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L’effet d’une véritable bombe…

« La nouvelle de la fermeture a eu l’effet d’une véritable bombe, mercredi après-midi dernier, puisque tous les concernés croyaient fermement que la direction de l’entreprise cesserait ses opérations pour une période de six mois, le temps de procéder à d’importantes rénovations. » C’est ce qu’on pouvait lire, entre autres, dans l’édition du 15 septembre 1982 du journal Le Carillon.

« CIP Inc., de Montréal, achetée il y a à peine plus d’un an par les Entreprises Canadien Pacifique, de Calgary, avait annoncé son intention au gouvernement ontarien samedi (le 4) et, au retour après la fête du Travail, soit mardi, c’est la direction de l’usine locale qui était avisée. Mercredi après-midi, des représentants du siège social arrivaient à Hawkesbury, déjà prêts avec les dossiers des employés et les lettres communiquant la mauvaise nouvelle. La nouvelle était aussitôt relayée aux surintendants, qui la communiquaient aux contremaîtres, qui, à leur tour, se rendaient chacun dans leurs services, annoncer la fermeture. En même temps, des lettres recommandées étaient postées au bureau de poste de Hawkesbury afin que chacun des employés les reçoive dès le lendemain. » Simultanément ou presque, les autorités municipales puis la presse locale étaient mises au courant. Voilà pour la mécanique de l’annonce.

Les réactions ne se sont pas fait attendre. « Un comité spécial, baptisé ‘Comité de la continuité’, tentera de tout mettre en œuvre pour assurer la continuité des opérations de l’usine de la CIP, malgré la fermeture décrétée pour le 1er décembre prochain. » Les autorités municipales emboîtaient le pas, de même que les députés. Par exemple, le Conseil municipal nommait l’administrateur Pierre Tessier au poste de commissaire industriel pour que ce dernier multiple « ses démarches pour accélérer la venue de nouvelles industries dans la région ». Quant à la CIP, elle avait confirmé qu’il n’y avait pas de solution de son côté; le marché n’étant plus là et des clients importants les ayant abandonnés (par ex. Dupont de Shawinigan et Transparent Papier Lining d’Angleterre).

La réaction du « local 28 du Syndicat canadien des travailleurs du papier » avait été amère et virulente. « Ils reprochent également aux grosses banques de n’avoir que des présidents de compagnie à leurs conseils d’administration et aucun représentant des travailleurs. » Le syndicat s’inquiétait bien sûr de l’avenir de ses membres locaux. « La plupart des employés (343) avaient une fiche de service de plus de vingt ans auprès de la compagnie. » En fait, selon les statistiques obtenues alors par Le Carillon, la CIP comptait un employé de 45 années de service continu, alors que neuf autres avaient 40 années et plus. « Pas moins de 77 possèdent une expérience de plus de 35 années avec la CIP et 111 offrent un record de plus de 30 ans. Par ailleurs, un total de 145 employés sont dans la catégorie des plus de 20 ans de service. » En d’autres mots, la très forte majorité n’avait jamais travaillé ailleurs qu’à la CIP. Une trentaine d’employés avaient pu profiter d’une retraite prématurée sans réduction. Quant à la CIP, elle avait mis sur pied un centre d’information pour aider les employés à se trouver un autre travail le plus rapidement possible et pour les renseigner sur les aspects financiers et autres. En d’autres mots, les employés avaient été bien traités… mais ils se retrouveraient quand même sans emploi le 1er décembre. Et les producteurs de bois de la région perdraient des millions de dollars au fil des années.

En éditorial, j’avais écrit, entre autres, qu’il « était pratiquement impossible de décrire la consternation qui a secoué Hawkesbury – et pas seulement les employés de la CIP – alors que la nouvelle se répandait comme un feu de poudre aux quatre coins de la ville ». De ma longue carrière au journal, cela avait été assurément la nouvelle la plus difficile à couvrir et commenter.

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La CIP… personne n’avait osé y croire

C’était dans Le Carillon du 15 septembre 1982 et je vous y fais référence depuis plusieurs semaines.

« C’est vers 15h40, mercredi dernier, que M. Roger Allard, directeur des communications pour la CIP Inc., remettait le communiqué de presse au rédacteur en chef du Carillon. M. Allard, le visage sérieux et très silencieux, vêtu d’un habit gris, venait tout juste de quitter l’hôtel de ville. Voici le texte intégral de ce communiqué bref:

HAWKESBURY (ONTARIO), le 8 septembre 1982. CIP Inc. a annoncé aujourd’hui la fin de ses opérations à son usine de pâtes à Hawkesbury en Ontario, de même qu’à sa division forestière de Grenville au Québec, à compter du 1er décembre 1982.

Dans sa communication aux employés, M. F. D’Arcy Quinn, vice-président et directeur général, Emballages, souligne la détérioration croissante du marché de la pâte au bisulfite utilisée dans la fabrication de la cellophane et de la rayonne, et ce, en raison de leur remplacement par des produits dérivés du pétrole. Il évoque la récente perte de deux clients importants qui ont fermé de façon permanente leurs usines qui s’approvisionnaient à même l’usine de Hawkesbury pour la majorité de leurs besoins. ‘Dans cette conjoncture, l’usine a subi d’importantes pertes et tout indique qu’elle aurait continué de le faire’ a déclaré M. Quinn.

‘La décision de fermer cette vieille usine de 84 ans fait suite à une analyse des débouchés à court terme et à long terme pour les produits de l’usine. L’usine n’est pas économiquement viable et ne le serait pas même si la Compagnie était exemptée d’y faire les investissements nécessaires au respect des normes relatives à la protection de l’environnement’ d’ajouter M. Quinn.

M. Quinn a informé les 440 employés des deux établissements que la Compagnie a mis sur pied un programme d’aide dans le but de faciliter leur recherche d’un nouvel emploi ou l’élaboration d’un plan de retraite tout en fournissant à chacun d’entre eux une description de leurs avantages sociaux et options. »

Je vous reviens avec les réactions à cette nouvelle insupportable à ce moment-là.

Quant à ce Roger Allard, je l’ai retrouvé plusieurs années plus tard. Il m’avait été présenté, à moi de même qu’à mes collègues des Communications à Postes Canada, comme notre nouveau directeur général. Je n’avais pas mis de temps à lui rappeler notre face à face du 8 septembre 1982. Lui aussi s’en souvenait.

Le pire, c’est que dans Le Carillon du 8 septembre justement, j’avais invité les citoyens, en éditorial, à ne pas paniquer devant les rumeurs qui galopaient en ville. Que ce n’était pas la première fois que les rumeurs de fermeture circulaient. La surprise avait été de taille!

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Le chanoine Hébert… je l’avais bien connu

Un entrefilet dans Le Carillon du 18 août 1982. « Le fondateur de la colonie de vacances St-Louis à St-Michel-de-Wentworth en 1937 et du camp Dominique-Savio à Mayo en 1960, le chanoine Arsène Hébert est décédé dans sa paroisse natale à Montebello, le 5 août à l’âge de 78 ans. » St-Michel, c’était un nord de Brownsburg et pas tellement loin de Hawkesbury. C’était aussi la patrie de Tex Lecor. J’ai été moniteur à ce Camp St-Louis quand j’étais séminariste. En fait, la majorité des moniteurs étaient des séminaristes et des couventines. Je raconte encore, parfois, cette randonnée avec le chanoine Arsène qui me ramenait chez mes parents à Hawkesbury. Je m’occupais trop, selon lui, des monitrices! Au retour au séminaire le septembre suivant, le supérieur Charles-Auguste Demers m’en avait même taquiné, en me disant, en riant, qu’il avait entendu parler de mes aventures au camp St-Louis. Il fallait bien que jeunesse se passe!! L’article mentionnait que « la colonie de vacances avait été fondée par le prêtre en 1937, et il en resté directeur jusqu’en 1962 ». J’y avais passé une grande partie de l’été de 1961. J’ai dû le décourager!

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Il venait tout juste de terminer d’importantes rénovations à son poste d’essence de la rue McGill. Le journal du 18 août 1982 rapporte le décès de Jean-Charles Castonguay, à 52 ans. « Il était propriétaire du Libre-Service Castonguay depuis plus de 20 ans. » Il était issu d’une famille de cinq garçons et sept filles, dont la plupart étaient avantageusement connus à Hawkesbury. Son plus jeune fils, Bertrand, est aujourd’hui propriétaire de la Compagnie d’édition André-Paquette, éditeur du journal Le Carillon parmi tant d’autres.

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La livraison du courrier dans les zones urbaines le samedi avait été éliminée en 1972. Cette fois, le journal du 25 août 1982 annonçait la décision de la Société canadienne des postes d’éliminer le service de livraison le samedi en milieu rural à compter du 1er octobre suivant. La société d’État espérait économiser ainsi plus de 4 millions de dollars par année. « La livraison de cinq jours est la norme dans toutes les villes du pays. » Seule l’Île-du-Prince-Édouard échapperait à la règle à cause de son caractère essentiellement rural. « En Ontario, cela signifie que 1695 routes rurales seront écourtées d’une journée », dont un très grand nombre dans Glengarry-Prescott-Russell évidemment très rural. La direction du journal avait anticipé cette annonce fédérale et avait partiellement justifié sa décision de cesser la publication de son édition du samedi, qui n’aurait été livrée qu’en début de semaine dans son secteur rural.

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L’ancien conseiller municipal Claude Demers annonce un retour en politique et qu’il sera candidat au scrutin municipal de novembre. Dans le journal du 1er septembre 1982, Demers n’hésite pas à manifester son inquiétude quant à la survie à long terme de la CIP et craint que le sort réservé à l’usine de Témiscamingue dix ans auparavant ne soit aussi réservé à l’usine de Hawkesbury. Demers souhaitait justement se faire réélire pour qu’il puisse s’impliquer dans la cause si jamais la CIP prenait une telle décision.

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Un PPP bien avant son temps

Un vrai partenariat public-privé en somme. « La firme de consultants de gestion médicale Hyatt du Canada verra à rentabiliser l’Hôpital général de Hawkesbury et la région afin d’y tirer ses honoraires et le remboursement des sommes qu’elle aura à investir dans la nouvelle construction. C’est une première au Canada. » Le Carillon en parle évidemment à la une de son édition du 14 juillet 1982. Le ministère ontarien de la Santé était entièrement d’accord forcément. « L’appel à un investisseur privé a été rendu nécessaire par le ralentissement de la population locale à contribuer la part du tiers du coût de construction prévu pour le nouvel hôpital, soit 4,5 millions $; le montant total doit être en mains avant que le ministère ontarien de la Santé ne verse sa part de deux tiers du coût de construction. » Hyatt toucherait 30 % des profits la première année, 60 % la deuxième et 100 % la troisième et le directeur général de l’hôpital avait admis que « ça supposait que l’hôpital soit administré à profit ». L’article de Monique Castonguay expliquait d’autres détails sur l’entente. « Hyatt Medical Management Consultants Ltd, au Canada, est une filiale de l’American Medical International Inc. aux États-Unis, ayant la gérance directe ou indirecte de près de 115 institutions en soins hospitaliers au monde, soit en Angleterre, en Australie, en Arabie Saoudite, en Belgique, en Espagne, en Suisse et aux États-Unis. »

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Jeanne Sauvé, qui était alors présidente de la Chambre des communes, avait laissé la cloche convoquant les députés à un vote sonner pendant plus de 15 minutes, contrairement aux règles parlementaires. Le vote du 8 juillet était à propos du budget du ministre des Finances, Allan MacEachern. Denis Ethier, le député de Glengarry-Prescott-Russell, vice-président des comités pléniers et donc orateur suppléant des Communes, était intervenu et avait rappelé Mme Sauvé à l’ordre… ce qui ne se fait pas habituellement… et avait reproché aux députés conservateurs retardataires de ne pas être de « véritables représentants du peuple ». Après son intervention, Ethier avait démissionné de ses tâches additionnelles, mais Jeanne Sauvé ne voulait pas accepter sa démission. Par contre, Joe Clark lui-même avait clairement indiqué qu’Ethier avait perdu la confiance de lui et de ses députés. En conséquence, Denis Ethier avait décidé de maintenir sa démission. Il demeurait député, bien sûr.

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La mousse d’urée-formol devait être la solution isolante miracle pour remplacer l’amiante et les vendeurs itinérants convainquaient plusieurs de sa valeur et l’installaient dans les maisons. Jusqu’à ce que les dangers de cette MIUF, comme on l’appelait, se fassent connaître. Le gouvernement avait mis des programmes incitatifs pour encourager les gens à faire remplacer leur MIUF par des produits moins dangereux. Il en était souvent question dans les éditions estivales de 1982.

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La nouvelle nationale avait fait les manchettes évidemment. Dans le journal du 4 août 1982, on peut lire que « policiers et gardiens de prison de la région étaient parmi des centaines de leurs confrères qui assistaient, jeudi dernier, aux funérailles nationales des trois gardiens de l’Institut fédéral Archambault, qui ont péri le 26 juillet aux mains de détenus dans le cadre d’une tentative avortée d’évasion. (…) Deux détenus ont également perdu dans la vie dans la tentative, qui se sont suicidés à l’aide de capsules de cyanure. »

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Chacun peut changer d’idée

Le diacre Jean Leroux, je vous en avais parlé dans un billet précédent, devait être ordonné le 25 juin. Il s’occupait de pastorale aux écoles secondaires de Hawkesbury et de Vankleek Hill et était très populaire auprès des jeunes étudiants. Dans le journal Le Carillon du 23 juin 1982, la journaliste Monique Castonguay raconte que Leroux « s’accorde maintenant un moment de réflexion avant de s’engager définitivement dans la prêtrise ». Elle ajoute qu’il « devait être ordonné vendredi, à Hawkesbury; il est plutôt parti, lundi, presque sans bruit, pour occuper un poste de chef de service au campus de Cornwall du collège St-Laurent, chargé entre autres des admissions ». Toute une vie remise en question, mais surtout, toute une vague. Il s’était vidé le cœur dans une longue lettre envoyée à l’évêque auxiliaire en charge des vocations, Mgr Gilles Bélisle, surtout en ce qui a trait au rôle réservé aux laïcs dans le diocèse. Il s’était de toute évidence passé beaucoup de choses dans les coulisses diocésaines qui n’avaient pas plu à Leroux. Un prêtre de moins. La publication du long reportage nous avait valu de nombreuses critiques de la part de prêtres et j’avais eu droit à un appel téléphonique de l’archevêque (Mgr Joseph-Aurèle Plourde) plutôt mécontent il va sans dire. Sachant que j’étais un ancien séminariste, il comprenait d’autant plus mal. Mgr Plourde est décédé, à 97 ans, le 7 janvier dernier.

La dernière fois que j’ai rencontré Jean, c’était à un souper du Rassemblement des gens d’affaires à Ottawa au cours duquel mon ami Michel Malboeuf allait être reconnu pour son magazine « Le Lien économique », auquel je collaborais. Jean faisait alors partie de l’organisation politique de Madeleine Meilleur. Ses talents servaient toujours

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Le règlement municipal 39-82 n’était pas grand-chose en réalité; un simple règlement pour amender le règlement de zonage afin de faciliter une transaction immobilière, et le règlement 45-82 prévoyait la signature d’une entente avec Sun Wheels Ltd. Mais ces deux règlements avaient une valeur historique pour la ville. Comme le rapporte le journal du 30 juin 1982, il s’agissait des deux premiers règlements municipaux « rédigés dans la langue française ». Des demandes en ce sens fusaient depuis quelques années et surtout depuis quelques mois. Les règlements avaient été rédigés en anglais aussi, évidemment.

« L’adoption de règlements en français était d’autant plus remarquée que le Conseil, au début de la soirée, avait eu une requête inhabituelle: soit de délibérer en anglais. Deux citoyens, MM. Mike Ahmed et Kim Reasbeck, ont en effet demandé aux membres du Conseil de parler en anglais afin qu’ils puissent comprendre ce qui se passait et intervenir s’il y avait lieu. Le conseiller Edward Mullin, éprouvant des difficultés à garder son calme, a répliqué qu’il n’était pas question d’interrompre le Conseil pendant la réunion. » Le maire Laurent Cayen, après leur avoir expliqué qu’ils pourraient poser des questions en anglais lors de la période réservée à cet effet, avait « rappelé que le français était utilisé à la table du Conseil parce qu’il s’agit de la langue de la majorité à Hawkesbury et qu’il serait surpris que le Conseil municipal de Toronto, par exemple, se mette à délibérer en français parce qu’un francophone en fait la demande ». J’avais été assez fier du Conseil municipal ce soir-là.

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Ivaco rêve d’une autre grande aciérie

« Le quotidien Le Devoir, dans son édition du 25 mai, rapporte que la société Ivaco ‘songe à construire une aciérie utilisant des fours électriques selon une méthode révolutionnaire actuellement mise au point par la firme Boliden, en Suède’. (…) Le procédé ‘Inred’ serait particulièrement économique et permettrait à la compagnie d’augmenter la capacité de ses trois aciéries de L’Orignal et de Georgie, aux États-Unis. » Le Carillon en parlait dans son édition du 2 juin 1982 et précisait que la société Ivaco n’avait pas encore déterminé où elle construirait cette nouvelle aciérie. Le président Paul Ivanier n’aurait pas caché que « l’emplacement serait déterminé par les subventions offertes par les différents gouvernements ». En fin de compte, ce ne serait assurément pas L’Orignal.

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Le terrain se prépare. Comme le rapporte le journal du 16 juin 1982, « l’usine de la Compagnie internationale du papier à Hawkesbury a fermé ses portes vendredi pour un peu plus de trois semaines, soit 24 jours, en raison de la faible demande pour ses produits sur le marché. Il s’agit du quatrième arrêt temporaire des activités depuis le début de l’année et touche environ 410 des 440 travailleurs. » Et comme le précisait le directeur de l’usine, Wally Williamson, « aucun salaire ou compensation n’est versée durant ces mises à pied temporaires ». Ça sent la guillotine!

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Ceux qui ont suivi la récente émission « Un air de famille » à Radio-Canada se souviendront d’elle et de sa famille. Quand Le Carillon parle d’elle dans son édition du 16 juin 1982, c’est pour annoncer qu’à 16 ans, Roxane Potvin, « la fille de Dollard et Carmen Potvin de Hawkesbury, s’est classée première parmi cinq finalistes plus âgées qu’elle » lors du premier Concours de la chanson du poste CJRC d’Ottawa tenu à la Maison du Citoyen à Hull. Roxane espérait maintenant participer au Festival de Granby et à l’émission Tremplin de Télé-Métropole.

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Le journal du 16 juin 1982 consacre une pleine page à la retraite de Jean-Roch Vachon, un enseignant de longue date de l’École secondaire régionale de Hawkesbury et bien connu de la communauté. Il n’a alors que 58 ans, mais il termine une carrière de 36 années dans l’enseignement, dont 24 à l’ESRH. Après sa retraite, Jean-Roch, qui était déjà bien actif au sein de la Société historique de Prescott, avait eu l’idée de publier une chronique sur la généalogie de familles d’ici. Il m’en avait proposé l’idée et je lui avais dit que s’il commençait, il devrait continuer parce que nos lecteurs en prendraient l’habitude. En 2012, trente ans plus tard, sa chronique généalogique est toujours publiée dans un journal local.

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Les écoles pour tous les enfants… sans exception

La Loi 82 transformerait l’éducation en Ontario. Le gouvernement avait réagi aux longues pressions des parents d’enfants en difficulté. Le gouvernement conservateur de Bill Davis savait que les écoles avaient besoin d’une longue période de temps pour s’y préparer. Comme on peut le lire dans Le Carillon du 12 mai 1982, « la Loi 82, en 1985, forcera les conseils scolaires de la province à offrir des services localement, dans leur langue maternelle, à tous les enfants affichant des anomalies de comportement, ou d’intellect, ainsi que les handicapés physiques et les déficients légers ou moyens ». Cela donnerait lieu à la création de classes dites spéciales et à l’embauche d’aides-enseignants dans les classes. Quant à ces « anomalies », elles avaient été définies comme comprenant « les enfants perturbés, les mésadaptés sociaux, les enfants souffrant d’anomalies de communication (autisme, surdité, troubles de langage et de parole, difficultés d’apprentissage), les déficients mentaux légers ou moyens, les surdoués, les handicapés physiques et les enfants souffrant de troubles orthopédiques ». En d’autres mots, à partir de septembre 1985, les écoles devaient offrir des services à tout le monde sans exception.

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Depuis son ouverture en 1979, le complexe sportif de Hawkesbury offrait toujours une école de hockey estivale. Dans le journal du 12 mai 1982, les sportifs apprennent l’arrivée « d’une toute nouvelle école », une qui sera « sous la direction de Jacques Martin, entraîneur-chef des Braves de Brockville de la Ligue centrale l’an dernier, dépisteur pour le compte des Petes de Peterborough de la Ligue de hockey de l’Ontario et technicien de hockey bien connu de la région ». Martin sera épaulé entre autres d’Yvan « Puce » Joly, des Voyageurs de la Nouvelle-Écosse, un club-école des Canadiens de Montréal. Un total de 120 jeunes hockeyeurs pourraient s’y inscrire.

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Il ne fallait donc pas se surprendre de lire dans les éditions du 26 mai et du 9 juin 1982 que Jacques Martin allait devenir le nouvel entraîneur des Hawks de Hawkesbury dès la saison suivante. Quant à Mac MacLean, qu’il remplaçait, lui s’en allait succéder à Martin chez les Braves de Brockville. Entre temps, à cause des problèmes chez les Hawks, cette organisation avait été prise en mains par l’Association du hockey mineur de Hawkesbury. L’AHMH reprenait simplement ce qu’elle avait relégué en 1974. La gestion des Hawks n’a jamais été chose facile à Hawkesbury.

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À l’affiche du cinéma Laurentien de Grenville en ce mois de mai 1982, le film de Claude Lelouch, « Les uns et les autres », un film que j’avais vu à Ste-Agathe et que je considère toujours comme sûrement le meilleur long métrage que j’ai vu. J’ai d’ailleurs la version DVD.

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Une nouvelle structure au journal

La création d’actions pour les employés de La Société de gestion André Paquette & associés avait permis à son propriétaire et actionnaire très majoritaire, André Paquette, de créer de nouvelles structures administratives. Comme il l’annonce dans une pleine page de publicité dans Le Carillon du 28 avril 1982, l’entreprise donne naissance à quelques filiales : La Compagnie d’Édition André Paquette (qui publie alors seulement deux journaux, Le Carillon et Le Journal de Cornwall), Co-Web inc., essentiellement le secteur de l’imprimerie des journaux; l’Imprimerie Prescott-Russell devient l’imprimerie commerciale. Il répartit le pouvoir entre les mains de Fernand Gauthier, comme président et directeur général de Co-Web et l’Imprimerie Prescott-Russell, et de Michel Paquette, son fils, comme président et directeur général de la Compagnie d’Édition André Paquette. Je deviens vice-président de cette dernière entreprise et je suis nommé au bureau de direction de La Société de gestion. C’est à ce moment-là que je commence ma recherche pour un autre emploi; j’avais compris que mon avenir n’était plus dans cette entreprise. Il me faudra patienter cinq années avant d’accepter quelque chose qui en valait la peine, parce qu’après tout, j’aimais énormément mon travail et je voulais mieux.

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J’avais fait référence aux problèmes juridiques auxquels avait dû faire face l’ancien député provincial conservateur Albert Bélanger. « M. Albert Bélanger, de Sarsfield, député durant plus de 10 ans de la circonscription de Prescott-Russell, a été exonéré de la condamnation de fraude qui pesait contre lui depuis plus d’un an. » Le journal du 28 avril 1982 explique que « l’accusation d’avoir soumis une fausse réclamation relativement à la faillite d’ABC Ciment de Curran avait été déposée contre lui et sa femme Angéline le 5 septembre 1979, et il avait été condamné à l’amende de 750 $ en avril 1981. Une première requête en appel avait été refusée en janvier 1982, et c’est vendredi que la Cour suprême a renversé la décision. » Bélanger pouvait regagner sa réputation.

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Je me souviens bien de lui. Il était arrivé à L’Orignal en 1980 et il n’avait que 35 ans quand le journal a annoncé son décès dans l’édition du 5 mai 1992. « Amputé des deux jambes à la suite d’un accident, M. Roger Bigras menait une double carrière d’homme d’affaires et d’athlète depuis son arrivée à L’Orignal. Propriétaire de la salle d’amusements Bigras, il était surtout connu pour son dévouement inlassable auprès des différents groupes de handicapés physiques de Prescott-Russell, qui trouvaient en lui appui et réconfort. Athlète émérite, il s’est également signalé depuis deux ans lors des Jeux olympiques pour handicapés physiques, notamment à Cornwall et Belleville où il a récolté de nombreuses médailles. Plus récemment, il se faisait le porte-parole de l’Association de parents d’enfants handicapés physiques de Prescott-Russell, lors d’une série de conférences qu’il a prononcées dans la plupart des écoles primaires de la région. » Un exemple de détermination.

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« Le futur comme un rêve ou un cauchemar? »

À la mi-mars de 1982, la « mère » d’Internet n’avait pas encore « accouché » de son rejeton. Il faudrait attendre encore 10 mois, mais le grand public n’en profiterait vraiment qu’une dizaine d’années plus tard, lors de l’avènement du World Wide Web; ces fameux www devant ces adresses modernes qui pullulent le cybermonde. Mais l’adoption par M. et Mme Tout-le-Monde prendrait encore un peu de temps. Trente ans plus tard, les « prédictions » du jeune Jean-Yves D’Amour n’ont pas l’air exagérées. Le jeune D’Amour avait remporté le concours oratoire du Club Richelieu de Hawkesbury et Le Carillon avait jugé bon de reproduire son discours victorieux dans son édition du 10 mars 1982. En le lisant, tenez compte du contexte de l’époque… où rien ne laissait prévoir ce que nous connaissons aujourd’hui. Apple n’avait même pas encore lancé son Macintosh. Vous apprécierez…

« Rarement a-t-on été menacé par une révolution aussi subtile que celle qui éclatera sous peu et qui promet de bouleverser complètement notre monde. Des envahisseurs n’ayant ni cœur ni sentiment chambarderont nos vies, s’empareront de nos salons. Et pourtant, celle nouvelle révolution technologique déclenchée par l’ordinateur évolue à un rythme si vertigineux qu’il nous est impossible d’affirmer avec certitude si nous devons entrevoir le futur comme un rêve ou un cauchemar.

Imaginons, pour un instant, qu’une simple pression sur quelques touches d’un clavier nous indiquera comment réparer le carburateur de notre voiture ou établira notre rapport d’impôts avec toutes les exemptions possibles. Imaginons qu’à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, un écran cathodique nous expliquera comment remédier aux sautes d’humeur de notre conjoint, comment tricher pour gagner notre partie de cartes, comment soulager le mal de tête provoqué par une bonne cuite! Imaginons que selon notre volonté, le téléviseur se transformera en une étude d’avocat, une agence de voyages, une encyclopédie.

Oui, demain, tous nos foyers seront munis de micro-ordinateurs, ce qui aura pour effet de transformer sensiblement notre manière de vivre. Mais, comment au juste, me demanderez-vous, le micro-ordinateur changera-t-il notre vie! Si la question avait été posée à Alexander Graham Bell le jour où il inventa le téléphone, aurait-il pu prévoir tous les bouleversements économiques, sociaux et culturels qu’inaugurait son invention! Aujourd’hui, la technologie nous offre un réseau d’informations de toute première qualité et constamment disponibles. Alors, sommes-nous prêts à relever de nouveaux défis!

Afin que la machine ne nous détraque pas, il faudra revaloriser ce qui rend un être humain supérieur à tout ce qui peut exister, notamment le sens du beau, du juste, du bon; toutes ces valeurs qu’on a jadis sacrifiées au nom de la science. Charles Siberman écrit avec raison : « C’est nous-mêmes qui devons donner un sens aux choses… » N’avons-nous pas pour le faire, une capacité de création, la souplesse d’une intelligence, la finesse de notre sensibilité. Conçu sans ces attributs, l’ordinateur restera toujours étranger au monde de l’humain.

Toutefois, devant l’ère nouvelle qu’engendrera l’implantation du micro-ordinateur, certains avec raisons, s’interrogent et même s’inquiètent. Ces techniques viseront-elles vraiment le bien-être de l’homme? Ou plutôt, seront-elles un puissant outil qui maintiendra un peuple dans l’opération des machines avec toute la routine que cela implique? D’ici se précise l’image possible de l’homme assujetti au dieu-ordinateur; ce dernier ayant finalement appris à dominer son propre créateur.

Néanmoins, plusieurs grands philosophes restent optimistes. Entre autres, Alvin Toffler, dans son livre « La troisième vague », prédit que ces nouveaux développements permettront une plus grande tolérance entre citoyens, que les gens seront plus actifs devant le petit écran puisqu’ils devront planifier leurs propres programmes. Pour ce faire, ils devront discuter, confronter, évaluer leur cheminement.

En outre, le micro-ordinateur sera l’outil par excellence que saura débarrasser la mémoire de toutes ces formules, ces règles, ces lois; exercices routiniers, répétitifs et désormais inutiles dans les matières telles les mathématiques, la physique, la chimie. Attention, il ne s’agit pas de supprimer ces disciplines, mais tout simplement de confier à l’appareil tout ce qui peut sans dommage lui être laissé. Effet libérateur qui permettra à l’homme de se consacrer davantage aux exigences de notre société. Cependant, saura-t-il éviter le nouveau piège qui lui sera tendu; celui de s’isoler derrière cet immuable paravent électronique!

Quoi qu’il en soit, si pour certains le monde de l’informatique annonce l’enfer, il ne faut toutefois pas oublier que le paradis, ce sont les hommes qui le feront et non les machines. En fait, ni le rêve ni le cauchemar ne se réaliseront; comme toujours la réalité ne manquera d’être plus séduisante que toutes les aspirations. »

Je pense que Jean-Yves D’Amour est devenu éventuellement un enseignant dans la région de Prescott-Russell et qu’il a contribué à des publications du Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques.

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D’où viennent les Franco-Ontariens? (Deuxième partie)

Jusqu’en 1850, tant du côté québécois qu’ontarien de l’Outaouais, la population des établissements permanents est essentiellement originaire des îles britanniques. Cependant, depuis le début du siècle, une main-d’œuvre canadienne-française, mobile, saisonnière et jeune monte dans les chantiers à l’automne pour redescendre au printemps ou vient faire de la drave. Peu à peu, surtout après la création du diocèse d’Ottawa en 1847, les Canadiens français s’établissent dans l’Est ontarien. Lorsque les comtés de Glengarry, Stormont, Prescott et Russell atteignent leur population rurale maximale au tournant du siècle, ces mouvements migratoires ont suffi à en changer le caractère sociolinguistique : les Canadiens français y sont devenus le plus nombreux groupe ethnique.

En passant du « village subarctique de bûcherons » à la « cabine de pilotage politique », Ottawa attire un nombre considérable de Canadiens-français. Formant un peu plus du quart des 21 541 habitants d’Ottawa en 1871, la population d’origine française garde, à peu de choses près, cette même proportion parmi les 453 280 habitants de l’Ottawa métropolitain en 1971. Au début du siècle, Ottawa commence à s’affirmer, aux yeux des Franco-Ontariens, comme une « métropole ». Dotée d’un réseau d’institutions patriotiques et encadrée par le clergé et les communautés religieuses, sa population francophone peut aussi s’appuyer sur son université bilingue et ses maisons d’enseignement privées. Elle peut en outre compter sur une population francophone sensible à la sauvegarde de ses droits.

En longeant l’Outaouais, puis traversant l’Ontario d’est en ouest, de Mattawa à Thunder Bay, en passant par North Bay, Sudbury et Sault Ste Marie, le chemin de fer du Canadien Pacifique ouvre l’accès au Nord ontarien durant les deux dernières décennies du XIXe siècle. Le gouvernement ontarien soude le nord à Toronto par le Timiskaming and Northern Ontario Railway, qui atteint Cochrane en 1910. Cette même époque voit la construction d’une autre voie ferroviaire, le National Transcontinental, qui relie Lévis à Winnipeg, en ligne droite.

Le Nouvel Ontario révèle des richesses insoupçonnées. La plaine de Nipissing, le bassin de Sudbury ainsi que les Clay Belts (Haileybury-Hearst) offrent déjà de bonnes perspectives au développement agricole. Mais les découvertes minières, nickel et cuivre à Sudbury, argent à Cobalt et or à Timmins, Kirkland Lake, s’avèrent de puissants facteurs de développement économique. Les grandes forêts riches en conifères se révèlent vite importantes pour la production de pulpe de papier et de vois de sciage, notamment à Sturgeon Falls, Iroquois Falls et Kapuskasing.

Canadiens français du milieu rural québécois comme de l’Est ontarien vont s’établir en grand nombre dans le Nouvel Ontario, travaillant d’abord à la colonisation agricole avant de s’adonner plus exclusivement au travail en forêt, et, plus tard, de s’embaucher dans les mines. En 1976, près de 20 % de la population du nord de l’Ontario est de langue française. Massée le long de l’axe North Bay-Hearst d’autre part, la population de langue maternelle française y représente 34 % de la population, soit 142 080 sur 417 330 dans les comtés de Cochrane, Témiscamingue Nipissing et Sudbury.

Dans l’enclave sud de la province, du Golden Horseshoe à Windsor, des Canadiens français sont attirés depuis le tournant du siècle par les « mirages » de la civilisation industrielle. Travaux publics et chantiers de construction à Toronto, industrie automobile à Windsor, industrie pétrochimique à Sarnia, industries textiles et métallurgiques à Welland, ou encore usines de guerre durant les deux conflits mondiaux, offrent de nombreux emplois qui viennent prendre des Franco-Ontariens au profit des régions du nord et de l’est de la province, des Québécois et des Acadiens.

L’Ontario est aussi une terre d’adoption pour un certain nombre d’immigrants de langue maternelle française. Son développement économique accéléré depuis la Deuxième Guerre attire des immigrants francophones de l’Europe, de l’Afrique du Nord et l’Asie du Sud-Est. Ainsi, en recensement de 1971, il y avait 15 740 Ontariens de langue maternelle française nés à l’extérieur du Canada.

Le recensement de 1971 révèle également qu’en Ontario il y a, en plus de 93 000 unilingues français, 716 000 bilingues (anglais et français), pour un total de 809 000 Ontariens qui ont une connaissance du français, c’est-à-dire 10,5 % de la population totale.

En 1978, dans les écoles élémentaires et secondaires anglophones de l’Ontario, environ 883 000 élèves étudient le français.

Voilà pour un brin d’histoire!