ai fait ce soir-là de la marche lunaire et je n’étais pas seul. Dans mes bras, ma petite fille Dominique, qui était née le 21 juin, à qui je donnais le biberon. (Celui du soir était ma responsabilité paternelle!) Et ce souvenir est encore vivant… je lui expliquais tout ce qui se passait au petit écran devant nous comme si elle pouvait bien s’y intéresser. C’est une histoire que j’ai souvent partagée au fil des années, y compris avec ses deux filles et bien d’autres.

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Contexte de l’époque

« Valérie » avec Danielle Ouimet est à l’affiche du Cinéma Lachute depuis déjà trois semaines et le restera jusqu’au 25 juillet. C’était le commencement… – La pizza « ex-large special all dressed » coûte 3,45 $ chez China Garden & Pizzeria de la rue Principale, à Hawkesbury. – Handy Andy offre des pneus neufs à flancs blancs 21,49 $ chacun posés. – À l’épicerie A & P, vous pouviez acheter une dinde à 39 cents la livre. – Chez A & R Grégoire Automobile d’Embrun, pour 3 526 $, vous repartiez avec une « Chevrolet Impala 1969 Coupe Sport. Toit vinyle, vitre avant teintée, tapis avant et arrière, servo-freins, servo-direction, enjoliveur de roues, pneus flancs blancs, radio et turbo hydramatique ». Le « bon vieux temps », tiens!

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Les cultivateurs disent « non » lors du référendum

Non, pas ce référendum-là! Celui-ci avait été tenu le 24 juin 1969 auprès de tous les agriculteurs de l’Ontario. Dans l’édition du 26 juin du journal Le Carillon, le verdict est annoncé : « Les cultivateurs disent NON au regroupement ». Regroupement, le mot fétiche de la fin des années 60. Dans Prescott et Russell, ce sont 60 p. cent des cultivateurs qui se sont opposés à la formation d’une société générale qui regrouperait les nombreuses organisations de cultivateurs de la province. La Société générale des cultivateurs de l’Ontario « devait représenter les agriculteurs, les associations agricoles et les régies de mise en marché, auprès du gouvernement en ce qui a trait à leurs politiques, le commerce et ses objectifs, la taxation, l’exploitation des terrains, les frais d’investissement, les ajustements, l’expropriation et toutes autres questions concernant l’agriculture » en Ontario. Le gouvernement cherchait le moyen de « rendre plus fortes et plus efficaces les organisations agricoles actuelles ». Il doit donc retourner faire ses devoirs. Éventuellement, on verra la naissance de la Fédération de l’agriculture de l’Ontario (Ontario Federation of Agriculture). Son logo est omniprésent aux entrées des fermes.

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Cette fois, ce n’est pas une représentante du secteur du textile. Hewson Marine Ltd, de Dorval, s’établira à Hawkesbury et embauchera une trentaine d’hommes. On y fabriquera des voiliers en fibre de verre entre 20 et 30 pieds de longs. Disons que le propriétaire de l’entreprise, Roger Hewson, était commodore du Royal St. Lawrence Yacht Club, de Dorval. Cette nouvelle s’inscrit encore une fois dans le cadre de la grande expansion industrielle de la dernière moitié des années 60. Cette usine fermera elle aussi ses portes éventuellement.

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Dans ma chronique du 3 juillet 1969, j’annonce l’arrivée d’un nouveau collègue journaliste, Denis Lord, de Châteauguay. J’en parle parce que lui et moi, l’année suivante, allions tenter de syndiquer nos collègues du journal et de l’imprimerie. J’y reviendrai parce que cela se passait à peu près en même temps que la fameuse Crise d’octobre 1970.

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Du textile… encore du textile

Voilà… 40 autres nouveaux emplois, cette fois grâce à la décision de Coronation Knitting Mills de s’installer à Hawkesbury. Encore une industrie de textile, par contre, puisque Coronation se spécialisait dans la fabrication de fibres synthétiques. Le secteur du textile sous-entendait des salaires très bas, mais il s’agissait malgré tout d’emplois pour une région qui en avait nettement besoin. Coronation Knitting Mills s’installerait en compagnie d’une entreprise-sœur, L’Amour Hosiery Manufacturing Company. Ce sont des entreprises montréalaises. On en parle dans l’édition du 12 juin 1969. Elles ont fermé leurs portes elles aussi depuis belle lurette.

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Dans cette édition, le journal annonce aussi l’arrivée d’un nouveau caricaturiste, un jeune homme de 18 ans de Pointe-au-Chêne du nom de Daniel McKale. McKale allait poursuivre sa collaboration hebdomadaire pendant de nombreuses années, même après son embauche par le journal Le Droit (il était le prédécesseur de Bado). Il avait tenu à maintenir sa coopération avec nous en gratitude pour lui avoir donné sa première chance. Daniel a même publié des recueils de ses caricatures. Un jour, il a décidé que c’en était fini et il s’est suicidé. Comme ça, tout simplement. Quel talent perdu! Au journal Le Carillon, Daniel m’avait confié un jour que la plupart de ses caricatures étaient créées en pleine nuit. Il avait tout un talent.

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Dans l’édition du 12 juin 1969, un article fait référence à l’inauguration officielle la fin de de semaine précédente du tout nouveau Centre national des Arts à Ottawa. L’article disait que ce centre jouerait un rôle important pour la population de Prescott et Russell. Le Théâtre du Capricorne est le nom de sa troupe française et son directeur artistique est Jean-Guy Sabourin. Le Théâtre comptait beaucoup sur le bassin de 280 000 francophones et francophiles de son territoire. Par contre, l’article expliquait que le travail des responsables serait difficile parce que cette région « est formée d’une classe sociale de plus difficiles pour l’épanouissement du théâtre. La population se trouve à la frontière Ontario-Québec, les gens sont francophones et anglophones, les revenus sont bas et plusieurs sont du milieu rural ». Voilà pour la prise de jugement! Jean-Guy Sabourin était de Montréal, mais il était né à L’Orignal en 1934, « du mariage de M. Henri Sabourin et Mlle Eva Courtemanche », qui étaient déménagés à Montréal peu de temps après la Deuxième Guerre mondiale.