Postes Canada devenait un « groupe »

Pour être un groupe, il faut évidemment être plus qu’un ou deux. Postes Canada avait déjà créé une entreprise filiale, Postes Canada Gestion de systèmes limitée, et en juin 1993, la société d’État surprend le milieu des affaires, ses concurrents et ses clients… elle acquiert une participation de 75 p. cent dans Purolator Courrier Ltd.

Purolator était ce grand distributeur de messageries et de colis présent un peu partout au Canada et forcément dans toutes les grandes villes. C’était aussi un grand concurrent de Postes Canada. Ça restait une participation financière de contrôle et il n’était pas question de fusionner les deux entreprises – nous avions renforcé ce message auprès de tous les intervenants. Encore aujourd’hui, Purolator est exploitée de manière tout à fait indépendante et continue à générer des profits pour la Société canadienne des postes.

Les négociations préparatoires à cette grande nouvelle du 6 juin 1993 s’étaient prolongées pendant plusieurs mois sous le couvert du plus grand secret bien sûr. Nous avions réservé la salle du Metro Board of Trade dans l’édifice First Canadian Place de Toronto pour annoncer la transaction. Pourquoi Toronto et non pas Ottawa? Parce que le siège des affaires et du commerce au pays est à Toronto.

La conférence de presse avait été convoquée pour 9 h ce matin-là avec Georges Clermont, le PDG de Postes Canada, Gerry Schwartz, le PDG d’Onex Corporation, de qui nous achetions notre participation, Fred Manske, le PDG de Courrier Purolator, Ian Bourne, le chef des finances de Postes Canada, et Paul Derksey, le chef des finances de Purolaror. Tous les grands médias nationaux et locaux y étaient. Ce serait, après tout, la nouvelle d’affaires de l’heure. Dès 10 h, les seuls porte-parole seraient mon collègue John Caines et moi-même, ainsi que Jean-François Boyer, du bureau de Purolator à Montréal. Inutile de préciser que nous serions passablement occupés pendant plusieurs journées. Nous avions expédié plus de deux millions de lettres à nos grands et moyens clients.

Mais, Caines et moi, nous nous étions rendus à Toronto bien avant. Au départ, la grande annonce devait se faire le 5 juin et nous avions tenu une répétition générale la veille dans les bureaux de nos conseillers en relations publiques. Mais voilà, les conseillers juridiques des différentes parties travaillaient encore à la préparation de la paperasse et ils n’étaient pas prêts. Nous avions reporté l’annonce de 24 heures.

Comme je l’écrivais, le message insistait énormément sur la séparation opérationnelle des deux entités et c’est aussi le message qui serait renouvelé quelques mois plus tard lors des audiences publiques du Bureau des transports. Ce qui n’enlevait pas la possibilité de synergies entre les deux. Retenez que nous sommes avant l’arrivée de l’internet grand public et du Web, mais les télécopieurs et autres formes de communications électroniques sapaient déjà dans les marchés des deux. Il faudrait toujours quelqu’un pour livrer des colis et cela deviendrait évident quelques années plus tard lors de l’explosion des sites Web et du commerce en ligne. Postes Canada profiterait des connaissances acquises. J’y reviendrai.

L’Association canadienne des messageries, un grand nom qui cachait essentiellement les activités de lobbying d’UPS, s’opposerait énergiquement à la transaction, mais perdrait son temps ultimement. Les petites entreprises de messages craignaient disparaître; ce qui ne s’est jamais produit, au contraire. La transaction serait approuvée par les autorités de réglementation. Harvie Andre était toujours notre ministre responsable au sein du gouvernement de Brian Mulroney et nous n’avions pas agi sans son consentement.

Le coût de tout ça? Postes Canada avait versé 55 millions de dollars pour sa participation de 75 p. cent et les autres actions seraient détenues par Onex (Postes Canada rachèterait plus tard le reste de sa part), la Caisse de retraite des employés municipaux de l’Ontario et quelques dirigeants de Purolator (dont Manske).

Harvie Andre avait déclaré aux médias que cet investissement était bon et raisonnable pour Postes Canada, même si la politique du gouvernement était de privatiser les activités gouvernementales. Onex voulait se départir de sa participation depuis quelque temps et les rumeurs du temps voulaient qu’UPS s’en porte acquéreur. C’était aussi un des messages que nous véhiculions après la transaction… Purolator demeurait entre les mains des Canadiens.

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