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La violence au hockey… encore!

par Alain Guilbert

Dans son intéressante et surtout intelligente chronique publiée dans La Presse il y a une couple de jours, le journaliste Philippe Cantin revient sur le sujet de la violence au hockey. Dans la foulée de l’incident Zdeno Chara c. Max Pacioretty, le chroniqueur montréalais passe en revue certains événements reliés plus ou moins directement et leur attribue des notes (sur 100… et il faut 60 pour obtenir la note de passage). Il qualifie sa démarche de
« bulletin des décideurs ».

Par exemple, il accorde 85 % à Geoff Molson, le président et propriétaire des Canadiens, pour avoir dénoncé la Ligue nationale qui avait refusé de punir Chara pour son geste. Il est plutôt rare de voir un dirigeant s’en prendre à la ligue à laquelle il appartient. Il faut certainement une certaine dose de courage pour le faire. Il attribue la même note à Mario Lemieux, l’ex-joueur vedette et proprio des Penguins de Pittsburgh, qui a menacé de quitter le hockey si la Ligue ne réglait pas le problème de la violence.

Par ailleurs, il n’accorde que 50 % à Gary Bettman, le commissaire de la LNH, qui après trois jours de rencontres avec tous les directeurs généraux de l’organisation, a raté une excellente occasion de s’attaquer sérieusement au problème de la violence. La Ligue a bien adopté quelques mesures, dont une qui oblige un joueur potentiellement victime d’une commotion cérébrale à se rendre au vestiaire et à y être examiné par un médecin. Il me semble que c’est là la moindre des choses. Auparavant, on laissait souvent le soigneur de l’équipe déterminer lui-même la gravité d’une blessure. Tout à fait ridicule. Par ailleurs, la Ligue a refusé au cours de cette même réunion d’interdire les coups à la tête et de les punir très sévèrement. On attend peut-être qu’un joueur meure sur la glace… ce qui risque vraiment d’arriver un de ces jours avec tous les coups vicieux que l’on tolère et que la Ligue refuse de punir suffisamment pour y mettre fin.

Au même moment, la Ligue nationale de football, elle, adoptait de nouvelles règles pour réduire le nombre de retours de bottés, une source de nombreuses blessures. Pour la NFL, la sécurité des joueurs passe avant le conflit qui oppose présentement joueurs et dirigeants et qui pourrait éventuellement compromettre la prochaine saison. Le football, avec une note de 90 %, est bien en avant du hockey avec son pitoyable 50 %. L’an dernier, en pleine saison, la Ligue avait aussi adopté de nouvelles règles pour bannir les coups à la tête, qu’ils soient intentionnels ou accidentels. Ces nouvelles règles ont eu un impact immédiat et positif sur le nombre de blessures.

Le journaliste de La Presse n’a pas décerné de note au commentateur du réseau anglais de Radio-Canada, le coloré Don Cherry, pour qui la blessure de Pacioretty est attribuable à la baie vitrée du Centre Bell, comme si cette baie vitrée s’était carrément projetée vers le joueur de hockey (!!!), et qui a aussi critiqué vivement Air Canada, pour avoir menacé de retirer sa commandite à la LNH et aux six équipes canadiennes parce que « la violence ne correspond pas à ses valeurs ». Moi, je lui aurais attribué un gros ZÉRO à Cherry.

Dans un billet que je signais au lendemain de l’incident Chara-Pacioretty (relire l’entrée de blogue du 13 mars), je disais que le hockey, tel que pratiqué dans la Ligue nationale et dans certaines autres ligues, était « malade ». Je le répète; notre hockey, qui peut être tellement excitant lorsqu’on laisse les joueurs talentueux s’exprimer à leur aise sur la glace, est un sport « MALADE ». Mais il se produit parfois des événements qui nous réconcilient avec la vie et qui nous redonnent espoir pour l’avenir. Plus tôt cette semaine, dans une ligue junior du Manitoba, un joueur dont l’équipe perdait 4 à 1 à trois secondes de la fin du match qui l’éliminait des séries, a traversé toute la patinoire pour aller frapper un adversaire dans le dos. Heureusement, celui-ci n’a pas été blessé gravement et a pu quitter la patinoire sur ses patins. Après le son de la sirène qui annonçait la fin du match, les deux instructeurs se sont engueulés et ont même échangé des coups. La Ligue n’a pas mis de temps à réagir en infligeant une suspension de 40 matchs au joueur coupable de violence gratuite et des suspensions de 22 matchs à chacun des deux instructeurs. Toutes ces suspensions seront purgées la saison prochaine. Et les partisans comme les journalistes ont applaudi à cette prise de position contre la violence. C’est tout un message qu’on envoie à la Ligue nationale et autres ligues qui s’inspirent de son modèle, particulièrement si une équipe de la Ligue nationale revenait à Winnipeg, au Manitoba.

Le hockey redeviendra un sport SAIN uniquement le jour où ses dirigeants s’attaqueront au problème des coups à la tête avec suffisamment d’énergie et de volonté pour y mettre fin définitivement. Je le répète : le hockey est le seul sport d’équipe au monde qui tolère ce genre d’incidents.

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Les catastrophes et les nouvelles technologies

par Alain Guilbert

Depuis quelques jours déjà, tous les yeux sont tournés et les oreilles sont tendues vers le Japon, victime d’un de plus violents tremblements de terre de l’histoire, le tout doublé de l’un des plus puissants tsunamis jamais vus dans le monde. Au moment d’écrire ces lignes, on établissait le nombre des victimes à plus de 10 000, les dommages matériels à des dizaines de milliards de dollars, et notre attention était en même temps portée sur de possibles accidents dans les centrales nucléaires du pays du Soleil Levant.

Presque 24 heures sur 24, les experts se succèdent sur les canaux de nouvelles à information continue (genre RDI, LCN, CBC World News et autres). On nous explique comment se forment les tremblements de terre, les tsunamis; comment fonctionnent les centrales nucléaires. Et ensuite, on spécule sur ce qui « pourrait se produire ». Personne ne le sait, mais tout le monde à son opinion sur le sujet. On nous présente des images, bien souvent spectaculaires, voire dramatiques. Mais heure après heure, ce sont souvent les mêmes images, surtout lors des premiers jours après le drame. Aux canaux de langue française, on interviewe toute personne sur place qui parle cette langue. Somme toute, on nous sature d’informations.

Pourtant, sauf pour les dangers d’explosion ou de fuite nucléaire, ce n’est pas une si grave tragédie si on la compare avec d’autres semblables survenues au cours des 40 dernières années.

L’une en particulier, dont je me souviens très bien (parce que j’étais un jeune chef de nouvelles dans un journal quotidien), s’est produite en 1970 au Bengladesh, un pays qui a la particularité d’être situé, en grande partie, sous le niveau de la mer. Un tsunami avait fait 500 000 victimes (oui, un demi-million de personnes avaient perdu la vie dans cette catastrophe). Le chiffre était tellement gros qu’on avait peine à y croire, peine à l’imaginer même. La nouvelle de la catastrophe a fait la première page des journaux pendant un jour ou deux… puis on est passé à autre chose. Bien sûr, à cette époque, il n’y avait pas de canaux de télévision à information continue, il n’y avait pas de correspondants étrangers dans un pays aussi pauvre et aussi éloigné, il n’y avait pas d’ordinateurs, de caméras et d’appareils photos numériques, de satellites pour transmettre à distance, et encore moins de téléphones intelligents, de réseaux Facebook et Twitter. Quand une catastrophe se produisait ailleurs dans le monde, on n’avait pas le réflexe d’y dépêcher aussitôt des hordes de journalistes, de photographes et de caméramans. On ne sait pas ce qu’ils auraient pu faire sur place, et surtout comment ils auraient pu transmettre le fruit de leur travail : textes, photos, images. Cette tragédie du Bengladesh s’est produite il y a à peine 40 ans!

D’autres tragédies aussi importantes sont survenues ailleurs. En 1976, dans le nord-est de la Chine, un tremblement de terre a secoué la ville minière de Tangshan et a fait
265 000 morts en plus de 165 000 blessés graves. Il s’agit de chiffres « officiels » publiés par un gouvernement qui n’est pas reconnu pour son ouverture à l’information. Des estimés moins officiels, mais probablement plus réalistes, font état de 655 000 morts.

En Afrique, une sécheresse qui s’est prolongée de 1981 à 1984 faisait jusqu’à
20 000 victimes par mois. Au total, on parle de plus d’un million (1 000 000) de personnes décédées, en majorité des enfants. Et on pourrait parler d’une autre inondation qui s’est produite au Bengladesh en 1991, laissant 139 000 morts sur son passage.

Nous sommes certainement plus familiers avec le tremblement de terre et le tsunami qui avaient fait entre 235 000 et 285 000 victimes à la fin de l’année 2004 dans un vaste territoire englobant l’Indonésie, l’Inde, le Sri Lanka, la Thaïlande, la Malaisie et autres pays environnants, de même qu’avec le tremblement de terre en Haïti en janvier 2010, lequel avait fait plus de 220 000 victimes. Pourquoi sommes-nous plus familiers avec ces tragédies? Tout simplement parce que les chaînes de télévision à information continue y avaient dépêché de nombreuses équipes, et aussi parce que les journaux quotidiens, ne voulant pas être en reste, avaient aussi fait de même. Résultat pendant des jours et des semaines, les médias d’information se concentrent sur ces catastrophes, y consacrant des centaines d’heures et de pages. Il vient même un point où nous sommes tellement saturés d’information que nous imaginons ces catastrophes plus grandes qu’elles ne le sont en réalité.

Avant l’arrivée des nouvelles technologies, nous étions plutôt mal informés sur l’ampleur de ces drames. Mais aujourd’hui, nous le sommes peut-être trop. En déployant toutes leurs ressources pendant des jours et des semaines sur ces catastrophes, les médias déforment possiblement la réalité. Trop d’information, est-ce mieux que pas assez?

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Le hockey… un sport malade!!!

par Alain Guilbert

Je ne peux laisser passer l’incident Zdeno Chara contre Max Pacioretty sans y ajouter mon grain de sel, même si des tonnes de pages ont déjà été noircies et que la plupart des stations de radio et de télévision ont été saturées de commentaires de toutes sortes. Chara a-t-il volontairement voulu BLESSER Pacioretty? Bien difficile de répondre à cette question, mais chose certaine, il voulait le « planter » et « lui faire mal ». Les images de l’incident présentées des dizaines de fois au ralenti l’établissent clairement.

Mais pourquoi alors le géant des Bruins de Boston n’a-t-il pas été puni sévèrement? Pourquoi n’a-t-il pas eu la moindre suspension? Mon explication: c’est tout simplement que le hockey, celui de la Ligue nationale surtout, et celui des ligues mineures qui prennent les professionnels comme modèles, est MALADE. Et cela, depuis bien longtemps.

À l ‘exception des sports de combat comme la boxe, la lutte et autres de ce genre, aucun sport ne tolère la bataille et la violence. Le football (soccer), sport le plus populaire et le plus pratiqué au monde (même si le football n’a pas de tradition au Canada, on y compte beaucoup plus d’adeptes chez les jeunes que le hockey) ne tolère même pas un croc-en-jambe. Si un joueur en fait trébucher un autre, il reçoit un carton rouge, est expulsé du match en cours et automatiquement suspendu pour le match suivant. Si l’infraction se produit près des buts adverses, l’équipe victime de l’infraction a même droit à un lancer de punition. Et le joueur expulsé du match ne peut être remplacé par un coéquipier même s’il reste 30, 40, 60 ou davantage de minutes à jouer. Inutile de dire que les batailles entre joueurs sont plutôt rares. Elles sont beaucoup plus fréquentes chez les spectateurs!

Au football de la Ligue nationale (football américain), un sport vraiment dur, un sport « pour hommes » diront certains, un seul coup de poing (on est loin d’une bataille quand on parle d’un seul coup de poing) mérite l’expulsion du joueur concerné et une punition pouvant aller jusqu’à 25 verges pour son équipe. Encore ici, les batailles sont à peu près inexistantes. Et quand récemment, on a noté une augmentation des blessures à la tête (surtout des commotions cérébrales), la Ligue a immédiatement interdit de frapper qui que ce soit à la tête, même si les joueurs portent des casques protecteurs largement supérieurs à ceux que portent les joueurs de hockey. Même les coups accidentels à la tête sont punis, et même des joueurs vedettes ont été suspendus pour des coups de ce genre. Pour la Ligue nationale de football et ses arbitres, c’est tolérance ZÉRO.

Dans les règlements de la Ligue nationale de hockey, il est écrit que les joueurs ne doivent pas se battre entre eux. Mais une fois cette affirmation faite, le livre des règlements contient plusieurs pages qui expliquent ce qu’il ne faut PAS FAIRE quand on engage le combat avec un adversaire: pas de coups de bâton, pas de coups de patin, pas de tirage de cheveux, pas de morsures, et ainsi de suite. Et quand un combat s’engage entre deux adversaires, la plupart du temps les arbitres les laissent aller jusqu’à épuisement, se contentant de retenir les coéquipiers des belligérants. Et malgré cela, les batailles tournent parfois à la bagarre générale, impliquant même à l’occasion les gardiens de but. Quoi de plus ridicule! Connaissez-vous d’autres sports par équipe qui acceptent de se ridiculiser de cette façon.

Et il faudrait également parler des nombreuses blessures à la tête survenues depuis quelques années qui nous privent de joueurs comme Sidney Crosby, le meilleur joueur des dernières années dans toute la Ligue nationale, celui qui remplit les arénas partout au Canada et aux États-Unis lorsque son équipe est au programme. Nous avons appris à aimer le hockey, voire à l’adorer, en applaudissant les prouesses de joueurs comme Jean Béliveau, Guy Lafleur, Mario Lemieux, Wayne Gretzky, Michael Bossy, Bobby Orr, Vincent Lecavalier, Marcel Dionne et combien d’autres. Aucun de ces joueurs n’était un batailleur ou n’avait recours à la violence ou à la rudesse pour exprimer son talent.

Nombreux sont ceux qui croient que les batailles et la rudesse font partie du hockey. Dans mon esprit, c’est absolument FAUX. Les batailles et la violence existent parce qu’on (la Ligue, les propriétaires, les instructeurs, les partisans) les tolère. Avez-vous déjà vu une bataille dans une compétition olympique… sauf peut-être au hockey? Ce qui établit clairement dans mon esprit que le hockey tel que de nombreux joueurs de la Ligue nationale le pratiquent est sérieusement malade. Croire le contraire reviendrait à dire que ce sont tous les autres sports qui sont malades.

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Ne pas trop demander à des jurés

par Alain Guilbert

Après plus de deux semaines complètes de délibérations, un jury de 12 personnes n’a pu s’entendre sur la culpabilité des présumés acolytes de Vincent Lacroix dans le célèbre scandale Norbourg. Des cinq accusés, deux ont été trouvés coupables, deux ont été acquittés – et les jurés n’ont pu déterminer si le cinquième était coupable ou non coupable. Il faut dire que pour ces cinq accusés, il s’agissait d’un second procès, puisque lors d’un premier procès, l’an dernier, le jury n’avait pas été capable de rendre un verdict, et laissant entendre au juge qui présidait le tribunal que la cause était trop complexe pour lui. Et avec le verdict de cette semaine, cela signifie que le cinquième accusé devra peut-être subir un troisième procès au sujet des mêmes faits.

L’issue du second procès des présumés acolytes de Vincent Lacroix ne me surprend absolument pas. Je crois sincèrement qu’il s’agit de causes beaucoup trop complexes pour être tranchées par des citoyens « ordinaires » qui, pour la plupart, ne possèdent ni l’expérience, ni les connaissances suffisantes pour rendre une décision éclairée. N’allez pas croire que je méprise les jurys. Bien au contraire, les procès avec jurés donnent une dimension bien plus humaine à la justice.

Les procès par jury sont nés au Moyen Âge lorsque les seigneurs soumettaient l’un ou plusieurs de leurs employés (les serfs) à des accusations de meurtre, de vol, ou autre. Pour que les seigneurs aient bonne conscience et pour que la justice semble plus humaine, il appartenait aux « pairs de l’accusé » de décider s’il était coupable ou non du ou des crimes qu’on lui reprochait. Avec les années et aussi avec l’évolution des textes législatifs, on a inclus dans le Code criminel un grand nombre de règles régissant les procès par jury. Essentiellement, les jurés sont les maîtres des faits: la Couronne présente sa preuve, ses témoins, la partie défenderesse fait de même, puis le juge explique la loi aux membres du jury et ceux-ci rendent leur verdict, qui, rappelons-le, doit toujours être unanime.

Les causes criminelles traditionnelles (meurtres, vols à main armée, assauts sexuels graves) sont parfois complexes. Mais à partir des faits qui leur sont soumis par les experts et les témoins, les jurés décident qui il faut croire, tout en laissant l’accusé bénéficier du doute raisonnable, comme le veut notre Code criminel fondé sur la tradition britannique.

Mais depuis quelques années, sont apparus des crimes économiques qui supposent des opérations extrêmement complexes, que même les autorités réglementaires et les experts-comptables mettent des années à découvrir, quand ils y parviennent réellement. Qu’on pense aux entreprises comme Enron qui truquaient leur comptabilité et qui ont ainsi trompé leurs actionnaires, leurs cadres supérieurs, leurs vérificateurs et combien d’autres. Qu’on pense aux Earl Jones et aux Vincent Lacroix de ce monde qui au moyen de stratagèmes invisibles aux yeux des investisseurs et des experts-comptables, et même des autorités financières, ont réussi à flouer des dizaines et des centaines d’épargnants.

Et quand les présumés auteurs de ces crimes se retrouvent devant les tribunaux face à des centaines (oui, des centaines) d’accusations différentes (plus de 600 dans le cas des présumés acolytes de Vincent Lacroix), faut-il se surprendre que malgré toute la bonne volonté du monde les douze citoyens « ordinaires » qui forment le jury soient incapables de s’y retrouver, comme dans deux très longs procès auxquels les accusés ont été soumis. Lors du premier procès, on avait mentionné que les avocats de la Couronne avaient de la difficulté à présenter une preuve « en béton » tellement la cause était complexe.

Je crois que dans ce genre de causes on en demande beaucoup trop aux jurés, soit de comprendre en quelques semaines des mécanismes frauduleux qui ont trompé de véritables experts. Sans renoncer aux procès devant jury pour les causes criminelles traditionnelles, la Justice serait sans doute mieux servie si les crimes économiques complexes du genre Norbourg étaient remis entre les mains de juges compétents qui auraient une expérience et une connaissance de l’économie et ses rouages.

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Bien difficile d’être prophète en son pays

par Alain Guilbert

Comme le dit l’adage populaire, il est bien difficile d’être prophète en son pays.
Et l’ex-ministre responsable de la région de l’Outaouais dans le gouvernement du Québec, Benoît Pelletier, s’en est sans doute rendu compte lui aussi cette semaine.

L’homme qui a représenté le comté de Chapleau pendant 10 ans à l’Assemblée nationale s’est vu décerner un immense honneur. En effet, pour sa contribution au renforcement des relations entre la Belgique et le Canada, Sa Majesté le Roi des Belges, Albert II, a nommé le constitutionaliste canadien Commandeur de l’Ordre de la Couronne. Il s’agit d’un club extrêmement sélect dans lequel très peu de Canadiens ont été admis. Il s’y trouvera en compagnie de personnes comme Paul Desmarais, père (Power Corporation du Canada) et Hugo Powell (Labatt Interbrew).

C’est d’abord son travail comme professeur qui a valu cet honneur à l’ex-ministre. En effet, depuis les 1980, le professeur Pelletier (Université d’Ottawa – Faculté de Droit) avait développé des relations privilégiées avec les universités belges et permis à de nombreux universitaires belges de bénéficier de sa vaste connaissance des mécanismes constitutionnels et institutionnels. Ses études comparatives entre les institutions belges et canadiennes constituent aussi une contribution importante à l’acquis que partagent nos deux pays, la Belgique et le Canada. Tout au long de sa carrière politique, il a maintenu ces contacts privilégiés, non seulement dans le cadre des relations entre la Belgique, le Canada et leurs entités fédérées (communautés, régions, provinces et territoires), mais également dans les cadres de la construction européenne et de la Francophonie.

Et voilà en résumé, la « bonne nouvelle » qui a été annoncée plus tôt cette semaine. Et compte tenu de la réputation et du travail réalisé par Benoît Pelletier, autant pour l’ensemble des Québécois que pour les citoyens de l’Outaouais, je m’attendais vraiment à ce que cette information tienne une bonne place dans les médias du lendemain. Mais c’était sans doute rêver en couleurs. Le lendemain matin, j’ai dû feuilleter Le Droit à deux reprises avant d’y découvrir une nouvelle brève de deux paragraphes enfouie tout au bas de la page 12 – et ce n’était guère mieux dans La Presse alors que la nouvelle, également de format bref, était dissimulée tout au bas de la page A-14.

Ce traitement accordée à une « bonne nouvelle » m’a rappelé que quelques jours plus tôt à peine, la Caisse de dépôt et de placement du Québec avait fait connaître ses résultats de l’année 2010, des résultats tout à fait exceptionnels, bien au-dessus des indices de référence. Une nouvelle sûrement extrêmement positive dans un contexte économique difficile, et après les terribles pertes encourues par le «bas de laine» des Québécois à peine deux ans plus tôt. Croyez-vous que les médias en auraient félicité le nouveau président de l’institution, Michael Sabia? Mais non! Le titre de La Presse, pour un, se lisait comme suit : Résultats de la Caisse : un ennui splendide… Et la journaliste Sophie Cousineau commençait son texte en avouant candidement que « par une déformation professionnelle qui les incite à faire preuve d’esprit critique, les journalistes cherchent toujours la petite bête noire ».

Comme on dit souvent dans les salles de rédaction des journaux et des médias électroniques, « une bonne nouvelle n’est pas une nouvelle ». En anglais, on dit : « Good news is no news ». Les moindres accrochages entre un maire et ses conseillers ou avec ses concitoyens, entre un premier ministre et les partis d’opposition ou des groupes de pression, entre des chefs d’entreprise et leurs syndicats, entre un instructeur de hockey et l’un de ses joueurs, etc. font facilement les manchettes dans les médias. Nos journaux en sont remplis à tous les jours, tout autant que les bulletins d’information de nos réseaux de télévision.

Mais les bonnes nouvelles font rarement les manchettes. On les relègue plus souvent qu’autrement en bas des pages 12 ou 14A. Et à la fin de la journée, les lecteurs ou les auditeurs ont l’impression que tout va mal autour d’eux… ce qui est parfois bien loin de la réalité.

Quand viendra-t-il le jour où une bonne nouvelle fera la manchette au même titre qu’un conflit ou un scandale? Quand ce jour sera venu, nous nous en porterons probablement tous mieux!

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Savoir mesurer ses forces

par Alain Guilbert

L’un des plus longs conflits de travail au Québec vient de prendre fin après plus de deux longues années. Je veux bien sûr parler du conflit au Journal de Montréal. Après 764 jours de lock-out, les journalistes et employés de bureau du plus important quotidien français de l’empire Quebecor ont accepté, dans une proportion de 64,1 %, de rentrer au travail. Le problème dans ce règlement, c’est que seulement 62 des 227 employés qui avaient un emploi au début du conflit retrouveront cet emploi, et cela avec des conditions de travail beaucoup moins avantageuses.

Les journalistes dont on a pu entendre ou lire les commentaires à la suite de leur vote de samedi (le 26 février) étaient amèrement déçus de la tournure des événements. On aura beau regarder la situation sous tous ses angles, il s’agit d’une cinglante défaite pour le syndicat. Mais comment cela a-t-il pu se produire?

Pour bien comprendre ce qui s’est passé, il faut sans doute revenir loin en arrière, soit à la fondation même du Journal de Montréal. Cette publication est née en 1964 pendant une grève à La Presse. Le nouveau journal qui misait sur les sports et les faits divers a connu un succès instantané. Lorsque la grève à La Presse a pris fin et que le quotidien de la rue St-Jacques a repris ses activités, le Journal de Montréal a quand même poursuivi sa route et a conservé un tirage de plus de 50 000 exemplaires. Quelques années plus tard, La Presse a été impliquée dans une autre longue grève de ses employés, et à leur retour au travail, le Journal de Montréal avait pu conserver un tirage de plus de 100 000 exemplaires. Et finalement, à la fin de 1976 et au début de 1977, La Presse a été impliquée dans un troisième conflit de longue durée avec ses employés, conflit qui a failli lui être fatal puisque le Journal de Montréal avait maintenant atteint un tirage de 300 000 exemplaires et les a conservées durant de très nombreuses années.

Le Journal de Montréal est donc né et s’est bâti sur les conflits de travail à La Presse. On pourrait établir un cheminement tout à fait identique pour le Journal de Québec, « le petit frère », qui s’est bâti sur deux conflits de travail au Soleil, qui lui aussi a failli y laisser sa peau à la fin des années 1970.

Le fondateur de l’empire Quebecor, Pierre Péladeau, était bien fier de ses publications, les journaux dits de vedettes tout autant que le Journal de Montréal et celui de Québec, même si ces actifs ne représentaient qu’une fraction de son empire. Monsieur Péladeau s’identifiait bien davantage à ses journaux qu’à ses imprimeries, même si avec les années il était devenu le plus important imprimeur au monde (pas seulement au Canada, ou aux États-Unis, mais bel et bien au monde!!!). Les règlements des conventions collectives avec les journalistes se réglaient toujours dans son bureau. Les journalistes de La Presse et des autres quotidiens de Montréal faisaient la guerre des principes avec leurs employeurs (la liberté de presse, l’éthique professionnelle, les matières à griefs, les comités mixtes et autres) et ont finalement signé des contrats de travail épais comme des livres et comportant de nombreux  chapitres consacrés aux clauses professionnelles. Pendant ce temps, Monsieur Péladeau achetait la paix avec les salaires les plus élevés de l’industrie et aussi les conditions les plus avantageuses: semaine de quatre jours, vacances à temps double, etc.

Mais au début des années 2000, le contexte dans lequel les journaux avaient évolué a subi des changements radicaux. Jusqu’à la fin des années 1990, les journalistes avaient le gros bout du bâton parce qu’il était impossible de publier un journal sans journalistes. Mais au cours des récentes années, la technologie a fait tellement de progrès qu’il était désormais possible de tout produire à distance: textes, photos, reportages, commentaires, tout pouvait être produit sur ordinateurs portables ou sur appareils photo numériques et être transmis n’importe où à partir de n’importe quel coin du globe. Et dans le cas particulier de Quebecor, un autre changement majeur était intervenu, soit le décès du fondateur Pierre Péladeau, « l’ami » des journalistes, à qui son fils Pierre-Karl, un homme d’affaires intraitable, avait succédé.

Il y a quelques années, les journalistes du Journal de Québec ont bien tenté de l’ébranler, mais sans succès. Ils ont été les premiers à subir la défaite face à lui. Après un lock-out de plusieurs mois, ils sont rentrés au travail presque à genoux, forcés d’accepter d’importants reculs. Forts d’un fonds de grève qu’ils croyaient inépuisables, les journalistes du Journal de Montréal ont cru qu’ils pourraient l’emporter là où leurs collègues de la Vieille capitale avaient échoué. C’était bien mal évaluer leurs forces.

Pierre-Karl s’était bien préparé. Sans journalistes, le Journal de Montréal a continué à publier comme si de rien n’était. Son tirage s’est maintenu. Ses annonceurs ont continué à y diffuser leurs messages publicitaires à pleines pages. Les conciliateurs se sont succédé sans succès. Les dollars rentraient à pleines portes. Pendant plus de deux longues années, Pierre-Karl est demeuré intraitable. Et finalement, ce qui devait arriver est arrivé: les journalistes ont plié… et seulement un quart d’entre eux ont pu réintégrer leur emploi, et cela avec des conditions bien moins avantageuses qu’autrefois.

Entre temps, La Presse et Le Soleil avaient renégocié des conditions de travail à la baisse avec leurs journalistes, et cela sans grève… ce qui leur permet aujourd’hui de poursuivre leur route malgré les difficultés que connaissent maintenant les journaux du monde entier par rapport à l’invasion des nouvelles technologies et des médias sociaux. Il sera intéressant de bien observer l’évolution et la performance de nos journaux au cours des prochaines années. Parions qu’il n’y aura pas de longs conflits de travail avant bien longtemps.

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Qui nous rendra fiers… un jour?

par Alain Guilbert

Certains jours, quand j’observe nos hommes politiques à l’œuvre, je m’ennuie sérieusement d’une époque maintenant révolue. Je comprends qu’on ne peut pas, et qu’on ne doit pas, vivre dans le passé, mais bien dans le temps présent. Quand je vois les Harper, Ignatieff, Charest, Marois, et sur la scène municipale, les Tremblay et Labeaume, je ne peux faire autrement que de rêver du dynamisme et du charisme des Pierre Elliott Trudeau, Jean Lesage, René Lévesque, et sur la scène municipale, Jean Drapeau. Ces gens-là avaient bien sûr leurs défauts, mais par ailleurs quelle colonne vertébrale ils avaient.

Devant le pitoyable spectacle offert par Gérald Tremblay à la tête de la Métropole (du Québec à défaut du Canada), on a presque envie de pleurer. Quel exemple de leadership peut bien donner un homme qui ne se souvient de rien, qui n’est au courant de rien, qui demande au ministre des Affaires municipales de décider pour lui ce qu’il doit faire (dans le dossier qui l’oppose au Vérificateur général de la ville de Montréal)? Croyez-vous vraiment que Jean Drapeau aurait fait appel à une tierce partie pour prendre une décision à sa place? Jamais au grand jamais… Croyez-vous que Jean Drapeau aurait passé son temps à blâmer les journalistes à la moindre « mauvaise » nouvelle? Il les ignorait tout simplement tant et aussi longtemps qu’il n’avait pas lui-même décidé de leur parler.

Jean Drapeau ne trébuchait pas au premier obstacle. Il se fixait des objectifs élevés et les atteignait. Quand il a voulu tenir l’Exposition universelle de Montréal (Expo 67), il l’a fait, et de façon spectaculaire. Il s’est servi de cet événement fabuleux pour doter la Métropole du Canada (elle l’était à l’époque) d’un métro, dont elle avait un urgent besoin. Il s’est même servi de la terre extraite du sous-sol de la ville pour construire une île artificielle dans le fleuve St-Laurent (l’île Notre-Dame) et y accueillir près de la moitié des pavillons et sites de l’Expo.

Quand il a voulu obtenir les Jeux olympiques, il a d’abord essuyé un échec. En effet, lors de sa réunion générale de 1966, le Comité international olympique avait accordé les Jeux de 1972 à Munich (Allemagne). La candidature de Montréal s’était retrouvée bonne troisième derrière Munich et Moscou. Le maire Drapeau avait alors annoncé qu’il soumettrait à nouveau la candidature de Montréal en 1970 pour les Jeux de 1976. Les experts (ou pseudo-experts) étaient convaincus que Montréal n’aurait aucune chance contre Moscou, surtout que les Jeux de 1968 avaient déjà été présentés en Amérique du Nord (à Mexico). C’était mal connaître Jean Drapeau. Certains avaient sans doute oublié qu’entre la réunion du CIO de 1966 et celle de 1970, il y avait eu à Montréal un événement grandiose, l’Expo 67.

Le maire Drapeau avait profité de « son » exposition universelle pour accueillir le monde entier dans « sa » Métropole. Et au nombre des 55 millions de visiteurs de l’Expo 67, on a retrouvé la presque totalité de la centaine ou presque de membres du CIO à titre d’invités d’honneur. Chacun d’eux a eu l’occasion de découvrir un visage inoubliable de Montréal, le tout dans une incroyable atmosphère de fête qui s’est étendue sur la moitié d’une année. Quand les membres du CIO ont eu à voter à nouveau sur la candidature de Montréal, à Amsterdam en 1970, celle-ci a facilement devancé Moscou dès le premier tour de scrutin et à la surprise générale des observateurs et « pseudo-experts ». Jean Drapeau, lui, n’avait jamais douté. La preuve : dès la fin du vote gagnant, un avion nolisé, avec à son bord des chefs et un festin composé à 100 % de mets canadiens, se posait à Amsterdam pour offrir à la famille olympique un avant-goût de notre gastronomie. Voilà comment se comporte un « vrai gagnant ».

Jean Drapeau avait des défauts. Plusieurs lui reprochaient une certaine arrogance, sa tendance à fuir, ou tout au moins à éviter, les médias. Mais je me souviens encore d’un commentaire de l’éditorialiste Marcel Adam publié dans La Presse à la suite d’une des nombreuses victoires électorales de Jean Drapeau, malgré l’opposition de nombreux groupes de pression et de nombreux médias. Il écrivait à peu près ceci : « Pour comprendre l’attachement et la fidélité des Montréalais à l’endroit de Jean Drapeau, il faut se rappeler qu’il est l’un des rares hommes politiques, ou même le seul, à leur avoir donné des raisons d’être fiers ». Quand je regarde de près les hommes politiques d’aujourd’hui, les Harper, Ignatieff, Charest, Marois, Tremblay, Labeaume et autres, je n’en vois aucun dont je puisse dire qu’il (ou elle) me rend « FIER ».

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Malgré tout, il y en a qui s’essaient

par Alain Guilbert

Dans son blogue, où il héberge gentiment mes textes, mon ami Jean-Maurice Filion parlait, il y a quelques jours, des pressions dont il était victime lorsqu’il œuvrait comme journaliste dans un journal communautaire. Ayant passé directement plus de 30 de mes 46 années de vie professionnelle dans les médias, je peux témoigner que ses affirmations sont tout à fait véridiques. Et cela non seulement dans les journaux communautaires, mais dans tous les médias quelle que soit leur taille ou leur importance.

La première véritable pression de ma carrière est venue directement du propriétaire de La Tribune, le quotidien de Sherbrooke, là où j’ai fait mes débuts en 1959. Les événements dont je veux parler se sont produits au début des années 60. Un important homme d’affaires de Sherbrooke, qui avait pignon sur rue en plein centre-ville, s’est un jour suicidé à l’intérieur de son commerce. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. Les policiers ont bloqué la rue Wellington, la principale artère commerciale de l’époque, pendant plusieurs heures. Bien sûr, il fallait bien écrire un texte dans le journal du lendemain pour expliquer ce qui était survenu au centre-ville et qui avait non seulement entraîné la fermeture de la rue, mais aussi attiré des centaines de curieux.

À l’époque, quand une personne se suicidait sur la place publique, ou tout comme, l’affaire faisait l’objet d’une nouvelle dans les médias et le nom de la « victime » était souvent mentionné. Dans le cas qui nous concerne, une directive provenant directement du propriétaire du journal nous est parvenue à la salle de rédaction en fin de journée à l’effet qu’il ne fallait pas mentionner le nom de la personne décédée qui était l’ami proche d’un juge de la Cour des sessions de la paix, lequel s’était d’abord adressé directement aux journalistes pour demander que le journal taise cet incident. Ayant échoué dans sa tentative de convaincre la salle de rédaction du bien-fondé de sa requête, le juge en question s’était adressé directement au propriétaire et éditeur du quotidien.

Bien sûr, j’ai immédiatement grimpé dans les rideaux, m’opposant à un tel traitement de faveur. Dans mon esprit, les personnages « connus » devaient être traités de la même façon que les « inconnus »… simple question de justice. Si on publiait les noms de ces derniers, il n’y avait aucune raison de ne pas publier les noms des premiers. Le chef des nouvelles de l’époque, Yvon Dubé, qui est par la suite devenu le président du journal jusqu’à sa retraite, s’est rendu à mes arguments. Non seulement était-il d’accord avec moi, mais il m’a suggéré de convaincre tous mes collègues syndiqués (j’étais alors président du syndicat des journalistes) de remettre leur démission pour forcer le propriétaire à changer d’avis. Si j’obtenais toutes les signatures de mes collègues, lui, en retour, s’engageait à obtenir la démission de tous les cadres non syndiqués de façon à ce que l’ensemble de la salle de rédaction, patrons et employés, fasse front commun pour s’opposer à la demande du propriétaire.

Nous lui avions donné un ultimatum jusqu’à 19 heures pour se rendre à notre demande, à défaut de quoi nous serions tous rentrés à la maison et le journal n’aurait pas été publié. Je me souviens encore que l’avocat du journal, Me Edmund Barnard (devenu plus tard juge à la Cour supérieure), est entré dans la salle de rédaction à 16 h 59 pour tenter de régler la situation. Nous lui avons alors proposé un compromis : nous étions disposés à ne pas publier le nom de la victime du suicide survenu le même jour, à la condition absolue que nous fassions la même chose dans tous les cas de suicide à l’avenir. Plus de noms dans le journal, ce qui correspondait exactement à ce que nous voulions vraiment entendre. En effet, un suicide est presque toujours un très grand drame humain — et la personne la plus punie ou la plus touchée par un suicide n’est pas celle qui s’enlève la vie, mais ceux et celles qui l’entourent, soit le conjoint, les enfants, les frères et sœurs, les autres proches. Dans le présent cas, grâce à l’appui de notre patron, qui nous avait appuyés de façon remarquable, nous nous en sommes tirés avec les honneurs de la guerre… et nous avons réussi à faire établir une politique de rédaction qui soit plus juste pour les proches des personnes qui se donnaient volontairement la mort.

Mais les pressions dans les médias proviennent plus souvent des gens d’affaires et des politiciens «locaux» qui croient, bien à tort, que le fait d’acheter de la publicité dans les médias ou le fait d’avoir été élus à un poste quelconque leur donne un droit de regard sur le contenu rédactionnel. Même chose de la part de certaines municipalités qui, lorsqu’elles ne sont pas satisfaites d’un média, menacent de couper les avis publics que la loi les oblige à publier pour informer les citoyens. Ces avis publics représentent souvent des sommes importantes pour les médias communautaires.

Plus les médias sont petits et fragiles, plus ils sont vulnérables aux pressions, à moins que ne se trouve à la tête du média un patron fort et indépendant, qui croit en sa mission d’informer honnêtement la population et de défendre ses intérêts, et qui de plus appuie le travail de ses journalistes. Dans les médias contrôlés par les grandes chaînes comme Gesca (Power Corporation), Transcontinental ou Quebecor, il se fait aussi des pressions, mais je vois mal comment des commerçants, des entrepreneurs, ou encore des élus sur la scène municipale, provinciale, même fédérale, pourraient exercer des pressions sur André Desmarais, Rémi Marcoux ou Pierre Karl Péladeau. Malgré tout, il y en a qui tentent leur chance… j’y reviendrai un de ces jours.

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Je m’attendais au pire

par Alain Guilbert

Dans un tout récent texte, j’ai raconté l’incident survenu lors de ma première campagne électorale comme journaliste. Je devais écrire trois feuillets de 25 lignes chacun sur l’assemblée du candidat libéral de Stanstead, Georges Vaillancourt… alors que celui-ci, qui en était au premier discours public de sa vie, s’était contenté de parler 30 secondes. Comme je le disais, ce texte aura été une véritable « œuvre de création » du début à la fin. Mais au cours de cette même campagne électorale de 1960, il m’est arrivé une autre aventure qui aurait pu facilement mettre fin à ma carrière journalistique.

J’avais fait mes débuts à La Tribune, le quotidien de Sherbrooke, à la fin d’août 1959, quelques jours seulement avant d’entreprendre ma première année de droit à l’Université de Sherbrooke. Ma première campagne électorale comme journaliste a eu lieu moins d’une année plus tard, le scrutin s’étant déroulé le 22 juin 1960.

Comme je l’ai expliqué dans le texte précédent, le journal s’était engagé à « couvrir » trois assemblées publiques de chacun des candidats, le choix de ces assemblées étant laissé au choix des candidats.

J’avais été affecté à deux de ces assemblées le même jour, dans le comté de Wolfe, où le candidat de l’Union nationale, René Lavoie, faisait face au candidat libéral, le Dr Gérard Lemieux. L’assemblée de René Lavoie avait lieu à Disraeli, le dimanche après-midi, et celle du Dr Lemieux, le dimanche soir à Ham Sud.

Je n’avais physiquement pas le temps de revenir à Sherbrooke après la première assemblée pour écrire mon texte puis de retourner à temps à Ham Sud pour l’assemblée de la soirée. À l’époque, il n’était pas encore question d’ordinateurs. Il fallait écrire sur une bonne vieille machine à écrire. Pas question non plus de transmettre un texte à distance à partir d’un village en région « éloignée ».

Il fallait avoir recours au système « D » (D pour Débrouillardise). Ainsi, à la fin de l’assemblée de Disraeli, j’ai demandé à un organisateur du candidat Lavoie s’il pouvait m’accueillir dans un local quelconque et mettre une machine à écrire à ma disposition pour que je puisse écrire mon texte avant de m’arrêter à Ham Sud, puis de rentrer à Sherbrooke.

L’organisation politique s’est fait un plaisir de me venir en aide. On m’a accueilli presque chaleureusement au local de campagne électorale, et on m’a installé dans un coin isolé devant une machine à écrire. L’organisateur principal de René Lavoie était un avocat de Thetford Mines, Gabriel Loubier, qui devait quelques années plus tard devenir le chef de l’Union nationale après le décès de Daniel Johnson (le père) et le départ de
Jean-Jacques Bertrand, son successeur. J’avais eu le plaisir de rencontrer Me Loubier précédemment lors d’un reportage à Thetford Mines. Celui-ci m’a reconnu et été fort gentil avec moi. Il s’est même fait un devoir de me faire parvenir quelques verres de « coca cola » pendant que je peinais à écrire mes trois feuillets. Je n’ai pas vraiment réalisé que le brun liquide était bien arrosé de rhum, et quand je suis parti à 19 heures avec mon texte sous le bras pour me diriger vers Ham Sud, j’avais la tête qui tournait un peu… pas mal.

Inutile de dire que l’assemblée m’a paru super longue et que j’avais bien hâte de rentrer à Sherbrooke pour écrire mon second texte et aller prendre un repos bien mérité. Je suis finalement revenu vers les 23 heures et j’ai complété mon second texte vers minuit. Le lendemain matin, disons que j’avais « oublié des bouts de ma soirée de la veille » et que je n’étais pas très fier de moi quand j’ai relu mon texte dans le journal.

L’équipe du Dr Lemieux n’était pas plus satisfaite que moi de ce texte qui était, je l’avoue, « plutôt flou ». L’organisation libérale n’a d’ailleurs pas hésité à s’en plaindre dès le lundi matin au directeur général de La Tribune, Wilfrid Stebenne, celui-là même qui m’avait embauché l’année précédente. J’ai été aussitôt convoqué à son bureau. C’était la première fois depuis mon entrée à La Tribune que j’étais convoqué au bureau du directeur général. Je me doutais bien de la raison pour laquelle je l’étais et je m’attendais au pire.

Bien sûr, j’ai eu droit à un sermon en règle… et j’étais certain que je quitterais son bureau sans mon emploi. Mais sur ma promesse solennelle de ne plus recommencer, il m’a donné une chance… mais en me jurant que « la prochaine fois, ce sera la porte ». Ce qui m’a sans doute sauvé, c’est que lui-même agissait comme annonceur officiel lors des spectacles de lutte professionnelle le samedi soir à l’aréna de Sherbrooke et qu’un soir récent où il avait pris un verre de trop, il s’est mêlé toute la soirée dans les noms des lutteurs. Sur promesse de ne plus recommencer (lui aussi), il avait pu conserver cet emploi à temps partiel.

Mais il reste que la leçon a servi… En effet, à la suite de cet événement, je n’ai plus jamais pris un verre (ou deux!!!) avant que mes textes ne soient rédigés et remis à mon chef des nouvelles. Et ainsi, une carrière qui avait démarré moins d’une année avant cet incident a pu se poursuivre pendant encore de nombreuses années.

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Les campagnes électorales à la mode d’antan

par Alain Guilbert

Au moment où des rumeurs d’élections fédérales prochaines se mettent à circuler (encore une fois!), je ne peux m’empêcher de penser aux campagnes électorales d’antan et de leur aspect souvent folklorique. De nos jours, une campagne électorale n’est qu’une vaste opération média. Des dizaines de journalistes s’entassent dans des avions (scène fédérale) ou des autobus (scène provinciale) et suivent les chefs pas à pas. Chaque chef a ses « lignes » quotidiennes, telles que préparées par ses nombreux conseillers politiques et tente de les passer à quelques reprises au cours des différents arrêts du jour. Si le chef politique a bien accompli son travail, ce sont ses « lignes » que nous entendrons lors des bulletins d’information des stations de radio et de télévision le même jour et que nous verrons dans les journaux du lendemain à la grandeur de la province ou du pays, selon le cas.

Mais en 1960, à mes débuts journalistiques à La Tribune de Sherbrooke, les choses se passaient bien différemment. Bien sûr, il y avait des journalistes affectés à la couverture des chefs, mais la télévision, qui en était à ses balbutiements, était loin d’avoir l’importance et l’impact qu’elle a maintenant. Les campagnes électorales se déroulaient principalement dans chacun des comtés, où les candidats tenaient de nombreuses assemblées publiques et autant d’assemblées de « cuisine ». Qu’était une assemblée de « cuisine »? Un candidat qui visitait une famille dans sa propre maison et cette famille y invitait quelques voisins et amis. Les sondages politiques n’existaient à peu près pas. Les journalistes des régions se promenaient à travers les comtés pour tenter de mesurer le pouls des électeurs. Chacun avait ses endroits préférés pour rencontrer des gens qui n’avaient pas trop peur d’exprimer leurs opinions: les salons de barbier, les magasins généraux (en milieu rural), les sorties des usines (en milieu urbain), les restaurants populaires étaient autant d’endroits où s’arrêter. La méthode n’avait aucune valeur scientifique, mais les journalistes qui y mettaient le temps et qui se montraient capables de bien décoder ce qu’on leur disait pouvaient bien souvent, et de façon assez précise, prédire le résultat du scrutin dans les comtés visités.

Dans la région de Sherbrooke (Cantons de l’Est), il y avait une douzaine de comtés à « couvrir », peut-être une quinzaine si on incluait les comtés de périphérie comme Beauce, Nicolet et Yamaska. Nous nous partagions la tâche de les visiter en profondeur à deux ou trois journalistes. La tournée d’un comté pouvait s’étendre sur deux ou trois jours, et il était toujours intéressant d’entendre ce que les gens avaient à dire sur les candidats et sur les chefs. Il faut dire que notre tâche était facilitée par le fait qu’il n’y avait que deux partis à ce moment sur la scène québécoise, soit l’Union nationale et le Parti libéral. On était pour l’un ou pour l’autre. Par exception, deux ou trois comtés au Québec comptaient aussi un candidat indépendant.

Les médias dits « nationaux » comme La Presse, Radio-Canada, le Montreal Star (et quelques autres) ne pouvaient évidemment pas faire la tournée de tous les comtés du Québec. Ils en visitaient quelques-uns dans la grande région métropolitaine et faisaient souvent appel aux services des journalistes œuvrant dans les régions (à La Tribune de Sherbrooke, au Nouvelliste de Trois-Rivières, au Soleil de Québec, etc.) pour compléter leur bilan « provincial » ou « national ». Certains réussissaient à prédire de façon relativement précise les résultats globaux et ils passaient pour des héros au sein de la profession journalistique. Aujourd’hui, il y a tellement de sondages (chaque grand média a sa propre firme) qu’il ne subsiste, la plupart du temps, aucun suspense quelques jours seulement à partir du moment où les élections sont déclenchées. Cela enlève évidemment beaucoup du plaisir que nous avions à cette époque à suivre les campagnes électorales.

L’autre aspect des campagnes électorales de l’époque consistait à « couvrir » les assemblées publiques des candidats. À La Tribune, notre politique établissait que des journalistes assisteraient à trois assemblées publiques de chacun des candidats (ce sont les candidats qui choisissaient les assemblées auxquelles ils souhaitaient la présence d’un journaliste) et que nous consacrerions à chaque assemblée l’espace d’une colonne de texte dans les pages du journal. Traitement égal pour tous… sans parti pris.

Je me souviendrai toujours de l’une de mes premières assemblées publiques en 1960. Georges Vaillancourt était le tout nouveau candidat libéral dans le comté de Stanstead (comté voisin de Sherbrooke qui comptait Magog et Coaticook dans ses limites). Il avait choisi de tenir sa première assemblée publique à Ste-Catherine de Katevale, un village à proximité de Magog. Georges n’avait jamais encore parlé en public de toute sa vie, ce que j’ignorais totalement. Deux ou trois orateurs ont d’abord pris la parole pour « réchauffer » la salle. Puisqu’il s’agissait d’orateurs secondaires, des organisateurs politiques, je n’ai pris aucune note, préférant garder tout l’espace auquel j’avais droit au candidat lui-même. Mais devinez quoi? Après les discours, Georges s’est avancé au micro et a simplement déclaré : « Je ne suis pas habitué à parler en public. Je suis d’accord avec tout ce que les autres ont dit avant moi. J’espère que vous allez voter pour moi. Merci beaucoup. » Point final!

Imaginez mon désarroi. Comment allais-je écrire trois feuillets de 25 lignes dactylographiées à partir d’un discours d’une ligne? Jamais de toute ma vie, je n’ai autant « patiné », « brodé », « inventé ». J’en ai tiré une bonne leçon : en effet, par la suite, je prenais toujours des notes lors des discours préliminaires, même si je ne prévoyais pas m’en servir. Je ne voulais plus jamais revivre une situation semblable. Et heureusement, mon texte « vaseux » n’a causé aucun tort à Georges Vaillancourt puisqu’il a été élu en même que l’équipe du tonnerre de Jean Lesage, ce qui a marqué le début de la Révolution tranquille au Québec. Georges a connu une longue carrière politique qui s’est étalée sur presque 30 ans, de 1960 à 1989. Il est décédé en mars 2010 à l’âge de 86 ans. J’ai eu l’occasion de le rencontrer à plusieurs reprises au cours de sa carrière, et je lui ai raconté ce qui s’était produit lors de sa toute première sortie publique. Mais il ne m’en a jamais voulu… Que Dieu ait son âme!