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Le système métrique : allez y voir

par Alain Guilbert

Les gens de ma génération sont nés et ont été élevés en utilisant les poids et mesures du système impérial (système britannique). Les gens de 40 ans et moins sont plutôt habitués au système métrique que le Canada a adopté par législation au début des années 70 et qu’on a progressivement implanté à partir de 1975.

On aurait toutes les raisons de croire qu’après toutes ces années, le système métrique, qui est utilisé à peu près partout dans le monde, sauf aux États-Unis et dans les pays du Commonwealth britannique, aurait complètement remplacé son ancêtre. Mais si on va y voir de plus près, on s’aperçoit que nous vivons encore dans les deux mondes, et qu’au lieu de nous simplifier la tâche, ce qui était l’objectif premier, nous nous la compliquons bien plus souvent que nous pourrions le croire, et que même, certaines entreprises, se font un plaisir d’entretenir la confusion.

La première étape du système métrique au Canada en 1975 aura été celle de la température désormais affichée en degrés Celsius plutôt que Fahrenheit. En degrés Celsius, l’eau bout à 100 et gèle à 0. Bien plus simple et logique qu’en Fahrenheit où l’eau bout à 212 et gèle à 32. Mais chose curieuse, au Canada, quand on parle de la Floride, on mentionne la température en Fahrenheit, sans doute parce que 70 ou 80 degrés donnent l’impression qu’il fait plus chaud que si on dit 20 ou 25 degrés.

Deuxième étape, toujours en 1975, on a commencé à calculer les précipitations (eau ou neige) en millimètres (mm) et en centimètres (cm). Si l’annonceur de la radio dit qu’il est tombé 30 cm de neige, avez-vous remarqué que dans la conversation courante on continue à dire qu’il est tombé « un pied » de neige. Même chose avec notre poids et notre taille. La plupart des gens connaissent leur taille en pieds et pouces et l’ignorent en kilos et centimètres. On dira qu’on mesure 6 pieds plutôt que 1 m 83. Pourtant notre taille et notre poids sont bien indiqués en cm et en kilos sur notre permis de conduire. Mais c’est plus fort que nous qui préférons utiliser le « vieux » système. Autre exemple, quand un bébé naît, l’hôpital donne toujours son poids et sa taille selon le système métrique, mais les nouveaux parents trouvent toujours moyen de convertir ces chiffres pour dire fièrement que le nouveau-né pèse 7 livres 4 onces et qu’il mesure 22 pouces!!!

Troisième étape en 1977: les panneaux de signalisation routière indiquent les distances en kilomètres au lieu d’en milles et la vitesse en kilomètres/heure. Aujourd’hui, la plupart des gens utilisent ces mesures, sauf pour les courtes distances. On dira plus facilement que tel voisin est situé à environ 300 pieds plutôt qu’à 100 mètres.

Quatrième étape en 1979, les stations-services commencent à vendre l’essence et le diésel en litres plutôt qu’en gallons. Comme un gallon impérial contient 4,54 litres, l’essence semble beaucoup moins chère au litre qu’au gallon. Dans ce cas-ci, la confusion existe dans les comparaisons avec le prix de l’essence aux États-Unis, où elle est encore mesurée en gallons, sauf que le gallon américain ne contient que 3,8 litres. Mais cela est un autre sujet.

À partir de 1980, les commerces de meubles et de tissus doivent annoncer et vendre leurs produits au mètre et au centimètre seulement, et de plus cette année-là marque la date limite d’utilisation des unités de longueur impériales. Mais la confusion la plus totale continue de régner dans les marchés d’alimentation qui continuent aujourd’hui à annoncer leurs prix à la livre plutôt qu’au kilogramme (ils inscrivent habituellement le prix au kilogramme en toutes petites lettres sous le prix à la livre). Bien sûr, c’est une bonne façon de laisser croire aux consommateurs que les prix sont moins élevés. Par exemple, un steak à 6,99 $ semblera moins cher que le même steak à 15,41 $. Et pourtant, on annoncera d’autres produits par tranche de 100 grammes. Par exemple, on vendra un fromage ou une charcuterie à 1,99 $ par 100 grammes, ce qui effraie moins que le consommateur que si on lui indiquait clairement que le même produit coûte 19,90 $ par kilo. Autre problème, il n’existe pas de formats obligatoires. Par exemple, pour ne pas augmenter les prix de certains aliments, on en réduit tout simplement le format, ce qui échappe facilement à l’œil d’un consommateur non averti. Certains jus vendus en formats de 1,89 litre le sont maintenant en format de 1,75 litre, mais toujours au même prix. Cela aussi est un autre sujet sur lequel je reviendrai plus tard.

D’autres produits sont vendus selon le système impérial « déguisé » en système métrique. Ainsi le beurre se vend en paquets de 454 grammes. Ce serait pourtant beaucoup plus simple en formats de 250 ou 500 grammes, mais comme la plupart s’en souviendront, 454 grammes équivalent à une livre (16 onces). Même chose pour la bière qui est vendue en formats (réguliers) de 341 ml, ce qui équivaut à l’ancienne mesure de 12 onces, alors qu’en France la bière se vend en format de 330 ml. À la SAQ, on vend le vin au litre ou en centilitres, format régulier de 750 cl, alors qu’on vend les spiritueux (gin, vodka, scotch) en formats de 26 et 40 onces. D’autres exemples: les épreuves olympiques sont disputées sur des distances métriques: 100 m, 500 m, 1000 m, 1500 m, etc. Seul le football canadien (comme son homologue américain) utilise les verges. Les piscines sont mesurées en mètres (25, 50), mais les patinoires des arénas le sont en pieds. Le mont Everest semble beaucoup plus haut à 29 000 pieds qu’à 8 850 mètres!

Comme nous le constatons, le Canada a adopté le système métrique il y a bien longtemps. Mais après toutes ces années, nombreux sont ceux qui ne l’ont adopté que partiellement.

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Un journal centenaire… plus un

par Alain Guilbert

En février de chaque année, La Tribune, le journal quotidien de Sherbrooke, où j’ai fait mes débuts professionnels, célèbre son anniversaire de naissance. Ce mois-ci marque ses 101 ans. L’an passé, à l’occasion du centenaire de la publication, j’ai écrit un texte qui rappelait les célébrations du 50e anniversaire en 1960, anniversaire auquel j’avais eu le plaisir de participer. Voici ce texte :

Peu de personnes s’en souviennent, mais c’est vers le milieu de 1959 que la guerre a été déclarée à Sherbrooke. Pas la guerre avec des fusils et des chars d’assaut. Mais plutôt la guerre entre les médias, une guerre qui n’a pas coûté de vies humaines, mais qui n’en pas été moins féroce pour autant.

Les hostilités ont commencé quand La « grosse » Presse de Montréal a décidé de conquérir les grands marchés régionaux, soit Québec, où régnait Le Soleil, Trois-Rivières, royaume du Nouvelliste, Chicoutimi et tout le Saguenay, fort bien servis par le Progrès Dimanche… et bien sûr Sherbrooke où La Tribune régnait sur le milieu francophone alors que The Record servait la clientèle anglophone.

Pour s’établir dans ces marchés, le quotidien montréalais avait pris la décision d’y mettre en place des bureaux avec plusieurs journalistes, autant que possible des journalistes qui connaissaient déjà chacune de ces régions. Or ces journalistes existaient déjà, mais ils étaient au service des journaux locaux, tels que La Tribune à Sherbrooke.

En quelques semaines, La Presse a « volé » coup sur coup plusieurs ressources de La Tribune, dont son tout nouveau directeur de la rédaction, Marcel Dupré, qui devint alors le nouveau chef du bureau de La Presse à Sherbrooke. Et Marcel, qui était très respecté du milieu journalistique, n’a eu aucune difficulté, en offrant aussi des salaires passablement intéressants pour l’époque, à convaincre quatre ou cinq journalistes d’expérience à le suivre dans cette nouvelle aventure.

Le coup avait frappé dur. Le président et copropriétaire de La Tribune, Me Paul Desruisseaux, qui devint sénateur quelques années plus tard, perdit même connaissance dans son bureau quand il a appris le départ de Marcel Dupré et il même dû être hospitalisé pendant quelques jours.

À tout malheur, quelque chose est bon. Ce départ « en masse » des journalistes de La Tribune vers d’autres cieux a créé des opportunités pour d’autres personnes. C’est ainsi que je me suis présenté à La Tribune en août 1959 pour trouver un emploi qui me permettrait de poursuivre mes études à la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke. Bien sûr, il y avait des postes à combler… et on m’a embauché sur-le-champ en me posant une seule question : « Est-ce que tu parles anglais? ». Le pire, c’est que j’avais osé répondre « oui ». J’étais tellement content d’avoir obtenu ce travail que je n’ai même pas demandé quel était le salaire du poste que j’occuperais. Je ne l’ai su qu’au moment où j’ai reçu mon premier chèque de paye quelques semaines plus tard… soit 35 $ par semaine… avant impôts!!!

Et c’est ainsi qu’a commencé ma vie sherbrookoise. La Faculté de droit était alors située dans le Palais de justice à deux pas de l’édifice de La Tribune. Les cours avaient lieu dans les salles des différents tribunaux entre 8 et 10 heures le matin et entre 4 et 6 heures l’après-midi, c’est-à-dire les heures où les tribunaux ne siégeaient pas. À la fin de mes cours, je traversais la rue pour aller faire mon quart de travail de 6 heures l’après-midi à 1 heure du matin. Après quelques mois, on m’a confié la couverture des tribunaux qui siégeaient entre mes cours du matin et de fin d’après-midi… et j’allais écrire mes textes au journal en début de soirée.

Mais mon travail n’est pas l’objet de mon propos. Je dirai seulement que la guerre des médias était féroce, très féroce. Certains coups étaient parfois portés en bas de la ceinture. Tout le monde livrait une chasse sans merci aux primeurs. Chaque jour, les responsables vérifiaient quelles nouvelles étaient dans l’autre journal et s’il fallait que certaines de ces nouvelles ne soient pas dans « notre » journal, on recevait un savon en règle. Mais au contraire, si nous avions des nouvelles que « l’autre » n’avait pas, nous avions un statut de héros! Ou presque! Et même The Record, qui était alors la propriété de John Bassett, aussi et surtout propriétaire du Toronto Telegram, livrait une chaude lutte à La Presse (section Sherbrooke) et à La Tribune pour l’information locale. Les journalistes avaient intérêt à briller de tous leurs feux puisque The Record servait d’école au Telegram et que les meilleurs se retrouvaient rapidement à Toronto.

Au début de 1960, moins d’une année après mon entrée à La Tribune, le journal célébrait donc ses 50 années d’existence. Une grande fête fut organisée. On se rappellera sans doute qu’à cette époque, Me Paul Desruisseaux et son partenaire M. J.-Alphée Gauthier étaient également propriétaires des stations de radio CHLT et CKTS ainsi que du poste de télévision CHLT-TV qu’on appelait plus familièrement le canal 7, première station de télé privée au Québec. Et tout ce « beau monde » était logé dans le même édifice au 221 rue Dufferin.

La célébration a débuté, comme il se doit, par des discours alors que tous les employés avaient été convoqués dans le grand hall d’entrée de l’édifice où se trouvait également une estrade qui accueillait les copropriétaires de l’entreprise, de même que les autorités religieuses (Mgr Georges Cabana), et civiles (le député ministre Johnny S. Bourque,
le maire Armand Nadeau et plusieurs autres), sans oublier les personnalités de l’époque.

La fête a même été télévisée, du moins en partie, puisque les caméras avaient reçu la directive de quitter les ondes après 30 minutes… ce qui fut fait puisqu’après ces 30 premières minutes, les projecteurs ont été éteints et les techniciens ont quitté leur poste.

Me Desruisseaux qui n’avait encore pas digéré « l’agression » de La Presse contre « son journal » a alors décidé de se vider le cœur, accusant son concurrent de se livrer à des tactiques déloyales, affirmant même que La Presse « était venue VOLER nos meilleurs journalistes ».

Je me souviendrai toujours de cette déclaration de Me Desruisseaux. J’étais debout aux côtés du directeur de la rédaction, celui qui avait remplacé Marcel Dupré, soit Yvon Dubé, qui en plus d’avoir été mon patron et aussi mon ami, a plus tard agi comme président de La Tribune pendant de nombreuses années, soit jusqu’à sa retraite.

Nous étions tout simplement estomaqués. Notre réaction en a été une de stupeur. En effet, si La Presse avait « volé les meilleurs journalistes de La Tribune », qu’étions-nous, ceux qui n’avaient pas déserté ou qui (comme moi) avaient été embauchés après la razzia de La Presse?

Mais le pire était à venir. En effet, si la télévision avait cessé de transmettre le discours de Me Desruisseaux après 30 minutes, il n’en a pas été ainsi pour la radio (CHLT) qui n’avait reçu aucune directive de quitter les ondes après la première demi-heure. Et ce qui devait arriver arriva, les journalistes de La Presse écoutaient le discours de Me Desruisseaux à la radio, et ils se sont bien bidonnés en apprenant de la bouche même du propriétaire de La Tribune que les journalistes de La Presse étaient « les meilleurs » à Sherbrooke.

Pour ajouter l’insulte à l’injure, La Presse avait publié une très visible manchette le lendemain à l’effet que « ses journalistes étaient les meilleurs », selon le président de La Tribune.

Pendant cette guerre qui a duré quelques années, je ne peux m’empêcher de raconter un incident relié à cette bataille. Certaines personnes avaient fait le choix de prendre parti pour l’un ou l’autre des combattants en présence. À un moment donné, souvent malmené par La Tribune, le maire Nadeau avait donné son appui à La Presse, se limitant à utiliser l’expression « le journal local » lorsqu’il se référait à La Tribune.

Inutile de dire que nous l’avions plutôt mal pris. Alors, en réplique, nous nous sommes mis à nous référer au maire Nadeau dans le journal en parlant du « maire actuel » et en ne mentionnant jamais son nom. Une riposte de notre part plutôt difficile à avaler pour un politicien en mal de visibilité. Après quelques semaines, le maire a levé le drapeau blanc et décidé de faire la paix avec La Tribune… ce qui a mis fin aux expressions « le journal local » et « le maire actuel ».

Je ne sais pas si les journalistes de La Presse étaient meilleurs que nous… du moins je ne le crois… puisqu’après quelques années, de guerre lasse, j’imagine, et parce qu’elle n’obtenait sûrement pas les résultats espérés, La Presse a fermé son bureau de Sherbrooke, tout comme ceux de Québec, Trois-Rivières et Chicoutimi.

Même si les « meilleurs » étaient partis en 1959, nous avions gagné la guerre. Je ne pouvais pas rater l’occasion du 100e anniversaire de La Tribune pour rappeler ces souvenirs du 50e anniversaire. Il me semble que c’était hier. Est-ce moi qui perds la notion du temps… ou le temps qui passe trop vite?

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Quoi? Quarante-cinq ans déjà!

par Alain Guilbert

Le temps passe… vite, trop vite!

Hier (dimanche), c’était le Super Bowl XLV (le 45e, pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec les chiffres romains). Un match superbement remporté par les Packers de Green Bay qui réussissaient l’exploit pour une quatrième fois.

Ce qui m’a permis de me souvenir du Super Bowl I (oui, oui, UN) comme si c’était hier. Cela ne s’appelait pas encore le Super Bowl. Les deux ligues majeures de football, la plus ancienne (la Nationale), et la presque nouvelle (l’Américaine), avaient convenu de se fusionner l’année suivante. Et avant de compléter cette fusion longtemps impensable, les deux futurs partenaires avaient aussi convenu de jouer le « premier match de championnat du monde NFL-AFL » ou ce que d’autres avaient appelé « LE Super Match ».

Les deux premières équipes à s’affronter dans ce nouveau défi (plus précisément le 15 janvier 1967) auront été les Packers de Green Bay, champions de la Nationale avec 14 victoires et deux défaites, et les Chiefs de Kansas City, champions de l’Américaine, avec 12 victoires, deux défaites et une nulle. Il s’agissait véritablement des deux meilleures équipes de l’époque, d’autant plus que les Packers sous la direction du légendaire Vince Lombardi (qui a donné son nom au trophée remis au vainqueur du Super Bowl) avaient remporté cinq championnats entre 1961 et 1967. Quant aux Chiefs, ils étaient vraiment la meilleure équipe de l’Américaine cette année-là.

La rivalité était grande entre les deux ligues. À noter que les deux ligues se disputaient les meilleurs espoirs en procédant chacune à son repêchage des joueurs universitaires. La plupart des experts prétendaient que la plus « ancienne » Nationale était beaucoup plus forte que la « nouvelle Américaine », mais ils s’en trouvaient pour croire que celle-ci pouvait remporter la victoire. Les deux voulaient prouver que leur ligue respective était la meilleure.

Les vedettes des Packers étaient le quart Bart Starr, les arrières Jim Taylor et Paul Hornung, le receveur Boyd Dowler, sans oublier une défensive supérieure à la moyenne. Chez les Chiefs de l’instructeur Hank Stram, on comptait sur le quart Len Dawson, le demi Mike Garrett et le receveur Otis Taylor. Leur défensive était aussi excellente.

À la mi-temps, le match était encore serré, les Packers menant 14 à 10, mais la seconde demie aura été complètement dominée par ces derniers qui l’ont emporté 35-10.

Bart Starr avait été choisi le joueur du match, mais à mon avis le titre aurait pu aller aussi bien au receveur Max McGee, un joueur drôle qui devait prendre sa retraite la saison suivante et qui n’aurait même pas joué, sans une blessure survenue au premier quart à Boyd Dowler. Durant toute la saison, McGee n’avait capté que quatre passes pour 91 verges et un touché. Dans ce seul match, il a capté sept passes pour 138 verges et deux touchés. Quand l’instructeur lui avait signifié de se rendre sur le terrain pour prendre la place de son coéquipier blessé, il croyait qu’on voulait lui imposer une amende parce qu’il ne suivait pas le match! Le triomphe avait valu à chaque joueur de l’équipe gagnante la fabuleuse somme de 15 000 $. Ce qui avait fait dire à l’ailier défensif étoile Willie Davis, des Packers, ce que signifiait pour lui le fait de gagner 15 000 $ dans un seul match, soit l’équivalent de son salaire annuel : « C’est comme ajouter du sucre sur un cornet de crème glacée », avait-il répondu avec un grand sourire. Les billets pour assister au match se vendaient 12 $ US chacun, un prix exorbitant selon les journaux de l’époque… et le premier Super Bowl demeure le seul dont tous les billets n’avaient pas été vendus.

Les Packers de Green Bay, qui étaient mon équipe préférée depuis bien des années, avaient également remporté le Super Bowl II, celui-là aux dépens des Raiders d’Oakland, et les partisans de la « vieille » Ligue nationale, comme moi, étions bien convaincus de sa supériorité face à la Ligue américaine. Mais toutes nos croyances allaient être ébranlées au Super Bowl III, quand Joe Namath et ses Jets de New York ont triomphé des Colts de Baltimore et Johnny Unitas par 16-7. Ce jour-là, la Ligue américaine a non seulement gagné le match, mais aussi ses lettres de noblesse. Aujourd’hui, on discute encore de la supériorité d’une division par rapport à l’autre, mais la parité a été établie il y a bien longtemps. Après tout, ne sont-ce pas les Steelers de Pittsburgh qui ont remporté le plus grand nombre de Super Bowls de toute l’histoire?

C’était il y a plus de 40 ans… Mon fils, aujourd’hui « l’expert en football de la famille », n’était même pas né. Le temps passe vraiment trop vite, mais la rivalité entre les deux divisions du football américain demeure aussi vivante!

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Est-il « nouveau » ou désuet?

par Alain Guilbert

Mon texte sur les vins, particulièrement sur les étapes de mon apprentissage de ce divin liquide, a suscité quelques commentaires sur le blogue et quelques autres qui m’ont été personnellement dirigés.

Bien sûr, je ne me suis pas limité aux quelques vins mentionnés dans le texte pour en arriver à mieux les connaître et à mieux les apprécier. Pour limiter la longueur du texte, j’ai mentionné des vins qui, dans ma perception des choses, avaient marqué des étapes dans ma progression vers une meilleure qualité.

Comme l’a souligné ma fille, il y a bien sûr eu une époque où la Cuvée des Patriotes était à l’honneur. C’était sans doute un geste « nationaliste », mais un vin bien mineur. Et comme l’a souligné Jean-Maurice, il y a eu aussi le Pisse Dru. C’était la découverte du Beaujolais et de sa tonne de vins de piètre qualité.

Après un certain temps, j’ai appris qu’il n’y avait que 10 crus acceptables provenant du Beaujolais, et qu’un seul portait le nom de « beaujolais », soit le Beaujolais Villages, les autres étant le Brouilly, le Côte de Brouilly, le Morgon, le Moulin-à-vent (sans doute le meilleur de tous les Beaujolais), le Juliénas, le Chénas, le Chiroubles, le St-Amour et le Régnié. La plupart de ces vins, sauf peut-être le Moulin-à-vent, ne peuvent être conservés longtemps : idéalement, pas plus de deux ans.

Je ne peux évidemment parler des vins du Beaujolais sans souligner un phénomène longtemps populaire, celui du Beaujolais « nouveau »… un simple jus de raisin alcoolisé, mis en bouteille à peine quelques semaines après la récolte du raisin, une opération marketing efficace qui aura permis pendant des années aux producteurs de cette région secondaire de la Bourgogne d’empocher des millions de dollars pour un produit qui ne les valait vraiment pas.

Pendant de nombreuses années, l’arrivée du Beaujolais « nouveau » était une véritable fête, au Québec comme dans beaucoup de pays, et les bouteilles s’envolaient comme des petits pains chauds. Non seulement on en trouvait sur les tables familiales, mais également dans la plupart des restaurants. Ceux et celles qui en buvaient plus de deux ou trois verres en étaient quittes pour de sévères maux de tête le lendemain matin.

Le Beaujolais « nouveau » coûtait beaucoup trop cher. Une partie importante de ce prix « gonflé artificiellement » venait du fait que les caisses de vin étaient transportées de France au Canada par avion, de façon à ce que le produit devienne disponible le même jour de la mi-novembre partout dans le monde.

Une certaine année, le président de la SAQ de l’époque, Alain Cousineau (aujourd’hui président de Loto-Québec), avait menacé les Français de boycotter le Beaujolais « nouveau » s’il n’était pas transporté par bateau. À défaut de quoi la SAQ ne mettrait en vente dans ses succursales que du Vino « Novello » (l’équivalent italien du Beaujolais « nouveau »). Les Français n’ont probablement pas cru que la SAQ mettrait sa menace à exécution et ils ont refusé d’expédier leur vin « nouveau » par mer, ce qui aurait permis d’en réduire le prix de vente. Et cette année-là, les Québécois n’ont eu que du Vino « Novello » à se mettre sous la dent (ou dans le gosier!)… Ce fut le début de la fin pour le Beaujolais « nouveau ».

Aujourd’hui, on n’entend à peu près plus parler de ce produit qui pendant longtemps garnissait notre univers vinicole. Je me demande même si la SAQ en fait encore la mise en marché à la mi-novembre. Et le Beaujolais « nouveau » ne manque probablement à personne, surtout pas à moi. Comme d’autres vins, il aura fait partie de mon apprentissage.

P.-S. Quelqu’un m’a souligné que le Manoir St-David, dont j’ai parlé dans un texte précédent, était considéré comme vin de messe. C’est exact. Et nombreux sont les « servants de messe » qui, comme moi, une fois la messe dite et pendant que l’officiant se débarrassait de ses vêtements sacerdotaux, vidaient en cachette ce qui restait dans la burette de vin (la partie qui n’avait pas été transformée en sang du Christ!). C’est comme cela que nous avons commencé à boire du vin… et nous aimions particulièrement les curés qui versaient dans leur calice à peine quelques gouttes provenant de la burette!

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« Le bon vin réjouit le cœur de l’homme. » (Proverbe latin)

par Alain Guilbert

J’aime le vin… Je ne sais pas pourquoi je me suis attaché à ce divin breuvage parce qu’il n’y avait pas d’alcool à la maison quand j’étais enfant. Mon père est décédé à l’aube de mes 4 ans, tandis que ma mère a dégusté ses premières bières après avoir franchi le cap des 50 ans.

Quand j’ai goûté du vin pour la première fois de ma vie, je devais avoir 14 ou 15 ans. J’étais encore étudiant (pensionnaire) au Séminaire de St-Hyacinthe. Pendant les vacances d’été, avec des amis, nous avions acheté une bouteille de Manoir St-David, qui se vendait alors 78 cents (oui, oui, vous avez bien lu… 0,78 $) à la Commission des liqueurs (comme la SAQ s’appelait à l’époque). Les magasins de la Commission des liqueurs ressemblaient à des banques. Il y avait un comptoir avec des grillages… et il fallait demander ce qu’on voulait au commis qui se tenait derrière le grillage. Si le produit demandé n’était pas disponible, c’est le commis qui nous proposait autre chose. On ne pouvait savoir ce qui était disponible ou pas derrière le grillage.

Inutile de vous dire que le Manoir St-David, un vin plutôt liquoreux, n’était pas très bon à boire. Mais c’est avec cela que nous avons déclenché nos premiers « feelings » d’alcool.

Quand je suis arrivé à l’Université de Sherbrooke, j’ai découvert les « partys » de bière entre étudiants. Nous achetions un baril de « draught » et nous arrêtions de boire quand il était vide. C’était le bon temps!!!

Mais il y avait aussi du vin… C’est beaucoup plus tard que j’ai découvert que de nombreux membres de ma génération avaient fait le même genre d’apprentissage en évoluant à travers les mêmes vins que moi.

Au début, nous achetions du Ben Afnam, un vin « supposément » algérien qui se vendait en cruches d’un gallon, un vin qui donnait vraiment mal à la tête si on en absorbait plus de deux verres. (Des années plus tard, un ami ingénieur qui s’était rendu en Algérie pour y réaliser des travaux, et qui avait lui aussi bu du Ben Afnam lorsqu’il était plus jeune, avait pris le temps de s’informer sur l’origine de ce vin pour découvrir qu’il n’avait jamais existé, qu’il s’agissait sans doute d’une sorte de mélange trafiqué plus ou moins légalement avec un arrière-goût de pétrole.) L’autre vin très populaire à cette époque était le Mateus rosé, tout simplement imbuvable. Après l’avoir essayé à une ou deux reprises, je n’y ai plus jamais touché.

Puis, comme mes amis, j’ai gravi un échelon ou deux dans la gamme de dégustation. Du côté des blancs, nous achetions du Liebfraumaulch ou du Black Tower, deux vins allemands aussi sucrés l’un que l’autre, tandis que du côté des rouges, c’était le Chianti, celui vendu dans des bouteilles recouvertes de paille, bouteilles qu’on retrouvait dans toutes les chambres où les logements d’étudiants, de même que dans toutes les boîtes à chansons de l’époque, parce qu’on insérait des chandelles dans le goulot et que la cire fondante s’accumulait sur l’enveloppe de paille.

Quand on a eu assez de boire du vin blanc trop sucré, on est passé au Clos St-Odile, qui, lui, faisait définitivement partie des vins blancs secs. Du côté des rouges, nous avons « gradué » au Mouton Cadet, un vin pas trop cher et sans doute le meilleur que nous n’avions jamais bu, et aussi à la fiole du pape, un Châteauneuf du pape bas de gamme vendu dans une bouteille déformée et givrée. Au moins, dans les deux cas, et sans doute pour la première fois de ma vie, il s’agissait de vrai vin.

Plus tard, quand j’ai œuvré au Comité organisateur des Jeux Olympiques (Cojo) de Montréal 76, nous avons dû installer notre centre de presse principal à la toute nouvelle Place Desjardins, face à la Place des Arts. Ce centre de presse aurait dû normalement se trouver dans la tour du Stade Olympique, mais comme tout le monde le sait, la tour n’existait pas encore au moment des Jeux Olympiques. Il y avait un excellent restaurant à l’intérieur de la Place Desjardins qui s’appelait Le Grilladin. Et le grand patron des Communications, Jean Loiselle, un fin connaisseur de vins, avait fait mettre de côté exclusivement pour nous (les directeurs du service des Communications) une immense réserve de Château La Garde, le meilleur vin que je n’avais jamais bu de toute ma vie. Et Dieu sait combien nous en avons bu de bouteilles entre le début de mars et la fin d’août 76!!!!

C’est à partir de ce moment que je me suis vraiment intéressé aux vins. Des cours de dégustation, que j’avais d’ailleurs suivi en compagnie de mon regretté ami Claude Masson, des guides, des livres, des encyclopédies ont tous contribué à mon éducation. La rencontre de Denis Marsan, sans doute le plus grand connaisseur de vins de toute l’actuelle Société des alcools, a aussi été déterminante dans l’évolution de ma connaissance des vins. Au moment où j’ai commencé à meubler un cellier dans les années 80, c’est lui qui me conseillait sur les vins à acheter, sur leurs caractéristiques, sur leur temps de garde, etc.

Aujourd’hui, je ne me prétends pas un expert, mais je possède une relativement bonne connaissance des vins, particulièrement de ceux provenant de la France, et aussi d’autres pays comme l’Italie, le Canada (où on trouve de très bons vins, si on cherche un peu) et les États-Unis. Certains amis me demandent parfois conseil en cette matière, et il me fait toujours plaisir de les renseigner du mieux que je peux. Heureusement, le temps du Manoir St-David, du Ben Afnam et du Black Tower est bien loin derrière moi… mais il s’agissait possiblement d’un apprentissage incontournable pour me permettre d’évoluer au cours des années. Je suis certain que plusieurs des amis de ma génération se reconnaîtront dans ces différentes étapes.

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Mouvements populaires spontanés ou non?

par Alain Guilbert

Partout dans le monde, on semble se réjouir des manifestations « populaires » qui se produisent tant en Tunisie qu’en Égypte et qui visent à mettre fin à des régimes dictatoriaux pour les remplacer par des régimes démocratiques. C’est du moins ce que semblent croire la plupart des journalistes et des citoyens qui expriment leurs commentaires un peu partout dans les médias, tant traditionnels que sociaux, depuis les derniers jours.

Mais s’agit-il vraiment de manifestations « populaires » et assistera-t-on à la mise en place de véritables régimes « démocratiques ».

Personnellement, j’en doute beaucoup. Je crois plutôt que ces manifestations « spontanées » sont provoquées et animées par des groupes religieux intégristes. En Tunisie, par exemple, maintenant que la famille de Ben Ali a été évincée du pouvoir et remplacée par un nouveau gouvernement, le chef islamique Rached Ghannouchi est rentré triomphalement au pays dimanche matin (hier) après un exil de plus de 20 ans au Royaume-Uni. Même s’il a affirmé qu’il n’entendait pas diriger le pays, mais laisser la place à des plus jeunes, ne nous faisons pas d’illusion : ce seront les islamistes fondamentalistes ou intégristes qui seront les vrais détenteurs du pouvoir. Et la population risque finalement de ne pas être plus « libre » qu’elle ne l’était sous Ben Ali.

En Égypte, après être demeurés à l’écart des premières manifestations, les Frères Musulmans ont maintenant fait une apparition remarquée. Tout en réclamant le départ de Moubarak pour aujourd’hui, ce sont eux qui ont rejeté les changements que le dictateur avait proposés.

Et qui sont les Frères Musulmans? Selon Wikipédia, il s’agit « d’une organisation panislamiste fondée en 1928 en Égypte avec comme objectif une renaissance islamique, la lutte contre l’influence occidentale et l’instauration de la charia. » Parions que ce sont eux qui contrôleront le gouvernement d’ici quelques jours, voire quelques semaines. Cela n’augure rien de bon pour ceux et celles qui rêvent sincèrement de liberté et de démocratie après toutes ces années de dictature.

Et après la Tunisie et l’Égypte, le mouvement ne s’arrêtera pas. Les Frères Musulmans, qui sont présents dans la plupart des pays du Moyen-Orient ainsi qu’au Soudan, tiendront une place de choix dans le nouveau Sud Soudan indépendant (aux dernières nouvelles, plus de 98 % de la population s’est prononcée en faveur de la séparation du Nord Soudan). Puis ce sera au tour de du Maroc, où on voudra mettre fin à la monarchie, et du Yémen, où les islamistes radicaux sont aussi à l’œuvre, et sans doute d’autres pays aussi. Dans quelques années, on risque de se retrouver avec une foule de pays dominés par les islamistes fondamentalistes ou intégristes. Rappelez-vous ce qui s’est passé en Iran (l’ex-Empire perse) quand le peuple a réclamé et obtenu le départ du Shaw et de sa famille en 1979. Écrasés par la famille Palavi depuis des années, les Iraniens se sont rapidement retrouvés sous la gouverne des ayatollahs (des islamistes intégristes), ceux-là mêmes qui avaient alimenté les soulèvements populaires. Le rêve de liberté des Iraniens s’est éteint aussi rapidement qu’il s’était allumé. Et la situation ne semble pas près de changer.

Et cette domination d’un grand nombre de pays par les islamistes intégristes n’annonce rien de bon pour les citoyens de ces pays, mais aussi pour les pays occidentaux, particulièrement les États-Unis, de même que pour Israël. À suivre.

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Contributeurs : Souvenirs

Par Alain Guilbert

Mon ex-collègue et toujours ami Jean-Maurice Filion produit un blogue personnel depuis maintenant deux semaines. Des textes bien intéressants et écrits d’une main (ou devrais-je dire d’une plume!) de maître. Jean-Maurice possède l’extraordinaire talent de maîtriser non seulement la langue française, mais également la langue anglaise, ce qui en faisait un fameux directeur des services linguistiques à Postes Canada, là où je l’ai connu. Ses textes sont de véritables bijoux d’écriture.

Il m’est arrivé de commenter certains de ses écrits sur son blogue que je reçois avec beaucoup de plaisir. À la suite d’un de ces commentaires, il m’a invité à joindre son blogue plutôt que d’en démarrer un par moi-même, ce qui enrichirait le sien (m’a-t-il dit… même si j’en doute encore) et qui m’éviterait les problèmes d’en créer un moi-même. J’ai donc accepté son invitation et me voici aujourd’hui pour la première fois, en souhaitant que ce ne soit que le début d’une longue et fructueuse collaboration.

De quoi vais-je parler? D’abord de souvenirs personnels, mais aussi des médias, un domaine qui m’a passionné pendant plus de 45 ans de vie professionnelle et qui me passionne encore autant, même si je suis à la retraite depuis plus de cinq ans. Bien sûr, je me réserve la possibilité d’aborder d’autres sujets. N’est-ce pas la grande qualité d’un blogue, celui de nous ouvrir toutes les portes sans exception et de nous donner la liberté absolue.

Mon premier texte s’inscrit dans ce que j’appellerais le volet « souvenirs ».

Nous sommes tous confrontés à des événements que nous n’oublierons jamais, des événements qui ont marqué notre vie d’une certaine façon, des événements dont non seulement nous nous rappelons, mais qui nous rappellent aussi l’endroit ou le contexte où nous nous trouvions lorsqu’ils se sont produits.

L’assassinat de John Kennedy en novembre 1963 en est un parfait exemple. Tous ceux et celles qui sont assez âgés se souviennent de cet événement historique, de l’endroit où ils se trouvaient au moment où il est survenu, des sentiments qu’ils ont éprouvés à cette occasion.

Parmi ces évènements « marquants », du moins pour moi, je pourrais mentionner la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Montréal le 17 juillet 1976, les premiers pas de l’homme sur la lune à l’été 1969, le premier match de la série de hockey du siècle entre le Canada et l’Union Soviétique en 1972, match auquel j’ai eu le privilège d’assister, le but vainqueur de Paul Henderson à la fin du 7e match de cette même série, but que j’ai vu à la télé, comme tout le monde, l’attentat contre les tours du World Trade Center un certain 11 septembre, mon premier saumon capturé en juillet 1984, sans oublier mon mariage le 10 juillet 1965 et la naissance de mes enfants le 4 juillet 1967 et le 28 novembre 1969, etc.

Hier, c’était l’anniversaire de l’un de ces événements qui m’ont marqué… En effet, c’était il y a 25 ans, le 28 janvier 1986, que la navette Challenger explosait en plein ciel, quelques secondes après son départ, entraînant dans son sillon la mort de sept astronautes, dont cinq hommes et deux femmes. C’était la première fois que les Américains perdaient des astronautes en plein vol. Il y avait eu précédemment quelques pertes de vie au sol, mais jamais en vol.

J’étais alors rédacteur en chef du Soleil, à Québec, et j’étais fasciné depuis toujours par les étapes de la conquête de l’espace, par la lutte que se livrait les Américains et les Soviétiques pour s’assurer la suprématie de cet espace à peu près inconnu. J’étais « accro » au lancement des fusées, particulièrement depuis le débarquement sur la lune plus de 15 ans auparavant. À cause de mes fonctions, j’avais droit à un poste télé dans mon bureau, ce qui constituait un privilège à l’époque. Aujourd’hui, tout le monde a une télé dans son bureau, mais ce n’était pas le cas il y a un quart de siècle. J’avais donc ouvert l’appareil télé  pour garder un œil sur le départ du Challenger vers le ciel. Quelques secondes après le « take off » qui semblait bien normal, un immense feu d’artifice est apparu dans le ciel. Il n’aura fallu que quelques secondes pour réaliser l’ampleur du drame: la fusée venait d’exploser, entraînant dans la mort les sept astronautes à bord. Aussitôt, j’ai invité les collègues à me rejoindre dans mon bureau pour voir le drame de leurs propres yeux. Nous étions tous stupéfiés, tout comme les animateurs télé, incapables eux aussi de comprendre ce qui venait de se produire. Malgré les dizaines et dizaines de reprises du drame tout au long des heures, nous demeurions rivés à la télé, pétrifiés par l’ampleur du drame… jusqu’au moment où il a bien fallu se mettre au travail pour préparer l’édition du journal du lendemain et prévoir la place et le contenu que nous donnerions à cet événement qui s’inscrivait dès lors comme la page la plus triste de l’histoire de la NASA.

Et voilà… j’aurai sûrement l’occasion de revenir sur d’autres événements qui sont inscrits pour toujours dans ma mémoire depuis le moment où ils se sont produits.