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Les villes où j’ai vécu : Sherbrooke (encore!)

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le huitième article de cette série… qui concerne Sherbrooke où il avait déjà vécu de 1959 à 1972 et où il s’est retrouvé pour y vivre à nouveau en 1976. Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu », sous la subdivision « Mes catégories ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Quand j’ai quitté Sherbrooke en 1972 pour travailler à Montréal, d’abord au magazine Actualité, puis au Comité organisateur des Jeux olympiques de Montréal (COJO 1976), je dois avouer que je n’avais pas vraiment quitté Sherbrooke. En effet, Céline y enseignait toujours au cégep et les enfants, Alain H. et Anne, y fréquentaient l’école. Et de mon côté, j’y revenais toutes les fins de semaine. J’étais un résident de Montréal cinq jours par semaine et un résident de Sherbrooke les fins de semaine.

Une couple de mois avant les Jeux olympiques de 1976, le gouvernement du Québec avait annoncé son intention de créer un Institut des sports, lequel devait s’établir physiquement au Centre Claude-Robillard, à Montréal, un complexe sportif construit spécialement à l’occasion des Jeux, et avoir pour mission de développer et promouvoir le sport d’élite. J’y avais soumis ma candidature comme directeur des communications, et, devinez quoi, j’ai obtenu le poste. Je devais entrer en fonction à l’automne 1976. Mais entretemps, mon ancien patron de La Tribune, Yvon Dubé, ainsi que mon ancien patron chez Power Corporation, John Rae, m’ont proposé de retourner à Sherbrooke à titre d’éditeur adjoint et de rédacteur en chef. Après y avoir réfléchi intensément pendant une couple de semaines, j’ai finalement décidé de rentrer à Sherbrooke, parce que le poste qu’on me proposait représentait un pas en avant dans ma carrière, et aussi (et beaucoup) parce que je me rapprochais de Céline et des enfants.

C’est quand même avec un certain pincement au cœur que j’ai fait connaître ma décision aux responsables de l’Institut des sports. J’étais passionné (et je le suis toujours) par les athlètes et les sports, particulièrement les athlètes et les sports olympiques. J’ai donc effectué ma rentrée à La Tribunepar la grande porte à la fin de septembre 1976, au moment précis où le journal quittait ses vieux locaux de la rue Dufferin (au centre-ville) pour se retrouver dans un édifice « flambant neuf » situé rue Roy, dans le quartier ouest, à proximité de l’Université.

J’ai compris quelques mois plus tard que j’avais pris la bonne décision. En effet, pour ceux et celles qui s’intéressent à la politique, vous vous rappellerez sans doute qu’il y avait eu des élections mémorables au Québec le 15 novembre 1976 et que le Parti Québécois de René Lévesque avait remporté une victoire historique sur le Parti libéral de Robert Bourassa. Et l’un des premiers gestes posés par le gouvernement péquiste aura consisté à abolir le « futur » Institut des sports pour donner la priorité non pas au sport d’élite, mais au sport de masse… ou sport pour tout le monde. Ce qui à mon point de vue constituait une erreur majeure et signifiait qu’on mettait les dames, les fers à cheval et le bridge au même niveau que l’athlétisme, la gymnastique, le cyclisme, etc. À mon avis, ce sont les Nadia Comaneci et les Greg Joy de ce monde qui incitent les jeunes à pratiquer le sport… et non pas le contraire. Si j’avais encore des doutes quant à ma décision de revenir à Sherbrooke, ils se sont tous envolés le jour où l’heure du glas a sonné pour l’Institut des sports.

Mon retour à Sherbrooke m’aura procuré de nombreuses satisfactions. L’un de mes premiers défis à relever aura été d’informatiser le journal. Cela peut paraître bien simple aujourd’hui, alors que l’ordinateur est devenu omniprésent dans nos vies. Mais à cette époque-là (ce n’est pas si loin que cela… 36 ans à peine), La Tribuneétait le premier journal quotidien au Québec (oui, oui, le premier au Québec) à relever le défi de l’automatisation. Aujourd’hui, tout le monde ou presque se promène avec des ordinateurs portables, des blocs-notes électroniques ou des téléphones intelligents, des appareils qu’on peut tenir dans la main et qui dépassent en capacité l’ordinateur principal que nous avions à l’époque. Cet ordinateur occupait une pièce entière d’environ quatre mètres par trois mètres, une pièce qu’il fallait climatiser de façon permanente pour éviter que l’ordinateur ne surchauffe. Et bien sûr, nous n’avions pas encore d’appareils-photo numériques, et nos premiers ordinateurs portables (les TRS 8, puis 16) ne pouvaient afficher à l’écran que huit ou 16 lignes. Et leur mémoire était limitée à une trentaine de lignes de texte. Pour transmettre un texte à distance, il fallait avoir un téléphone avec fil, enlever le couvercle du récepteur et relier manuellement les fils du téléphone à notre ordinateur. On en était à la préhistoire de l’informatique, mais le défi à relever était quand même passionnant.

Une autre grande satisfaction que j’ai éprouvée à mon retour à Sherbrooke est venue de l’équipe de « jeunes » cadres qui travaillaient sous ma direction. Je voudrais en mentionner trois en particulier, soit André Préfontaine, Pierre Francoeur et Guy Crevier. André Préfontaine, qui n’avait que 23 ans à mon retour à Sherbrooke, était déjà chef des nouvelles. Quelques mois plus tard, je l’ai promu au poste de directeur de l’information. Pierre Francoeur, qui a été embauché comme journaliste, est vite devenu chef des nouvelles. Et Guy Crevier, que j’avais rencontré par hasard alors qu’il vivait sur une ferme à Cookshire, a d’abord été embauché comme correspondant régional, avant d’obtenir un emploi à plein temps à Sherbrooke, puis d’accéder rapidement au poste de chef de pupitre.  Quelle équipe!!! Quelques années plus tard, André Préfontaine, après avoir occupé des postes de responsabilité à la Presse canadienne, tant à Montréal qu’à Toronto, et avoir agi comme éditeur de journaux à London et à Windsor pour le groupe Southam, est devenu président des Publications Transcontinental. Pierre Francoeur, quant à lui, a été chef des nouvelles et directeur de l’information au Journal de Montréal, avant de devenir le « grand patron » de tous les journaux du Groupe Quebecor. Et Guy Crevier, qui m’a suivi à Granby (cela fera l’objet d’un autre article), est devenu vice-président de l’information et des affaires publiques à TVA, puis président de TVA, avant de devenir (et je saute quelques étapes) président de La Presse,puis de tous les quotidiens appartenant à Power Corporation. Voici donc des cas où tous les élèves ont dépassé le maître!!! Ce qui a toujours été une grande satisfaction pour moi… et un objet de grande fierté aussi.

Mon patron de l’époque, tant à mon premier séjour à La Tribunequ’au second, m’avait un jour donné une grande leçon qui m’a bien servi tout le reste de ma vie. Après être devenu directeur de l’information vers la fin des années 60, je lui soulignais un jour que j’avais beaucoup trop de travail. Et il avait alors pris le temps de m’expliquer la différence entre un employé, ce que j’étais auparavant, et un patron, ce que j’étais devenu. « Maintenant que tu es un patron, tu essaies de faire ‘ta job de patron’ et de faire en même temps celle que tu faisais comme employé. C’est trop. Comme patron, au lieu de ‘faire les choses toi-même’ tu dois les ‘faire faire par d’autres’ et ces choses doivent être aussi bien faites que si tu les avais faites toi-même. » Dans le fond, il m’avait enseigné le grand principe de la délégation de pouvoir… une leçon qui m’a servi durant toute ma carrière… Et je lui en suis encore reconnaissant… et en me souvenant de lui, j’ai transmis cette leçon de vie à de nombreuses personnes qui ont œuvré au sein de mes équipes par la suite.

Après avoir connu pendant quatre années la vie trépidante de Montréal, et celle plus particulièrement du Comité organisateur des Jeux olympiques, je trouvais parfois que la vie était trop calme à La Tribune. Tout en faisant mon travail quotidien, je n’ai pas hésité à relever quelques autres défis au passage, dont celui de directeur des communications et chef de presse des Jeux du Québec, qui ont eu lieu à Sherbrooke à l’été 1977, les premiers après les Jeux Olympiques. Puis celui de conseiller spécial du vice-président de direction et chef de presse adjoint aux Jeux du Commonwealth à Edmonton à l’été 1978.

Puis au printemps 1979, quand mes patrons m’ont offert un nouveau défi, celui de devenir président du quotidien La Voix de l’Est et de la station radiophonique CHEF, j’étais prêt à transporter mes pénates à Granby (ce qui fera l’objet du prochain texte dans la série « les villes où j’ai vécu »).

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Les villes où j’ai vécu : Montréal (suite)

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le septième article de cette série… qui concerne Montréal où il avait déjà vécu le temps d’un emploi d’été en 1958… et où il s’est retrouvé pour y vivre en 1972. Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » du blogue, sous les « Grands thèmes ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Après 13 années à Sherbrooke pour y étudier à la Faculté de droit de l’université locale et pour compléter mon apprentissage à La Tribune, où j’ai gravi tous les échelons de la salle de rédaction, j’avais l’impression d’avoir fait le tour du jardin et me sentais prêt pour évoluer sous d’autres cieux. Comme je l’ai raconté dans un texte précédent, après avoir refusé plusieurs offres d’emploi pour évoluer au bureau régional de La Presse, ou au comité organisateur des célébrations du Centenaire de la Confédération canadienne ou même à titre de recherchiste au Parti libéral du Canada (une offre de mon ex-confrère de classe à l’université qui allait plus tard devenir un ami très cher, André Ouellet), j’accepte enfin le poste de rédacteur en chef du magazine L’Actualité à l’automne 1972. Cette aventure n’aura pas été particulièrement heureuse pour moi, parce qu’ayant pris les habitudes et le rythme d’un journal quotidien j’avais beaucoup de difficulté à m’adapter au contexte d’une publication mensuelle où il fallait planifier les textes des mois d’avance pour une publication qui avait une durée de vie de plusieurs semaines, voire de mois. Aucune comparaison avec un quotidien qui vit au jour le jour et qui permet de revenir sur une information dès le lendemain de sa publication, de la compléter, même de la corriger et de la réorienter le plus facilement du monde, ce qui est totalement impossible dans un mensuel.

J’ai toujours admiré Jean Paré, alors rédacteur en chef du magazine Maclean français pour sa capacité quasi incroyable à planifier des éditoriaux des semaines à l’avance et qui seraient encore fort à propos plusieurs semaines plus tard : un exploit qui n’était guère à ma portée. Après 18 mois au magazine, le seul véritable exploit, dont je suis encore fier aujourd’hui, 40 ans plus tard, est l’entrevue exclusive que j’avais obtenue de Paul Desmarais, le grand patron de Power Corporation. Cette entrevue, la seule qu’il n’ait jamais accordée jusqu’à ce moment à un média de langue française, a souvent servi de référence à plusieurs autres médias, particulièrement au sujet de sa position sur le phénomène de la concentration de la presse. Power, via ses filiales Gesca et Journaux Trans-Canada, était alors propriétaire de La Presse (Montréal), de La Tribune (Sherbrooke), du Nouvelliste (Trois-Rivières) et de La Voix de l’Est (Granby). Le Soleil (Québec), le Quotidien (Chicoutimi) et Le Droit (Ottawa) devaient joindre ce groupe plus tard.

Donc, après 18 mois au magazine, je reçois un appel de Rénald Savoie, alors directeur général adjoint des communications au Comité organisateur des Jeux olympiques de Montréal 1976 (COJO) qui m’explique qu’on est à restructurer toute la division des communications et qu’il désire me confier la direction de l’information. Ma décision a été prise en moins de temps qu’il ne faut pour la confirmer… J’en avais assez du magazine et de ses bureaux poussiéreux à l’angle des rues Hochelaga et Pie IX dans l’est de Montréal, à deux pas de ce qui allait devenir le parc Olympique.

Lors de ma première rencontre avec Rénald Savoie, je lui ai demandé pourquoi il m’avait choisi pour ce poste au COJO. Selon lui, la guerre était féroce entre les médias de Montréal et il craignait que si son directeur de l’information provenait de la Métropole, il risquait de favoriser un média au détriment des autres. Il m’avait dit que « son candidat idéal » avait fait son apprentissage des médias en région (comme Sherbrooke par exemple) et qu’il se trouvait probablement à la tête d’une publication mensuelle qui n’avait rien à voir avec les quotidiens ou les stations de radio et de télévision de Montréal… donc moi! Et voilà comment du jour au lendemain, je suis passé d’un magazine où je n’étais plus heureux à un endroit où j’allais connaître la plus belle expérience de ma vie. Nous étions en mars 1974, deux ans et demi avant l’ouverture officielle des Jeux qui allaient se dérouler du 17 juillet au 1er août 1976. À ceux qui me demandaient pourquoi j’avais accepté un poste temporaire et ce que j’allais devenir après les Jeux, je répondais immanquablement que c’était une question qui ne m’était jamais venue à l’esprit. Alors dans la mi-trentaine, je me trouvais bien jeune et deux années et demie en avant de moi me paraissaient une éternité.

L’expérience des Jeux aura été fantastique… de mon premier jour jusqu’à mon départ à la fin de l’été 1976. Imaginez le défi que nous avions à relever. À mon arrivée en mars 1974, le COJO comptait moins de 200 employés. En décembre 1974, nous étions passés à 450. En décembre 1975, à 900. En avril 1976, nous étions 1200 et en mai de la même année, 2000. En juillet, pour la tenue des Jeux, nous étions 22 000, et ce sans compter les milliers de militaires, d’agents de la Gendarmerie royale du Canada, de la Sureté du Québec, de la police provinciale de l’Ontario et de la police de Montréal chargés d’assurer la sécurité sur tous les sites de compétition et d’entraînement. Pendant bien des années, et encore parfois aujourd’hui, je rencontre des gens qui me disent avoir œuvré aux Jeux olympiques de Montréal eux aussi. Quand je ne les connais pas, je devine tout de suite qu’ils se sont joints à nous pour quelques semaines seulement ou peut-être quelques mois. En effet, jusqu’au moment où nous avons été 1200 employés ou moins, je les connaissais tous par leurs noms et leurs fonctions, à quelques exceptions près.

Tout au long de ce séjour au COJO, j’ai vécu des expériences fort enrichissantes. Par exemple, j’ai eu l’occasion de voyager, tant au Canada qu’à l’étranger. J’ai eu le privilège de séjourner trois semaines complètes en Iran – c’était encore l’époque où le Shah (famille Pahlavi) régnait sur le pays – pour assister aux 7es Jeux asiatiques (où la Chine participait à une compétition internationale pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale). Ce voyage avait été précédé d’un arrêt à Rome où se tenaient les Championnats du monde d’athlétisme. Plus tard, je me suis rendu à Vienne pour assister à une réunion du Comité international olympique, où le COJO devait soumettre un rapport d’étape relativement aux préparatifs des Jeux de Montréal. Par la suite, je me suis rendu en Europe de l’Est, dont la République démocratique allemande (Allemagne de l’Est) et la Yougoslavie pour y organiser des conférences de presse et informer les journalistes de ces pays sur « nos » Jeux. Arrêt à Paris au retour. Tout au long de mon aventure olympique, j’ai établi des contacts privilégiés avec toutes sortes d’organisation, dont le Comité organisateur des Jeux olympiques d’hiver de Lake Placid (1980) et celui des Jeux du Commonwealth à Edmonton (1978). J’ai eu le plaisir plus tard, directement à cause des contacts établis au COJO, de travailler comme chef de presse adjoint à Edmonton et comme consultant à Lake Placid. Tous ces voyages et toutes ces rencontres ont été marqués d’anecdotes qui pourraient faire partie d’autres textes à venir plus tard.

Au COJO, les journées de travail étaient longues, mais enthousiasmantes. Le défi à relever était de taille, préparer « les meilleurs Jeux olympiques de l’Histoire » et ils l’ont été! Bien sûr, les médias ont accordé beaucoup plus d’importance aux coûts et aux embûches concernant les constructions et les aménagements des lieux olympiques. Mais il faut bien retenir que le mandat du Comité organisateur était bel et bien d’organiser les Jeux. Le mandat de construire les installations (spécialement les nouvelles – comme le Stade, la piscine, le vélodrome, les centres Claude-Robillard et Etienne-Desmarteau, le village) était celui de la ville de Montréal (et non pas du COJO). Devant les difficultés rencontrées par Montréal dans la réalisation de son mandat, c’est le gouvernement du Québec qui est intervenu pour compléter le Parc olympique. Les Jeux de Montréal ont été un succès extraordinaire : des exploits sans précédent y ont été réalisés: pensons entre autres à Nadia Comaneci (gymnastique), Vasilii Alexiev (haltérophilie), Lasse Viren, 5000 et 10000 mètres, Cornelia Ender (natation), les frères Spinks et Sugar Ray Leonard (boxe), Bruce Jenner (décathlon), Greg Joy (saut en hauteur), Anton Tkac et Daniel Morelon (cyclisme), Alberto Juantorena (400 et 800 mètres), et combien d’autres. Plusieurs nouveaux records du monde ont été réalisés quotidiennement. Pendant toute la durée de mon séjour au COJO, je m’y suis fait des amis pour la vie… Nous avons même formé un groupe d’anciens du COJO qui porte le nom de Cojerie. Nous nous voyons régulièrement plusieurs fois par année depuis plus de 35 ans. Certains nous ont quittés pour un monde meilleur… mais ils continuent à être « présents » lors de toutes nos réunions. Je ne connais pas beaucoup de regroupements « informels » qui ont résisté aussi longtemps à l’usure du temps.

Assurément, le COJO aura été, peut-être à cause de la brièveté du mandat, mais aussi à cause de son intensité et de sa dimension planétaire, l’aventure professionnelle la plus exaltante de ma vie. Même après tout ce temps, les larmes me viennent encore aux yeux quand j’écoute la musique de la cérémonie d’ouverture, ce que je fais habituellement le 17 juillet de chaque année. Une expérience que je n’oublierai jamais et que relativement peu de gens ont eu le bonheur de vivre. (Je reviendrai plus tard sur le COJO et les Jeux de Montréal.)

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Un type de patron que tout rédacteur en chef rêve d’avoir

Après un silence de quelques – plusieurs??? – mois, j’ai repris la plume (ou l’ordinateur) pour commenter la retraite de mon « ami » Rémi Marcoux comme président exécutif du conseil d’administration de Transcontinental, l’entreprise qu’il avait créée – avec deux partenaires – en 1976, entreprise qui est aujourd’hui l’un des plus beaux fleurons du Québec et même du Canada. Voici donc une suite à ce premier texte.

par Alain Guilbert

Dans les deux récents textes qu’il a consacrés à Rémi Marcoux dans La Presse, le journaliste et chroniqueur Jean-Philippe Décarie a rendu un véritable hommage à Rémi Marcoux. À la fin de son second texte, Jean-Philippe écrit :

« J’ai eu le plaisir de rencontrer Rémi Marcoux, mercredi midi, la veille de sa dernière assemblée annuelle. C’était la première fois que je réalisais une entrevue avec lui. Malgré mes 15 années comme chroniqueur financier au Journal de Montréal, je n’avais jamais eu la chance de lui parler parce que mes patrons refusaient qu’on donne la parole à un concurrent. »

Je connais Jean-Philippe Décarie depuis fort longtemps, sans doute depuis ses débuts au Journal de Montréal. J’ai toujours eu beaucoup de respect pour lui et l’ai dès le départ considéré comme un « excellent » journaliste. Il a sûrement au cours des années contribué à donner de la crédibilité au quotidien de Quebecor en matière d’économie et de finance. On le sait, le Journal de Montréal était beaucoup plus connu pour ses intérêts à l’endroit des sports, des faits divers et des « vedettes ». Jean-Philippe a profité du récent et très long conflit de travail au Journal de Montréal, pour joindre l’équipe de La Presse qui l’a accueilli à bras ouverts.

Il lui fallait certainement une bonne dose de courage pour avouer publiquement et par écrit ce que nous (les gens du milieu de l’information) avions toujours soupçonné de la part des « patrons » de Quebecor, soit d’intervenir dans les contenus de l’information, entre autres en défendant à leurs journalistes de donner la parole aux concurrents.

Il est important pour moi d’attirer l’attention sur cet élément parce qu’au cours des nombreuses années où j’ai occupé des postes de direction dans plusieurs médias, jamais, au grand jamais, mes « grands » patrons ne m’ont donné de directives en ce sens. Je me souviens d’une anecdote qui implique Rémi Marcoux et qui m’a fait le respecter sans limites. Nous étions allés skier à Aspen, au Colorado, en compagnie de nos fils respectifs et d’un ami. Un matin, alors que nous terminions notre petit-déjeuner et que nous nous apprêtions à nous élancer sur les pentes enneigées, le téléphone sonne à notre condo (nous n’avions pas de cellulaire à cette époque). La conversation dure quelques minutes et Rémi semble un peu ennuyé d’avoir été « dérangé » en vacances. Je lui demande de quoi il s’agit et il m’explique que c’est un homme d’affaires bien connu (je tairai son nom par délicatesse) qui a appris que le journal Les Affaires (dont Transcontinental était propriétaire) se préparait à publier un article qui n’était pas très favorable à son entreprise. C’est plus fort que moi. Je lui dis : « Que vas-tu faire? ». Il me regarde dans les yeux et me répond qu’il va appeler Jean-Paul Gagné, le rédacteur en chef du journal Les Affaires, à l’heure du lunch. « Pourquoi attendre à midi pour faire l’appel? Et avec un sourire moqueur aux lèvres, il me répond : « À ce moment-ci, le journal n’est pas encore imprimé… mais à midi, il le sera… alors mon appel ne servira à rien du tout!!! »

À l’époque, j’assumais la direction des hebdos de la région de St-Hyacinthe et Rémi était mon patron « plus ou moins direct » parce qu’il faisait partie de la fiducie qui assurait la continuité de cette superbe entreprise après le décès de son propriétaire (Denis Chartier). C’est lui qui m’avait recruté pour ce poste. J’avais déjà beaucoup de respect et d’admiration pour Rémi à cette époque. Et quand l’année suivante il m’a proposé la présidence de la division des médias du Groupe Transcontinental (qui comptait alors environ 25 publications dont Les Affaires, Commerce, Affaires +, PME), je savais en acceptant le poste que jamais il ne ferait interférence dans le contenu des médias dont il me confiait la responsabilité. Le plus grand témoignage de confiance qu’on puisse faire à un responsable de média, c’est le respect de son indépendance.

Jean-Paul Gagné, qui a assumé le poste de rédacteur en chef et aussi d’éditeur du journal Les Affaires durant de très nombreuses années (et qui y collabore encore) me confiait la semaine dernière que jamais Rémi Marcoux n’était intervenu dans son travail. Et Dieu sait qu’à cause de ses nombreux contacts dans le milieu des affaires où il était un « joueur » important, il aurait été facile pour Rémi de tenter d’influencer le contenu du journal ou de demander des faveurs pour ses amis. Mais il était trop respectueux des personnes à qui il confiait des responsabilités pour tenter de les exercer à leur place. Jean-Paul Gagné m’a avoué qu’une seule fois au cours de toutes ces années Rémi l’avait appelé pour lui faire une « suggestion » d’article… et qu’il l’avait rappelé le lendemain pour annuler sa suggestion. Voilà un type de patron que tout rédacteur en chef rêve d’avoir.

Au cours de ma carrière journalistique qui s’est étirée sur plus de 40 ans, j’ai eu le privilège de travailler pour trois des quatre grands groupes de presse qui ont dominé le Québec depuis les années 60, soit Power Corporation (ses journaux sont aujourd’hui regroupés sous le nom de Gesca), Unimédia (dont les quotidiens ont depuis été acquis par Gesca) et Transcontinental. Je n’ai jamais œuvré au sein de Quebecor, même si j’y comptais quelques bons amis. On m’avait pourtant offert un poste de direction au milieu des années 80, mais j’avais poliment décliné. Après avoir pris connaissance de la phrase de Jean-Philippe Décarie dans sa chronique du 17 février parue dans La Presse, je crois sincèrement que je n’aurais pas été à l’aise chez Quebecor. J’aurais été incapable d’accepter de ne pas donner la parole aux concurrents de Quebecor cela n’a jamais été ma façon de fonctionner ni celle de mes grands patrons dans les journaux, que ce soit John Rae, Jacques Francoeur ou Rémi Marcoux. Je les en remercie sincèrement.

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Transcontinental : un succès québécois « pure laine »

Il y a un an environ, à ce temps-ci de l’année, j’avais commencé à écrire sur le blogue de mon ami Jean-Maurice Filion. La formule me convenait, car elle ne me créait aucune contrainte. Et après une trentaine de textes, quand l’été est arrivé, que les saumons ont commencé à remonter les rivières et que les terrains de golf ont retrouvé leurs couleurs vertes, j’ai interrompu temporairement mes contributions au blogue de Jean-Maurice, en me disant que je recommencerais à l’automne… Mais l’automne a passé… et presque tout l’hiver… sans que je ne remette la main à la pâte… Mais me revoici, au moins jusqu’à l’été… et peut-être davantage!!! Qui sait???

par Alain Guilbert

La semaine dernière, j’ai assisté à l’assemblée générale annuelle de la société Transcontinental à Montréal. Pourquoi? Parce qu’il s’agissait de la dernière assemblée annuelle de mon « ami » Rémi Marcoux à titre de président exécutif du conseil d’administration de l’entreprise qu’il a lui-même fondée il y a 35 ans (au début de 1976) avec deux très fidèles compagnons, Claude Dubois et André Kingsley. Rémi, comme tout le monde l’appelle familièrement, franchira le cap des 72 ans dans quelques mois et il a jugé que l’heure de la retraite avait sonné pour lui et qu’il était temps de remettre les guides de « son » entreprise à sa fille Isabelle, la nouvelle présidente du conseil d’administration, et à son gendre François Olivier, qui en est le président et chef de la direction depuis 2008. Ses deux autres enfants, Nathalie et Pierre, siègent aussi au conseil d’administration.

Rémi Marcoux, un Beauceron authentique, a fait ses premiers pas dans la Métropole au sein de Quebecor. Quand la direction de cette entreprise lui a refusé les actions qu’on lui avait promises, même s’il avait atteint les objectifs qu’on lui avait fixés, Rémi (avec ses deux partenaires) a décidé de créer sa propre entreprise et a fait l’acquisition d’une petite imprimerie en faillite, située à Ville St-Laurent, Transcontinental, qui se spécialisait dans l’impression des circulaires. Son premier « grand coup » s’est produit peu après alors que les grands quotidiens de Montréal et Québec, La Presse et Le Soleil, ont connu de très longues grèves. Ces conflits de travail ont eu un impact majeur sur les grands détaillants, particulièrement ceux du secteur de l’alimentation, qui distribuaient leurs circulaires hebdomadaires dans les journaux. Rémi a trouvé la solution au problème de ces grands détaillants. Non seulement il allait continuer à imprimer leurs circulaires, mais il allait également les distribuer de porte-à-porte en donnant naissance au Publisac, un outil de marketing très puissant qui domine encore le marché québécois, et qui a des tentacules dans plusieurs autres provinces (sous le nom Ad Bag).

Le grand coup suivant, Rémi l’a porté au début des années 80 quand le gouvernement du Québec a créé le Régime d’épargne-actions (RÉA), un instrument qui permettait aux entrepreneurs québécois d’obtenir des capitaux de risque pour favoriser leur développement et aux citoyens qui acquéraient ces actions de bénéficier de déductions fiscales en plus de faire des gains boursiers (dans la plupart des cas). Le RÉA a permis à de nombreuses entreprises de connaître du succès. Ces entreprises (plus de 200 au cours des trois premières années du régime) ont constitué ce qu’on appelait alors le Québec inc. C’est donc avec l’aide d’argent obtenu via le RÉA que Transcontinental a fait l’acquisition de l’imprimerie Chartier à St-Hyacinthe. Avec ses deux imprimeries, Transcontinental devient alors le Groupe Transcontinental… un petit groupe, direz-vous, mais un groupe qui n’a cessé de grandir depuis.

L’histoire de Transcontinental constitue un immense « success story » qui demanderait des centaines de pages pour lui rendre vraiment justice. Mentionnons simplement que d’acquisition en acquisition, particulièrement dans les secteurs des imprimeries et des publications (journaux et magazines), la « petite entreprise » qui avait réalisé trois millions de dollars en revenus à sa première année d’existence a atteint le milliard de dollars en revenus à la fin des années 1990 et les deux milliards à la fin de la première décennie des années 2000. Inutile de dire que le chemin parcouru par Rémi Marcoux depuis le moment où il a quitté St-Elzéar, son village natal en Beauce, et le moment où il a annoncé sa retraite (le 16 février) est tout à fait incroyable.

Et ce qui est remarquable chez Rémi Marcoux, ce n’est pas tant le chemin parcouru que sa volonté de réussir, de toujours aller plus loin. Rémi est un leader comme il s’en fait peu. Je dirais même qu’il est un modèle plutôt unique. Je le connais depuis bien des années, depuis le milieu des années 1970 quand il a fondé Transcontinental. Et je le fréquente encore aujourd’hui, pas aussi souvent qu’autrefois, mais à travers des voyages annuels de pêche au cours desquels les échanges et les confidences se multiplient lorsque nous ne sommes pas sur la rivière en train de « taquiner » les saumons. Mais je le connais aussi parce que j’ai eu le privilège de diriger la division des médias Transcontinental pendant près de cinq ans au milieu des années 1990 et, à ce titre, de faire partie du comité de gestion de l’entreprise. C’est au cours de ces années que j’ai vraiment appris à le connaître.

Il faut probablement avoir évolué dans son entourage immédiat pour comprendre vraiment ce qu’il est… un leader respectueux et aimé de ses employés (et de ses cadres), de ses clients, un « gagnant » sans compromis, un négociateur habile, un travailleur infatigable, guidé par une volonté de fer et ne déviant jamais de ses objectifs, un homme compréhensif, chaleureux, mais aussi très simple. Je ne connais personne qui ne se soit pas senti apprécié de lui, même après un contact de quelques instants à peine. Rémi est identique au travail comme dans la vie de tous les jours. J’ai travaillé pour lui et avec lui, j’ai fait beaucoup de ski avec lui et aussi beaucoup de pêche. Il demeure le même homme au travail et dans ses loisirs. Il fonce toujours droit devant… il veut toujours être le meilleur… il n’abandonne jamais… ne se laisse jamais rebuter par les difficultés… il apprécie ce que les autres font… et n’hésite pas à le reconnaître publiquement si les circonstances s’y prêtent. Il est généreux de son temps, de son argent et n’hésite jamais à venir en aide à ceux ou celles qui font appel à lui. Il est engagé à l’endroit de nombreux organismes, l’école des HEC (où il a étudié), Centraide Montréal et bien d’autres.

Il n’a pas toujours eu la vie facile malgré tous ses succès. À travers les années, il a connu des échecs aussi. Mais ces échecs ne l’ont jamais abattu. J’aurais tendance à croire qu’ils ne l’ont que rendu meilleur. Quand cela se produisait, il faisait un pas ou deux en arrière pour mieux repartir de l’avant. L’aventure de Transcontinental dans Disque Americ, alors qu’il croyait que tous les catalogues seraient un jour disponibles sur CD. Il n’avait pas prévu que tout cela se passerait plutôt sur l’Internet, où son groupe possède maintenant plus de 1 000 sites différents au profit de ses propriétés ou de ses clients. Il avait quand même compris que l’impression traditionnelle serait transformée par le numérique. Chef de file de l’imprimerie et des médias au Canada et bien établi dans presque toutes les provinces, il a tenté à quelques reprises de s’implanter aux États-Unis, mais chaque fois il a dû se replier vers le Canada en laissant sur la table plusieurs dollars. Après quelques années au Mexique, il a dû là aussi se replier « dans ses terres ». Autant il est facile d’assumer le succès, autant il est difficile d’assumer la défaite. Mais celui qui sait le faire en sort toujours grandi… et je crois sincèrement que c’est le cas de Rémi Marcoux.

Lors de la récente assemblée annuelle des actionnaires, les personnes qui remplissaient la salle au maximum de sa capacité lui ont réservé deux longues ovations debout… la première à la fin de sa prestation comme président exécutif du conseil d’administration et au moment où il transmettait les rênes de l’entreprise à sa fille… la deuxième à la fin de l’assemblée quand on a présenté une vidéo dans laquelle ses collaborateurs et les membres de sa famille lui rendaient hommage. Les deux fois, j’étais debout aussi… j’applaudissais… et j’avais les yeux mouillés… et la tête pleine de souvenirs. Rarement, de telles ovations n’avaient été autant méritées.

Le lendemain, Jean-Philippe Décarie écrivait dans La Presse qu’avec le départ à la retraite de Rémi Marcoux, c’était une page de l’histoire de Québec inc. qui était tournée. Il avait parfaitement raison. Et il terminait son texte en soulignant qu’en prenant sa retraite, Rémi Marcoux ne partait pas pour la Floride, comme bien d’autres l’auraient sans doute fait… Rémi se proposait plutôt de partir à travers les différentes provinces du Canada pour visiter toutes les unités de Transcontinental ainsi que rencontrer et remercier personnellement les 10 000 employés qui, tout un chacun à leur façon, ont contribué et contribuent encore à faire de Transcontinental un fleuron glorieux du Québec et du Canada tout entiers. Du vrai Rémi Marcoux!!!!

Et je parie un « p’tit » 2 $ que même à la retraite on le verra régulièrement à son bureau de la Place Ville-Marie, et que sa fille Isabelle pourra compter sur lui chaque fois qu’elle le souhaitera.

Salut Rémi… et on se revoit à la pêche bientôt!

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Les villes où j’ai vécu : Sherbrooke (suite)

(Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatives à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le sixième article de cette série. Cet article représente la suite d’un précédent texte. Vous les retrouverez tous  dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous les « Grands thèmes » de mon blogue. Bonne lecture.)

par Alain Guilbert

Dans un récent texte de la série « les villes où j’ai vécu », j’ai raconté mon arrivée à Sherbrooke à l’été 1959 pour y étudier le droit à l’université en plus d’y travailler au quotidien La Tribune.

Sherbrooke a été une ville très importante dans ma vie, celle de mes débuts professionnels, celle de ma rencontre avec Céline et de mon mariage, celle de la naissance de mes enfants et bien d’autre. Je pourrais probablement écrire un livre au complet en lien avec la « Reine des Cantons de l’Est », mais je me contenterai, du moins pour l’instant, de faire une suite à mon premier texte consacré à Sherbrooke.

Donc, j’ai rencontré Céline pour la première fois en 1961, mais il aura fallu deux autres années pour que nous « cliquions » vraiment ensemble. Notre véritable aventure a donc débuté le 25 juin 1963. Je me souviens de cette première rencontre comme si c’était hier (c’était pourtant il y a presque 50 ans). Nous étions (sa sœur Luce et son ami Claude Gamache, Céline et moi) allés au ciné-parc à Newport, dans l’état du Vermont. Les ciné-parcs étaient encore prohibés à cette époque au Canada. Sur la route du retour, nous avions fait escale au Ripplecove Inn à Ayers Cliff pour un « night cap ». Nous nous sommes fréquentés pendant deux années complètes à tous les jours, presque sans exception, jusqu’au jour de notre mariage le 10 juillet 1965.

Notre fils Alain est né à l’hôpital St-Vincent-de-Paul le 4 juillet 1967, l’année de l’Expo! Notre fille Anne, elle, est née deux ans et demi plus tard, le 28 novembre 1969, au Centre hospitalier universitaire (CHUS), qui venait à peine d’ouvrir ses portes.

Notre premier logement était situé sur la 8e Avenue Sud, dans le quartier est de Sherbrooke, un édifice qui appartenait à mes beaux-parents et dont ils occupaient eux-mêmes un logement. Quand les enfants sont nés, cela ne nous faisait pas très loin pour dénicher une gardienne, soit « grand maman » ou « tante Luce »! Mais avec deux enfants qui grandissaient rapidement, notre quatre pièces devenait de toute évidence trop étroit pour quatre personnes, et nous sommes déménagés dans un cinq pièces (c’est quand même 20 % de plus que quatre!) au Jardin des Sables, dans le quartier nord de Sherbrooke. Ce déménagement nous a permis d’élargir notre espace de vie, et il nous a aussi rapproché de l’école élémentaire Hélène-Boullé, qui était alors dirigée par Jean-Jacques Bégin, établissement reconnu comme la « meilleure » école primaire de toute la ville de Sherbrooke. Bien sûr, notre fils y a complété ses études élémentaires et notre fille y a fait ses quatre premières années, études qu’elle a poursuivies à Granby… sujet dont je traiterai dans un autre texte de la série « les villes où j’ai vécu ».

À la fin de l’année 1972, après moultes hésitations, j’ai finalement accepté un travail à Montréal à titre de rédacteur en chef du magazine L’Actualité. Il faut dire qu’au cours de mes 13 premières années à La Tribune (1959-1972), j’ai eu souvent des propositions pour aller travailler ailleurs. Mais de promotion en promotion, ainsi que d’augmentation de salaire en augmentation de salaire, je finissais toujours par « rester » à Sherbrooke. Il faut dire aussi que je me sentais bien à l’aide à La Tribune où j’avais grandi professionnellement en occupant tour à tour, ou simultanément dans certains cas, des postes de pupitreur, journaliste, chef des nouvelles, chef de l’information, directeur de l’information et directeur de la page éditoriale. Mais après toutes ces années, j’avais l’impression d’avoir fait « le tour du jardin  et j’avais aussi envie d’aller voir ailleurs de ce qui s’y passait. D’ailleurs, mon patron de l’époque, Yvon Dubé, qui avait accédé à la présidence du journal, m’avait souligné que son seul regret professionnel était de n’avoir jamais œuvré ailleurs qu’à La Tribune, ce qui lui aurait permis de découvrir d’autres façons de faire, quitte à revenir à Sherbrooke plus tard. Son message n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd.

L’offre du magazine L’Actualité était intéressante, tant au point de vue professionnel que financier. Lors de ma première rencontre avec le directeur de la publication, il m’avait montré mon « futur » bureau au sixième étage d’un édifice moderne situé angle Sherbrooke et De Lorimier à Montréal, l’édifice le plus élevé de ce secteur de la ville (du moins à cette époque). Mon bureau comptait deux murs en verre, ce qui me donnait une vue imprenable sur le fleuve St-Laurent et l’Île Ste-Hélène, de même que sur l’est de la Métropole. J’étais tombé « en amour » avec ce bureau… mais je devais connaître une grande déception quelques mois plus tard lorsque notre patron nous a annoncé que pour des raisons d’économie nous devions quitter cet édifice et déménager au deuxième étage d’un édifice plutôt vétuste angle Pie IX et Hochelaga, ce qui devait finalement s’avérer un véritable cauchemar (j’y reviendrai).

C’est à regret que j’ai quitté Sherbrooke, une ville que j’adorais vraiment au point de la considérer comme ma ville d’adoption, et une ville où, grâce à mes études et à mon travail, je me suis fait d’innombrables amis. Mes fonctions à La Tribune, particulièrement à partir du moment où je suis devenu un « petit boss », m’ont permis d’être associé directement ou indirectement à tout ce qui bougeait, non seulement à Sherbrooke mais aussi dans toute la région des Cantons de l’Est. Une façon pratique de rencontrer bien des gens.

La fin de l’année 1972 a signifié que j’arrivais à Montréal pour la deuxième fois de ma vie après y avoir passé l’été 1959. J’y reviendrai dans un prochain texte.

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L’homme qui aimait les chevaux (*)

par Alain Guilbert

Quand l’ex-maire de Cowansville et fondateur de la ville de Bromont, Roland Désourdy, ou « Monsieur Roland » comme tout le monde l’appelait familièrement, est décédé à la fin d’avril, La Presse lui a consacré un long article sous le titre « L’homme qui aimait les chevaux » (*).

Je ne raconterai pas sa longue vie (il était âgé de 93 ans au moment de son décès), ni ses nombreuses réalisations dans le monde des affaires, dont des grands travaux comme le (Stade olympique, les barrages à la Baie-James, l’Hôpital Charles-Lemoyne, etc.), ce qui a été largement fait par d’autres qui l’ont mieux connu que moi.

Mais je veux plutôt vous parler de cet « homme qui aimait les chevaux » au point d’être au centre de décisions que la plupart des gens ignorent, mais qui ont eu des retombées considérables non seulement pour la région Cowansville-Bromont-Granby, mais aussi pour tout le Québec.

Parlons d’abord des compétitions équestres des Jeux olympiques de Montréal qui ont eu lieu dans le site enchanteur de Bromont. À l’origine, le Comité organisateur des Jeux (Cojo) avait prévu présenter le concours d’obstacles à l’île Ste-Hélène et le concours de dressage à l’Autostade, le long de l’autoroute Bonaventure, là où on avait aménagé un vaste stationnement pendant l’Expo 67. Mais quand les experts techniques de la Fédération équestre internationale sont venus visiter les lieux proposés, ils les ont refusés. La raison: ils craignaient que le bruit de la circulation sur le pont Jacques-Cartier (au-dessus de l’île Ste-Hélène) et le long de l’autoroute Bonaventure « énerve » les chevaux au point de perturber les compétitions. Ils avaient sans doute raison.

Il a donc fallu trouver d’autres lieux. Le président de la Fédération équestre canadienne, George Jacobson, avait alors proposé le centre équestre dont il était le propriétaire à Hudson, en banlieue ouest de Montréal, et il était largement favori pour obtenir l’appui du Cojo et celui de la Fédération équestre internationale.

Mais c’était sans compter sans « Monsieur Roland » qui, lui, voulait plutôt que ces épreuves soient présentées à Bromont.

La Fédération équestre internationale, qui était alors présidée par le prince Philip, conjoint de Sa Majesté la reine Elizabeth, avait dépêché son directeur technique, le major Rourke, pour vérifier les deux nouveaux sites proposés et en recommander un pour la tenue des compétitions. Quand le major Rourke, un Britannique « pure laine », s’est présenté à Bromont en compagnie de représentants du Cojo, il a été accueilli par « Monsieur Roland » et son équipe. On avait complété le parcours préliminaire des obstacles à la dernière minute la veille. Il avait plu toute la nuit. Le parcours s’était partiellement dégradé à la suite de pluies abondantes. À un moment donné, « Monsieur Roland » et le major Rourke se sont retrouvés sur une élévation donnant directement sur le terrain de golf. Le major Rourke, scrupuleusement respectueux de toute parcelle de « terrain gazonné », comme le sont la plupart des Britanniques, a confié à son hôte que l’un de ses plus grands « fantasmes » était de faire galoper son cheval sur un terrain de golf, ce qui aurait presque constitué un « sacrilège » en Grande-Bretagne. « Monsieur Roland » n’était quand même pas pour laisser passer une occasion pareille, surtout qu’il était le propriétaire du terrain de golf… « Allons-y », a-t-il indiqué à son visiteur… et les deux hommes se sont élancés sur le terrain, lui aussi « ramolli » par la pluie, non sans que les sabots de leurs chevaux n’y laissent de profondes traces. À la fin de son parcours, le major Rourke riait comme un enfant à qui on vient de donner le jouet dont il rêvait depuis longtemps.

Et devinez quoi? Dans son rapport à la Fédération équestre internationale, le major Rourke a recommandé que les épreuves équestres de Jeux olympiques de 1976 soient présentées à Bromont… ce qui, on le sait maintenant, a été accepté. Quelques semaines plus tard, le président de la Fédération internationale, le prince Philip lui-même est à son tour venu visiter les lieux où il a aussi été accueilli par « Monsieur Roland ». Bien sûr, les deux sont montés à cheval (toute la famille royale est habituée aux chevaux) et l’hôte s’est vite fait un nouvel « ami » de son visiteur de marque, au point qu’il a hébergé la famille royale dans sa résidence pendant les Jeux olympiques l’année suivante. La famille royale s’était rendue à Bromont non seulement parce que le prince Philip était le président de la Fédération équestre, mais également parce que la princesse Anne, fille du prince et de la reine, participait aux concours équestres à titre d’athlète. Les « amis des chevaux » se lient souvent et facilement d’amitié entre eux.

Quelques années plus tard, l’amour des chevaux de « Monsieur Roland » a encore valu des retombées économiques très importantes à la région Cowansville-Bromont-Granby ainsi qu’à tout le Québec. La société IBM, l’une des plus importantes au monde à cette époque, voulait implanter une usine au Canada, plus particulièrement au Québec. Nombreuses étaient les villes qui désiraient accueillir cette future usine dans leurs murs. La présence d’IBM était non seulement prestigieuse, mais elle représentait aussi des investissements importants, des emplois de qualité et bien rémunérés, de même que des retombées pour de nombreux sous-traitants. Une véritable mine d’or.

« Monsieur Roland » voulait donc que la société IBM s’installe à Bromont, la ville qu’il avait créée quelques années plus tôt et qu’il avait fait connaître sur la scène internationale par les Jeux olympiques. Il avait appris que le président de cette entreprise qui avait son siège social (à l’époque) au Texas était aussi un « ami des chevaux » et un excellent cavalier. Une rencontre a été organisée entre les deux hommes dans le cadre d’une longue randonnée équestre dans un ranch du Texas. Et devinez quoi? Eh oui, « Monsieur Roland » est revenu à Bromont avec l’engagement d’IBM de s’installer dans cette jolie région des Cantons de l’Est avec tous les avantages qui devaient en découler pendant de très nombreuses années.

Ce ne sont là que deux anecdotes au sujet des « exploits » de « Monsieur Roland », mais si quelqu’un qui a eu l’occasion de le connaître de près s’en donnait la peine, il pourrait consacrer quelques volumes tant à son sujet qu’à ses multiples réalisations. De toute façon, son souvenir vivra encore bien longtemps après sa mort.

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De Vincent Lacroix à Ruth Ellen Brosseau…

par Alain Guilbert

Pendant plusieurs jours après que les résultats des élections fédérales ont été connus, les médias ont fait de nombreuses manchettes avec une nouvelle députée totalement inconnue, Ruth Ellen Brosseau. Pourquoi en a-t-on fait une vedette? Tout simplement parce que cette jeune femme était « invisible » depuis le tout début de la campagne électorale… et pire encore, depuis son élection (jusqu’à ce qu’elle se manifeste publiquement pour la première en fin de semaine).

Son histoire n’est pas banale… Ruth Ellen Brosseau habite Gatineau dans l’Outaouais. Elle travaille comme gérante adjointe au bar des étudiants de l’Université Carleton à Ottawa. Elle est anglophone, parlant quelque peu (à ce qu’on dit) le français. Elle a été candidate du Nouveau Parti démocratique dans la circonscription de Berthier-Maskinongé en Mauricie, une région à 98 % francophone. Elle n’a fait aucune présence visible dans « sa » circonscription de toute la campagne électorale. Elle n’y a été ni vue, ni entendue. Il n’y avait d’ailleurs aucune affiche avec son nom et sa photo. Même plus, elle a demandé un congé à son patron il y a quelques semaines, non pas pour mener une campagne électorale, mais pour aller en vacances à Las Vegas.

Ruth Ellen Brosseau était de toute évidence un « poteau » politique. Avant que les élections ne soient déclenchées, le Nouveau Parti démocratique ne comptait qu’un seul député au Québec (Thomas Mulcair), et il ne pouvait s’attendre au mieux qu’à en faire élire deux ou trois de plus. Mais un parti politique qui se veut « national » doit présenter des candidats dans toutes les circonscriptions du pays. Comme le NPD ne dispose d’aucune organisation digne de ce nom au Québec, il a fait appel à des militants ou à des bénévoles pour agir comme candidats dans plusieurs circonscriptions. C’est ce qu’on appelle des « poteaux ». Ces candidats savent très bien qu’ils n’ont aucune chance d’être élus, mais chacun des votes qu’ils reçoivent vaut 2 $ par année à leur parti. Il s’agit du financement public que Stephen Harper a l’intention d’abolir. Le Parti Vert, par exemple, qui n’a fait élire qu’un seul député dans tout le Canada, a quand même recueilli 576 221 votes, ce qui pourrait lui valoir plus de 1,1 million $ par année. Le NPD avec ses 4 508 474 votes recevrait un peu plus de 9 millions $ annuellement.

Revenons à madame Brosseau. Elle n’avait donc, tout comme de nombreux autres candidats du NPD, aucune chance d’être élue. Qu’elle fasse campagne électorale ou non, qu’elle sillonne sa circonscription en tous sens ou non, qu’elle s’en aille à Las Vegas ou non, cela devait ordinairement ne rien changer à l’issue du vote.

C’était cependant sans compter sur l’imprévisibilité des Québécois… Ceux-ci ne voulaient nettement pas des conservateurs de Stephen Harper et pas plus des libéraux à qui ils n’ont pas encore pardonné l’histoire des commandites. Normalement, les Québécois auraient accordé leurs votes au Bloc québécois, comme ils l’ont fait régulièrement depuis plusieurs élections. Mais, ce qu’on ne savait pas encore, c’est qu’ils en avaient aussi assez du Bloc. Et après le débat des chefs, où son sourire et sa canne lui ont valu beaucoup de sympathie, Jack Layton a commencé à attirer l’attention des Québécois. Son capital de sympathie a encore augmenté à la suite de son apparition à la très populaire émission télévisée « Tout le monde en parle ». Une vague « orange » a commencé à prendre forme. Elle a grossi, grossi et encore grossi… jusqu’à se transformer en un tsunami qui a complètement balayé le Québec. Un rêve que même le NPD considérait comme impossible s’est réalisé. Et c’est ainsi que des « poteaux » comme Ruth Ellen Brosseau sont devenus députés sans jamais l’avoir voulu. La seule différence entre madame Brosseau et ses collègues « poteaux », c’est qu’elle est demeurée la seule « invisible » avant les élections et plusieurs jours après… ce qui bien sûr a attiré l’attention des médias.

Certains lui ont reproché son « invisibilité »; d’autres, de ne pas parler français (notez bien qu’à ce moment personne ne l’avait encore entendu parler); d’autres, d’être allée à Las Vegas au lieu de faire campagne dans sa circonscription. Et ainsi de suite.

Mais si quelqu’un doit être blâmé dans cette histoire, ne croyez-vous pas que ce devrait être les électeurs de Berthier-Maskinongé? Ce sont eux qui ont voté pour une personne qu’ils ne connaissaient ni d’Ève, ni d’Adam, une personne qui n’avait jamais mis les pieds dans leur circonscription, une personne qu’ils n’avaient jamais même vue en photo. Ces gens ont voté « aveuglément », comme des moutons qui suivent un troupeau. Je comprends qu’au Québec, comme ailleurs au Canada, on vote souvent plus pour un chef de parti que pour un candidat dans une circonscription. Mais cela veut-il dire qu’on doit voter les yeux fermés? Il me semble que les électeurs doivent faire un minimum d’efforts pour s’informer au sujet des différents candidats qui désirent obtenir leur vote avant d’aller faire leur « X » dans l’isoloir. Si leur nouvelle députée venait à les décevoir à l’avenir, les électeurs de Berthier-Maskinongé (comme ceux de quelques autres circonscriptions qui ont vécu des situations similaires) n’auraient alors qu’eux-mêmes à blâmer. Heureusement pour la circonscription de Berthier-Maskinongé et aussi pour madame Brosseau, rien ne dit pour le moment qu’elle ne fera pas une excellente représentante de sa circonscription et de ses citoyens à la Chambre des communes. Après tout, elle ne sera pas la première (ni la dernière) élue à se présenter à Ottawa sans expérience préalable.

Je m’interroge aussi sur le rôle des médias dans cette histoire. En effet, la « non-visibilité » de Ruth Ellen Brosseau a été le quatrième sujet qui a occupé le plus d’espace dans nos médias la semaine dernière, après les élections elles-mêmes, la mort d’Oussama Ben Laden et les inondations en Montérégie. N’est-ce pas là faire vraiment preuve de démesure?

Ce genre de situation me fait aussi penser (jusqu’à un certain point) aux victimes de fraudeurs comme Vincent Lacroix et Earl Jones… Loin de moi l’idée de vouloir justifier de quelque façon les gestes de ces spécialistes de la fraude. S’emparer sans scrupule des économies de personnes qui ont souvent consacré une grande partie de leur vie à les réaliser demeure un crime très grave. Mais ce qui m’inquiète dans ces histoires, c’est qu’on ne s’interroge jamais sur le rôle des « victimes » dont certaines ont sans doute fait preuve de cupidité. Même si ces gens ont été victimes d’arnaques bien organisées, peut-on les dégager de toute responsabilité quand elles succombent à des promesses d’investissements qui pourraient leur rapporter 15, 20 ou même 25 % par année? Quand une chose est « trop belle pour être vraie », et qu’on y souscrit, peut-on ne prétendre avoir aucune responsabilité dans ce qui nous arrive par la suite? Que fait-on des règles élémentaires de prudence en matière de placements et d’investissements?

Encore une fois, c’est un domaine où les médias se rangent solidement derrière ceux et celles qu’ils identifient comme des « victimes », soit les personnes flouées par les Vincent Lacroix, Earl Jones et autres, ou soit les électeurs de Berthier-Maskinongé prétendument « floués » par l’absence de leur toute nouvelle députée. Pour un, j’estime que les torts ne sont pas toujours à 100 % d’un seul côté.

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Les villes où j’ai vécu : Sherbrooke

(Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatives à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le cinquième article de cette série. Vous les retrouverez par la suite dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous les « Grands thèmes » de mon blogue. Bonne lecture.)

par Alain Guilbert

Après avoir quitté la Congrégation de Ste-Croix au printemps de 1959, j’ai pris la décision de poursuivre des études en droit, ce qui représentait quand même mon second choix à la fin de mes études classiques. Normalement, j’aurais dû m’inscrire à l’Université de Montréal, avec laquelle était affilié le séminaire de St-Hyacinthe. Mais il me fallait absolument trouver un travail à temps plein (ou presque) si je voulais être en mesure de payer mes études et toutes les dépenses liées au fait qu’il me faudrait vivre à l’extérieur de ma ville natale.

C’est ainsi que je me suis retrouvé à l’Université de Sherbrooke à la suite d’un curieux concours de circonstances qui s’était produit alors que j’étais toujours aux études classiques. Des représentants du quotidien La Tribunede Sherbrooke étaient venus à Acton Vale pour recruter des abonnés et organiser un service de distribution par camelots. Ces agents du journal logeaient à l’hôtel Manoir, propriété de mon oncle Dardanelle (le frère de ma mère), à qui ils avaient demandé de suggérer quelqu’un pour superviser les nouveaux camelots, recueillir l’argent des abonnés et effectuer les dépôts bancaires. Mon oncle a suggéré le nom de son neveu, en l’occurrence moi.

Quand j’ai rencontré les représentants du journal, ils m’ont expliqué en quoi consistait le travail et m’ont aussi demandé si je pourrais à l’occasion rédiger des nouvelles en provenance d’Acton Vale pour le journal. Ils souhaitaient que les nouveaux lecteurs de
La Tribuneaient des nouvelles « locales » à se mettre sous la dent à l’occasion.

J’ai donc accepté la double responsabilité de m’occuper des camelots et d’agir comme correspondant du journal. Mais comme nous étions au début des vacances d’été, je me suis consciencieusement acquitté de ces tâches jusqu’à la rentrée scolaire de septembre. Je devais alors abandonner mon poste puisque je retournais au pensionnat. C’est ma mère qui a pris la relève. En 1959, elle remplissait toujours ces fonctions. Avec le temps, elle avait établi d’excellents contacts avec les responsables de La Tribune. En quittant le noviciat des Pères Sainte-Croix à la mi-mai, j’avais eu un emploi au bureau de Montréal du ministère des Ressources hydrauliques, et (comme je l’ai raconté dans un texte précédent) il semblait préférable que je me trouve un emploi ailleurs.

C’est alors que ma mère m’a suggéré d’aller à Sherbrooke où elle croyait possible d’obtenir une rencontre avec un dirigeant du journal. Et par un heureux hasard, je me suis présenté à Sherbrooke au moment même où quatre ou cinq journalistes avaient remis leur démission pour aller occuper de nouveaux postes au bureau que La Presse (de Montréal) venait d’ouvrir à Sherbrooke pour livrer « la guerre de l’information à La Tribune ». Ma mère avait demandé à rencontrer Me Paul Desruisseaux, le président et propriétaire du journal, mais celui-ci était à l’hôpital à la suite d’une crise qu’il avait faite en apprenant que son directeur de la rédaction et quelques-uns de ses journalistes le quittaient pour aller lui livrer concurrence à La Presse.

Nous avons (ma mère et moi) alors rencontré le directeur général de l’entreprise,
Wilfrid J. Steben, qui m’a embauché sur-le-champ, à la stupéfaction de celui qui devait devenir mon patron et qui venait tout juste d’être nommé directeur de la rédaction avec plein pouvoir pour embaucher le personnel de son choix, Yvon Dubé.

Inutile de dire que le « nouveau directeur de la rédaction » n’était pas particulièrement heureux de l’arrivée d’un « jeune nouveau » qu’il ne connaissait ni d’Ève, ni d’Adam, et qu’il n’avait surtout pas embauché lui-même. Heureusement, les choses n’ont pas mis de temps à se « tasser », et nous sommes par la suite devenus les meilleurs amis du monde. Il aura été un professeur exceptionnel pour moi, et je lui dois à peu près tout ce que j’ai appris dans le journalisme, et je lui en suis encore reconnaissant. J’ai d’ailleurs toujours gardé le contact avec lui, plus de 50 ans après avoir fait mes débuts sous sa tutelle.

J’ai vécu des heures inoubliables à Sherbrooke que j’ai appris à considérer comme « ma ville » puisque c’est là que j’y ai fait mes débuts professionnels, mais surtout que j’y ai rencontré Céline, celle qui devait devenir ma compagne de vie, que je m’y suis marié, que mes deux enfants, Alain et Anne, y sont nés.

Les premières années de mon séjour à Sherbrooke se sont surtout passées au centre-ville. À cette époque, l’Université en était encore à ses balbutiements et n’avait pas de campus structuré comme aujourd’hui. La faculté de droit, par exemple, était située dans l’ancien palais de justice, rue Wellington, à quelques pas de l’édifice La Tribune, lequel était situé au 221 rue Dufferin, sur les bords de la rivière Magog. Juste en face du journal se trouvait le Café des artistes (nom qui lui avait été donné en raison de la présence des stations de radio et de télévision dans la même bâtisse que le journal), un restaurant où j’ai pris d’innombrables repas, autant le matin que le midi ou le soir. Et un peu plus au nord, toujours sur la rue Dufferin, mais de l’autre côté de la rivière Magog, se trouvait l’hôtel Magog, que nous avions affectueusement surnommé « le Studio M », encore une fois à cause de la présence à proximité des studios de radio et de télévision. L’appellation « Studio M » était une sorte de code pour les employés de La Tribune, de CHLT et CKTS, ainsi que de Télé 7, pour dire qu’ils allaient prendre une bière sans que les « étrangers » ne s’en rendent compte. C’était aussi un lieu de rendez-vous pour les étudiants en droit (le débit de boisson le plus près de la faculté) et nous y avons disputé de très nombreux concours de « Colonel Pouf » et de « Bizoune », des jeux qui avaient pour objectif de nous faire consommer de la bière, parfois beaucoup de bière.

À la faculté de droit, les professeurs étaient tous des juges ou des avocats de pratique privée, ou même des notaires. Nos cours se donnaient dans le palais de justice entre 8 h et 10 h le matin ainsi qu’entre 16 h et 18 h, parce que les salles de tribunaux constituaient les salles de cours, et qu’entre 10 h et 16 h nous ne pouvions occuper ces locaux où siégeaient alors les différents tribunaux (Cour des sessions de la paix, Cour provinciale et Cour supérieure).

Ma première tâche au journal consistait à corriger les textes des journalistes et des correspondants, et à faire des titres sur les nouvelles secondaires (qu’on appelait bouche-trous). Je travaillais de 18 h (après mes cours) jusqu’à 1 h du matin. Je rentrais chez moi en taxi, puisqu’il n’y avait pas d’autobus après minuit, et je retournais aux cours le matin à 8 h. Je pouvais étudier entre 10 h et 16 h, ce qu’évidemment je ne faisais pas toujours.

La semaine de travail s’étendait sur six jours (ou six soirées) puisque le journal était publié six jours par semaine. Mon salaire initial était de 35 $ par semaine, avant impôts et autres déductions. J’avais « oublié » de demander quel était le salaire au moment de mon embauche.

Au bout de six mois, je suis devenu journaliste affecté aux tribunaux et aux faits divers (accidents, vols, incendies, meurtres, etc.). Ce travail me convenait parfaitement puisqu’il correspondait à mes études en droit (pour la partie des tribunaux). Et quant aux affaires criminelles et autres faits divers, les bureaux de la Sûreté du Québec étaient situés au sous-sol du palais de justice (toujours à deux pas du journal), alors que ceux de la police de Sherbrooke et du service des incendies se trouvaient sur la rue Marquette, à cinq minutes de marche du journal. Un environnement idéal.

Le premier endroit où j’ai habité à Sherbrooke était chez ma tante Evelyne, la sœur de ma mère, qui habitait avec son mari, mon oncle Gaspard, au 827 de la rue Short, pas très loin de la rue Belvédère. Je ne m’y sentais pas vraiment à l’aise parce que j’avais l’impression que cette chère tante se conduisait avec moi comme un préfet de discipline. Après mes sept années à St-Hyacinthe et la suivante à Ste-Geneviève, j’en avais assez des « préfets de discipline ». Après quelques semaines à peine chez ma tante Evelyne, j’ai loué une chambre dans une maison située à l’angle des rues Ball et Brooks, sous prétexte de me rapprocher de mon travail et de mes cours.

Là non plus, je ne suis pas resté longtemps. Là, comme chez ma tante, je n’avais pas l’impression d’être chez moi. Alors, avec un collègue de travail de La Tribune, nous avons loué un appartement rue King ouest, juste en haut de la grande côte, en face du monument dédié aux soldats inconnus. Et au bout de quelques mois, nous avons déménagé au 20 King est, une maison d’appartements plutôt modernes dont le rez-de-chaussée était occupé par un magasin de la Commission des liqueurs (aujourd’hui la Société des alcools). À chaque déménagement, j’étais convaincu (et c’était sans doute la réalité) d’améliorer mon sort. Après deux années et quatre logements différents à Sherbrooke, j’ai finalement aménagé en pleine rue Wellington, à deux pas de l’intersection King, au-dessus du célèbre restaurant Olivier, qui était l’un des rares endroits de la ville ouvert 24 heures sur 24. Je devais demeurer à cet endroit jusqu’à mon mariage avec Céline en juillet 1965… (à suivre)

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Les villes où j’ai vécu : Montréal

(Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatives à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le quatrième article de cette série. Vous les retrouverez par la suite dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous les «Grands thèmes » de mon blogue. Bonne lecture.)

par Alain Guilbert

Après avoir quitté le noviciat de la Congrégation de Sainte-Croix au printemps 1959, il me fallait bien décider ce que je voulais faire dans la vie. Après quelques semaines de réflexion, j’ai opté pour le droit, ce qui était parmi mes derniers choix à la fin de mes études classiques, avant de tenter l’expérience de la vie religieuse.

En principe, j’aurais dû m’inscrire à l’Université de Montréal, puisque le Séminaire de St-Hyacinthe y était affilié. Mais avant de penser à la rentrée universitaire en septembre, il me fallait un travail d’été pour m’aider à défrayer le coût des études à venir. Comme cela se faisait régulièrement à l’époque, j’ai frappé à la porte de notre député (le comté de Bagot). Il s’agissait de Daniel Johnson (le père), qui était alors ministre des Ressources hydrauliques dans le gouvernement de l’Union nationale. Celui-ci m’a déniché un emploi dans les bureaux de son ministère à Montréal, emploi qui devait se prolonger jusqu’au début de l’année scolaire. Et comme je ne désirais pas m’exiler à Montréal seul, il a aussi procuré du travail à mon ami d’enfance Réjean Guillet… et tous les deux, à peine âgés de 19 ans, nous nous sommes retrouvés dans la « grande ville » par un beau jour de juin. Nous avons d’abord localisé les bureaux du Ministère des Ressources hydrauliques, lesquels étaient situés rue Ste-Catherine, angle Berri, au 7eétage où se trouvait (et se trouve encore) le magasin Archambault, alors spécialisé en musique.

De là, nous sommes partis à la recherche d’un toit pour nous abriter du lundi au vendredi, parce que nous retournions dans nos familles respectives, à Acton Vale, toutes les fins de semaine. Nous avons finalement arrêté notre choix sur une chambre située rue St-Denis, à mi-chemin entre les rues Sherbrooke et Ontario. Si ma mémoire est bonne, le prix de la chambre était de 8 $ par semaine, que nous partagions moitié-moitié. Et son grand avantage était de se trouver à cinq minutes de marche à peine du lieu de notre travail.

Mais pour notre plus grand malheur, la rue St-Denis a été en réparation tout l’été (J’ai découvert plus tard qu’il y avait toujours des rues en réparation à Montréal). Les camions et autres appareils mécaniques soulevaient des nuages de poussière à la journée longue en plus de continuer leur bruit infernal jusque tard en soirée. Et pire encore, l’été 1959 aura probablement été l’un des plus chauds dont je puisse me souvenir. Vous imaginez le beau « mariage » entre la chaleur et la poussière.

Mais nous avons rapidement trouvé des trucs pour combattre la chaleur. Nous n’avons pas mis de temps pour découvrir deux tavernes extrêmement populaires, rue Ste-Catherine ouest, soit Chez Toe Blake (du nom de l’ex-joueur et instructeur du Canadiens) et le St-Régis. La bière en fût se vendait alors 10 cents le verre. Alors pour 1 $, pourboire inclus, on pouvait prendre deux « draughts » et un bon repas, genre spaghetti ou steak haché. On se rendait à l’un ou l’autre endroit en marchant, ou en autobus s’il pleuvait assez pour rendre la marche inconfortable. J’oubliais de dire que les deux tavernes en question étaient équipées d’air climatisé.

Le soir, après le travail, quand les Royaux de Montréal, l’équipe de baseball de calibre AAA et filiale des Dodgers de la Ligue nationale, jouaient à domicile, nous nous rendions au parc De Lorimier (angle Ste-Catherine et De Lorimier) pour admirer le spectacle de ces joueurs dont plusieurs se sont retrouvés plus tard dans les Ligues majeures (je me rappelle des Sandy Amoros, Tom Lasorda, Bob Lennon et quelques autres) en plus d’avoir le plaisir de passer la soirée en plein air. Nous achetions des billets de « bleachers » à 25 cents, et à mesure que le match se déroulait nous nous déplacions vers les sièges vides situés près du troisième but ou derrière le marbre. Un très bon spectacle à un prix très abordable. Au retour, nous marchions le long de la rue Ontario et nous arrêtions prendre une « draught » (ou deux), toujours à 10 cents le verre ou deux verres pour 25 cents, incluant le pourboire, dans une des nombreuses tavernes située le long de notre parcours. Notre choix s’arrêtait seulement sur les locaux avec air climatisé. Lorsqu’il n’y avait pas de baseball, nous allions faire un tour au parc Lafontaine, encore une fois à distance de marche de notre domicile, ou, si la chaleur était trop accablante, nous allions au cinéma St-Denis, tout juste à quelques pas d’où nous habitions. Je ne me souviens pas d’un seul des 10 ou 12 films que j’ai visionnés tout au cours de l’été. Ce dont je me souviens cependant, c’était que le cinéma était équipé avec l’air climatisé. C’est la seule raison qui nous y attirait. Nous y allions pour dormir à l’air frais! Même si notre chambre avait une fenêtre qui « donnait » sur la rue, la chaleur y était toujours accablante… et malgré notre jeunesse et notre bonne forme physique, cette chaleur rendait notre sommeil très difficile.

Voilà ce qu’a été mon premier vrai contact avec Montréal. J’ai eu le plaisir d’y demeurer à deux autres reprises, soit de 1972 à 1976, puis de 1987 à 1997, mais j’y reviendrai plus tard avec d’autres textes de la présente série des « villes où j’ai vécu ».

Pourquoi je ne suis pas allé à l’Université de Montréal pour y faire mes études de droit? Voici… puisque je n’avais pas suffisamment d’argent pour étudier à plein temps à l’Université, je devais me trouver un travail même durant mes études. Quand je suis allé voir mon député Daniel Johnson pour le remercier de m’avoir donné un emploi d’été à Montréal, il m’a dit que je pourrais occuper également cet emploi pendant l’année scolaire, mais il me suggérait fortement de trouver « autre chose » puisque s’il lui arrivait de ne plus occuper son poste de ministre, cela signifiait que je perdrais cet emploi dit « politique » et que je me retrouverais devant rien. J’ai suivi son conseil et j’ai trouvé un emploi à La Tribunede Sherbrooke… ce qui m’a amené à m’inscrire à l’Université de Sherbrooke plutôt qu’à l’Université de Montréal. Pour cette raison, quand j’ai terminé mon emploi d’été à Montréal, je suis retourné chez moi, à Acton Vale, pour une semaine… puis j’ai préparé mes bagages pour Sherbrooke où je suis arrivé à la fin d’août 1959 pour entreprendre (encore) une nouvelle vie.

Et j’ai toujours été éternellement reconnaissant à Daniel Johnson pour son conseil puisque l’année suivante, soit en 1960, l’Union nationale subissait une cuisante défaite aux mains de Jean Lesage et son équipe du Tonnerre. Ce qui veut dire que je me serais retrouvé « Gros Jean comme devant » si j’avais misé sur l’emploi du ministère des Ressources hydrauliques… Et pire encore, je ne me serais sans doute jamais retrouvé à Sherbrooke, sûrement l’une des plus belles (dans tous les sens du mot) villes du Québec. Je vous en reparle dans mon prochain billet.

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La nécrologie nous réserve (parfois) de mauvaises surprises

par Alain Guilbert

Depuis quelques années, je vérifie systématiquement les pages nécrologiques dans les différents journaux que je lis. Pourquoi? Parce qu’à mon âge, il m’arrive régulièrement d’y trouver les noms (et les photos) de personnes que je connais. Parfois, ce sont des nouvelles auxquelles je m’attendais… Parfois, ce sont des surprises, je dirais même de très mauvaises surprises.

Cette semaine, par exemple, en consultant la liste des décès dans La Presse, j’ai été totalement stupéfié en y apercevant la photo et le nom d’un ami de très longue date, Charles Meunier.

J’ai rencontré Charles pour la première fois de ma vie en 1974 alors que j’occupais le poste de directeur de l’information au Comité organisateur des Jeux olympiques (COJO) de Montréal 1976. Je devais procéder à la réorganisation du service d’information et j’étais à la recherche de candidats possibles pour intégrer mon équipe. J’avais reçu de nombreux curriculum vitae provenant de personnes qui, sans être particulièrement spécialisées dans les disciplines olympiques, exprimaient leur intérêt de participer à cette merveilleuse aventure que sont les Jeux. L’un des CV qui avait plus spécialement attiré mon attention était celui de Charles Meunier que je ne connaissais « ni d’Ève, ni d’Adam ».

Je le convoque donc en entrevue et je passe au moins une heure à l’interroger sur ses expériences précédentes, sur ses réalisations, sur ses objectifs. La routine, quoi! Et je suis fortement impressionné par ce qui m’apparaît être un communicateur de grande classe. Il correspond parfaitement au profil des personnes avec qui j’ai envie de travailler. Je lui exprime donc mon intérêt à l’embaucher dans les meilleurs délais et lui, de son côté, me semble très enthousiaste à l’idée de se joindre à mon équipe.

Il y a toutefois un hic… Pour ceux qui se souviennent des Jeux de Munich en 1972, vous savez que cet événement grandiose avait été assombri par un attentat terroriste dirigé contre les athlètes israéliens. Cette tragédie avait amené les responsables du Comité organisateur de Montréal, de même que les autorités politiques canadiennes, à mettre en place un dispositif de sécurité sans précédent pour assurer la sécurité des athlètes et autres invités des Jeux de Montréal. Un Comité de sécurité, dirigé par un officier supérieur de la police de Montréal, Guy Toupin, et comptant dans ses rangs des représentants non seulement de la police de Montréal, mais aussi de la Gendarmerie royale du Canada et de la Sûreté du Québec, avait été mis en place. Les forces armées canadiennes avaient aussi été mises à contribution dans cette opération.

Nous avions été bien prévenus que le dossier de toute personne que nous souhaitions embaucher au COJO devait être soumis à ce comité pour approbation. On nous avait dit clairement qu’il fallait un délai d’une semaine à ce comité pour vérifier le passé d’un candidat à un emploi, et de ne procéder à aucune embauche avant l’expiration de ce délai. Si nous n’avions rien entendu ou reçu de la part de la Sécurité après une semaine, cela signifiait que notre candidat était accepté automatiquement et que nous pouvions retenir ses services.

Donc, 10 jours après avoir soumis le dossier de Charles Meunier au Service de sécurité et n’ayant reçu aucune nouvelle de sa part, j’appelle mon candidat et lui dit qu’il a obtenu l’emploi convoité, ce que je lui confirme formellement dans une lettre qui précise sa date d’entrée de même que ses conditions de travail monétaires et autres. Je suis heureux… Il est heureux… Sauf que trois jours après lui avoir posté la lettre confirmant son emploi, je suis convoqué au Service de sécurité qui me dit que je ne peux embaucher Charles Meunier. Évidemment, je veux savoir pourquoi, surtout que le délai d’une semaine est expiré depuis longtemps, et on me dit qu’il compte parmi ses amis des felquistes connus comme Pierre Vallières et Jacques Larue-Langlois.

Je suis extrêmement déçu de cette décision que je tente de faire renverser, mais en vain, J’ai beau dire qu’être l’ami d’un felquiste ne fait pas de lui un felquiste… et autres arguments du genre, mais je reçois un NON catégorique. Il ne me reste plus qu’à prévenir Charles de cette décision hors de mon contrôle. Je prends mon courage à deux mains et je l’appelle. Bien sûr, il est révolté de la décision du Service de sécurité. Il menace de dévoiler toute cette histoire sur la place publique (c’est-à-dire dans les médias) et même d’intenter des poursuites contre le COJO. Je demeure calme et lui dit que je suis aussi frustré qu’il peut l’être lui-même. Je lui dis qu’il peut faire appel aux médias, ce qui lui vaudra un jour ou deux de « gloire » et qu’il peut intenter une poursuite judiciaire qu’il gagnera sans doute, mais qui ne lui donnera pas d’emploi pour autant et qui pourrait même lui fermer la porte d’autres employeurs potentiels. J’ajoute que si je ne peux l’embaucher à plein temps je pourrai sans problème lui confier des mandats à la pige (ce que m’avait confirmé le Service de sécurité) et qu’on pourrait ainsi transformer une situation « perdante » en une situation « quasi gagnante », ce qu’il finit par accepter.

Et c’est comme cela que nous avons commencé à travailler ensemble… et que nous sommes devenus amis. Bien sûr, il n’a pas fait autant d’argent que s’il avait été un employé à plein temps du COJO, mais je lui ai confié plusieurs mandats passablement lucratifs. Et plusieurs années après les Jeux olympiques, quand j’ai créé une division de relations publiques au sein du Groupe Everest, et que je n’avais pas de rédacteurs à plein temps à mon service, j’ai repris contact avec lui et j’ai continué à lui confier de nombreux mandats.

Il était un communicateur exceptionnel, l’un des meilleurs que j’aie rencontrés au cours de ma longue carrière dans les médias et dans les communications. Il maîtrisait la langue française à la perfection. Il écrivait merveilleusement bien, sans jamais commettre de fautes. Il était parfois lent à remettre ses textes… mais j’avais trouvé un truc pour bien paraître auprès de mes clients. Si je lui confiais un mandat de rédaction le premier du mois et que j’avais besoin de ses textes le 20 du mois, je lui disais que mon heure de tombée était le 10 du mois. Bien sûr, les textes n’étaient jamais terminés pour le 10 du mois, mais en lui poussant un peu dans le dos avec des appels téléphoniques quotidiens, j’avais toujours mes textes pour la date désirée. Je ne lui ai jamais avoué que mes délais étaient plus étendus que ceux que je lui donnais.

Au cours des années, nous nous sommes toujours revus avec plaisir. Il a dirigé les communications de nombreuses organisations dans les domaines de la culture et de la santé, et s’en est toujours très bien tiré. Il faisait partie de cette « race » de communicateurs qui sont de plus en plus difficiles à trouver. Depuis quelques années, soit depuis le moment de ma retraite, j’ai été moins en contact avec lui, mais je pensais souvent à lui. Je ne savais pas qu’il était malade… voilà pourquoi j’ai été tellement stupéfié d’apprendre son décès dans les pages de La Presse. Cher Charles, des « comme toi », il n’y en pas beaucoup. Tu nous manqueras!