Avatar de Inconnu

Souvenirs d’antan

Ma mère a écrit ce poème le 25 février 1985. Elle a pris la peine d’ajouter qu’elle a connu ce qu’elle y raconte. Je n’en doute pas un instant, bien que je n’étais pas né à cette époque.

J’ai dormi la nuit sur une paillasse
Sentant bon les champs au temps des moissons,
Ce sont des souv’nirs que plus rien n’efface,
Qui nous charment un peu comme une chanson.

J’ai appris comment on doit traire les vaches,
Comment on sépare le lait de la crème,
Pour nous préparer la bonne « crème à glace »,
Et puis faire du beurre que tout le monde aime.

J’ai su travailler sans avoir d’évier,
Fallait des seaux d’eau et un bol à mains,
Des grandes cuvettes, une planche à laver
Et puis commencer plus tôt le matin.

J’ai connu le temps de la lampe à l’huile
Qui fait sur les murs d’étranges dessins,
Le bon poêle à bois, les planches sans tuiles,
Les chaises empaillées et l’armoire en pin.

J’ai connu les soirs sans « télévision »
Pas beaucoup de choses à faire pour nous amuser,
Rien qu’un vieux piano et « La Bonne Chanson »
Puis jouer aux cartes et tâcher d’gagner.

J’ai connu les jours de la Dépression,
On devait apprendre à se débrouiller,
L’argent était rare, pas la religion,
Et c’est peut-être ça, qui nous a sauvés.

Avatar de Inconnu

Une lettre

Celui-ci remonte au 5 juillet 1985. Ma mère est décédée en 1994, quand le World Wide Web est devenu grand public. Elle n’a pas connu l’existence du courriel qui nous unit aujourd’hui et qui a remplacé malheureusement la lettre dont elle parle. Par contre, ma femme est abonnée aux Lettres de Martha de l’écrivaine québécoise Marie Laberge. Aux deux semaines, elle reçoit cette lettre que Martha lui adresse; je la lis religieusement. Il paraît que nous sommes 42 000 à recevoir les lettres de cette grand-mère créée par Marie Laberge, dans une vraie enveloppe avec un vrai timbre et livrée par la poste.

Ce sont les mots de notre cœur
Que nos doigts tracent sur le papier,
Ces mots doivent être tout en douceur
Car nos pensées y sont enfermées.
Ça peut être des confidences
Allant vers des pays lointains,
Une communication en silence
Qu’on échange, ça fait du bien.

Une lettre, c’est un cadeau gratuit
Qu’on expédie à ceux qu’on aime,
L’absent nous manque et le temps fuit
On peut donc lui parler quand même.
Pas besoin de style recherché
Il faut de la simplicité avant tout
Un tout petit bout de papier
Apporte de la joie loin de nous.

Une lettre peut être surtout
Comme un ciment qui réunit
Les familles dispersées partout
Qui s’ennuient et même s’oublient.
Écrire c’est bon pour les jours de pluie
Et pour les jours de grand soleil,
Pour dire à ceux à qui ont écrit
Des mots tendres et doux comme le miel…

Avatar de Inconnu

Premiers jours à l’école (1911)

Je n’ai pas trouvé de date pour ce poème, mais je tiens pour acquis qu’il est de la même période que les autres. Je parierais aussi que nombre d’enfants, aujourd’hui, vivent des émotions semblables lors de leur première rentrée de classe… Mais de nos jours, ils sont beaucoup plus jeunes que les sept ans de ma mère, la norme à cette époque. J’ajoute qu’un jour, ma mère est elle-même devenue enseignante.

Je pense que l’on se souvient toujours
De notre première année en classe,
C’est comme pour nos premières amours,
D’en parler, jamais on ne se lasse.

Un jour, je partis très tôt, je crois
Avec plusieurs conseils de ma mère,
J’eus l’impression d’aller tout droit
Vers en endroit rempli de mystères.

Après une marche de près de deux milles
Je vis une toute petite école bleue
Et à côté, des garçons et des filles,
Qui m’invitèrent à me joindre à eux.

La maîtresse avec un beau sourire.
Nous dit ce que nous avions à faire
Et je compris que vite je saurais lire
C’était là, mon désir le plus cher.

Les yeux fixés sur le tableau noir
Je vis qu’il enseignait un langage
Qu’il fallait regarder pour bien voir
Et copier tous les mots sur nos pages.

J’appris des mots nouveaux, étonnants,
Des jeux amusants, drôles à la fois,
Je trouvais ça très intéressant
Je racontais tout rentrant chez moi.

Ces premiers jours furent le commencement
D’une série de livres, crayons, cahiers,
Qui nous aident à devenir savants
Pourvu qu’on continue d’étudier.

Avatar de Inconnu

La vie tout court

Ma mère disait à sa façon « Bye Bye » à une année qui se terminait. Celui-ci disait adieu à 1985 et elle l’a pondu le 28 décembre 1985. Mais chacun de nous pourrait l’écrire à la fin de chaque année. Elle y associe bonheur à la vitesse du temps; je comprends mieux pourquoi le temps passe si vite!

Aujourd’hui, c’est ce que l’on tient
Pour un instant, entre nos mains.
Hier, c’est le passé
Qui ne revient plus.
Aujourd’hui, c’est le rêve
L’aventure et l’espoir.
Hier, n’est jamais vraiment oublié,
C’est une partie de nous-même
Qu’on laisse derrière soi
Et qui nous suit toujours.
Aujourd’hui, c’est le nouveau
C’est une page blanche
Qu’il faut remplir bon gré, malgré
Et qu’on pourra relire tout haut.
Les heures s’écoulent une à la fois
Très lentement si on est malheureux
Mais très très vite si on est heureux
Car le bonheur est capricieux.
Notre aujourd’hui deviendra sous peu
Hier… que l’on regrette souvent
Et le temps qui nous rend vieux
Ne changera pas notre cœur d’enfant.
Aujourd’hui, impossible de le retenir,
Il va rejoindre « hier » dans nos souvenirs
Dans l’histoire de notre vie,
La vie tout court, la vie de tous les jours.

Avatar de Inconnu

L’âge d’or

Pour rester dans le même thème du vieillissement, voici ce que je crois être le premier poème que ma mère avait pondu, en août 1984, après notre conversation à l’hôpital. Elle avait eu 80 ans le 3 juillet précédent. Elle y fait référence à ses arrière-petits-enfants. Il m’arrive souvent de songer à elle et à mes quatre petits-enfants. Mon Dieu qu’elle les aurait adorés! Le titre, encore une fois, est le sien comme ce sera toujours le cas quand je vous en offrirai un. En passant, vous remarquerez qu’il s’agit d’un acrostiche à partir de ses prénom et nom.

C’est merveilleux avoir quatre-vingts ans!
Est-ce que l’on pense à ce qu’on a vraiment?
C’est en tout cas, avoir plus de sagesse,
Infiniment mieux, qu’avoir la richesse.
Les jours s’enfuient, les bons moments aussi,
Et l’on voit la famille qui s’agrandit,
Faire le compte des arrière-petits-enfants,
Il en arrive presqu’à tous les ans,
Les voir grandir, parler de leur avenir
Illumine nos plus précieux souvenirs.
Oublier nos peines, même nos cheveux blancs,
N’est-ce pas ainsi que l’on vieillit doucement?

Avatar de Inconnu

Quand est-ce qu’on devient vieux?

Ma mère a pondu ce poème le 28 février 1985. Réagissait-elle à mes commentaires de l’été précédent à l’effet qu’elle « ne vieillissait pas » mais qu’elle était « vieille » et qu’elle ne devait plus s’en faire? Ma mère a vécu jusqu’à 90 ans, en passant. Le titre est le sien.

Lorsque j’avais dix ans
Je pensais que c’était à vingt ans,
Mais rendu à vingt ans
Je me suis dit : prenons notre temps
Je veux avoir trente ans,
Il faut que je m’occupe des enfants.
Tiens! déjà quarante ans,
Comme le temps passe vite, c’est surprenant!
On devient vieux comment?
Je dois y penser de temps en temps,
Puis voilà, cinquante ans,
Je regarde tous mes petits-enfants
Et je les aime tant
Que j’oublie bientôt tous mes tourments.
Mon Dieu, j’ai soixante ans,
Je n’y avais pas pensé souvent,
J’ai plusieurs cheveux blancs
Allons-y pour soixante et dix ans.
Repose-toi grand-maman,…
Tu ne peux plus travailler maintenant.
Est-ce qu’on est vieux vraiment
Quand on a atteint quatre-vingt ans?