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Le Canada et le Québec en vedette

par Alain Guilbert

Depuis le début des 22es Jeux olympiques d’hiver à Sotchi (Russie), on a beaucoup parlé des performances souvent exceptionnelles des athlètes canadiens et québécois, mais on a beaucoup moins parlé des performances non moins exceptionnelles de plusieurs entreprises québécoises.

Voyons en quelques-unes :

– La mise en scène des cérémonies d’ouverture et de clôture (celle-ci reste à venir) a été réalisée par Finzi Pasca, une entreprise installée en Suisse, mais dont plus de la moitié des employés et des artistes sont québécois.

– La production de plusieurs « effets spéciaux » avait été confiée à Pixmob, une autre entreprise québécoise, qui a d’ailleurs contribué au spectacle de mi-temps du XXVIIIe Super Bowl présenté quelques jours avant le début des Jeux de Sotchi. Pixmob a réussi à transformer en écran géant la foule de 80 000 personnes, à East Rutherford (près de New York), avec l’aide de tuques lumineuses dont on avait coiffé tous les spectateurs. C’est quasi impossible de connaître comment l’entreprise a réussi un tel exploit. Parmi les effets spéciaux, soulignons aussi que les « grosses roues », les îles flottantes, le train et autres qu’on a pu admirer pendant la cérémonie d’ouverture sont la création de Show Canada, une entreprise de Laval, qui avait aussi contribué aux Jeux de Vancouver et de Londres.

– Les 62 dameuses de neige qui nivellent les pentes de Sotchi ont été fabriquées par Prinoth, une entreprise de Granby, au coût de 10 millions $.

– Les 3000 chandails et paires de bas qui seront portés par toutes les équipes d’hommes et de femmes participant au tournoi olympique de hockey ont été fabriqués à l’usine de vêtements SP, elle aussi située à Granby.

– Les projections vidéo de la cérémonie d’ouverture (et aussi de clôture) sont réalisées par Solotech, de Montréal, qui utilise entre autres 150 projecteurs de 20 mégawatts chacun. Ce sont les troisièmes Jeux olympiques auxquels cette entreprise contribue, soit Atlanta et Vancouver avant Sotchi. Quant à la troupe les 7 doigts de la main, elle a aussi joué un rôle dans la cérémonie d’ouverture et sera aussi de la cérémonie de clôture. Auparavant, la troupe avait participé aux Jeux de Turin et de Vancouver.

– En plus du matériel produit ou fourni par nos entreprises, il a fallu noliser quatre avions de format « jumbo » pour transporter 250 conteneurs de matériel en Russie à partir de Montréal : coût de l’opération… 55 millions $.

Bien sûr, ces exploits commerciaux viennent s’ajouter aux exploits de nos athlètes québécois depuis le début des compétitions. Ces succès suscitent bien des questions chez plusieurs de « nos amis anglophones » qui se demandent bien quel est « le secret » des Québécois. Le quotidien The Gazette, pour un, avait peut-être déjà découvert ce secret. En effet, dans son édition du 5 octobre dernier, le quotidien de Montréal écrivait en première page : « … In Québec, bilingualism is rarely just the ability to communicate. The bilingual brain is faster and more flexible than someone who knows only one language according to researchers ». Peut-être que le « bilinguisme » permet aux athlètes de patiner, de skier ou de glisser plus vite. Sait-on jamais?

(Un merci spécial à Jean Lemieux, que j’ai connu à l’époque où je travaillais au Groupe Transcontinental. C’est lui a compilé le bilan des contributions québécoises aux Jeux de Sotchi. À l’époque, il agissait comme fournisseur de la plupart des presses que l’on trouvait dans les imprimeries de Transcontinental.)

En bref….

Revenons quelque peu sur la médaille d’argent de Denny Morrison lors de l’épreuve de 1000 mètres en patinage de vitesse sur longue piste. Tout le monde connaît maintenant le geste exceptionnel de Gilmore Junio qui a donné sa place à Morrison pour cette course. J’ai entendu beaucoup de personnes (même des journalistes sportifs – ?) avouer ignorer qu’un athlète pouvait se faire remplacer par un autre athlète aux Jeux olympiques. Bien sûr, la réponse est oui – mais pas se faire remplacer par n’importe qui.

Dans le présent cas, Denny Morrison avait raté sa qualification lors de la course de 1000 mètres visant à choisir l’équipe canadienne qui participerait aux Jeux olympiques. Il avait toutefois réussi la qualification pour la course de 1500 mètres. Et, détail important, il avait été choisi comme « relève » pour le 1000 mètres au cas où un autre patineur se désisterait pour cause de blessure ou autre. Et c’est exactement ce qui s’est produit; Junio a réalisé la veille de la course que Morrison patinait mieux que lui, alors, il lui a offert sa place. Mais Morrison était la seule personne au monde qui pouvait remplacer Junio parce qu’il avait été désigné comme « relève » pour cette épreuve. Donc, un ou une athlète peut demander à un ou une autre athlète de le remplacer, mais à la seule condition que le remplaçant ait déjà été désigné comme « relève ». Dans le présent cas, voilà pourquoi personne d’autre que Morrison n’aurait pu remplacer Junio – ce qui n’enlève absolument rien à la grandeur du geste de Junio, surtout maintenant que Morrison a une superbe médaille d’argent accrochée au cou.

Et quelques mots au sujet des performances canadiennes aujourd’hui qui nous montrent bien que « ce n’est pas tous les jours FÊTE ».

En effet, les « médailles presque gagnées d’avance » se sont toutes envolées les unes après les autres. L’équipe canadienne de relais au 5000 mètres de patinage de vitesse sur courte piste dont le rêve de médaille d’or a pris fin dans le mur de la patinoire. La « gloire de St-Félicien » au Lac St-Jean, Marianne St-Gelais, qui n’a pu se qualifier pour la finale du 500 mètres en patinage de vitesse sur courte piste… (Il s’agissait là de deux médailles qu’on croyait déjà acquises, ce qui prouve encore une fois qu’il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.) Trois Canadiennes à une « éternité » derrière les premières lors du 15 kilomètres en ski de fond. Somme toute, une journée à oublier.

Et tout ce qui précède ne tient pas compte de la très courte victoire de l’équipe canadienne contre la Norvège au hockey. Contre qui? La Norvège, un pays qui ne compte aucun joueur dans la très célèbre LNH – 3 à 1 – alors qu’on s’attendait à quelque chose comme 10 ou 12 à 0 ou à 1. Eh oui, Carey Price a été victime d’une rondelle déviée. Le seul élément positif de cette courte victoire, c’est que l’équipe canadienne ne pêchera probablement pas par excès de confiance face à son prochain adversaire et qu’elle pourrait n’aller qu’en s’améliorant. Espérons-le! Mais le défi des « grandes patinoires » demeure toujours présent.

Et pour terminer sur une note positive – la très belle performance de Patrick Chan en patinage artistique en fin de journée. Il se retrouvera possiblement (même probablement) avec une médaille d’or autour du cou éventuellement. Il est dans une position extrêmement favorable pour réussir l’exploit.

À la prochaine…

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Des exploits hors de l’ordinaire

par Alain Guilbert

Mon ex-collègue de travail (à l’époque où je dirigeais la division média de Transcontinental), Pierre Duhamel, produit un blogue sur le site du magazine L’Actualité. Pierre, incidemment, est l’un des plus compétents chroniqueurs économiques du Québec. Plus tôt cette semaine, il s’est permis un commentaire sur les succès des athlètes canadiens, et bien sûr québécois, aux Jeux olympiques de Sotchi. De façon simple, mais efficace, il identifie sept raisons qui expliquent « nos » succès. Il vaut la peine d’être lu… surtout qu’il va plus loin que la plupart des commentaires rédigés par des journalistes sportifs.

Voici donc le court texte de Pierre Duhamel, que vous allez sûrement apprécier. Le tout se résume en sept principes (sept leçons à tirer) qui devraient servir à n’importe quelle personne qui désire réussir dans la vie :

Ils sont beaux et formidables.
Ils sont des modèles de travail acharné, de détermination et de persévérance.
Leur vie a été jalonnée de sacrifices, d’épreuves, d’échecs et de succès.
Les entrepreneurs ont déjà des leçons à tirer de cette magnifique jeunesse :

(1) Il faut travailler fort et se hisser parmi les meilleurs au monde.
(2) Comme les sœurs Dufour-Lapointe, il faut collaborer et partager ses acquis.
(3) Comme Charles Hamelin, il faut persévérer et s’imposer dans la durée.
(4) Comme Alexandre Bilodeau et Mikaël Kingsbury, il faut se mesurer, se batailler, se motiver l’un et l’autre pour s’améliorer sans cesse et gagner sur la scène mondiale.
(5) Comme le Comité olympique canadien, il faut investir et miser sur le potentiel de nos meilleurs.
(6) Comme les 7 doigts de la main, Solotech, Pixmob et Show-Canada, nos PME doivent innover et offrir un produit unique au monde.
(7) Comme le Canada pour le patinage sur courte piste et le ski acrobatique, il faut choisir ses niches où le potentiel de médailles est le plus élevé et où nous avons des avantages comparatifs.

Voici maintenant quelques-uns de mes commentaires au sujet de certains événements qui se sont passés aujourd’hui :

Notre équipe de hockey féminine a réussi à vaincre sa « bête noire », l’équipe américaine, par le pointage serré de 3 à 2 dans la première ronde du tournoi olympique. Bravo… surtout que l’équipe canadienne avait perdu quatre fois lors de ses quatre dernières rencontres contre l’équipe américaine. Les deux équipes, qui sont dans les faits les deux seules dignes de ce tournoi olympique, se rencontreront une autre fois en finale pour la médaille d’or. Espérons que nos Canadiennes n’ont pas atteint leur sommet trop tôt. (Vous vous souvenez de ce que j’avais écrit plus tôt cette semaine; pour être considéré comme un sport olympique, un sport d’hiver doit être sous la direction d’une fédération internationale et largement pratiqué dans 25 pays sur trois continents différents. Vous croyez vraiment que le hockey « féminin » répond à cette exigence? (Largement pratiqué dans 25 pays!)

Notre équipe de hockey masculine, de son côté, entreprend son tournoi olympique demain. Son premier adversaire : la Norvège, un pays qui n’est vraiment pas une menace au hockey. La question est de savoir si le Canada va l’emporter par 10 à 0 ou plus… ou par moins que 10 à 0; et aussi de savoir si Carey Price, le gardien de but désigné pour le match de demain, va accorder un but ou pas. On ne sait jamais – une rondelle déviée!

Un exploit (?) sans précédent aujourd’hui dans la descente de ski alpin pour les dames; la Slovène Tina Maze et la Suisse (ou la Suissesse) Dominique Gisin ont complété le parcours dans, exactement le même temps de 1 minute 41 secondes et 47 dixièmes. Ce n’était jamais arrivé dans toute l’histoire des Jeux. Alors que fait-on? Tout simplement, on décerne deux médailles d’or, une à chacune des deux détentrices du même temps… et celle qui les suit reçoit une médaille de bronze. À la fin des Jeux, ou plus tard, on se demandera peut-être pourquoi on a décerné une médaille d’or de plus que de médailles d’argent (ou à l’inverse, une médaille d’argent que de médailles d’or) lors des Jeux de 2014. Il faudra référer à l’exploit des skieuses Maze et Gilin pour expliquer cette différence. Mais dans les Jeux d’été, on décerne au moins une quarantaine de médailles de bronze de plus que de médailles d’or et d’argent, sans qu’il y ait d’égalité semblable à celle de nos deux skieuses. Pourquoi cette différence dans les médailles de bronze? Pour une raison que beaucoup de sportifs ne savent pas – ou oublient – dans tous les sports de combat, soit la boxe, le judo, le taekwondo, la lutte (style libre et style gréco-romain), on procède à un tournoi qui élimine tous les participants jusqu’à ce qu’il n’en reste que quatre. Ces quatre-là s’affrontent en demi-finales et les deux gagnants des demi-finales s’affrontent en finale pour déterminer la médaille d’or et la médaille d’argent. Quant aux deux perdants des demi-finales, on ne leur demande pas de livrer un combat additionnel; on leur accorde plutôt une médaille de bronze à chacun. Et voilà l’histoire de la différence dans le nombre des médailles.

Autre fait intéressant lors des épreuves d’hier, il s’agit de la médaille d’argent obtenue par le Canadien Denny Morrison au patinage de vitesse longue piste sur la distance de 1000 mètres. Morrison n’était pas qualifié pour cette distance, il l’était pour le 1500 mètres, mais pas pour le 1000 mètres. L’un des qualifiés pour le Canada était Gilmore Junio, 23 ans, de Calgary, mais comme hier soir (mardi) il ne se sentait pas trop bien pour cette épreuve et qu’il ne croyait être capable de bien performer, il a demandé à Morrison de le remplacer, en lui disant qu’il avait plus de chances que lui de bien performer et… vous devinez quoi? Morrison a mérité une médaille d’argent dans une épreuve où il ne devait même pas participer. Quel beau geste de la part de Junio et après sa performance, Morrison a suggéré au Comité olympique canadien de désigner Junio comme porte-drapeau canadien lors de la cérémonie de clôture. Il le mériterait certainement, mais je serais surpris que le Comité olympique canadien donne suite à la suggestion de Morrison. Ce serait pourtant reconnaître un vrai geste sportif plutôt qu’une performance… pour une fois!

Tout comme on devrait reconnaître le geste de l’instructeur de ski de fond canadien qui, plus tôt aujourd’hui, est allé porter un ski à un Russe qui venait de briser le sien lors d’une chute. Sans le geste exceptionnel de l’instructeur canadien, l’athlète russe n’aurait probablement pas réussi à terminer sa course. Quel geste admirable! Il nous rappelle celui du skieur qui avait remplacé le bâton de ski brisé de la Canadienne Cindy Crawford lors des Jeux de Turin, ce qui avait permis à Crawford de remporter une médaille d’argent. Des gestes comme ceux-là, on n’en voit pas beaucoup, mais, lorsqu’on en voit, c’est surtout lors de Jeux olympiques. Des gestes qui représentent le véritable esprit sportif.

À la prochaine…

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Des émotions bien personnelles

par Alain Guilbert

Dans mon commentaire d’hier, j’écrivais que j’étais « ému » devant les succès remportés par les athlètes québécois en ski acrobatique (bosses)… un doublé or-argent pour les sœurs Dufour-Lapointe et un autre doublé or-argent pour Alexandre Bilodeau et Mikaël Kingsbury.

La plupart de ceux (et celles) à qui je fais parvenir mes commentaires quotidiens (ou presque) – une trentaine de personnes seulement – savent mes liens très étroits avec le ski acrobatique, des liens directs qui ont duré une dizaine d’années et des liens indirects qui durent encore. Si j’ai été ému hier par la performance Bilodeau-Kingsbury, je l’ai été encore davantage ce matin quand j’ai reçu le commentaire suivant de mon ancien « patron » à Postes Canada, André Ouellet. Voici ce qu’il m’écrivait :

« Je te comprends d’être ému à la suite des succès des athlètes canadiens en ski acrobatique. Tu as contribué d’une certaine façon à ce succès. Il n’y avait pas beaucoup de commanditaires au début. Il fallait des gens qui croient en ces athlètes et qui leur donnent les moyens de réussir et de continuer leur développement. Postes Canada était là au bon moment grâce à ton initiative. Ces médailles d’or et d’argent, elles sont aussi un peu les tiennes. » André

Comme il m’a autorisé à reproduire son témoignage à l’intention de mes lecteurs, je ne m’en suis pas privé. Bien sûr, j’ai cru en ces skieurs acrobatiques lorsque je les ai rencontrés pour la première fois, mais c’est parce que mon « patron » de l’époque, André Ouellet, m’a appuyé que Postes Canada s’est engagée à l’endroit du ski acrobatique.

La première fois que j’ai assisté à une épreuve de ski acrobatique en personne, c’était en décembre 1998 lors d’une épreuve de Coupe du monde présentée à Whistler, en Colombie-Britannique. Mon collègue Daniel Sawaya, alors vice-président marketing à Postes Canada, avait accepté de commanditer cet événement pour la modique somme de 15 000 $. L’horaire de Daniel ne lui a pas permis de se rendre à Whistler pour y représenter Postes Canada et il m’avait demandé de le remplacer, ce que j’ai fait avec plaisir, surtout que j’étais moi-même un mordu du ski depuis plusieurs années.

Au cours de mon séjour, j’ai eu le privilège et le plaisir de côtoyer plusieurs athlètes, dont Nicolas Fontaine, Pierre-Alexandre Rousseau et quelques autres. À titre de commanditaire de l’événement, Postes Canada avait invité quelques clients de la région de Vancouver à y assister et nous avions accueilli ces clients à une petite réception après la compétition. Nicolas Fontaine avait eu la gentillesse d’y assister en compagnie de quelques membres de l’équipe canadienne de ski acrobatique. Tous les clients avaient les yeux grands ouverts. Je n’en revenais pas de l’attrait que ces athlètes avaient pour nos invités, et surtout l’admiration qu’ils suscitaient.

C’est au cours des moments passés avec ces athlètes que j’ai découvert dans quelle « misère » ils vivaient et que plusieurs d’entre eux étaient sur le point de quitter le circuit de la Coupe du monde faute de fonds suffisants pour que l’Association canadienne de ski acrobatique puisse assumer leurs dépenses. Après les Jeux de Nagano, en 1998, les principaux commanditaires du ski acrobatique avaient plié bagage et les finances de cette fédération étaient dans un état désastreux.

À mon retour de Whistler, j’ai soumis un rapport à mon « patron » André Ouellet dans lequel je lui décrivais la situation dans laquelle se trouvaient les skieurs acrobatiques au point que certains d’entre eux devraient abandonner leur rêve non seulement de participer aux Jeux suivants de Salt Lake City, mais pires encore, qu’ils seraient peut-être incapables de compléter la saison de la Coupe du monde. Je lui suggérais que Postes Canada s’associe financièrement au sport amateur, et plus particulièrement au ski acrobatique, un sport spectaculaire qui avait obtenu une visibilité sans précédent quand, quelques années plus tôt, Jean-Luc Brassard avait obtenu la médaille d’or en bosses aux Jeux de Lillehammer en 1994.

Et André a été d’accord, ce qui a scellé notre relation avec l’Association canadienne de ski acrobatique. Je me souviens, comme si c’était hier, des épreuves de Coupe du monde auxquelles j’ai assisté à Whistler, Mont-Tremblant, Fernie, Apex et Mont-Gabriel au cours des années. Je me souviens des Jeux olympiques de Salt Lake City, où j’ai vu Jennifer Heil, qui avait à peine 17 ans, terminer 4e dans l’épreuve des bosses, à un centième (oui, un centième) de point du podium; où Jeff Bean a aussi terminé en 4e position, à quelques centièmes de point du podium des sauts et où Veronika Brenner (surnommée Big V) et Deidra Dionne avaient respectivement remporté les médailles d’argent et bronze en sauts.

Après les Jeux de Salt Lake City, Postes Canada a renouvelé son entente de commandite avec l’Association canadienne de ski acrobatique jusqu’après les Jeux de Turin. C’est au cours de ces années que j’ai vu exploser Jennifer Heil, qui a remporté la médaille d’or à Turin, puis la médaille d’argent à Vancouver; que j’ai vu éclore Alexandre Bilodeau, qui a remporté la médaille d’or à Vancouver avant de renouveler l’exploit plus tôt cette semaine à Sotchi. On dit souvent qu’Alexandre Bilodeau a été le premier Canadien à remporter une médaille d’or olympique au Canada. Peu de gens comprennent que les Jeux olympiques ont eu lieu trois fois au Canada – en 1976, les Jeux d’été à Montréal, où le Canada avait remporté « zéro » médaille d’or – en 1988, les Jeux d’hiver à Calgary, où encore une fois le Canada avait remporté « zéro » médaille d’or – et finalement en 2010, les Jeux d’hiver à Vancouver où le Canada a remporté 14 médailles d’or, dont la toute première s’est retrouvée autour du cou d’Alexandre Bilodeau. Son exploit n’était pas d’avoir remporté la 1re médaille des Jeux de Vancouver, mais bien la 1re médaille d’or olympique jamais gagnée au Canada.

Et voilà qu’à Sotchi, le Canada réussit un doublé or-argent en bosses chez les filles avec les sœurs Dufour-Lapointe et un autre doublé or-argent en bosses chez les hommes avec Alexandre Bilodeau et Mikaël Kingsbury. Il y a de quoi être ému… et je dis un gros merci à André qui m’a appuyé au cours de toutes ces années…

Au sujet de Radio-Canada… Dans mon premier commentaire après la cérémonie d’ouverture des Jeux de Sotchi, j’avais déploré la pauvreté de la couverture du réseau français de Radio-Canada…

Parmi les personnes à qui je fais parvenir tous mes commentaires olympiques, plusieurs sont « rétroactifs » et me font part de leurs propres commentaires. Je voudrais aujourd’hui vous citer des extraits de quelques-uns de ces commentaires qui semblent passablement d’accord avec ce que j’ai écrit.

L’un de ces commentaires se lit comme suit :

« Je suis ravi de te lire et d’en apprendre à chaque fois sur le merveilleux monde de l’olympisme. Je suis content de réaliser que je n’étais pas le seul à être déçu de la performance du duo Turcotte-Roy. J’ai gueulé pendant une demi-heure contre Roy et Radio-Canada puis je suis allé au réseau anglais. C’est un scandale d’avoir envoyé Roy à Sotchi, il ne connaît rien en sport olympique et manifestement il n’était pas préparé. D’ailleurs Galipeau, Gravel et bien d’autres se sont payé un voyage en Russie sur le bras du payeur de taxes canadiennes. Comme pour les sénateurs, on devrait leur demander un remboursement. Mansbridge et Maclean étaient prêts. »

Un autre de ces commentaires se lit comme suit :

« Comme tu as raison sur la banalité des commentaires de Radio-Canada. Le pire, c’est qu’ils en ont l’habitude. La cause principale: ignorance du sport. Le sport de Patrice Roy et cie, c’est la politique. Tout le reste n’est que fadaise. Il n’y a qu’un seul parmi cette équipe de Radio-Canada qui prenait son métier au sérieux et c’est Richard Garneau. Les autres, suffisants, s’imaginent que leur insignifiant babil supplée la recherche; au premier titre, Marie-Josée Turcotte. La jumeler à Patrice Roy, dont l’ego l’étouffe, démontre de la part des patrons un total manque de jugement. Ceux-ci devraient être congédiés. Radio-Canada et TVA souffrent du même mal dans leurs émissions sportives : croire que la parole l’emporte sur l’image. »

Et un troisième commentaire :

« L… et moi sommes entièrement d’accord avec toi au sujet du flop monumental de la SRC comparativement à CBC. Patrice Roy a fait une gaffe impardonnable au sujet du nom de Charles Hamelin. Il l’a appelé Marc-André. Charles lui a dit, ‘Moi, c’est Charles’. Patrice Roy a feint de ne pas entendre Hamelin et a continué avec sa question. C’est un manque total de respect pour Charles, qui a paru insulté, d’ailleurs. En voulant dire, combien faut-il que je t’en sorte des médailles pour que tu te souviennes de mon nom? On est bien loin d’un Richard Garneau. »

Et de mon côté, je voudrais m’excuser; après la « pauvre » performance de Radio-Canada lors de la cérémonie d’ouverture, j’ai craint que l’émission de début de soirée animée par France Beaudoin, « Bons baisers de Sotchi » ne soit un spectacle désolant. Au contraire, après trois ou quatre émissions, « Bons baisers de Sotchi » semble déjà devenue une émission incontournable. France Beaudoin est admirable, son adjoint Dany Dubé n’est pas spectaculaire, mais quel « straight man » il représente pour France. L’atmosphère est à la détente même si l’émission est diffusée en milieu de nuit, heure de Sotchi, et l’émotion est là continuellement. Bravo! On pourrait peut-être demander à France d’animer la cérémonie de clôture?

À la prochaine…

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Sports d’été et sports d’hiver…

par Alain Guilbert

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi le Canada faisait si piètre figure aux Jeux olympiques d’été, et généralement très bien, surtout récemment, lors des Jeux olympiques d’hiver? Votre première réponse sera sans doute parce que le Canada est un pays d’hiver… Vous avez partiellement raison, mais c’est sans doute un peu court comme réponse…

Vous devez d’abord comprendre la différence entre un sport d’été et un sport d’hiver. Selon les règles du Comité international olympique (CIO), pour qu’un sport d’été soit admis aux Jeux olympiques, il doit être régi par une Fédération internationale qui réunit au moins 75 Fédérations nationales d’autant de pays représentant au moins quatre continents et où ce sport est « largement » pratiqué… Quant à un sport d’hiver, il doit être régi par une Fédération internationale qui réunit au moins 25 Fédérations nationales d’autant de pays représentant au moins trois continents où le sport en question est aussi « largement » pratiqué.

La plupart des sports d’été sont pratiqués dans bien plus que 75 pays… alors que plusieurs sports d’hiver sont pratiqués dans à peine 25 pays…, et dans certains cas, probablement moins. Tout dépend de l’interprétation qu’on donne à l’expression « largement pratiqué ».

Historiquement, les Jeux d’hiver ne comprenaient que le ski alpin, le ski de fond, le saut à ski, le biathlon (une discipline plutôt militaire), le hockey sur glace, le curling, le patinage de vitesse (longue piste), le patinage artistique, le bobsleigh et la luge. Mais avec les années, on a ajouté de nouvelles disciplines… ce sont davantage les réseaux américains de télévision qui versaient des sommes faramineuses pour obtenir les droits de télédiffusion. Plus d’un milliard de $ pour les Jeux d’hiver seulement. Vous imaginez la croissance des droits quand vous comparez cette somme aux droits payés par le réseau ABC à Montréal pour les Jeux de 1976, soit 25 millions de $, ce qui représentait alors le plus important contrat de toute l’histoire. Aujourd’hui, 38 ans plus tard à peine, cette somme ressemble à des « peanuts ». En versant des droits désormais aussi élevés, les réseaux américains ont aussi eu leur mot à dire sur les disciplines au programme… des disciplines qui sont spectaculaires pour la télévision… et c’est ainsi que des disciplines comme le patinage de vitesse, courte piste, le ski acrobatique, les compétitions de planche à neige (snowboard), le « ski cross » où quatre planchistes ou quatre skieurs côte à côte sur la même piste ont fait leur apparition… Des sports qui étaient souvent au programme des X-Games, un événement surtout américain. Ces nouvelles disciplines étaient populaires aux États-Unis, au Canada, au Japon, en Corée et dans quelques autres rares pays. Donc, cela n’a pas été étonnant de voir le nombre de médailles obtenues par le Canada croître à mesure que ces nouvelles disciplines faisaient leur apparition. Je vous assure que certaines de ces nouvelles disciplines ne sont pas « largement pratiquées dans 25 pays sur trois continents différents »… mais cela n’empêche pas le Canada (et même les Américains) de mieux performer que dans l’ancien système.

Tant mieux pour le Canada… mais attention… certaines de ces médailles ne sont pas très prestigieuses au niveau mondial… même si nous, Canadiens, en sommes très fiers…

Souvenirs d’il y a 20 ans… Lors des Jeux de Lillehammer en 1994, soit il y a exactement 20 ans, le Canada avait obtenu trois médailles d’or…. pouvez-vous nommer les gagnants de ces médailles? Il s’agit de Québécois… D’abord, Jean-Luc Brassard en ski acrobatique (bosses) et l’autre, eh oui, Myriam Bédard qui en avait obtenu deux au biathlon (7,5 km et 15 km).

Le Canada avait aussi remporté la médaille lors du tournoi olympique de hockey. À cette époque, les joueurs de la Ligue Nationale ne participaient pas encore aux Jeux. Pouvez-vous nommer ceux (ou quelques-uns de ceux) qui ont porté les couleurs canadiennes lors de ce tournoi? J’en doute fortement; voici leurs noms : Corey Hirsch, Paul Kariya, Mark Astley, Adrian Aucoin, Dwayne Norris, Jean-Yves Roy, Derek Mayer, Greg Johnson, Chris Kontos, Brad Werenka, Brian Savage, David Harlock, Ken Lovsin, Wally Schreiber, Manny Lagace, Todd Hlushko, Todd Warriner, Allain Roy, Fabian Joseph, Greg Parks, Chris Therien, Brad Schlegel et Petr Nedvèd. À part du nom de Paul Kariya, admettez que peu vous sont familiers. Pourtant l’un des joueurs qui a évolué aux Jeux de 1994 et dont le nom apparaît dans cette liste participera, 20 ans plus, à l’âge de 42 ans, au Jeux de Sotchi. De qui s’agit-il? Il s’agit de Petr Nedvèd, un grand Tchécoslovaque qui avait fui son pays pour venir jouer au Canada… un geste qu’il n’a jamais regretté. Cette année toutefois, il ne portera pas les couleurs du Canada, mais bien les couleurs tchèques. La fin de la guerre froide a permis à de nombreux « fuyards » de l’époque de rétablir des relations normales avec leur pays d’origine.

Pour en revenir à Jean-Luc Brassard et à Myriam Bédard, permettez-moi deux anecdotes à leur sujet…

Plusieurs sports ont considérablement évolué depuis les 20 dernières années. Je pense entre au ski acrobatique, particulièrement à l’épreuve des bosses. Quand Jean-Luc a gagné sa médaille d’or à Lillehammer, il avait réalisé le saut le plus spectaculaire qui se faisait à l’époque, le saut du « cosaque ». Aujourd’hui, les bosseurs accomplissent des vrilles, et même des sauts périlleux allant jusqu’à deux révolutions complètes. Le saut du « cosaque » de Jean-Luc ne lui permettrait même pas de se qualifier pour les finales. Vous avez sans doute noté les sauts des sœurs Dufour-Lapointe samedi, de même que ceux d’Alexandre Bilodeau et Michael Kingsbury plus tôt aujourd’hui. Tout un changement par rapport à 1994.

Quant à Myriam Bédard, je l’ai rencontrée via son agent quelques années après ses deux médailles d’or. Son agent représentait également Jean-Luc Brassard et Nicolas Fontaine. À cette époque, Myriam se plaignait de ne pas être reconnue à sa juste valeur. La rumeur voulait que Donovan Bailey, qui avait remporté la médaille d’or au 100 mètres lors des Jeux d’été à Atlanta en 1996, ainsi que la médaille d’or au relais 4 x 100 mètres en compagnie entre autres de Bruny Surin, avait reçu 100 000 $ pour aller prononcer une conférence au Texas. Quand je vous ai parlé de la valeur des médailles dans mes commentaires d’il y a quelques jours, je disais que certaines médailles valaient plus que d’autres. Je pensais spécifiquement à la valeur de la médaille d’or au 100 mètres masculin, l’épreuve reine des Jeux d’été par rapport, disons, aux médailles d’or de Myriam Bédard au biathlon, un sport pratiqué dans quelques pays à peine. Myriam obtenait entre 2 000 $ et 3 000 $ pour une conférence ou une apparition publique… et cela ne se produisait pas très souvent. Imaginez la différence de valeur entre les deux médailles de Donovan Bailey et les deux de Myriam. Voilà pourquoi je soutiens que certaines médailles valent plus que d’autres.

Note de dernière minute : Alex Bilodeau et Michael Kingsbury viennent de remporter l’or et l’argent en ski acrobatique (bosses). Cet exploit arrive deux jours après celui des sœurs Dufour-Lapointe; ce qui signifie qu’en date d’aujourd’hui le Canada récolte quatre médailles (deux en or et deux en argent) dans la même discipline. La plupart de ceux qui me lisent savent que j’ai été associé au ski acrobatique pendant une dizaine d’années au moins. Je suis vraiment ému! Alexandre Bilodeau en est à sa 2e médaille consécutive (Vancouver et Sotchi), une première dans l’histoire de ce sport. Je l’ai vu arriver dans l’équipe canadienne il y a 10 ans environ. Il était déjà très bon… et il est devenu encore meilleur au cours des années.

À la prochaine…

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Des médailles difficiles à gagner

par Alain Guilbert

Les médailles olympiques sont faciles à gagner dans les prévisions des médias d’information avant les Jeux… mais beaucoup plus difficiles à gagner sur la glace ou sur la neige pendant les Jeux.

Ainsi, après deux jours de compétition, le Canada en est à quatre médailles. Pas si mal, direz-vous, mais deux de ces médailles proviennent de disciplines qui n’existaient pas encore aux Jeux de Vancouver : soit le surf des neiges (slopestyle) et le patinage artistique par équipe où nos patineurs ont obtenu une superbe médaille d’argent. Et nos deux autres médailles sont bien sûr celles des sœurs Dufour-Lapointe.

Pendant ce temps, Érik Guay, notre plus grand espoir en ski alpin, a dû se contenter d’une 10eplace dans son épreuve préférée, la descente. Ce résultat n’est quand même pas surprenant si on considère qu’aucun Canadien (homme) n’a gagné une médaille olympique en ski alpin depuis 20 ans. Le dernier à réussir l’exploit avait été Ed Podivinsky avec une médaille de bronze en descente lors des Jeux de Lillehammer. Et notre grand espoir en ski de fond, Alex Harvey, a terminé au 18e rang (bien, bien loin d’une médaille) dans l’épreuve de 30 km – skiathlon. Bien sûr, il ne s’agit pas de sa meilleure discipline. Alex brille surtout dans les « sprints », mais n’oubliez quand même pas que jamais un Canadien (homme) n’a gagné une médaille olympique en ski de fond. Alex serait le premier s’il y parvenait.

Par ailleurs, les filles ont amorcé leur tournoi de hockey olympique samedi par une victoire de 5 à 0 contre la Suisse. Rien de bien convaincant dans ce match; lors des derniers Jeux, les Canadiennes l’avaient emporté 18 à 0 contre la Suisse. Est-ce que ce sont les Canadiennes qui sont moins bonnes qu’il y a quatre ans ou les Suisses qui sont meilleures à ce point? Je suis du nombre de ceux qui croient que nos filles sont mal « coachées », qu’elles connaîtront un tournoi difficile et qu’elles termineront au mieux avec une médaille d’argent – ce qui serait une grande déception. Quant au hockey masculin, « notre sport préféré », j’ai bien hâte de voir comment les joueurs vont se comporter sur une « grande » patinoire de style européen. Notre équipe avait gagné l’or à Salt Lake City (2002) et à Vancouver (2010) alors que le tournoi était présenté sur des patinoires de dimensions « nord-américaines ». Mais lors des derniers Jeux où les matches ont été disputés sur des patinoires « européennes » (à Turin 2006), le Canada avait terminé au 6e rang.

Nos « petits amis » du surf de neige (slopestyle) n’ont pas aimé la façon des juges de leur attribuer des notes. C’est la première fois que ce sport apparaît au programme olympique. Les Maxime Parrot et Sébastien Toutant de ce monde sont habitués aux grandes compétitions des X-Games, où ils peuvent à toutes fins utiles agir à leur guise en réalisant des sauts de leur choix. Plus ces sauts sont spectaculaires, plus leurs auteurs recueillent de points. Ils peuvent même improviser et terminer en tête. Aux Jeux olympiques, les règles sont différentes; tous les sauteurs (et sauteuses) doivent réaliser des sauts très précis et le faire selon des règles strictes, question de permettre aux athlètes de tous les pays participants d’être jugés à partir des mêmes critères. Nos amis québécois n’ont pas envie de faire les mêmes sauts pendant quatre années (entre deux Jeux olympiques) comme le font les plongeurs, les patineurs artistiques, les gymnastes, les skieurs acrobatiques, etc.

Lors des X-Games, les juges sont choisis par cette organisation, mais, aux Jeux de Sotchi, les juges avaient été choisis par la Fédération internationale de ski (FIS), l’organisme qui régit toutes les disciplines de ski. Nos amis qui prévoyaient gagner des médailles facilement ont été pris au dépourvu.

Si le Canada veut s’approcher du total des médailles obtenues aux Jeux de Vancouver, il faudra que nos patineurs de vitesse longue piste et courte piste se surpassent. Les gars et les filles dans ces disciplines devront éventuellement remporter 10 médailles ou plus pour permettre au Canada d’atteindre son objectif, mais il faudra que tout aille bien pour eux et elles. Rappelez-vous que les patineurs longue et courte piste avaient remporté cinq médailles dans chaque discipline en 2010. Certains médias ont déjà prévu quatre médailles pour Charles Hamelin en patinage courte piste. Il avait été le seul athlète canadien à réaliser un doublé en or à Vancouver, soit dans le 500 mètres individuel et dans le relais 5000 mètres par équipe. Espérer quatre médailles de sa part… c’est presque rêver en couleur.

Yves Boisvert, l’excellent chroniqueur « général » de La Presse, a été dépêché à Sotchi pour y faire ses commentaires dans le grand quotidien montréalais. Dans l’édition d’hier de La Presse + (l’édition qui n’est disponible que sur iPad), Boisvert terminait son texte en parlant d’une rencontre qu’il avait faite avec Clara Hugues, celle que je considère comme la plus grande athlète canadienne de tous les temps. Voici ce qu’il disait à son sujet : « Cinq minutes avec Clara Hughes suffisent immanquablement à me réconcilier avec le genre humain ». Je n’en doute pas un seul instant…

À la prochaine…

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Le Canada fera-t-il aussi bien qu’à Vancouver?

par Alain Guilbert

Lors de sa dernière conférence de presse avant les Jeux, le président du Comité olympique canadien, le « gros Marcel » a déclaré (une fois de plus) que l’objectif du Canada à Sotchi était de remporter plus de médailles qu’à Vancouver. Pour ceux qui ont suivi attentivement mes commentaires précédents, vous savez que le Canada a obtenu 26 médailles à Vancouver, dont 14 médailles d’or… ce qui nous a valu le 3e rang (derrière l’Allemagne et les États-Unis si on tient compte du total des médailles, toutes couleurs confondues)… ou le 1er rang (si on ne tient compte que des médailles d’or).

Historiquement, le classement officiel des pays était établi par le nombre des médailles d’or seulement. Mais à Vancouver, c’est le comité olympique canadien et le comité organisateur qui ont décidé de publier les résultats en tenant compte du total des médailles, en pensant que cela permettrait au Canada d’atteindre la 1re place, mais cette stratégie s’est plutôt tournée contre nous parce que nous aurions été 1ers en ne tenant compte que des médailles d’or.

Personnellement, je suis de ceux qui croient que seules les médailles d’or devraient déterminer le classement… après tout, la 2e place dans n’importe quelle épreuve n’est bien que le « premier perdant »! Non?

Mais la vraie question est la suivante : le Canada peut-il gagner plus de médailles à Sotchi qu’à Vancouver?

Avant de répondre à cette question, il faut comprendre que la situation a changé depuis les Jeux de 2010. En effet, à Vancouver, on a distribué un total de 255 médailles (toutes couleurs confondues) dans le cadre des 85 finales des différentes disciplines au programme. Ce qui signifie qu’avec ses 26 médailles, le Canada a remporté 10,2 % des médailles disponibles. Cette année à Sotchi, quelques disciplines ont été ajoutées au programme et il y aura donc un total de 294 médailles (toutes couleurs confondues) dans le cadre de 98 finales. Si le Canada remportait le même nombre de médailles qu’en 2010, soit 26, cela signifierait seulement 8,8 % du total… ce qui serait une nette régression. Pour égaler sa performance de 2010, le Canada devrait donc gagner 30 médailles, ce qui signifie qu’il en faut quatre de plus uniquement pour égaler notre marque. Moins de 30 médailles seraient en conséquence un recul sur Vancouver.

Si on se fie aux médias canadiens (et surtout les médias québécois) qui y sont tous allés de leurs prédictions, le Canada (et les athlètes québécois en particulier) sera enterré sous l’or, l’argent et le bronze.

Mais la réalité pourrait être bien différente. On en a eu un exemple bien concret hier lors de la finale du « slopestyle » du surf des neiges. Tous les médias québécois avaient prédit des médailles à Maxime Parrot et à Sébastien Toutant (Sebs Touts comme on l’appelle sur le circuit des X Games). Mais aucun des deux n’a pu monter sur le podium. La première médaille canadienne dans cette discipline, une médaille de bronze seulement, est venue d’un athlète de la Saskatchewan à qui tous les médias anglophones avaient prédit une médaille.

En fin de journée (à l’heure de Sotchi), la jeune Justine Dufour-Lapointe, 19 ans, et sa sœur Chloé, 22 ans, ont été les grandes vedettes de la journée avec un doublé or-argent dans l’épreuve de bosses de ski acrobatique. Deux fières émules de Jennifer Heil. Bravo aux deux sœurs… même si certains médias avaient rêvé de voir leur autre sœur, Maxime, 24 ans, prendre place à leurs côtés sur le podium. Il s’agissait d’un rêve quasi impossible.

Parfois, pour obtenir des prédictions objectives, il faut consulter des médias objectifs… ce que j’ai fait hier en examinant les prédictions du grand magazine américain Sports Illustrated et d’un autre magazine prestigieux, de Hollande celui-là, l’Infostrada.

Le Sports Illustrated, pour un, prédit 31 médailles au Canada, dont 12 d’or, 8 d’argent et 11 de bronze, ce qui nous vaudrait la 3e place et nous en serions au même point qu’en 2010, compte tenu des médailles additionnelles disponibles cette année. Toujours selon le Sports Illustrated, ce sont la Norvège (avec 35 médailles) et les États-Unis (avec 34 médailles) qui obtiendraient les deux premières places.

Quant au magazine Infostada, il prédit une légère amélioration au Canada avec 33 médailles, mais seulement 11 d’or (trois de moins qu’à Vancouver).

Ce qui est rassurant, c’est que ces deux publications « étrangères » et indépendantes prévoient quand même des résultats intéressants pour le Canada. Mais là où le bât blesse, c’est que le Sports Illustrated prévoit une finale de hockey entre les Russes et la Suède, avec une médaille d’or aux Suédois, et une médaille de bronze seulement au Canada. L’Infostatda, quant à lui, prédit un pire sort au Canada dans le tournoi de hockey, soit une 7e place seulement (comme à Turin). La publication ne croit pas que le Canada pourra s’ajuster aux grandes patinoires européennes. Pour ce qui est du hockey féminin, les deux publications s’entendent pour prédire la 2e place (médaille d’argent) au Canada. Moi, personnellement, je ne crois pas que les filles pourront faire mieux que cela avec un coach de 2e classe comme Kevin Dineen.

Une chose cependant est certaine, c’est qu’il y aura beaucoup d’action dans les deux prochaines semaines…, beaucoup de joies pour les Canadiens…, mais aussi beaucoup de déceptions.

À la prochaine…

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Une cérémonie d’ouverture exceptionnelle!

par Alain Guilbert

Depuis le milieu des années 60, j’ai certainement vu plus d’une vingtaine de cérémonies d’ouvertures des Jeux olympiques (Jeux d’été et Jeux d’hiver)… La cérémonie d’aujourd’hui à Sotchi est probablement la plus extraordinaire et la plus sensationnelle que j’aie vue. Bien sûr, les technologies modernes permettent des trucs qui auraient été impensables il y 10 ou 15 ans. Mais raconter l’histoire de la Russie en à peine une heure, moyens technologiques ou pas, relève presque de l’impossible. Mais les Russes ont réussi de façon spectaculaire.

Je suis convaincu que vous vous rappellerez encore cette cérémonie dans 10 ans, dans 20 ans même (pour les plus jeunes de mes lecteurs).

J’espère que vous avez regardé cette cérémonie sur le réseau anglais de CBC plutôt que sur le réseau français de Radio-Canada. Les commentateurs du réseau français, Patrice Roy et Marie-Josée Turcotte, ont été d’une banalité incroyable. Je me suis promené durant les trois heures de la cérémonie entre CBC et Radio-Canada. Chaque fois que je me suis retrouvé au réseau français, j’ai failli bailler d’ennui. Les deux animateurs n’avaient sûrement pas fait leurs devoirs. Nous savons tous que le scénario de la cérémonie d’ouverture (tout comme celui de la clôture) est un secret bien gardé… jusqu’au matin de l’ouverture. C’est à ce moment que le Comité organisateur remet (sous embargo) le scénario détaillé de l’événement afin que les commentateurs (en particulier) et les journalistes aient le temps de se familiariser avec tout ce qui va se dérouler sous leurs yeux.

Je me souviens qu’aux Jeux de Montréal, les commentateurs du réseau américain ABC s’étaient retrouvés à mon bureau moins de cinq minutes après avoir reçu le scénario. Ils voulaient poser des questions sur tous les éléments du programme pour bien le comprendre chaque détail, chaque mouvement. J’ai convoqué un responsable de la cérémonie d’ouverture et je l’ai remis entre les mains du réseau ABC. L’entrevue a duré trois heures… oui, trois heures… mais à la fin, les commentateurs américains connaissaient tous les détails et tous les concepts du programme. Leur couverture de l’événement avait été impeccable.

Par contre, je n’en reviens pas encore de la performance de Radio-Canada plus tôt aujourd’hui. Patrice Roy, un spécialiste de l’information politique (et non pas de l’information sportive) a confondu l’équipe chinoise avec celle d’un tout petit pays lors du défilé des athlètes dans le stade. Je l’ai entendu dire que « les Chinois n’avaient pas beaucoup de leurs athlètes dans le défilé »… bien sûr, ce n’était pas l’équipe chinoise. Quand la cérémonie d’ouverture a rappelé les extraordinaires réalisations de Pierre Le Grand (et ensuite de la Grande Catherine), Patrice Roy a parlé de l’époque des « empereurs de Russie »… Seul petit détail : il n’y avait pas d’empereurs en Russie… mais bien des tsars (et des tsarines).

Les pauses publicitaires du réseau français se sont souvent produites à de bien mauvais moments. Le réalisateur lui-même ne devait pas vraiment avoir lu le scénario détaillé seconde par seconde. Je n’ai vu aucune de ces gaffes au réseau anglais. Dommage si vous avez raté cette version… mais heureusement, la cérémonie était quand même extraordinaire malgré ces « manques flagrants » du réseau français.

Dans un contexte différent, j’espère que vous avez bien compris ce que représentait la médaille d’or au hockey sur glace pour les Russes. C’est la médaille la plus importante… et de loin. Lors de l’entrée de la flamme olympique dans le stade, on a fait appel à de nombreux « très grands athlètes russes » tant des Jeux d’été que des Jeux d’hiver, mais quand est venu l’étape finale d’allumer la grande vasque du stade où la flamme brillera jusqu’à la fin de la cérémonie de clôture, vous avez sûrement retenu le nom de l’athlète qui l’avait entre les mains. Mais oui, c’était le très grand Vladislav Tretiak, le célèbre gardien de but qui a remporté trois médailles d’or olympiques avec l’équipe « soviétique ». Pour les Russes, la plus importante médaille des Jeux, c’est celle du hockey. Sûrement une coïncidence, c’est aussi la plus importante médaille des Jeux pour le Canada. Même si le Canada terminait premier, au total, des médailles, mais ne remportait pas la médaille d’or au hockey, ou pire, encore, pas de médaille du tout, cela serait considéré comme un échec. Je rêve d’une finale Russie-Canada au tournoi olympique de Sotchi; ce match serait sans doute aussi intense que celui disputé en 1980 à Lake Placid entre l’Union soviétique et les États-Unis, une équipe qui ne comptait aucune vedette dans ses rangs. À la surprise générale, le match avait été remporté par les Américains, ce qui avait par la suite était qualifié de plus grand exploit sportif du XXe siècle par le célèbre magazine Sports Illustrated. Un match Canada-Russie pour la médaille d’or pourrait éventuellement devenir le plus grand exploit sportif du XXIe siècle… du moins pour le pays gagnant! Les plus importants sports aux Jeux olympiques d’hiver sont le hockey sur glace, le ski alpin, le ski de fond, le patinage de vitesse longue piste et le patinage artistique. Le reste, que vous aimiez cela ou pas, ne constitue que de « l’entertainment ». Je sais que je perdrai quelques amis en écrivant cela, mais c’est quand même la vérité.

Petite note que j’aurais dû vous mentionner avant aujourd’hui… puisque le fait a été souligné sur tous les réseaux de télévision lors de la cérémonie d’ouverture. Thomas Back, le président du Comité international olympique (CIO), a participé comme athlète aux Jeux olympiques de Montréal en 1976. Il y a remporté la médaille d’or lors de la compétition de fleuret (l’une des épreuves de l’escrime) par équipe. Peu d’entre vous l’ont vu à l’œuvre au centre sportif de l’Université de Montréal où avaient lieu toutes les épreuves d’escrime. J’ai eu le privilège d’y aller, mais je ne pourrais vous dire si j’ai vu Thomas Back à l’œuvre; si je vous affirmais que oui, ce serait probablement un mensonge!

Tôt demain matin (peut-être même ce soir pour ceux et celles qui veilleront jusqu’après minuit – alors qu’il sera 9 heures du matin à Sotchi), la récolte de médailles du Canada commence. Ce sera d’abord dans la finale de ski (planche à neige) « slopestyle » chez les gars – à surveiller Maxime Parrot et Sébastien Toutant (que les admirateurs des X-Games ont baptisé Sebs Touts); ainsi qu’en ski acrobatique (bosses) chez les filles – à surveiller les trois sœurs Dufour-Lapointe : une sur le podium, sûrement… deux sur le podium, peut-être… trois sur le podium, le rêve impossible!

À la prochaine…

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Les Jeux avant les Jeux

par Alain Guilbert

Donc, les Jeux olympiques d’hiver de Sotchi 2014 commencent demain (vendredi) avec la cérémonie d’ouverture.

Mais, non… les Jeux ont commencé aujourd’hui. J’en connais plusieurs qui sont mêlés quand je leur ai dit que les Jeux commençaient avant les Jeux.

Mais comment les Jeux peuvent-ils commencer avant les Jeux? Tout simplement parce qu’à force d’ajouter des sports ou des épreuves à l’intérieur des sports, on manque de temps pour tout faire dans les 17 jours traditionnels des Jeux les plus récents.

Pour arriver à tout présenter à l’intérieur des 17 jours traditionnels – d’un vendredi, jour de la cérémonie d’ouverture, jusqu’au dimanche, 17 jours plus tard –, il a fallu cette année céduler des épreuves de qualification le jeudi avant que les Jeux ne commencent « officiellement ».

Mais ces épreuves font partie des Jeux… ce qui veut dire que les Jeux ont officiellement commencé aujourd’hui. Vous ne comprenez pas? Moi, non plus; mais c’est comme cela.

Donc, premières épreuves ce matin en ski « slopestyle »… c’est l’épreuve de descente à travers des obstacles en planche à neige. Deux Québécois ont assez bien fait pour passer directement en finale qui aura lieu samedi, ainsi qu’une autre Canadienne chez les filles. Épreuves de qualification également pour les filles en ski acrobatique, épreuve de bosses… Quasi incroyable : mais les trois sœurs Dufour-Lapointe, Chloé, Justine et Maxime, sont passées directement en finale, de même qu’Audrey Robichaud, la seule autre Canadienne en bosses dans le groupe des filles. Mais surveillez bien l’Américaine Hannah Kerney lors de la finale de cette discipline. La médaille d’or devrait se jouer entre l’Américaine Kerney et la plus jeune des trois sœurs Dufour-Lapointe, Chloé. À Turin, c’est la Canadienne Jennifer Heil (ma préférée) qui avait remporté l’or, mais à Vancouver Jennifer s’est fait coiffer au fil par Hannah Kerney et a dû se contenter de la médaille d’argent. À voir absolument!

Donc, les Jeux ne sont pas commencés… mais oui, ils sont déjà commencés… et le Canada est en ligne pour quelques médailles. Attendons un peu avant de trop nous réjouir; la pression va aller en montant sur les épaules de tous nos athlètes, mais le Canada devrait quand même s’emparer de quelques médailles.

Pour ceux qui ne savent pas trop à quelle heure ont lieu les principaux événements des Jeux de Sotchi… ne retenez qu’une seule chose : il y a 9 heures de décalage entre Ottawa et Montréal d’une part, et Sotchi d’autre part. Quand il est midi à Ottawa ou à Montréal, il est 9 heures du soir (21 heures) à Sotchi. Ainsi, si la cérémonie officielle d’ouverture débute demain soir à 8 heures du soir (20 heures) à Sotchi, il sera 11 heures de l’avant-midi à Ottawa et Montréal. Si vous voulez voir la finale de hockey pour la médaille d’or entre le Canada et les Russes à la fin des Jeux, informez-vous de l’heure du match si vous voulez vraiment le voir en direct. N’oubliez pas que la médaille d’or en hockey est de loin la plus importante de toutes, tant pour les Russes (qui sont les hôtes de l’événement) que les Canadiens (qui ont été les hôtes des Jeux précédents). Que les Russes ou les Canadiens finissent en tête du classement des médailles (médailles d’or seulement… ou toutes les médailles ensemble… peu importe), cela n’aura aucune importance si la médaille d’or en hockey ne fait pas partie de leur récolte.

Petite surprise en vue, attendez-vous que ça parle passablement en français demain pendant la cérémonie d’ouverture. Pourquoi? Tout simplement parce que les deux langues officielles du Comité international olympique sont le français et l’anglais. Pourquoi le français est-il l’une des deux langues officielles des Jeux? Parce que le fondateur des Jeux olympiques modernes, Pierre de Coubertin, avait le français comme langue principale et aussi parce qu’à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, le français était la langue officielle de plusieurs fédérations internationales.

Ainsi quand les Jeux d’été ont eu lieu à Montréal en 1976, toutes les communications ont été produites en français et en anglais… non pas parce qu’il s’agissait des deux langues officielles du Canada, mais bien des deux langues officielles du Comité international olympique.

En Russie, tout sera présenté en français, en anglais et, bien sûr, en Russe, puisqu’il s’agit de la langue officielle du pays hôte. Aux Jeux de Beijing en 2008, tout était présenté en français, en anglais et en chinois, la langue nationale du pays. Donc, le français et l’anglais… ainsi que la langue officielle du pays hôte lorsque cette langue n’est ni le français ni l’anglais.

À une époque pas tellement lointaine, il y avait deux langues officielles au Comité international olympique ainsi que trois langues « officieuses », le russe, l’allemand et l’espagnol. Lors des Jeux de Munich en 1972, les Allemands ont relevé le défi de tout produire en cinq langues. Ils auraient pu se contenter des deux langues officielles (français et anglais) ainsi que de leur langue nationale (allemand), mais, en acceptant d’utiliser aussi le russe (c’était l’époque de la guerre froide entre les Américains et les Russes), ils devaient aussi inclure l’espagnol… c’était les deux langues officielles… ou les trois langues officieuses en plus. Aujourd’hui, les pays qui n’ont pas le français et l’anglais comme langues officielles se contentent d’ajouter leur langue nationale aux deux « officielles ».

C’est à Vancouver, l’un des rares pays au monde qui a pour langues officielles les deux mêmes que le CIO, où le français a été le plus négligé… particulièrement lors de la cérémonie d’ouverture.

Si les dirigeants des Jeux de Vancouver regardent la cérémonie d’ouverture des Jeux de Sotchi, ils recevront très probablement une grande leçon de savoir-vivre! J’espère personnellement que Jacques Gauthier, celui qui avait comme mandat d’assurer la présence et le respect du français aux Jeux de Vancouver, aura les yeux et les oreilles tous grands ouverts demain!

À demain… après la cérémonie d’ouverture…

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Les pires moments avant les Jeux

par Alain Guilbert

Au moment de publier ces lignes, il reste moins de 24 heures avant l’ouverture officielle des Jeux olympiques de Sotchi en Russie.

Pour le comité organisateur de ces Jeux (Cojo) que les Russes ont obtenu il y a sept ans, ce sont les pires heures de leur mandat.

Pourquoi? Tout simplement parce que tous les journalistes qui assureront la « couverture » de ces Jeux sont déjà arrivés sur place… Et il ne se passe rien… RIEN du tout. Les compétitions ne débutent qu’après la cérémonie d’ouverture. Mais puisque les médias dépensent des sommes faramineuses pour avoir des journalistes sur place, ceux-ci doivent remplir des pages et des pages de journaux, des heures et des heures de radio et de télévision. Mais il ne se passe rien… Tout le monde est occupé à finaliser les derniers détails de l’organisation.

Alors les journalistes cherchent des « bibittes » dans l’organisation, dans les lieux de compétition ou même d’entraînement, dans les services, dans les transports, dans les logements, dans l’hébergement, dans la nourriture, dans la météo, etc. Il y a également tous ces journalistes qui en sont à leurs premiers Jeux et qui ne connaissent rien à un événement du genre. Tous les journalistes qui veulent être accrédités aux Jeux doivent avoir soumis leur candidature au moins une année complète avant le début des Jeux et avoir obtenu une recommandation du Comité olympique de leur pays.

Comme vous le savez, nombreux sont les journalistes qui n’ont pas le sens de l’organisation et qui se retrouvent dans la ville hôte des Jeux deux ou trois jours avant la cérémonie d’ouverture sans avoir rempli quelque formulaire que ce soit avant leur arrivée.

Je me souviens que, la veille de l’ouverture des Jeux de Montréal en 1976, je m’étais retrouvé face à face avec trois « Mongols ». Il s’agissait des premiers « vrais » Mongols que je rencontrais de toute ma vie… eh oui, ils étaient originaires de la Mongolie. Ils se présentent tous trois au centre de presse principal et demandent « leur » accréditation ainsi qu’une position de caméra dans le Stade olympique pour la cérémonie d’ouverture. Les seules positions de caméra dans le Stade olympique étaient réservées exclusivement au télédiffuseur américain (ABC) qui avait payé une « fortune » à l’époque pour les droits de diffusion, et au diffuseur hôte (ORTO – Organisation de la radiotélévision olympique) qui devait fournir les images et le son au monde entier, sauf les É.-U..

Bien sûr, mes nouveaux « amis mongols » n’avaient jamais soumis de demande d’accréditation… ils n’avaient aucune recommandation de la part de leur Comité olympique national (et « by the way », il n’y avait aucun athlète de leur pays qualifié pour les Jeux). Je leur demande quand même de quelle sorte d’équipement technique ils disposent. L’un des trois me répond avec un grand sourire qu’ils ont une caméra 8 mm et il me la montre fièrement (c’est le genre d’appareil qui à l’époque se vendait environ 19,95 $ dans n’importe quelle boutique de caméras). Je ne peux m’empêcher de sourire… Mais ils sont sympathiques… et je leur remets finalement à tous trois une « carte officielle » qui leur donne accès au centre de presse. Ils ne seront pas admis dans le Stade avec cette carte (ni dans aucun autre lieu de compétition), mais ils pourront aller à l’endroit où la plupart des journalistes travaillent et là où il y plein d’écrans de télévision et là où on peut suivre les événements qui se dérouleront plus tard dans chaque lieu de compétition. Mes trois « Mongols » sont bien heureux… et ils me gratifieront de leur plus beau sourire chaque fois que je les verrai dans le centre de presse dans les jours suivants; mais ils m’ont fait perdre plus de deux heures dans une journée où j’avais encore mille tâches (eh oui, j’exagère un peu!) à compléter.

Ce jour-là, j’ai aussi eu à négocier avec plusieurs journalistes allemands qui avaient mille questions à poser sur le financement des Jeux de Montréal, sur le coût des constructions et de l’organisation, sur la sécurité. Ces journalistes ne pouvaient pas se faire à l’idée que Montréal pourrait faire mieux qu’à Munich où avaient eu lieu les Jeux précédents et où la délégation israélienne avait été victime d’un attentat terroriste; ce qui a obligé tous les comités organisateurs suivants à des déployer des centaines de millions de dollars pour des opérations de sécurité plus impressionnantes les unes que les autres.

Heureusement, quand les compétitions commenceront vraiment samedi, tous les journalistes qui sont à Sotchi se disperseront dans les différents lieux de compétition et pourront remplir les pages de leurs journaux de même que les heures de diffusion de leurs réseaux de radio ou de télévision avec les exploits des athlètes – après tout, ce sont eux (les athlètes) qui sont les vraies vedettes de ces Jeux.

Petit test de connaissances au sujet des Jeux

Incidemment, savez-vous où ont eu lieu les Jeux olympiques d’hiver avant ceux de Sotchi?

Si les Jeux d’été modernes ont commencé à Athènes en 1896, les Jeux d’hiver, eux, ont commencé seulement en 1924 à Chamonix (dans les Alpes françaises).

Voici d’ailleurs tous les endroits où les Jeux d’hiver ont été tenus :

1924 – Chamonix (France)
1928 – St Moritz (Suisse)
1932 – Lake Placid (États-Unis)
1936 – Garmisch-Partenkirden (Allemagne)
1940 – Sapporo (Japon) – ces Jeux n’ont pas lieu à cause de la Seconde Guerre mondiale
1944 – Cortina d’Ampezzo (Italie) – ces Jeux n’ont pas lieu à cause de la Seconde Guerre mondiale
1948 – St Moritz (Suisse)
1952 – Oslo (Norvège)
1956 – Cortina d’Ampezzo (Italie)
1960 – Squaw Valley (États-Unis)
1964 – Innsbruck (Autriche)
1968 – Grenoble (France)
1972 – Sapporo (Japon)
1976 – Innsbruck (Autriche)
1980 – Lake Placid (États-Unis)
1984 – Sarajevo (Yougoslavie)
1988 – Calgary (Canada)
1992 – Albertville (France)
1994 – Lillehammer (Norvège)
1998 – Nagano (Japon)
2002 – Salt Lake City (États-Unis)
2006 – Turin (Italie)
2010 – Vancouver (Canada)
2014 – Sotchi (Russie)
2018 – Pyeongchang (Corée) – à venir

Comme vous le constatez, trois de ces villes (ou régions) ont organisé les Jeux d’hiver à deux reprises. Il s’agit de Lake Placid, Innsbruck et St Moritz.

Pour les Jeux d’été, une seule ville les a organisés trois fois… il s’agit de Londres (Grande-Bretagne); Athènes, Paris et Los Angeles les ont organisés deux fois chacune; et Tokyo en sera à sa 2e fois aussi leurs des Jeux d’été 2020.

Les pays qui ont organisé les Jeux le plus souvent sont les États-Unis avec huit fois… soit quatre fois les Jeux d’été et quatre fois les Jeux d’hiver.

Le Canada a organisé trois fois les Jeux, soit les Jeux d’été 1976 à Montréal ainsi que les Jeux d’hiver à Calgary (1998) et Vancouver (2010).

Quant aux continents qui ont accueilli le plus souvent les Jeux, c’est bien sûr l’Europe qui vient en tête de liste avec 30 fois (16 fois les Jeux d’été et 14 fois les Jeux d’hiver)

L’Amérique du Nord vient en 2e place avec 12 fois (soit six fois les Jeux d’été et six fois les Jeux d’hiver).

Petite astuce : Comment l’Amérique du Nord a-t-elle pu organiser les Jeux d’été six fois, si les États-Unis l’ont fait quatre fois et le Canada une fois (comme mentionné précédemment)? Pour la bonne et simple raison qu’il y a aussi eu des Jeux d’été à Mexico en 1968 (et que Mexico fait partie de l’Amérique du Nord). Les Jeux de Rio de Janeiro en 2016 seront disputés en Amérique du Sud pour la première fois de l’histoire.

À la prochaine…

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Les gars… plus « moumounes » que les filles?

par Alain Guilbert

Les « gars » seraient-ils plus « moumounes » que les filles? Quand j’ai commencé à écrire ces commentaires en marge des Jeux olympiques de Sotchi, j’avais mentionné que je pouvais être (un peu) « baveux » à l’occasion. Je ne l’ai pas vraiment été lors de mes premiers commentaires… mais je le serai sans doute un peu aujourd’hui.

On répète souvent que le fait pour un athlète de porter le drapeau du Canada lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques porte malheur. Nous savons tous que le fait d’être choisi par le Comité olympique canadien pour agir comme porte-drapeau est considéré comme un très grand honneur et les athlètes qui sont choisis pour le faire ont déjà fait leurs preuves sur la scène internationale et sont choisis justement parce qu’ils sont susceptibles d’inspirer les autres athlètes.

On a aussi souvent répété que le fait d’être porte-drapeau pour le Canada portait malheur à « l’heureux élu » ou « l’heureuse élue ». Je me suis donc rappelé des noms de plusieurs de nos récents porte-drapeau pour vérifier si cette croyance représentait une réalité ou faisait tout simplement partie d’une légende urbaine. Je vous cite donc quelques athlètes qui ont été choisis pour porter le drapeau au cours de récents Jeux olympiques :

– Kurt Browning, un patineur artistique, lors des Jeux de Lillehammer (1994);
– Jean-Luc Brassard, un skieur acrobatique, lors des Jeux de Nagano (1998);
– Catriona Le May Doan, une patineuse de vitesse longue piste, lors des Jeux de Salt Lake City (2002);
– Danielle Goyette, une membre de l’équipe de hockey féminine, lors des Jeux de Turin (2006);
– Clara Hugues, une patineuse de vitesse longue piste, lors des Jeux de Vancouver (2010);
– Simon Whitfield, un spécialiste du triathlon, lors des Jeux de Londres (2012);

– Hayley Wickenheiser, une membre de l’équipe de hockey féminine lors des quatre derniers Jeux olympiques d’hiver et encore cette année aux Jeux de Sotchi (2014).

Nous avons donc trois hommes et trois femmes choisis au hasard au cours des 20 dernières années, ainsi que l’élue de cette année. Le fait d’être porte-drapeau leur a-t-il porté malheur comme le veut la « croyance populaire »? Examinons ce qui s’est passé dans chaque cas.

Quand Kurt Browning a été choisi pour les Jeux de Lillehammer en 1994, ses exploits parlaient d’eux-mêmes. Non, il n’avait pas gagné de médaille olympique lors des Jeux précédents, mais il avait couronné 1er quatre fois et 2e, une fois, lors des cinq précédents championnats du monde. Il n’avait que terminé 6e dans sa discipline aux Jeux d’Albertville. Son résultat à Lillehammer : 5e… donc, pas de médaille.

Lors des Jeux de Nagano, c’est Jean-Luc Brassard qui avait été choisi comme porte-drapeau. Après avoir terminé 7e à Albertville, Jean-Luc avait obtenu une médaille d’or à Lillehammer avec son « fameux saut du cosaque » dans la descente en bosses. Jean-Luc avait terminé en 4e place à Nagano, juste en bas du podium, et il avait attribué sa « non-performance » à tous les « dérangements » que son rôle de porte-drapeau lui avait causés.

Pourtant, quatre années plus tard, lors des Jeux de Salt Lake City, c’est Catriona Le May Doan qui avait été choisie comme porte-drapeau, sans doute pour s’être emparée de la médaille d’or dans l’épreuve de 500 mètres en patinage de vitesse longue piste aux Jeux de Nagano. « Dérangements » ou « malheur » ne sont pas manifestés puisque Catriona a remporté une autre médaille d’or dans la même discipline où elle s’était imposée quatre années plus tôt. C’était la première fois de l’histoire qu’un Canadien ou une Canadienne remportait la médaille d’or dans la même épreuve individuelle lors de Jeux olympiques consécutifs.

Puis, ce fut au tour de Danielle Goyette, l’une des vedettes de l’équipe canadienne de hockey sur glace de remplir le rôle de porte-drapeau lors des Jeux de Turin en 2006. Danielle avait joué un rôle important dans la conquête de la médaille d’or canadienne à Salt Lake City en 2002. Et devinez quoi? Mais oui, l’équipe canadienne, avec Danielle Goyette dans un rôle principal, a encore remporté la médaille d’or.

À Vancouver, lors des Jeux de 2010, c’est Clara Hugues, la plus grande athlète canadienne de tous les temps (je vous ai expliqué pourquoi dans mon commentaire précédent!) qui avait été choisie comme porte-drapeau. Elle avait obtenu deux médailles à Turin : l’or dans le 5000 mètres de patinage de vitesse longue piste et l’argent dans l’épreuve de poursuite par équipe. Et bien sûr, Clara a remporté une autre médaille, celle-là de bronze, dans son épreuve favorite, le 5000 mètres de patinage de vitesse longue piste.

Plus récemment, à Londres, lors des Jeux d’été 2012, c’est Simon Whitfield, gagnant de la médaille d’or au triathlon lors des Jeux de Sydney 2000 et d’une médaille de bronze dans la même discipline aux Jeux de Pékin 2008 (en plus d’une 11e place aux Jeux d’Athènes 2004) qui avait été choisi comme porte-drapeau. Les choses n’ont vraiment pas bien été pour lui… alors qu’il a terminé en 15e place dans la 1re épreuve du triathlon, la natation, et qu’il s’est fracturé une épaule lors d’une chute à bicyclette dans la 2e épreuve du triathlon, ce qui, évidemment, l’a empêché de compléter la compétition.

Il reste Hayley Wickenheiser, la porte-drapeau des Jeux de Sotchi 2014…

En conclusion, croyez-vous vraiment que le fait de porter le drapeau lors des cérémonies d’ouverture des Jeux porte malheur aux athlètes canadiens? Comme vous l’avez sans doute constaté, porter le drapeau ne semble pas favoriser les gars… mais les filles performent tout aussi bien ou mieux encore qu’à leurs Jeux précédents. Dans ce contexte, nous pouvons croire qu’Hayley Wickenheiser comme porte-drapeau, l’équipe féminine va encore remporter la médaille d’or. Après tout, peut-être les gars sont-ils juste plus « moumounes » que les filles?

À la prochaine…