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Les cultivateurs réclament du bilinguisme

Dans l’édition du journal Le Carillon du 8 décembre 1966, un article titre « L’U.C.F.O. réclame du bilinguisme dans la région ». En effet, lors de leur congrès à Rockland, les membres de l’Union des cultivateurs franco-ontariens avaient invoqué « le droit qu’à la cultivateur d’être servi dans sa propre langue, c’est-à-dire que les agronomes, les inspecteurs et tous les autres employés du ministère de l’Agriculture devraient être bilingues, surtout dans les comtés de l’Est de l’Ontario ». Un certain Roger Lalonde, de
St-Pascal-Baylon, affirmait même qu’il « fallait s’infiltrer dans les affaires franco-ontariennes sans être séparatistes ou fanatiques ». Le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) faisait alors parler de lui au Québec.

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En page 8 du journal Le Carillon du 15 décembre 1966, une nouveauté osée. L’hôtel York de Calumet (je vous avais dit qu’il y avait des hôtels partout) annonce que « Susie jolie danseuse exotique » sera en spectacle les 17 et 18 décembre. Rien de nouveau avec ça, sauf que l’annonce du journal montre Susie… nue… la jambe gauche allongée et la droite pliée au genou… elle n’est couverte que par un long boa de fourrure. Voilà pour l’époque. L’annonce ne dit pas si c’était un cadeau des fêtes de « Pit » Proulx, le proprio du York!

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À la une de l’édition du 29 décembre 1966, un article pour rappeler aux gens de ne pas paniquer autour de minuit le 31 décembre. Les cloches des églises de Hawkesbury sonneront et on entendra une salve de 100 coups de canon. Dix minutes plus tard, le bruit se sera calmé et l’année du centenaire de la Confédération canadienne sera lancée. De nombreuses autres activités se dérouleront tout au long de l’année à Hawkesbury comme partout ailleurs au pays. Le point culminant sera bien sûr l’Expo 67. J’ai encore mon passeport de presse pour l’Expo… un souvenir que je conserve précieusement.

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Le progrès arrive à Alexandria

L’édition du journal Le Carillon du 24 novembre 1966 nous apprend qu’on installera des
« Téléphones à cadran à Glen Robertson et à Alexandria ». Wow! Le progrès arrive.

« Depuis le 12 novembre 1895, les résidents d’Alexandria et de Glen Robertson étaient desservis au moyen du système de téléphone par téléphoniste. Cependant, à compter du 20 novembre dernier, les citoyens de ces mêmes endroits se servent maintenant du téléphone à cadran. (…) Jusqu’à dimanche dernier, une vingtaine de filles et de femmes assuraient le service téléphonique aux quelque 1400 abonnés d’Alexandria et de Glen Robertson. »

Le mot « cellulaire » n’existait pas encore. En peu de temps, les téléphones à cadran allaient apparaître partout dans les régions rurales des villages voisins. La nouvelle me rappelle des souvenirs personnels; la plus jeune sœur de ma mère était responsable d’un groupe de téléphonistes de Bell à Montréal. Elle aussi, éventuellement, allait être victime de la modernisation et allait se transformer en secrétaire (je ne me souviens plus si c’était juridique ou médicale). Elle vit toujours cette tante… avec sa fille en Suisse.

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Un entrefilet banal dans le journal Le Carillon du 1er décembre 1966. Le premier ministre progressiste-conservateur John Robarts venait d’annoncer que le ministre et député du comté de Prescott, Louis-P. Cécile, avait remis sa démission et qu’il ne solliciterait pas un autre mandat lors des prochaines élections en Ontario. Selon la rumeur, il serait nommé juge de la cour provinciale à la fin de son mandat. C’est ce qui se concrétiserait quelques mois plus tard. Âgé de 61 ans, M. Cécile avait été élu en 1948 et était devenu ministre sans portefeuille trois mois après son élection. Peu de temps après, il était nommé ministre du Tourisme et de l’Information et en 1955, il a été nommé ministre du Bien-être.

Ça aussi me rappelle des souvenirs. Son fils, Pierre, était un copain de séminaire. Il arrivait que nous revenions chez nous pour des vacances dans la limousine de son père, conduite par son chauffeur. Lors d’une réception organisée pour souligner le départ à la retraite politique de Louis-P. Cécile, le premier ministre Robarts s’était déplacé à Hawkesbury pour l’occasion. Pierre était là pour son père et moi, comme journaliste. Pierre et moi nous tenions ensemble et, par la force des choses, son père était près de nous. Si bien, qu’à un certain moment, Robarts a entrepris une conversation avec moi. Je dois préciser que j’avais énormément de respect et d’admiration pour cet homme et ce premier ministre. Pendant une conversation entre lui et moi, je lui avais demandé s’il n’en avait pas assez de ces réceptions et d’avoir toujours un verre à la main. Il m’avait répondu – je n’oublierai jamais la réponse – que ce n’était pas un problème parce qu’il ne buvait réellement pas; il portait le verre aux lèvres, mais aucun liquide n’en sortait. J’ai utilisé la technique plus tard à maintes reprises quand mon « devoir » de journaliste devait passer en premier. Tristement, Robarts, plus tard dans sa vie, s’est suicidé peu de temps après avoir appris qu’il était atteint du cancer.

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On peut faire gras les vendredis

Un article plutôt inhabituel en page 3 de l’édition du 20 octobre 1966 du journal Le Carillon et intitulé « On peut faire gras le vendredi ». Le titre à lui seul aura peu de signification pour toute une génération sinon deux. Je le reproduis tel quel, parce que c’est drôle avec le passage du temps :

« Les évêques du pays, réunis en conférence plénière à Ottawa, ont annoncé vendredi dernier le 14 octobre que dorénavant tous les catholiques du Canada pourront ‘faire gras’ le vendredi. La nouvelle loi est entrée en vigueur à 5 heures vendredi après-midi.

Les évêques tiennent à souligner que la pénitence demeure une exigence importante de la vie chrétienne, mais que la manière de satisfaire cette exigence est laissée à la discrétion des fidèles. Les évêques insistent également sur le fait que la nouvelle législation, qui s’adresse principalement aux adultes, rappelle aux parents et aux éducateurs le devoir d’initier graduellement les enfants à la pratique de la pénitence. »

C’est le genre de texte qui démontre jusqu’à quel point notre société a changé. Le texte fait référence à « la loi », comme si on pouvait finir en prison pour ne pas respecter ces édits religieux. L’article est de 1966… deux ans avant la Révolution tranquille.

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Dans l’édition du 29 septembre 1966, trois pages de publicité faisaient la promotion des cours de préparation au mariage. Parmi les titres des conférences hebdomadaires : « Notre amour », « Nos psychologies », « Notre corps », « Administration du foyer », « Lois et fêtes de la société civile », « Lois et liturgie de l’Église », « Chasteté conjugale », « Fécondité des chrétiens mariés », « Vocation et mission du foyer ». Rien bien sûr sur l’après-divorce!

L’année suivante, Louise et moi avions obligatoirement suivi ces cours de préparation de mariage. À la fin des séances, les responsables nous avaient demandé notre opinion. Et quand on me demande mon opinion, je la donne… parfois malheureusement. J’avais commenté que ces cours auraient intérêt à intégrer un couple de fiancés. Vous me voyez venir! Au printemps de 1968, avant notre mariage d’août, une certaine Louise et un certain Jean-Maurice se retrouvaient parmi le groupe des « couples » responsables. Une fois mariés, nous avons continué et quand notre petite fille s’est mise à grandir, nous avons abandonné. Nous avons repris plusieurs années plus tard, mais la nouvelle génération de futurs mariés n’était pas la même que ces premières années. C’était le temps de laisser le flambeau à d’autres.

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Autre signe du temps dans Le Carillon du 3 novembre 1966. « La grève de la Dominion Ayers est terminée ». Cette grève, à Lachute, durait depuis très longtemps et des gens de Hawkesbury y travaillaient. Quelque 93 p. cent des 250 syndiqués de cette division du bois d’Ayers acceptent l’offre patronale. « Le nouveau contrat donne une augmentation de 40 p. cent chez les hommes et de 45 p. cent chez les femmes. » Nous sommes loin de l’équité en matière d’emploi : « Les revenus de base seront de 1,26 $ pour les hommes et de 1,13 $ pour les femmes. » C’est un taux horaire il va sans dire. Dominion Ayers a éventuellement fermé ses portes.

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Les boissons alcooliques sont permises

L’édition du 18 août 1966 du journal Le Carillon nous apprend que le Jeune commerce de Hawkesbury veut un référendum sur la vente de boissons alcooliques « fortes » dans des établissements licenciés. Il n’existait pas à ce moment-là de tels établissements à Hawkesbury, seulement de nombreuses tavernes (King Edward, Royal et Bridge Inn). Il fallait traverser le pont.

Ce débat prend beaucoup de place dans l’édition du 10 novembre 1966. Deux demi-pages de publicité incitent la population à voter favorablement lors du référendum du 14 novembre. Le Conseil municipal, la Chambre de commerce et le Jeune commerce y sont favorables. Une des annonces rappelle qu’il faut avoir 21 ans pour voter et pour consommer de la boisson alcoolique. Un éditorial du journal appuie aussi cette question. Aucun article ni aucune publicité ne font référence à quiconque pourrait être contre.

Dans l’édition du 17 novembre, c’est confirmé : 86,34 p. cent des 1912 électeurs qui se sont présentés aux urnes ont approuvé l’intention. Résultat : 1589 disent oui; 251, non. Il y avait une deuxième question qui a donné des résultats quasi identiques. Dans une publicité de cette édition, l’Association des hôteliers de Hawkesbury remercie la population. Ma boisson favorite devint donc un Canadian Club avec 7-up… mais uniquement l’année suivante… la loi oblige!

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Un entrefilet dans la même édition règle la question du « chat-volant » (relire blogue du 10 avril). Que dit le rapport d’autopsie sur la bête : « Le chat avait une masse de poil sur le dos; il n’y avait aucun muscle, aucune veine ou aucun liquide reliant ce poil au dos de l’animal. Par conséquent, il était impossible pour le chat de voler ou de planer dans les airs. » C’était donc un chat ordinaire, conclut l’article. Mais l’était-ce réellement, se demanderait l’incrédule Thomas?

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Je signe un reportage dans Le Carillon du 25 août sur la toute dernière trouvaille de la Sûreté provinciale de l’Ontario : une Cessna 172 pour patrouiller les routes du haut des airs. Je passe un avant-midi dans l’avion avec le policier Art Smith et le pilote Bob Walker. C’était aussi mon baptême de l’air. C’était tout nouveau, mais la SPO était très fière des résultats de cette technique utilisée depuis le 1er juin 1966. Toutes les sortes d’infractions sont visibles de là-haut et non seulement les excès de vitesse. Aujourd’hui, la surveillance aérienne est monnaie courante. J’avais passé l’après-midi dans l’auto-patrouille du policier Bill Atchison, qui s’occupait des automobilistes filant vers l’ouest sur la 17, alors que
Bill Illingworth avait lui aussi son auto-patrouille pour arrêter les automobilistes roulant vers l’est. J’avais adoré voir la réaction des automobilistes qui se faisaient arrêter et qui se faisaient montrer l’avion-patrouille. Et plusieurs n’aimaient pas voir un photographe capter leurs réactions.

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La une entière de l’édition du 1er septembre est une photo du chanoine Roméo Guindon avec le titre « La mission est terminée. Prions pour le repos de son âme. » Un texte sur sa vie prend deux pleines pages. Il est mort le 28 août à l’âge de 80 ans. Ses funérailles ont été grandioses : « 104 prêtres, une centaine de religieuses, une nombreuse parenté et presque toute la population de Hawkesbury ont rendu leurs derniers hommages ». Mon ancien supérieur du petit séminaire, Mgr Charles-Auguste Demers, était là, et d’autres de mes anciens professeurs-prêtres du séminaire. C’était la fin d’une époque à Hawkesbury. Le chanoine avait exercé une grande influence, comme d’autres chanoines de l’époque, dont Arsène Hébert, le chanoine-curé de Thurso.

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Une boîte à chansons à Hawkesbury

Fallait le faire dans une ville comme Hawkesbury à l’époque. Ainsi, Le Carillon du 4 août 1966 annonce que la Société St-Jean-Baptiste de Hawkesbury, qui venait de ressusciter, annonce son projet de boîte à chansons.

La Légion canadienne offre sa salle gratuitement. Ce qui était extraordinaire étant donné que de nombreux légionnaires étaient des vétérans anglophones, mais très francophiles. J’ai eu le bonheur d’en connaître de nombreux et de rédiger des textes sur eux chaque année à l’occasion du jour du Souvenir. Marcel Gélineau, le président de la Légion, et Roger Côté, le gérant de la salle, avaient manifesté un appui inconditionnel à ce projet.

L’article explique que « la boîte à chansons est ouverte aux jeunes de 16 ans en montant et les adultes sont plus que bienvenus. La tenue est semi-formelle, soit le col et la cravate pour les garçons et les robes ou les jupes pour les filles. » Signe des temps. C’était une initiative du comité jeunesse de la SSJB, dont le président était Michel Charbonneau (un futur avocat et juge de la Cour provinciale). J’étais le codirecteur-gérant de cette boîte avec mon ami Jean-Marc Portelance, dont j’ai perdu trace avec les années.

Plus de 80 personnes assistent à la soirée d’ouverture de la boîte à chansons « Au petit bonheur », le nom qui avait été proposé dans le cadre d’un concours. Le premier soir avait dépassé les espérances, mais ça ne devait pas durer. Hawkesbury n’avait pas la démographie étudiante type pour ce genre de « bistro » qui était populaire à Ottawa et ailleurs. Dès l’édition du 22 septembre, un entrefilet déplore l’absence du public aux représentations de la boîte à chansons. Déclaration : « Nous essayons d’organiser des loisirs pour la population de Hawkesbury et ils ne montrent même pas leur intérêt. Nous continuerons tout de même toutes les semaines. »

Des musiciens et des orchestres locaux, que nous connaissions par leurs prestations dans les bars-hôtels de l’autre côté du pont (Paul Duplantie, Vincent Caron, Scotty Golden), jouent pour rien tellement ils croyaient en ce projet. J’avais invité quelques anciens du séminaire, artistes à leurs heures, à venir présenter leur spectacle. Mais le public n’avait pas voulu d’une telle boîte. Elle fermait ses portes après quelques mois.

La Société Saint-Jean-Baptiste, dont ma future femme était secrétaire du comité, ne pouvait appuyer financièrement une telle initiative sans qu’elle ne fasse ses frais.

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Dans cette même édition du 4 août 1966, une manchette annonce qu’un parc provincial sera aménagé à l’est de Chute-à-Blondeau. Ce projet amènerait la construction d’une route reliant l’est de ce village à la route transcanadienne. Tout est bien qui finit bien pour cette saga du village fantôme (blogue précédent).

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Mon village natal… un village fantôme

L’édition du journal Le Carillon du 21 juillet 1966 me rappelle de vifs souvenirs. Un article sous ma signature fait référence à la situation désastreuse que vit le village de Chute-à-Blondeau par suite de la construction du barrage de Carillon. Ce village est mon village natal.

Les citoyens que j’ai rencontrés à l’hôtel du village ont peur que leur patelin devienne « Un village fantôme? » comme je titre mon reportage. La route qui permettait de se rendre à Montréal, en passant par Pointe-Fortune, est fermée, inondée. Les voyageurs n’y viennent plus. Les magasins ferment leurs portes. Des citoyens s’exilent. Les 416 habitants s’inquiètent.

Le ministère des Transports avait installé des pancartes au beau milieu de la route pour détourner la circulation. Dans cette section fermée par les pancartes, deux garages, un moulin à farine, un magasin de portes et fenêtres et une épicerie-boucherie ont fermé leurs portes, les clients ne pouvant plus s’y rendre en auto. Au centre du village, le restaurant Millette a fermé ses portes. Le magasin général Conway résiste, mais son propriétaire n’est pas sûr qu’il puisse survivre. Plus de 40 familles ont quitté le village depuis la fermeture de la route.

Les pancartes allaient disparaître peu de temps après le reportage et, éventuellement, une nouvelle route a été aménagée pour se rendre à la route 17. C’était aussi une voie d’accès au nouveau Parc provincial Carillon, devenu depuis le parc provincial Voyageurs.

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L’édition du 21 juillet nous apprend qu’Henriette Maynard, la femme du médecin Jean-Jacques Maynard, devient la première femme au Canada à obtenir une charte d’aviation commerciale. Cette charte lui donne le droit de piloter un avion pour fins commerciales et d’avoir une base ou aéroport. Elle installe son hydravion Cessna 180 au bout de la rue John, au sud du quai fédéral. Henriette pilote neuf sortes d’avions différentes et détient un permis de pilotage de jour et de nuit, sur l’eau et sur la terre. Son mari est aussi pilote. Elle est mère de trois enfants.

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Un entrefilet du 21 juillet mentionne que Me René Marin, 30 ans, deviendra le premier Canadien-français à siéger au Tribunal des Affaires municipales de l’Ontario. Il déménagera à Toronto avec sa femme et leurs deux garçons de deux ans et un an; dont André, l’ombudsman actuel de l’Ontario (revoir blogue du 24 mars).

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Un chat-volant abattu à Alfred

Je vous avais prédit la bizarrerie que vous allez bientôt lire (revoir blogues des 28 mars et 3 avril). Dans Le Carillon du 30 juin 1966, le voilà enfin ce titre que je recherchais : « Chat volant abattu à Alfred. (…) C’est vrai! (…) Cet animal vient-il d’une autre planète? »

C’est sous ma plume et j’en ris encore. Heureusement, je ne faisais pas référence aux deux incidents précédents, mais par contre très rapprochés de celui-ci. « Jean-Jacques Rivers, un distributeur de patates chips Sheriff, aidé de MM. Arthur Lavoie et Marcel Séguin l’ont abattu vendredi soir à Alfred, le jour de la Saint-Jean-Baptiste ». Une photo à la une montre Rivers écartant les « ailes » du chat en question. Il a fallu cinq coups de .22 pour l’abattre dans la tête. Le texte est bourré des exagérations des témoins : « quatre crocs de 5/8e de pouce chacun », « neuf livres et trois quarts », « 30 pouces de long avec la queue et 20 pouces sans la queue », « l’animal aurait fait des bonds d’environ 50 pieds avant de s’attaquer à sa proie » (le chat de Lavoie).

Les journalistes de partout s’intéressent à la découverte. « Le Dr Paul Vincent, vétérinaire à Plantagenet, a déclaré que la seule différence entre cette bête et un chat normal était ses ailes sur le dos et les quatre crocs. » Toujours selon le Dr Vincent, l’animal se nourrissait uniquement de chair fraîche. Rivers en avait assez de déterrer et d’enterrer de nouveau le cadre du chat-volant mâle. Un professeur de zoologie de l’Université Western Ontario de London a déclaré « n’avoir jamais vu un tel animal ni d’en avoir entendu parler ». Et le pire dans tout ça, mon affirmation en fin d’article que « tant et aussi longtemps que les experts n’affirmeraient pas le contraire, nous étions libres de nous y référer comme étant un ‘chat-volant’ ». Voilà l’objectivité journalistique qui prenait le bord!

Dans l’édition de la semaine suivante, un court article mentionne que des gens du ministère des Terres et Forêts à Kemptville, accompagnés de membres de la Sûreté provinciale, avaient rendu visite à Rivers pour récupérer les restes du chat mystérieux, mandat en mains. Rien pour calmer les doutes.

C’est dans cette même édition du 30 juin, croyez-le non, que l’éditeur André Paquette annonce le départ de Jean-Guy Bruneau pour Le Droit et ma nomination comme nouveau rédacteur du journal. « Nous sommes assurés que Le Carillon continuera en s’améliorant de semaine en semaine », écrit-il. Comme si j’avais besoin de pression supplémentaire! Jean-Guy, qui était au journal Le Carillon depuis 1962, devenait correspondant du journal Le Droit dans l’Est ontarien. Ma signature est de plus en plus présente, bien sûr, et j’hérite de « La Revue des sports » hebdomadaire, en plus du reste.

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Une école ferme… une nouvelle sera construite

L’édition du 26 mai 1966 du journal Le Carillon pose la question en manchette : « Devrait-on continuer ou fermer l’école St-Curé d’Ars? » Cette école secondaire catholique de langue française pour filles avait été ouverte en 1960 et était gérée surtout avec des fonds de la paroisse St-Alphonse. Mais l’école était fréquentée par des filles des autres paroisses de Hawkesbury et même des municipalités voisines, telles Chute-à-Blondeau, L’Orignal et Alfred. Les problèmes financiers devenaient plus importants et il était maintenant question de la future école Paul VI, qui pourrait, si on en décidait ainsi, accueillir des classes de 9e et 10e années. Une première rencontre des parents avec le conseil de fabrique de la paroisse St-Alphonse aborde l’urgence de la question. Dans l’édition du 14 juillet 1966, on apprendra que cette école ne rouvrira pas ses portes en septembre.

Dans l’édition du 16 juin, Le Carillon publie une illustration de ce qu’aura l’air la nouvelle école élémentaire d’un million de dollars, qui remplacera les écoles Sacré-Cœur et
St-Joseph. « Le complexe scolaire abritera vingt-deux classes régulières, cinq classes d’arts pratiques, une salle de bibliothèque et d’études, un gymnase double avec mezzanine, une salle d’économie domestique et de couture, une salle de travail manuel (ateliers), une salle de dactylographie, un laboratoire, une salle de musique et un cafétéria; totalisant
36 classes. La nouvelle école desservira les élèves à partir du jardin d’enfance jusqu’à la dixième année et pourra recevoir 800 élèves. » Les bureaux de l’administration y seront à l’avant. Objectif : premiers élèves en septembre 1967. Il n’y aura jamais finalement de classes supérieures à la huitième année dans cette nouvelle école.

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Dans l’édition du 26 mai, on apprend également que le Conseil municipal a demandé la permission de construire un nouvel hôtel de ville à Hawkesbury. Il faut l’autorisation de la Commission des affaires municipales de l’Ontario et le tout devrait en coûter un total de 350 000 $. L’architecte local Marc Angers dessinera les plans. L’administration municipale publie d’ailleurs une annonce officielle à cet effet dans l’édition du 9 juin. Selon l’annonce, l’Organisation des mesures d’urgence installerait son quartier général au sous-sol du nouvel édifice.

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En éditorial du 26 mai, Jean-Guy Bruneau se demande quand Hawkesbury aura finalement un directeur des loisirs? Je reviendrai plus tard sur cette question parce qu’il y aura effectivement un tel poste qui sera créé au sein de l’administration municipale. À ce moment-là, des lecteurs faisaient parfois référence à l’absence de loisirs organisés à Hawkesbury et au manque d’installations adéquates. J’aurai l’occasion d’y revenir.

Entre temps, le Club de golf Montpellier, au nord de Montebello et à l’ouest de Chénéville, ouvre ses portes. Beaucoup plus tard, ce club serait acheté par Stéphane Richer, l’ancien joueur de la Ligue nationale du hockey, qui en est toujours le propriétaire d’ailleurs.

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Signe incontestable de l’époque, Le Carillon du 16 juin 1966 rapporte que les cercles Lacordaire et Jeanne d’Arc deviennent l’Association Lacordaire du Canada et que les femmes y ont les mêmes droits que les hommes. « Partout elles peuvent occuper jusqu’à 50% des charges. (…) Toutefois, l’élément féminin ne peut demeurer à la présidence plus de deux années consécutives. » J’ai de la difficulté à m’imaginer que c’était comme ça il n’y a quand même pas si longtemps. Le mouvement Jeunesse Lacordaire fait partie intégrante de l’Association, même s’il bénéficie d’un programme qui lui est particulier. Après tout, les jeunes n’ont pas droit de consommer des boissons alcooliques et en Ontario, si ma mémoire est fidèle, il fallait alors avoir 21 ans. C’est pour ça que les bars et hôtels de l’autre côté de la rivière étaient bondés par des Ontariens de 18, 19 et 20 ans.

Contexte de l’époque

Willie Lamothe est en vedette au bar Sportsman Inn de Pointe-au-Chêne. Ce bar était réputé pour sa musique country et… pour ses danseuses… – Dans l’édition du 23 juin,
G. Séguin Construction fait publier des photos des nouveaux bureaux de poste de L’Orignal et St-Eugène qu’ils ont construits et que les citoyens ont obtenus « grâce à la demande constante du député Viateur Ethier. (…) Les personnes de ces deux municipalités sont bien contentes du travail de M. Ethier pour doter leur municipalité de splendides locaux ». Pourtant, il n’y avait pas d’élection fédérale dans l’air! – « On prévoit du grabuge » titre le journal du 30 juin. La semaine précédente, les magasins LaSalle et Au Salon Blanc avaient annoncé qu’ils ouvraient leurs portes le 1er juillet, s’exposant à une amende variant entre 50 $ et 300 $. Six marchands aboutiront finalement en cour : Dominion, IGA, Au Salon Blanc, Marché Portelance, Rozon Discount Foods et LaSalle.

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« Dites donc DOW » disait son slogan

Hawkesbury et la région n’avaient pas été épargnées par la « crise de la DOW » de l’époque. Des milliers de gens s’en souviennent sûrement comme si c’était hier. Dans l’édition du 19 mai 1966 du journal Le Carillon, La Brasserie Dow (Ontario) Limitée publie presque une pleine page de publicité, sous le titre : « Nous avons détruit près d’un million de gallons de bière Dow qui était irréprochable. L’avons-nous fait inutilement? »

Cette histoire avait eu une envergure nationale. De la bière de la ville de Québec avait été jugée imbuvable. Entre août 1965 et avril 1966, 48 patients de la région de Québec avaient subi une cardiopathie inhabituelle. Trois médecins de l’endroit jettent le blâme sur la bière Dow et les médias reprennent la « rumeur ». Des analyses et des inspections gouvernementales confirment que la bière n’est pas en cause, mais il est déjà trop tard.

Dans sa publicité, Dow tente de réparer les pots cassés et affirme que « cette bière était irréprochable ». Les rumeurs circulaient à Québec et Dow était le seul brasseur de cette ville et ses ventes étaient plus élevées que celles de toutes ses concurrentes. En fait, à cette époque selon Wikipédia, Dow détenait 51 % du marché du Québec et 85 % du marché de Québec. « En tant que chefs de file, nous avons cru qu’il nous incombait de rassurer le public », clame le message.

« Il ne restait qu’une chose à faire, poursuit l’annonce. Dans l’intérêt du public, dans l’intérêt de nos clients, dans l’intérêt de toute l’industrie de la bière, dans l’intérêt d’un grand nombre de garçons de table, d’hôteliers et d’épiciers licenciés qui comptent sur la vente de la bière pour leur gagne-pain, nous devions effacer tout doute dans l’esprit de chaque consommateur. Et le meilleur moyen d’y parvenir était de retirer notre bière du marché. C’est ce que nous avons fait de notre plein gré. » La réaction du public : le doute.
Il y avait anguille sous roche; les rumeurs se mirent à circuler. Et en Ontario, les ventes de Dow ont subi tout un choc alors que cette bière était pourtant brassée à Toronto. Dow affirme avoir agi de manière appropriée afin de corriger les perceptions. Et pour l’inutilité de leur décision, Dow affirme : « Nous ne le croyons pas. »

Dans l’édition de la semaine suivante, celle du 26 mai, Dow revient avec une autre grande publicité. Dow tentait assurément un retour important sur le marché. « Lorsque même nos concurrents reconnaissent sa qualité et sa pureté (…) La prochaine fois, ne devriez-vous pas adopter la Dow? » Guerre des bières : dans l’édition du 9 juin, grande annonce de la Molson Export. (Ce qui me rappelle l’agent de la Molson dans la région de Hawkesbury, Jean Soulard – c’était son nom et rien à voir avec le célèbre chef du Château Frontenac – qui m’appelait pour une photo chaque fois qu’il remettait un trophée à un gagnant d’une compétition sportive quelconque.)

Quant à la Brasserie Dow, dont l’origine remontait à 1790, elle a été acquise par Carling-O’Keefe en 1967. La marque Dow elle-même est disparue en 1998.

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Le massacre de la baie de L’Orignal

C’est le titre dans Le Carillon du 5 mai 1966 et le message ne peut être plus clair. Depuis 1961, date de la construction du barrage hydroélectrique de Carillon, en aval de la région, les propriétaires riverains du secteur de L’Orignal subissent l’assaut de la crue des eaux de la rivière. Ce coin du comté de Prescott est reconnu pour ses très nombreux chalets et ses maisons riveraines souvent à prix élevé.

Plusieurs y ont aménagé leurs berges il y a belle lurette, mais tout ça se retrouve maintenant sous l’eau. Ils veulent être dédommagés adéquatement. Par exemple,
Hydro-Québec avait offert une compensation de 25 $ à un proprio en compensation des dommages. Vous avez bien lu! Une association des propriétaires riverains perd patience en ce printemps de 1966 et fait pression auprès des députés Louis-Pierre Cécile, provincial, et Viateur Ethier, fédéral. Bien entendu, les deux sympathisent avec les proprios de leur circonscription et s’engagent à intervenir.

Ainsi, dans l’édition du 12 mai, la manchette clame que « La haute direction de l’Hydro viendra Hawkesbury pour discuter sur place des problèmes résultant de l’érection du barrage de Carillon ». Il s’agissait d’Hydro-Ontario et non pas d’Hydro-Québec. La délégation viendra voir de ses yeux les conséquences du barrage tant à Hawkesbury que dans la baie de L’Orignal.

Dans l’édition du 19 mai, on apprend que l’Hydro-Ontario interviendra en faveur des propriétaires riverains. De son côté, les proprios affirment être prêts à utiliser les recours juridiques pour obtenir une compensation appropriée. L’histoire durera de très longs mois, mais il n’y a jamais de règlement à la satisfaction de tous.

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Les premières annonces pour les passeports de l’Expo 67 apparaissent, un an avant l’ouverture. Les banques encouragent les gens : « Ouvrez un compte en vue de préparer la visite de l’Expo 67 avec votre famille, à Montréal, du 28 avril au 27 octobre 1967 ».
Le message était clair : ça vous coûtera cher! Aussi bien s’y préparer.