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Les cultivateurs réclament du bilinguisme

Dans l’édition du journal Le Carillon du 8 décembre 1966, un article titre « L’U.C.F.O. réclame du bilinguisme dans la région ». En effet, lors de leur congrès à Rockland, les membres de l’Union des cultivateurs franco-ontariens avaient invoqué « le droit qu’à la cultivateur d’être servi dans sa propre langue, c’est-à-dire que les agronomes, les inspecteurs et tous les autres employés du ministère de l’Agriculture devraient être bilingues, surtout dans les comtés de l’Est de l’Ontario ». Un certain Roger Lalonde, de
St-Pascal-Baylon, affirmait même qu’il « fallait s’infiltrer dans les affaires franco-ontariennes sans être séparatistes ou fanatiques ». Le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) faisait alors parler de lui au Québec.

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En page 8 du journal Le Carillon du 15 décembre 1966, une nouveauté osée. L’hôtel York de Calumet (je vous avais dit qu’il y avait des hôtels partout) annonce que « Susie jolie danseuse exotique » sera en spectacle les 17 et 18 décembre. Rien de nouveau avec ça, sauf que l’annonce du journal montre Susie… nue… la jambe gauche allongée et la droite pliée au genou… elle n’est couverte que par un long boa de fourrure. Voilà pour l’époque. L’annonce ne dit pas si c’était un cadeau des fêtes de « Pit » Proulx, le proprio du York!

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À la une de l’édition du 29 décembre 1966, un article pour rappeler aux gens de ne pas paniquer autour de minuit le 31 décembre. Les cloches des églises de Hawkesbury sonneront et on entendra une salve de 100 coups de canon. Dix minutes plus tard, le bruit se sera calmé et l’année du centenaire de la Confédération canadienne sera lancée. De nombreuses autres activités se dérouleront tout au long de l’année à Hawkesbury comme partout ailleurs au pays. Le point culminant sera bien sûr l’Expo 67. J’ai encore mon passeport de presse pour l’Expo… un souvenir que je conserve précieusement.

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Le progrès arrive à Alexandria

L’édition du journal Le Carillon du 24 novembre 1966 nous apprend qu’on installera des
« Téléphones à cadran à Glen Robertson et à Alexandria ». Wow! Le progrès arrive.

« Depuis le 12 novembre 1895, les résidents d’Alexandria et de Glen Robertson étaient desservis au moyen du système de téléphone par téléphoniste. Cependant, à compter du 20 novembre dernier, les citoyens de ces mêmes endroits se servent maintenant du téléphone à cadran. (…) Jusqu’à dimanche dernier, une vingtaine de filles et de femmes assuraient le service téléphonique aux quelque 1400 abonnés d’Alexandria et de Glen Robertson. »

Le mot « cellulaire » n’existait pas encore. En peu de temps, les téléphones à cadran allaient apparaître partout dans les régions rurales des villages voisins. La nouvelle me rappelle des souvenirs personnels; la plus jeune sœur de ma mère était responsable d’un groupe de téléphonistes de Bell à Montréal. Elle aussi, éventuellement, allait être victime de la modernisation et allait se transformer en secrétaire (je ne me souviens plus si c’était juridique ou médicale). Elle vit toujours cette tante… avec sa fille en Suisse.

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Un entrefilet banal dans le journal Le Carillon du 1er décembre 1966. Le premier ministre progressiste-conservateur John Robarts venait d’annoncer que le ministre et député du comté de Prescott, Louis-P. Cécile, avait remis sa démission et qu’il ne solliciterait pas un autre mandat lors des prochaines élections en Ontario. Selon la rumeur, il serait nommé juge de la cour provinciale à la fin de son mandat. C’est ce qui se concrétiserait quelques mois plus tard. Âgé de 61 ans, M. Cécile avait été élu en 1948 et était devenu ministre sans portefeuille trois mois après son élection. Peu de temps après, il était nommé ministre du Tourisme et de l’Information et en 1955, il a été nommé ministre du Bien-être.

Ça aussi me rappelle des souvenirs. Son fils, Pierre, était un copain de séminaire. Il arrivait que nous revenions chez nous pour des vacances dans la limousine de son père, conduite par son chauffeur. Lors d’une réception organisée pour souligner le départ à la retraite politique de Louis-P. Cécile, le premier ministre Robarts s’était déplacé à Hawkesbury pour l’occasion. Pierre était là pour son père et moi, comme journaliste. Pierre et moi nous tenions ensemble et, par la force des choses, son père était près de nous. Si bien, qu’à un certain moment, Robarts a entrepris une conversation avec moi. Je dois préciser que j’avais énormément de respect et d’admiration pour cet homme et ce premier ministre. Pendant une conversation entre lui et moi, je lui avais demandé s’il n’en avait pas assez de ces réceptions et d’avoir toujours un verre à la main. Il m’avait répondu – je n’oublierai jamais la réponse – que ce n’était pas un problème parce qu’il ne buvait réellement pas; il portait le verre aux lèvres, mais aucun liquide n’en sortait. J’ai utilisé la technique plus tard à maintes reprises quand mon « devoir » de journaliste devait passer en premier. Tristement, Robarts, plus tard dans sa vie, s’est suicidé peu de temps après avoir appris qu’il était atteint du cancer.

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Une société méconnue… et souvent mal aimée

par Alain Guilbert

Il y a quelques jours, on a célébré un anniversaire qui est probablement passé inaperçu aux yeux d’une majorité de Canadiens. En effet, c’est le 14 avril 1981 (il y a donc 30 ans exactement) que le ministère des Postes du Canada a été transformé en société d’État, soit la Société canadienne des postes, ou plus familièrement Postes Canada.

À l’époque, le changement avait causé de nombreux grincements de dents au sein de la population parce que le prix d’un timbre courant (celui utilisé pour poster une lettre ordinaire) passait instantanément de 17 cents à 30 cents. Depuis des années, le ministère des Postes encaissait des pertes annuelles d’un demi-milliard de dollars ou plus. Le mandat de la nouvelle société d’État consistait à se réorganiser sous le modèle d’une entreprise efficace, d’opérer sans subventions gouvernementales, et idéalement de dégager des profits, de payer des impôts et même de verser un dividende à son actionnaire unique, le gouvernement du Canada.

À cette époque, les relations du travail entre le gouvernement et ses employés du secteur postal étaient au pire. Les grèves s’enchaînaient presque automatiquement tous les deux ou trois ans. Il fallait être visionnaire pour croire que ce secteur pouvait être transformé en une entreprise profitable. L’un de ces visionnaires était André Ouellet, un ex-ministre des Postes qui est devenu le premier ministre responsable de la nouvelle société. À la fin des années 1990, il en est aussi devenu le président du conseil d’administration, puis le président et le chef de la direction.

Trente ans plus tard, on peut dire qu’André Ouellet et ses collègues ont largement gagné leur pari. Dans son rapport annuel de 2009 (le dernier disponible sur son site Internet – le prochain devant être publié dans quelques semaines), Postes Canada déclare un profit pour une quinzième année consécutive malgré un contexte économique difficile. Ses revenus pour cette année-là ont atteint 7,3 milliards $, en baisse de 421 millions $ sur l’année précédente, mais ses dépenses avaient aussi diminué de 639 millions $, ce qui lui a permis de réaliser un bénéfice avant impôts de 379 millions $ et un bénéfice net de 281 millions $. On est bien loin des déficits d’autrefois… et en plus le service postal n’a pas connu de grève depuis bientôt 14 ans.

Pourquoi je vous parle aujourd’hui de Postes Canada? Parce que j’y ai œuvré pendant presque huit années (1997 à 2005) à titre de vice-président, Communications, et parce que j’ai adoré chaque jour (à peu de choses près) où j’y ai été. Dans les années précédant mon entrée au sein de la société d’État, j’avais à plusieurs reprises critiqué ouvertement et publiquement Postes Canada pour toutes sortes de raisons, particulièrement pour la distribution des publications, un secteur auquel j’ai consacré une grande partie de ma carrière. Je dois bien avouer aujourd’hui que mes critiques n’étaient pas toujours bien fondées, pour la bonne et simple raison que je ne connaissais pas très bien Postes Canada.

Ce n’est qu’une fois à l’intérieur de l’entreprise que j’ai appris à vraiment la connaître, et surtout à l’apprécier. Qu’on pense seulement à l’immense défi quotidien que relève Postes Canada, celui de distribuer annuellement près de 11 milliards de pièces de courrier et de colis à pas moins de 15 millions d’adresses résidentielles et commerciales. Et sans oublier que le Canada est le deuxième plus grand pays au monde en surface, que non seulement le courrier doit être livré à Montréal, Toronto et Vancouver, mais aussi à Iqaluit, Fort McMurray, Kujjuak et des milliers d’autres. Dans de nombreux endroits, il n’y a même pas de routes pour s’y rendre. Pourtant, le courrier y arrive régulièrement. Nombreux sont ceux qui disent que la poste est un mode « lent » de distribution, mais elle n’en est pas moins efficace. L’un des objectifs de Postes Canada est de livrer le courrier en deux jours dans la même ville, trois jours dans la même province et quatre jours d’une province à une autre. Cet objectif est atteint régulièrement… et pour l’atteindre, il faut que 80 % du courrier soit livré avec un jour en moins que l’objectif, c’est-à-dire un jour de délai dans la même ville, deux jours dans la même province et trois jours d’une province à l’autre. Mais peu de personnes reconnaissent cette efficacité. Un ami personnel, qui était à l’époque vice-président principal, Opérations, à Postes Canada, m’avait dit que s’il avait à distribuer le courrier en Suisse, par exemple (un pays à peine plus grand que notre main!), il pourrait le faire deux fois par jour avec une main attachée dans le dos. Bien sûr, il ne voulait que souligner l’immensité de notre pays et le peu de densité de population sur plus de 80 % de notre territoire.

Je vous raconte une expérience vécue à plusieurs reprises. Lorsque je travaillais à Postes Canada, j’allais chez le parodontiste toutes les 10 semaines, habituellement le mercredi à l’heure du midi. À la fin de mon traitement, la réceptionniste remplissait mon formulaire d’assurances et le transmettait à la compagnie d’assurances par télécopieur ou par Internet. Le vendredi midi, je recevais mon chèque de remboursement à la maison. Quand je disais cela à un ami, je lui demandais ce que cela signifiait pour lui. On me répondait invariablement que la compagnie d’assurances était « vite sur ses patins ». J’ajoutais alors que oui, la compagnie d’assurances était rapide, mais que Postes Canada l’était également. En supposant que la compagnie d’assurances mettait un jour à conclure la transaction, Postes Canada complétait la livraison en un jour aussi. Mais jamais personne ne m’a mentionné ce côté de la médaille.

Au cours de mes années à Postes Canada, j’ai eu l’occasion, par la nature de mon travail, de voyager à travers tout le pays. Partout, j’ai rencontré des employés de Postes Canada, des facteurs, des employés de centres de traitement, des superviseurs, des gestionnaires, des comptables, des avocats et bien d’autres. Toujours, et cela sans exception, j’ai trouvé parmi eux des personnes extraordinaires, dévouées et engagées à bien servir leurs clients, les citoyens du Canada. Bien sûr, ils ne sont pas tous parfaits. Un certain nombre d’entre eux ne performent pas à la hauteur des attentes, mais il n’y en a plus à Postes Canada qu’il n’y en a dans toutes les autres entreprises, dans tous les autres métiers ou professions.

Il se trouve bien des gens pour penser que Postes Canada serait plus efficace si cette entreprise était privatisée. Ces personnes ne croient pas à l’efficacité de l’entreprise dite
« publique ». Il est possible, voire probable, que l’entreprise privée puisse efficacement distribuer le courrier dans les grandes villes où les adresses à desservir sont nombreuses. Mais cela équivaudrait quasiment à abandonner les citoyens qui vivent dans les villages et les zones rurales. C’est une décision politique qui déterminera l’avenir de Postes Canada… et je doute fort qu’un parti politique ose sacrifier une partie de la population et la priver d’un service qui répond très bien à ses besoins… et qui permet à plus de 70 000 personnes d’y gagner très honorablement leur vie.

Avant de penser à la privatisation, on pourrait encore faire des économies en ne distribuant le courrier qu’aux deux jours aux adresses résidentielles. Personne n’en mourrait… tout comme personne n’en est mort quand on a cessé de distribuer le courrier le samedi au milieu des années 80. (À cause des pressions syndicales, la poste des États-Unis distribue encore le courrier le samedi. Je n’y vois aucun avantage pour les citoyens.) On pourrait également augmenter les boîtes postales communautaires dans les quartiers résidentiels des villes plutôt que de livrer de porte-à-porte. Encore là, on ferait des économies intéressantes sans priver personne d’un service que je considère encore comme essentiel.

Bon 30e anniversaire à Postes Canada… et que cette entreprise « publique » puisse poursuivre son œuvre encore longtemps. C’est une entreprise qu’on aime bien quand on la connaît vraiment!

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Chantons

Ma mère, à la fin de ce poème d’août 1985, écrit que « Chanter, c’est prier deux fois ». Libre à vous de faire les deux! Bien sûr, quand elle écrit que « c’est gratuit », elle a sûrement fait référence à ceux et celles qui ont des arbres fruitiers dans leur cour.

Chantons l’été
Et ses moissons
Tout est gaieté
C’est la saison.

            Chantons les fleurs
            Et les bons fruits
            Aux belles couleurs
            Puis c’est gratuit.

Chantons l’oiseau
Et son langage
Rien n’est si beau
Que son ramage.

            Chantons l’enfant
            Et les sourires
            De sa maman
            Il faut le dire.

Chantons la joie
Qui chaque jour
Peu à la fois
Nous donne l’amour.

            Chantons, amis,
            Chantons, le jour,
            Chantons la vie,
            Chantons l’amour.

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On peut faire gras les vendredis

Un article plutôt inhabituel en page 3 de l’édition du 20 octobre 1966 du journal Le Carillon et intitulé « On peut faire gras le vendredi ». Le titre à lui seul aura peu de signification pour toute une génération sinon deux. Je le reproduis tel quel, parce que c’est drôle avec le passage du temps :

« Les évêques du pays, réunis en conférence plénière à Ottawa, ont annoncé vendredi dernier le 14 octobre que dorénavant tous les catholiques du Canada pourront ‘faire gras’ le vendredi. La nouvelle loi est entrée en vigueur à 5 heures vendredi après-midi.

Les évêques tiennent à souligner que la pénitence demeure une exigence importante de la vie chrétienne, mais que la manière de satisfaire cette exigence est laissée à la discrétion des fidèles. Les évêques insistent également sur le fait que la nouvelle législation, qui s’adresse principalement aux adultes, rappelle aux parents et aux éducateurs le devoir d’initier graduellement les enfants à la pratique de la pénitence. »

C’est le genre de texte qui démontre jusqu’à quel point notre société a changé. Le texte fait référence à « la loi », comme si on pouvait finir en prison pour ne pas respecter ces édits religieux. L’article est de 1966… deux ans avant la Révolution tranquille.

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Dans l’édition du 29 septembre 1966, trois pages de publicité faisaient la promotion des cours de préparation au mariage. Parmi les titres des conférences hebdomadaires : « Notre amour », « Nos psychologies », « Notre corps », « Administration du foyer », « Lois et fêtes de la société civile », « Lois et liturgie de l’Église », « Chasteté conjugale », « Fécondité des chrétiens mariés », « Vocation et mission du foyer ». Rien bien sûr sur l’après-divorce!

L’année suivante, Louise et moi avions obligatoirement suivi ces cours de préparation de mariage. À la fin des séances, les responsables nous avaient demandé notre opinion. Et quand on me demande mon opinion, je la donne… parfois malheureusement. J’avais commenté que ces cours auraient intérêt à intégrer un couple de fiancés. Vous me voyez venir! Au printemps de 1968, avant notre mariage d’août, une certaine Louise et un certain Jean-Maurice se retrouvaient parmi le groupe des « couples » responsables. Une fois mariés, nous avons continué et quand notre petite fille s’est mise à grandir, nous avons abandonné. Nous avons repris plusieurs années plus tard, mais la nouvelle génération de futurs mariés n’était pas la même que ces premières années. C’était le temps de laisser le flambeau à d’autres.

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Autre signe du temps dans Le Carillon du 3 novembre 1966. « La grève de la Dominion Ayers est terminée ». Cette grève, à Lachute, durait depuis très longtemps et des gens de Hawkesbury y travaillaient. Quelque 93 p. cent des 250 syndiqués de cette division du bois d’Ayers acceptent l’offre patronale. « Le nouveau contrat donne une augmentation de 40 p. cent chez les hommes et de 45 p. cent chez les femmes. » Nous sommes loin de l’équité en matière d’emploi : « Les revenus de base seront de 1,26 $ pour les hommes et de 1,13 $ pour les femmes. » C’est un taux horaire il va sans dire. Dominion Ayers a éventuellement fermé ses portes.

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Les boissons alcooliques sont permises

L’édition du 18 août 1966 du journal Le Carillon nous apprend que le Jeune commerce de Hawkesbury veut un référendum sur la vente de boissons alcooliques « fortes » dans des établissements licenciés. Il n’existait pas à ce moment-là de tels établissements à Hawkesbury, seulement de nombreuses tavernes (King Edward, Royal et Bridge Inn). Il fallait traverser le pont.

Ce débat prend beaucoup de place dans l’édition du 10 novembre 1966. Deux demi-pages de publicité incitent la population à voter favorablement lors du référendum du 14 novembre. Le Conseil municipal, la Chambre de commerce et le Jeune commerce y sont favorables. Une des annonces rappelle qu’il faut avoir 21 ans pour voter et pour consommer de la boisson alcoolique. Un éditorial du journal appuie aussi cette question. Aucun article ni aucune publicité ne font référence à quiconque pourrait être contre.

Dans l’édition du 17 novembre, c’est confirmé : 86,34 p. cent des 1912 électeurs qui se sont présentés aux urnes ont approuvé l’intention. Résultat : 1589 disent oui; 251, non. Il y avait une deuxième question qui a donné des résultats quasi identiques. Dans une publicité de cette édition, l’Association des hôteliers de Hawkesbury remercie la population. Ma boisson favorite devint donc un Canadian Club avec 7-up… mais uniquement l’année suivante… la loi oblige!

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Un entrefilet dans la même édition règle la question du « chat-volant » (relire blogue du 10 avril). Que dit le rapport d’autopsie sur la bête : « Le chat avait une masse de poil sur le dos; il n’y avait aucun muscle, aucune veine ou aucun liquide reliant ce poil au dos de l’animal. Par conséquent, il était impossible pour le chat de voler ou de planer dans les airs. » C’était donc un chat ordinaire, conclut l’article. Mais l’était-ce réellement, se demanderait l’incrédule Thomas?

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Je signe un reportage dans Le Carillon du 25 août sur la toute dernière trouvaille de la Sûreté provinciale de l’Ontario : une Cessna 172 pour patrouiller les routes du haut des airs. Je passe un avant-midi dans l’avion avec le policier Art Smith et le pilote Bob Walker. C’était aussi mon baptême de l’air. C’était tout nouveau, mais la SPO était très fière des résultats de cette technique utilisée depuis le 1er juin 1966. Toutes les sortes d’infractions sont visibles de là-haut et non seulement les excès de vitesse. Aujourd’hui, la surveillance aérienne est monnaie courante. J’avais passé l’après-midi dans l’auto-patrouille du policier Bill Atchison, qui s’occupait des automobilistes filant vers l’ouest sur la 17, alors que
Bill Illingworth avait lui aussi son auto-patrouille pour arrêter les automobilistes roulant vers l’est. J’avais adoré voir la réaction des automobilistes qui se faisaient arrêter et qui se faisaient montrer l’avion-patrouille. Et plusieurs n’aimaient pas voir un photographe capter leurs réactions.

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La une entière de l’édition du 1er septembre est une photo du chanoine Roméo Guindon avec le titre « La mission est terminée. Prions pour le repos de son âme. » Un texte sur sa vie prend deux pleines pages. Il est mort le 28 août à l’âge de 80 ans. Ses funérailles ont été grandioses : « 104 prêtres, une centaine de religieuses, une nombreuse parenté et presque toute la population de Hawkesbury ont rendu leurs derniers hommages ». Mon ancien supérieur du petit séminaire, Mgr Charles-Auguste Demers, était là, et d’autres de mes anciens professeurs-prêtres du séminaire. C’était la fin d’une époque à Hawkesbury. Le chanoine avait exercé une grande influence, comme d’autres chanoines de l’époque, dont Arsène Hébert, le chanoine-curé de Thurso.

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À un ami, diplômé de l’école de la vie

par Alain Guilbert

(Le 12 avril me rappelle un ami très cher… il aurait célébré cette année son 79e anniversaire de naissance. Mais le sort en a décidé autrement… il est décédé subitement au début de mai 1995, à l’âge de 63 ans. Son nom : Roger Auger, un Granbyen pure laine que l’on surnommait affectueusement «Lefty», même s’il s’agissait du surnom que son père avait rendu célèbre. Sa compagne et l’un de ses fils m’avaient demandé de dire quelques mots à son sujet lors de ses funérailles. Souvent, je pense encore à lui, spécialement lors de son anniversaire de naissance et aussi lors de l’anniversaire de son décès. Roger était profondément aimé et apprécié des personnes qui l’entouraient : un être impossible à oublier. Pour que nous nous souvenions de lui une fois de plus, je vous présente le texte que j’avais écrit… et que j’avais lu lors de ses funérailles, le 9 mai 1995.)

Salut Roger,

Vendredi dernier, en fin d’après-midi, j’ai tenté de te rejoindre comme je le faisais presque tous les vendredis durant le trajet Montréal-Magog. Mais ce fut en vain. J’avais un conseil à te demander. Quand j’ai appris en début de soirée que tu étais parti sans même nous dire bonjour, il me semble que nous avions encore des tonnes de choses à nous dire. Aujourd’hui, avec un peu de recul, je ne sais plus vraiment où commencer, où finir…

D’abord, sur ta façon de nous quitter… Tu l’as fait si brutalement. Mais, nous le savons tous, c’est comme cela que tu voulais partir: soudainement, instantanément, sans souffrir, surtout sans être malade, sans être diminué physiquement. Cela, jamais tu ne l’aurais accepté, jamais tu n’aurais voulu attirer ne serait-ce que le moindre soupçon de pitié.

Même si on n’est jamais totalement prêt à partir pour l’autre côté, tu l’étais probablement plus que nous tous. C’est toi qui nous avais souvent expliqué la théorie de la chandelle… On peut la faire brûler lentement, disais-tu, en ne lui laissant qu’une toute petite mèche. On peut la faire brûler beaucoup plus vite en l’allumant par les deux bouts. Dans l’un et l’autre cas, la quantité de cire brûlée est exactement la même. Seul le temps pour la brûler est différent. À la vitesse où tu as vécu et à la façon dont tu as rempli ta vie, j’ai la conviction qu’il ne devait plus te rester de cire. C’est peut-être même une faveur que tu nous a faite de rester auprès de nous tout ce temps.

Ta vie a été si remplie que sans doute personne ne pourra jamais accomplir autant de choses que tu en as accomplies, même en vivant 20 ans plus longtemps que toi. Vouloir seulement résumer tes principales activités et réalisations prendrait des heures et ne te rendrait probablement pas justice.

Je m’en tiendrai donc à une seule et unique dimension de ta personne, celle qui nous relie tous à toi, chacun et chacune d’entre nous qui sommes réunis autour de toi aujourd’hui. Cette dimension, c’est l’AMOUR, l’amour que tu portais à ta ville, l’amour que tu portais à tes amis et l’amour que tu portais à ta famille.

L’amour que tu portais à ta ville et par extension à tes concitoyens

Si quelqu’un a déjà eu le mot GRANBY gravé dans son cœur, c’est bien toi. Il y a quelques années, lorsque tu avais décidé de faire une incursion en politique municipale, quelques amis avaient tenté de t’en dissuader. Mais tu avais balayé nos objections en disant : «Granby a été bonne pour moi, je lui dois cela. Je veux remettre à mes concitoyens une partie de ce que j’ai reçu.» Dans le fond, tu n’avais rien à remettre, parce que tes succès en affaires, acquis à force de travail et encore de travail, avaient déjà largement profité au développement économique de Granby. Mais quand on aime, on veut toujours donner!

Après quatre années fort occupées à faire avancer les dossiers auxquels tu croyais, tu pouvais rentrer chez toi la tête bien haute. Non seulement tu avais remboursé une dette que tu n’avais pas, non seulement tu avais rendu service à ta ville, mais tu avais également gravé ton nom, et surtout ton prénom, pour toujours dans l’histoire de Granby. Pour toi, c’était important. Tu nous l’avais souvent dit que «Lefty» Auger, ce n’était pas toi, mais ton père, et que tu souhaitais un jour être reconnu pour tes mérites et non pour ceux de ton père, qui lui aussi, en son temps, avait largement mérité de sa ville. En quittant l’hôtel de ville, tu pouvais désormais dire doublement MISSION ACCOMPLIE, Roger!!!

L’amour que tu portais à tes amis

L’amitié est sûrement l’une des plus grandes richesses de la vie; parce que l’amitié est issue du libre choix d’êtres humains de se témoigner entre eux, sans contrainte aucune, respect, affection et souvent même amour. Le Petit Prince de St-Exupéry disait : « L’amitié, c’est créer des liens »… des liens qui avec le temps deviennent si nombreux et si résistants qu’ils ne peuvent plus jamais se briser. Si donc l’amitié est l’une des plus grandes richesses de la vie, tu étais extrêmement riche, Roger. Nous sommes tous là pour en témoigner.

Cette amitié que nous te portions, tu nous la rendais très bien. Tu avais l’habitude de nous dire que tu n’avais pas fréquenté l’université, mais seulement l’école de la vie. Peut-être, mais tu y avais obtenu un doctorat en sagesse et en gros bon sens. Et ce gros bon sens, ce jugement sûr, à toute épreuve, qui était le tien, cette expérience qui faisait de toi un «sage», tu n’as jamais hésité à nous en faire profiter. Nous sommes plusieurs ici à n’avoir jamais pris une décision importante sans d’abord avoir demandé ton avis, sans d’abord avoir recherché tes conseils. Combien d’erreurs tu nous as évitées! Merci, Roger.

L’amour que tu portais à ta famille, à tes enfants, à tes petits enfants, à Yolande

Même si ta ville et tes amis tenaient une grande place dans ta vie, il n’y a jamais eu un doute que tes enfants ont toujours occupé la première place dans ton cœur. Tu ne leur as pas toujours dit… et tes relations avec eux ont parfois été tumultueuses. Il t’a fallu du temps pour accepter que Sylvain, David, Stéphane, Viviane et Mélanie ne seraient jamais des répliques de toi, mais qu’ils et qu’elles seraient eux-mêmes et elles-mêmes. L’important, ce n’est pas le temps que tu as mis pour te rendre là, mais bien de t’être rendu là. Ils et elles savent aujourd’hui que l’amour que tu éprouvais à leur endroit n’a jamais fait défaut. Tu devenais tellement lumineux, si cela est possible, lorsque Jennifer, Benjamin et Marie-Maude, ton prolongement et celui de tes enfants, étaient aussi avec toi. Un mot également de Yolande, douce et généreuse Yolande, qui t’as apporté le calme, la paix et le bonheur au cours de ces deux trop brèves années où vous avez été l’un près de l’autre. D’ailleurs, jamais tu n’avais semblé aussi heureux de toute ta vie.

Roger, tu étais de cette génération d’hommes à qui personne n’a appris à exprimer verbalement ses sentiments. Tu étais de ceux qui ne savent que les prouver par leurs gestes, par leurs actions. L’amour que tu as toujours porté à ta ville, à tes amis et à ta famille n’avait probablement pas besoin d’être dit… il a toujours été tellement évident.

Roger, tu ne seras plus là physiquement pour partager nos joies, nos peines, nos succès, nos échecs, nos bons moments, nos moments difficiles, nos interminables discussions où nous refaisions le monde à notre façon, nos « partys », nos matches de golf, nos parties de billard, nos excursions de pêche. Tu ne seras plus là physiquement pour nous faire profiter de ton expérience, de ta sagesse, de ta joie de vivre.

Mais si tu n’y es pas physiquement, tu y seras quand même toujours parce que du seul fait que nous avons eu le privilège et le bonheur de te connaître, de t’aimer, de partager avec toi, de parcourir en ta compagnie un bout de chemin sur la route de la vie, nous sommes tous et toutes, chacun et chacune qui t’accompagnons aujourd’hui, meilleurs et plus grands que si tu n’avais pas existé.

Tu es parti trop vite, bien trop vite. Mais quand nous nous retrouverons ensemble entre amis, tu le sais, tu seras encore là. Nous nous rappellerons la promesse que tu nous as si souvent faite, à savoir que si tu arrivais de l’autre côté avant nous autres, tu préparerais nos voyages de pêche et que tu nous trouverais de magnifiques lacs secrets pour le jour où nous irons te rejoindre. Mais de grâce, je t’en prie, sois prudent: ne tombe pas à l’eau, ne tombe pas dans un ravin avec le tout-terrain et ne casse pas nos lignes.

Salut Roger! À un de ces jours!!!

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L’été

Nous n’y sommes pas encore, mais c’est presque. La chaleur, encore très modeste, a commencé à se pointer le nez. Le 28 juin 1985, l’été avait inspiré ma mère. Et nous avons bien hâte que cet été arrive.

L’été, la nature toute entière
Resplendit de vie, se montre fière
De répandre son parfum singulier,
D’étaler ses couleurs les plus variées;
Comme l’hirondelle qui virevolte dans le ciel,
Comme l’abeille qui butine pour faire sommeil,
Nous avons un sentiment de liberté
Qui nous saisit, nous entraîne, nous récrée.

L’été, si on est quelquefois matinal
Durant cette courte période estivale,
On découvre la grande beauté de la nature,
Les arbres dans leur plus belle parure,
Les fleurs habillées de mille couleurs,
Les fruits qui ont tant de saveur
Et au-dessus de nous le soleil éclatant
Fait une tache d’or dans le bleu firmament.

L’été, les oiseaux chantent leur amour de la vie,
Leur gai refrain se répète à l’infini.
Les montagnes au loin comme tracées au crayon
Font une jolie dentelle à l’horizon.
Écoutez le doux murmure de la rivière
Qui se hâte vers le fleuve puis vers la mer,
Tout dans la nature a un but ici-bas
Mais l’été, ah!, que c’est court n’est-ce-pas?

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Une boîte à chansons à Hawkesbury

Fallait le faire dans une ville comme Hawkesbury à l’époque. Ainsi, Le Carillon du 4 août 1966 annonce que la Société St-Jean-Baptiste de Hawkesbury, qui venait de ressusciter, annonce son projet de boîte à chansons.

La Légion canadienne offre sa salle gratuitement. Ce qui était extraordinaire étant donné que de nombreux légionnaires étaient des vétérans anglophones, mais très francophiles. J’ai eu le bonheur d’en connaître de nombreux et de rédiger des textes sur eux chaque année à l’occasion du jour du Souvenir. Marcel Gélineau, le président de la Légion, et Roger Côté, le gérant de la salle, avaient manifesté un appui inconditionnel à ce projet.

L’article explique que « la boîte à chansons est ouverte aux jeunes de 16 ans en montant et les adultes sont plus que bienvenus. La tenue est semi-formelle, soit le col et la cravate pour les garçons et les robes ou les jupes pour les filles. » Signe des temps. C’était une initiative du comité jeunesse de la SSJB, dont le président était Michel Charbonneau (un futur avocat et juge de la Cour provinciale). J’étais le codirecteur-gérant de cette boîte avec mon ami Jean-Marc Portelance, dont j’ai perdu trace avec les années.

Plus de 80 personnes assistent à la soirée d’ouverture de la boîte à chansons « Au petit bonheur », le nom qui avait été proposé dans le cadre d’un concours. Le premier soir avait dépassé les espérances, mais ça ne devait pas durer. Hawkesbury n’avait pas la démographie étudiante type pour ce genre de « bistro » qui était populaire à Ottawa et ailleurs. Dès l’édition du 22 septembre, un entrefilet déplore l’absence du public aux représentations de la boîte à chansons. Déclaration : « Nous essayons d’organiser des loisirs pour la population de Hawkesbury et ils ne montrent même pas leur intérêt. Nous continuerons tout de même toutes les semaines. »

Des musiciens et des orchestres locaux, que nous connaissions par leurs prestations dans les bars-hôtels de l’autre côté du pont (Paul Duplantie, Vincent Caron, Scotty Golden), jouent pour rien tellement ils croyaient en ce projet. J’avais invité quelques anciens du séminaire, artistes à leurs heures, à venir présenter leur spectacle. Mais le public n’avait pas voulu d’une telle boîte. Elle fermait ses portes après quelques mois.

La Société Saint-Jean-Baptiste, dont ma future femme était secrétaire du comité, ne pouvait appuyer financièrement une telle initiative sans qu’elle ne fasse ses frais.

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Dans cette même édition du 4 août 1966, une manchette annonce qu’un parc provincial sera aménagé à l’est de Chute-à-Blondeau. Ce projet amènerait la construction d’une route reliant l’est de ce village à la route transcanadienne. Tout est bien qui finit bien pour cette saga du village fantôme (blogue précédent).

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Mon village natal… un village fantôme

L’édition du journal Le Carillon du 21 juillet 1966 me rappelle de vifs souvenirs. Un article sous ma signature fait référence à la situation désastreuse que vit le village de Chute-à-Blondeau par suite de la construction du barrage de Carillon. Ce village est mon village natal.

Les citoyens que j’ai rencontrés à l’hôtel du village ont peur que leur patelin devienne « Un village fantôme? » comme je titre mon reportage. La route qui permettait de se rendre à Montréal, en passant par Pointe-Fortune, est fermée, inondée. Les voyageurs n’y viennent plus. Les magasins ferment leurs portes. Des citoyens s’exilent. Les 416 habitants s’inquiètent.

Le ministère des Transports avait installé des pancartes au beau milieu de la route pour détourner la circulation. Dans cette section fermée par les pancartes, deux garages, un moulin à farine, un magasin de portes et fenêtres et une épicerie-boucherie ont fermé leurs portes, les clients ne pouvant plus s’y rendre en auto. Au centre du village, le restaurant Millette a fermé ses portes. Le magasin général Conway résiste, mais son propriétaire n’est pas sûr qu’il puisse survivre. Plus de 40 familles ont quitté le village depuis la fermeture de la route.

Les pancartes allaient disparaître peu de temps après le reportage et, éventuellement, une nouvelle route a été aménagée pour se rendre à la route 17. C’était aussi une voie d’accès au nouveau Parc provincial Carillon, devenu depuis le parc provincial Voyageurs.

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L’édition du 21 juillet nous apprend qu’Henriette Maynard, la femme du médecin Jean-Jacques Maynard, devient la première femme au Canada à obtenir une charte d’aviation commerciale. Cette charte lui donne le droit de piloter un avion pour fins commerciales et d’avoir une base ou aéroport. Elle installe son hydravion Cessna 180 au bout de la rue John, au sud du quai fédéral. Henriette pilote neuf sortes d’avions différentes et détient un permis de pilotage de jour et de nuit, sur l’eau et sur la terre. Son mari est aussi pilote. Elle est mère de trois enfants.

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Un entrefilet du 21 juillet mentionne que Me René Marin, 30 ans, deviendra le premier Canadien-français à siéger au Tribunal des Affaires municipales de l’Ontario. Il déménagera à Toronto avec sa femme et leurs deux garçons de deux ans et un an; dont André, l’ombudsman actuel de l’Ontario (revoir blogue du 24 mars).