Les médailles « canadiennes » aux Jeux de Montréal

L’auteur a œuvré pendant deux ans et demi au sein du Comité organisateur des Jeux olympiques (COJO) à titre de directeur de l’information, directeur des communications internes, chef de presse adjoint et adjoint au directeur général des relations publiques. Dans une série d’articles consacrés aux Jeux de Montréal 1976, il nous fait revivre quelques-uns de ses souvenirs.

par Alain Guilbert

Si on vous demandait de nommer quelques athlètes qui se sont distingués aux Jeux de Montréal en 1976, la plupart des répondants n’hésiteraient pas à nommer NADIA COMANECI, la toute jeune et menue Roumaine qui a été désignée « la reine » de ces Jeux.

Ceux qui connaissent quelque peu les sports olympiques pourraient sûrement mentionner quelques autres noms… comme Nellie Kim et Olga Korbut en gymnastique, Bruce (devenu Kathleen) Jenner, Lasse Viren, Alberto Juantorena en athlétisme, Anton Tkac et Daniel Morelon en cyclisme, Sugar Ray Leonard ainsi que les frères Leon et Michael Spinks en boxe, John Naber et Kornelia Ender en natation, Vasily Alekseyev en haltérophilie… et possiblement quelques autres.

Et maintenant, si on vous demandait de nommer les athlètes canadiens qui ont remporté des médailles à Montréal, combien de noms vous reviendraient en mémoire? Un??? Deux??? Sans doute pas davantage. Si vous pouvez identifier tous les athlètes canadiens qui ont remporté au moins une médaille à Montréal, vous êtes définitivement un super-expert des sports olympiques.

Officiellement, les athlètes canadiens ont obtenu des médailles dans 11 épreuves différentes… mais dans les faits, ils sont repartis avec 20 médailles.

Mais est-ce 11 ou 20 médailles?

Commençons par découvrir ce qui se cache dans ces chiffres.

L’équipe canadienne a vu ses représentants monter sur le podium une fois en athlétisme, une fois en canoë, une fois en sports équestres et huit fois en natation (oui, huit fois en natation).

Voici maintenant les noms de ces athlètes :

– Greg Joy, médaille d’argent au saut en hauteur (athlétisme);

– Michel Vaillancourt, médaille d’argent Grand Prix saut d’obstacles individuel (sports équestres);

– John Wood, médaille d’argent Canoë C-1 sur 500 mètres (canoë);

– Cheryl Gibson, médaille d’argent au 400 mètres 4 nages (natation);

– Stephen Picket, Graham Smith, Clay Evans et Gary MacDonald, médaille d’argent au relais 4 X100 mètres 4 nages — (natation);

– Nancy Garapick, médaille de bronze 100 mètres dos (natation);

– Nancy Garapik, médaille de bronze 200 mètres dos (natation);

– Shannon Smith, médaille de bronze 400 mètres nage libre (natation);

– Becky Smith, médaille de bronze, 400 mètres 4 nages (natation);

– Gail Amundrud, Barbara Clark, Becky Smith et Anne Jardin relais 4 fois 100 mètres nage libre (natation);

– Wendy Hogg, Robin Corsiglia, Susan Sloan et Anne Jardin – relais 4 fois 100 mètres 4 nages (natation).

Quand un athlète monte sur le podium, il reçoit une médaille…

Et quand quatre athlètes montent sur le podium, chacun d’eux reçoit une médaille, mais cela ne représente qu’une seule médaille pour son pays.

Donc, même si le Canada n’a obtenu que 11 médailles aux Jeux de Montréal, cinq d’argent et six de bronze, 20 médailles ont été remises aux athlètes (dont deux à Nancy Garapick et deux également à Anne Jardin).

Combien de Canadiens se souviennent de ces athlètes qui se sont illustrés aux Jeux de Montréal? Je parie à 10 contre 1 que la plupart d’entre vous auraient pu nommer seulement les noms de Michel Vaillancourt et de Greg Joy. Si vous vous êtes souvenus d’autres noms, vous êtes définitivement au-dessus de la moyenne.

La question suivante : combien des médaillés canadiens aux Jeux de Montréal étaient québécois? Si votre réponse est « trois», vous avez raison. De qui s’agit-il… bien sûr, il y a Michel Vaillancourt avec un nom « pure laine ». Anne Jardin, qui est née à Montréal et habitait Pointe-Claire en 1976. Et l’autre était Robin Corsiglia, née à Kirkland (Québec); elle faisait partie de l’équipe de relais 4 X 100 mètres quatre nages. Sa spécialité était la brasse et elle n’avait que 14 ans.

Plusieurs d’entre vous se souviennent de Greg Joy qui avait remporté la médaille d’argent. Presque personne n’avait entendu parler de lui avant les Jeux. Les Québécois ne connaissaient que Claude Ferragne et Robert Forget chez les « sauteurs » canadiens. Ferragne en particulier était la grande vedette de l’athlétisme québécois. Greg Joy, pendant ce temps, étudiait à l’Université El Paso (au Texas) et compétitionnait dans l’immense réseau qu’est le NCAA (National Collegiate Athtletic Association). Peut-être inconnu au Canada, mais une vedette dans son domaine aux États-Unis. Sa médaille d’argent n’a pas été une surprise pour les « connaisseurs ».

Quant à Ferragne et Forget en qui les Québécois avaient mis leurs espoirs de médailles « locales », ils ont probablement croulé sous la pression pendant la cérémonie d’ouverture quand la foule a réservé à l’équipe canadienne une ovation qui avait presque fait trembler le Stade olympique. Forget ne s’est pas qualifié pour la finale du saut en hauteur.

Autre détail à noter, le Canada a été le premier hôte des Jeux olympiques d’été à ne pas remporter une médaille d’or chez lui. Tous les pays qui avaient organisé les Jeux modernes depuis 1896 avaient au moins remporté une médaille lorsque les Jeux s’étaient déroulés « à la maison ». Même la Grèce avait remporté une médaille d’or aux Jeux d’Athènes. C’est le berger Spyridon Louis qui avait gagné le marathon. 80 ans plus tard, lors des Jeux de Montréal, c’était encore la seule médaille d’or olympique obtenue par la Grèce, une médaille gagnée « à domicile ». Le marathon est une épreuve de longue distance qui représente la distance parcourue par le soldat grec qui avait couru jusqu’à Athènes pour annoncer à son roi la victoire de la Grèce sur l’Empire perse (aujourd’hui l’Iran). Il est tombé mort après avoir transmis son message.

Quant au Canada, il avait remporté ses deux premières médailles d’or de l’histoire aux Jeux de Saint Louis (États-Unis) en 1904. Des médailles d’or en quoi? Je vous le donne en mille : l’une au football (soccer) et l’autre au lancer du poids. L’auteur de cette médaille individuelle : Étienne Desmarteau, dont un centre sportif construit dans l’est de Montréal pour les Jeux de 1976 porte son nom. Quant au tournoi de football à ces Jeux de 1904, il ne comptait que deux équipes, les États-Unis et le Canada.

Des exploits incroyables pour plusieurs… mais faciles à comprendre. Après les premiers Jeux olympiques de l’ère moderne à Athènes en 1896 et à Paris en 1900, les pays européens avaient jugé que St-Louis était trop loin (il n’y avait pas d’avions pour traverser l’Atlantique à cette époque). Seules deux équipes de soccer étaient présentes à Saint Louis… les États-Unis et le Canada. Seulement 13 pays étaient représentés aux Jeux de Saint Louis. Dans les 94 compétitions au programme, 52 d’entre elles mettaient en présence uniquement des athlètes en provenance des États-Unis. Ce qui prouve que pour gagner, il faut d’abord participer!

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