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Hier et aujourd’hui

Celui-ci n’a pas de date non plus, mais provient toujours de la même période poétique de ma mère (1984-1986). Elle aborde encore une fois son thème du retour à une époque révolue, une époque qu’elle a connue bien sûr; le bûcheron-draveur qu’elle a épousé. Une réflexion sur la modernité du milieu des années 80 que l’on peut qualifier de contemporaine.

HIER…

Tous les hommes travaillaient très fort…
Ils allaient même chercher de l’or;
Beaucoup d’entre eux étaient bûcherons,
Draveurs, défricheurs et colons.
Papas de familles nombreuses
La vie pour eux était heureuse,
Quand venait l’temps d’aller veiller
C’était à pied ou en « buggy »
Et ainsi ils ont réussi
À bâtir notre beau pays!

AUJOURD’HUI…

Les hommes ont leurs cartes de crédit,
Espèrent gagner à la « Loterie »
Pour s’acheter une Cadillac
Ou un chalet près d’un beau lac.
Comme ils n’ont pas beaucoup d’enfants,
Ils s’ennuient la plupart du temps.
Ils vont donc faire le tour du monde,
Pour apprendre que la Terre est ronde,
Puis, font alors un grand détour
Et sur la Lune, vont faire un tour!

HIER…

Les femmes n’achetaient presque rien,
Elles faisaient tout avec leurs mains;
Du pain, du beurre et des cretons
Des confitures… même du savon.
Elles tissaient, cousaient, tricotaient
Près du ber où bébé dormait.
Elles travaillaient avec courage
Et n’étaient jamais en chômage.
Si l’occasion se présentait
Avec joie elles chantaient, dansaient.

AUJOURD’HUI…

Les femmes ne restent plus au foyer,
Un peu partout sont employées,
Elles achètent du prêt à manger,
De la « pizza » du « Kentucky ».
Elles n’ont qu’à tourner un bouton
L’ouvrage se fait dans la maison.
Elles appellent la gardienne : « Allo »
Viens garder, je vais au Bingo.
Et beaucoup d’autres moins chanceuses
Sont sur la liste des chômeuses!

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Vivre est un poème

J’aime bien celui-ci. Je le retape alors que le soleil brille dehors et qu’il envahit mon petit bureau. Ma mère l’a composé le 26 février 1985. C’était il y a un quart de siècle, mais ce dont elle parle n’a pas de limite temporelle.

Vois, le grand jour qui se lève
Et la lumière du soleil,
Ouvre l’œil, finis les rêves,
C’est merveilleux le réveil.

La vie est un beau poème
Que l’on écrit chaque jour,
Les mots sont toujours les mêmes
Quand on nous parle d’amour.

On cherche souvent les mots
Pour ce poème quotidien,
Mais la vie, quand tout est beau
Nous donne tout avec rien.

Quand on a le temps d’écrire
Des belles rimes on fait la liste,
Vite fait, avec le sourire
Mais facile si on est triste.

Les « fleurs » riment avec « bonheur »
Et « bonjour » avec le « jour »
Le « charmeur » rime avec « cœur »
Et « toujours » avec « amour ».

Le jour on est occupé
La poésie est plus discrète,
Mais le soir on peut livrer
Nos pensées les plus secrètes.

Vivre, est déjà un poème
Voir au dehors, en dedans,
Sourire à la vie quand même
Comme tous les petits enfants.

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Gaspillage

Les questions de la protection de l’environnement font les manchettes de nos jours, mais déjà, en décembre 1984, ce thème préoccupait ma mère.

…de la nature :

Avez-vous déjà constaté
Le gaspillage autour de nous?
La forêt se fait dépouiller
De ses beaux arbres, un peu partout.
L’eau limpide des lacs, des rivières
Est polluée à un tel point
Que tout en souffre, quelle misère!
Pour de l’eau pure, faut aller loin.

…de la nourriture :

Avez-vous déjà visité
Le contenu de nos poubelles?
D’la nourriture en quantité
Paraît que c’est partout pareil.
Dans les déchets des restaurants,
Et des hôtels de notre pays
Il y en aurait suffisamment,
Pour nourrir toute l’Éthiopie.

…de notre temps :

Avez-vous déjà calculé
Le nombre d’heures qui sont perdues?
À ne rien faire, à rêvasser,
Et le temps file, on ne voit plus
Qu’est-ce que n’va pas, que doit-on faire?
Ouvrez les yeux, cherchez un peu
Près de nous il y’a d’la misère,
Donner d’votre temps, c’est merveilleux.

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Ne lâchez pas

Un message d’espoir que ma mère lançait à quelqu’un, avec un peu de licence poétique. Il n’y a pas de date à ce poème, mais, comme les autres, il a été écrit entre 1984 et 1986.

À certains moments de la vie,
Tout nous paraît plus ou moins gris.
Y comprenez-vous quelque chose?
On ne voit plus la vie en rose.

Vient le temps de chercher secours
Le courage manque et puis un jour
Arrive un bon Samaritain
Qui heureusement vous rend la main.

Deux petits mots, deux simples mots :
« Lâchez pas »… (C’est déjà beau)
Ont suffi à vous remonter
« Lâchez pas », il faut continuer.

Dans la vie, c’est toujours ainsi
Et il vaut mieux que l’on en rit.
Il y a des hauts et des bas,
Continuez et « Lâchez pas ».

Et en note marginale, cette phrase qu’elle avait lue ou entendue.

Il faut si peu de choses pour remplir un grand cœur.

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Grand-mère

Toutes celles qui sont grands-mères se reconnaîtront dans ce poème de ma mère (sept enfants), une grand-mère une trentaine de fois (dont mon fils la dernière) et arrière-grand-mère de nombreuses fois.

Le jour même où on devient grand-mère
Aux yeux des autres tout est différent,
On adore ce petit être cher,
Qui est la cause de ce changement.
Grand-mère, c’est bousculer d’un seul coup
Dans une sorte de club aux cheveux blancs,
Maintenant, on comptera sur vous,
Pour garder bébé de temps en temps.

Ces petits au beau sourire confiant
Nous apportent des roses comme le rosier,
Et tout nous paraît si amusant
Même leurs petits doigts dans le beurrier.
Comme grand-mère on a le plus beau rôle,
C’est de les aimer sans corriger,
Leur vivacité est souvent drôle
Avec eux, on ne peut s’ennuyer.

Grand-mère et les petits s’entendent bien,
Comme tous les enfants font des bêtises,
Inutile de s’en faire pour un rien
Ça se termine toujours par une bise.
Les jeunes se confient à leur grand-mère
Qui pour eux est toujours tout oreilles,
Une grand-mère est rarement en colère,
Sans elle nous ne serait pas pareil.

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La télévision

Ma mère, au cours de sa longue vie, a été témoin de grands bouleversements de notre société (sans oublier nos deux Grandes Guerres et la Grande Dépression). L’invention de la télévision a forcément été une transformation qu’elle n’aurait jamais imaginée dans sa petite école de Duhamel. Ce poème, elle l’a écrit en septembre 1984.

Qui aurait pu dire il y a cent ans,
          Que nous aurions
          Dans nos maisons,
Cette fameuse boîte à écran,
Que nous appelons « Télévision »?

Invention moderne qui a tout changé,
          Pour les parents
          Et les enfants,
Impossible de converser
Quand on regarde la « Télévision ».

Les enfants ont Bobino, Passe-Partout,
          L’adolescent
          Les films bruyants,
Violents, souvent un peu fous,
Que nous apporte la « Télévision ».

Les femmes regardent tous les romans savons!
          Elles adorent ça
          Ces histoires-là!
Elles trouvent le temps bien moins long,
En rêvant près d’la « Télévision ».

Les hommes ont la balle et leur cher « hockey »
          Avec sa bière.
          Eh! oui, ma chère,
N’allez pas les déranger
Lorsqu’ils regardent la « Télévision ».

Cette boîte à images cause beaucoup de maux,
          En nous montrant
          N’importe comment
Des personnages pas très beaux,
Inventés pour la « Télévision ».

La télévision a un bon côté,
          De l’Amérique
          Jusqu’en Afrique,
Nous permet de voyager.
C’est fantastique la « Télévision ».

En note marginale, elle avait consigné ce qui suit. Je ne sais pas si c’est de son cru, ou si elle l’avait entendu justement à la télévision! En 1984, en passant, c’était l’introduction d’un ordinateur ultra convivial par une entreprise du nom d’Apple!

Dans les bureaux de l’avenir, il n’y aura plus qu’un homme, un ordinateur et un chien; l’homme pour nourrir le chien et le chien pour empêcher l’homme de s’approcher trop près de l’ordinateur.

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Mon hirondelle

Celui-ci évoque des souvenirs réels. Je me souviens des « cabanes à oiseaux » que mon père installait et chaque printemps, « ses » hirondelles s’y logeaient. Il les nourrissait. S’assurait que la « cabane » était en bon état. La nettoyait à l’automne. Quand les hirondelles revenaient, mon père s’amusait à les nourrir… et ma bonne vérité, il leur parlait et obtenait des réponses. J’en avais l’impression en tout cas. Dans son esprit, j’en suis sûr, il conversait avec les hirondelles. Il n’y a pas de date à ce poème de ma mère.

Chaque printemps, belle hirondelle,
Près de chez moi, tu fais ton nid,
Avec une ardeur toute nouvelle,
Tu choisis ton petit logis.
Il te faudra donc plusieurs heures
Pour terminer ce nid d’amour
Qui abritera ton bonheur,
Dont tu te souviendras toujours.

               Petite hirondelle, dis-moi, est-ce que
               les parents ne sont pas ainsi
               pour accueillir une nouvelle vie?

Puis les petits sont arrivés,
Plusieurs becs de plus à nourrir,
C’est un travail long, acharné
Et tu le fais avec plaisir.
Puis tu es bien récompensée
Car les petits grandissent très vite
Ils sont déjà prêts à voler
Dans le beau ciel qui les invite.

               Petite hirondelle, dis-moi,
               ne faut-il pas guider ses petits
               jusqu’à ce qu’ils puissent
               voler de leurs propres ailes?

Puis un beau jour durant l’été
Les petits oisillons s’envolent,
Ils sont forts et pleins de gaieté
Vers d’autres cieux, ensemble ils volent.
Nous regardons bien tristement
Ton nid entouré de silence,
Et attendons jusqu’au printemps,
Ton retour avec impatience.

               Petite hirondelle, dis-moi,
               à quoi songes-tu
               quand le nid est vide?

En bas de page de ce poème, il y a un quart-de-siècle, ma mère avait consigné ce commentaire, toujours d’actualité :

L’expérience des vieux est faite de mille instants de peines, d’erreurs, de joies et d’espoirs accumulés. L’expérience des vieux met de la poésie en une époque où les ordinateurs ont fait fuir les conteurs. Les deux bouts de la vie passent par le chemin du cœur. La courtoisie, la politesse et les bonnes manières sont un rempart contre les conflits et la violence.

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En tricotant

Ma mère aimait tricoter, comme toutes les femmes de sa génération. Je note que ma femme a montré à tricoter à nos quatre petits-enfants. Aucune garantie qu’ils en feront un passe-temps. Il n’y a pas de date sur ce poème, mais elle l’a évidemment composé pendant sa période de poésie.

En tricotant, quand on a l’temps,
On peut faire de jolis vêtements,
          Prenez la peine
          Sortez aiguilles et laine
          Et tricotez.

De temps en temps, il faut compter
Toutes les mailles, pour s’assurer
          Que le tricot
          Sera tout à fait beau
          Lorsqu’achevé.

En tricotant, on peut rêver
Et voyager par la pensée
          Faire des projets
          Qui ne seront jamais
          Réalisés!

Le cliquetis de nos aiguilles
Vite nous rappelle que le temps file.
          Avec amour
          Nous faisons un retour
          Vers le passé.

Dans la vie, ce serait si beau
Si on pouvait, comme un tricot
          Défaire un bout,
          Et puis, à notre goût,
          Recommencer!

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Souvenirs

Pas de date précise à celui-ci. Le thème me fait comprendre pourquoi je consigne des carnets de voyage.

Étant l’aînée de la famille
Je deviens tôt gardienne d’enfants,
Et comme beaucoup de petites filles,
J’aimais jouer à la maman.

Dans mes souvenirs les plus chers,
Je vois un bosquet d’épinettes,
Où j’emmenais mes petits frères
Gambader et faire la dînette.

Chaque fois tout était nouveau
Nous ramassions des fleurs très belles
Puis, nous comptions les nids d’oiseaux
Qui, pour nous, étaient des merveilles.

Des écureuils vifs, enjoués
Venaient près de nous lentement,
Nous aurions voulu les toucher,
Mais ils se sauvaient prestement.

Le chien venait nous retrouver,
Ça voulait dire comme de raison,
Qu’il fallait vite s’en retourner
Bien sagement à la maison.

Cet heureux temps de la jeunesse
On voudrait le voir dans un livre
Car lorsqu’on atteint la vieillesse
On aimerait bien ça le relire.

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La vie et ses saisons

L’analogie des saisons de la vie a été reprise par de nombreux auteurs.
Voici la version de ma mère en mai 1986.

Où est allé le joyeux temps
De mon enfance où j’ai vécu
Dans une maison pleine d’enfants
Mais bien loin des bruits de la rue?
Notre jeunesse, c’est le printemps,
Et pour admirer tout le nouveau
Il faut ouvrir les yeux tout grand
Car c’est si court, mais c’est si beau.

Puis, c’est l’été et ses orages,
La vie nous file entre les doigts,
On tourne alors une autre page
Vers l’avenir on va tout droit.
Les enfants nous tiennent occupés
C’est le travail, c’est la moisson,
On ne voit plus le temps passer,
Des grands bonheurs c’est la saison.

Déjà l’automne, les feuilles se dorent
Et vers le sud vont les oiseaux.
On fait partie de l’âge d’or
C’est pour mieux oublier nos maux.
On regarde nos petits-enfants
Comme des fruits fraîchement cueillis
Et l’on croit voir pour un instant
Un petit coin du Paradis.

Un beau matin on s’aperçoit
Que c’est l’hiver et ses frimas,
Le ciel est gris, le vent est froid
C’est le temps de prier tout bas.
Faut que cette dernière saison
Soit remplir de moments joyeux
Pour que partout avec raison
On y voit que des gens heureux.