Postes Canada à l’échelle mondiale

La société Postes Canada Gestion de systèmes limitée était l’agence de Postes Canada responsable de la commercialisation de nos systèmes postaux à l’échelle de la planète depuis 1990. C’était un des éléments de mon portefeuille des relations avec les médias. Ses activités étaient particulièrement intéressantes.

En septembre 1994, par exemple, on m’avait informé de la visite prochaine (le 23 septembre) du chef de la direction de la Deutsche Bundespost. Il fallait nous préparer aux questions des médias, le cas échéant. Il serait accompagné d’une délégation de quasiment 40 personnes. Tout ce beau monde visiterait les édifices du parlement, mais aussi le super bureau de poste historique de la rue Elgin, à l’angle de la rue Sparks. Ce bureau est toujours là d’ailleurs. Ils iraient aussi à ce qui est aujourd’hui la librairie Réflexion des Galeries de l’Outaouais à Gatineau et qui, déjà, était l’exemple parfait d’où voulait se diriger Postes Canada dans la prestation des services postaux par comptoirs privés. Un processus qui avait été sensiblement ralenti par l’arrivée des libéraux de Jean Chrétien l’année précédente. Le lendemain, la délégation allemande irait se promener en bateau jusqu’à ce bijou qu’est le Château Montebello. Le lundi suivant, tout ce beau monde visiterait le tout nouveau centre de traitement de Stoney Creek, près de Hamilton, ainsi que l’établissement de traitement des lettres dit « ouest »… un des plus importants du réseau national de Postes Canada.

J’en parle parce que Postes Canada a joué un rôle important de conseiller auprès de plusieurs administrations postales ailleurs au monde. L’entreprise n’avait pas été privatisée, mais elle était une société d’État à vocation commerciale (impôts et dividendes). L’expérience de la Deutsche Bundespost intéressait beaucoup Postes Canada.

La Bundespost avait un statut différent depuis la chute du Mur de Berlin en 1989 et la fusion des deux Allemagnes. Quelques mois après la visite de cette délégation, soit le 1er janvier 1995, la Deutsche Bundespost Postdienst (la poste traditionnelle) devenait une société privée, comme deux autres de ses composantes d’ailleurs, la Bundespost Postbank (vous vous rappelez de ma référence aux services bancaires postaux dans mon billet précédent) et la Bundespost Telekom (avec un mandat lié aux communications électroniques).

Quant à Postes Canada Gestion de systèmes limitée, elle a été incorporée sous un nouveau nom le 16 mars 2016… Elle se nomme maintenant Postes Canada Gestem limitée, mais elle a conservé son appellation anglaise de Canada Post Systems Management Limited.

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J’imagine que c’est comme ça dans toutes les grandes entreprises. Je me réfère à la nécessité de réorganiser les structures de fonctionnement régulièrement. À l’automne de 1994, j’étais gestionnaire des relations avec les médias. Le directeur général des Communications à l’époque, Pierre Gosselin, avait décidé de restructurer son groupe en deux volets, celui des Communications avec les employés (11 employés) et des Relations publiques (19 employés). Je faisais partie de ce dernier volet. Mon titre passait à celui de gestionnaire des relations avec les médias et de la planification des communications. On m’ajoutait une équipe spécialisée dans cette planification.

C’est que Gosselin voulait accroître le profil de sa direction générale au sein de l’entreprise. Il voulait que les stratégies de communication s’intègrent mieux aux activités de Postes Canada et que nous participions davantage à la planification des communications. Tout ça sous-entendait l’élaboration de normes et de procédures, des balises de référence et le recours aux meilleures pratiques. La grosse expression… il fallait « créer de la valeur pour nos clients » … ceux des Communications.

Il avait même été question d’impartir l’organisation de deux gros « bébés » des Communications… le programme des lettres au père Noël » et le programme sur l’alphabétisation, alors notre cause externe par excellence. Il faudrait attendre quelques semaines avant la mise en œuvre de cette restructuration, mais l’impartition des deux programmes majeurs n’aura pas lieu.

Les postes et les services financiers

Encore tout récemment, le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes affirmait que la prestation de services financiers dans les bureaux de poste constituait la solution à la rentabilité et à la survie de ces bureaux omniprésents dans tous les coins du Canada. Ce message n’était pas nouveau.

En juin 1994, par exemple, le président de la Caisse populaire de Halifax, un certain Gilles Lepage, avait écrit au ministre David Dingwall disant avoir eu vent des intentions de la Société canadienne des postes d’intégrer le marché des services bancaires et des services financiers, non seulement au Canada, mais dans d’autres pays. M. Lepage aurait lu une information à cet effet dans le quotidien Le Devoir de Montréal. Il avait envoyé une copie à son député et les médias en ont pris connaissance.

Il n’en était pas et n’en est pas encore question. C’est qu’il y a très longtemps, dans les premiers temps du service postal, les bureaux de poste offraient en effet des services bancaires, comme cela était coutume ailleurs dans le monde. Il y avait même une Banque postale. Je ne sais plus ce qu’il en est advenu, mais je me souviens d’avoir répondu à des questions de journalistes qui voulaient savoir à quoi servait l’argent qui se trouvait encore dans les livres de la banque. La question se pose encore sans doute.

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En 1994, Postes Canada tentait toujours, une douzaine d’années après sa conversion en société d’État, de solidifier des assises comme entreprise à laquelle les grandes entreprises pouvaient se fier. Un autre slogan est énoncé par les services électroniques tout nouveaux : « Electronic solutions for today’s business — L’électronique : la solution pour l’entreprise d’aujourd’hui ». Vingt-deux ans plus tard, ça fait tout drôle.

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À l’été de 1994, un nouveau concept commence à faire son chemin à Postes Canada… celui d’une adresse universelle. Nos stratèges en distribution postale pensaient à une telle idée selon laquelle chaque Canadien aurait son adresse universelle… une adresse regroupant l’adresse municipale, l’adresse postale et l’adresse électronique (télécopieur et courriel). Les logiciels et les machines de traitement de Postes Canada s’occuperaient d’acheminer les envois au bon endroit. Je crois que cette idée ne s’est pas encore matérialisée.

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J’en avais parlé. La Société canadienne des postes avait obtenu du gouvernement progressiste-conservateur de Brian Mulroney l’adoption d’une loi qui permettrait d’établir un programme d’actionnariat pour les employés. Ce que je trouvais une excellente idée. La loi avait même obtenu la sanction royale. Mais voilà, aussitôt les libéraux de Jean Chrétien arrivés au pouvoir, ils refusent d’activer cette loi. À la mi-août de 1994, le Conseil du Trésor était intervenu auprès de Georges Clermont à cet effet. J’avais trouvé que les libéraux avaient été très influencés par la rhétorique syndicale pour cette initiative et pour d’autres. L’idée des actions pour les employés reviendra sur le tapis lorsque Moya Greene était présidente et sous le règne de Stephen Harper, pas longtemps avant que je prenne ma retraite. L’idée n’a pas fait son chemin… encore sûrement à cause de la pression syndicale.

Revenons à nos moutons…

Où en étais-je quand la vitesse du temps m’a brutalement éloigné de mon parcours de blogueur? Ah, oui! Je vous racontais ma carrière de communicateur à Postes Canada, notamment dans les relations avec les médias… un domaine tout à fait fascinant et qui nous obligeait, mes collègues et moi, à être au courant de quasiment tout ce qui se passait ou, encore mieux, se préparait dans les coulisses de cette grande société d’État. J’en étais rendu à vous parler du grand projet avant-garde UBI, pour lequel je représentais Postes Canada au comité des relations publiques.

Mais entre-temps, il se passait plein de choses. Notamment, le nouveau système intégré de traitement du courrier qui sous-entendait une refonte des principaux produits et services regroupés en quatre grands secteurs : les Services d’expédition intégrés, la Poste-lettres, les produits de la Médiaposte et les Services des publications et du marketing. Tout ça englobait pas moins de neuf marques commerciales distinctes : le Courrier prioritaire, Xpresspost (un produit tout neuf et quasiment sans concurrence à ce prix-là), la Poste régulière, la Poste-publications, le Médiaposte sans adresse, la Médiaposte avec adresse, la Poste-lettres ordinaire, la Poste-lettres à tarifs préférentiels, le Courrier électronique, sans oublier les produits financiers tels les mandats-poste.

Un autre produit avant-garde avait été baptisé Omnipost. C’était un de mes dossiers. Il s’agissait d’un logiciel de communications qui unifiait le courrier ordinaire, le courrier électronique (on ne parlait pas encore de courriels à cette époque de 1994) et la télécopie (qui était alors de mise pour la communication interentreprises. Le service fonctionnait ainsi : vous prépariez d’abord un carnet de vos destinataires les plus fréquents et vous précisiez leur préférence pour la réception de vos envois (courrier traditionnel, électronique ou par télécopie). Dans mon cas, par exemple, je rédigeais un communiqué de presse et je l’envoyais aux journalistes dans mon carnet partout au pays. Ceux qui avaient une rare adresse de courrier électronique le recevaient sur-le-champ, ceux qui avaient préféré la télécopie le recevaient quelques instants plus tard, tandis que pour la poste ordinaire, mon communiqué était imprimé par « courrier laser » dans l’installation postale la plus rapprochée du destinataire, imprimé et livré le lendemain matin… que ce soit à Ottawa, Toronto, Halifax ou Vancouver. Ce type de courrier était tellement différent que les destinataires avaient tendance à l’ouvrir en premier… ce qui se voulait un atout pour les sociétés commerciales. Western Union, par exemple, utilisait Omnipost pour acheminer ses télégrammes. Postes Canada avait prévu que ce service générerait des profits en 1996-1997. C’était sans compter sur ce « monstre » qui pointait la queue à l’horizon et qui viendrait jeter du sable dans nos beaux engrenages UBI et Omnipost. L’arrivée du Web a non seulement nuit à nos projets, mais nos responsables avaient également négligé une autre arrivée… celle de Windows de Microsoft. Omnipost avait été conçu en format MS-DOS, le prédécesseur de Windows, et Postes Canada avait jugé préférable de ne pas développer une nouvelle plate-forme pour Omnipost.

Pendant tout ce temps, le ministre David Dingwall, à qui Jean Chrétien avait confié la responsabilité de la Société canadienne des postes, intervenait de plus en plus dans les affaires de Postes Canada. J’avais eu l’impression que Dingwall et compagnie voyait Postes Canada comme le ministère qu’elle était déjà plutôt que comme la plus vaste société d’État commerciale au pays. Plusieurs groupes internes recevaient des appels des lieutenants du ministre. Je vous en reparlerai.

En avril 1994, il était aussi question d’un nouveau slogan que le président-directeur général Georges Clermont voulait dévoiler à la rencontre suivante de la NAMMU, l’Association nationale des grands usagers postaux… nos plus gros clients, en somme. Ce nouveau slogan serait : « In Business to Serve – En affaires pour vous servir ». Ce serait notre slogan pendant plusieurs années. Ce mois-là, nous annonçons également la nomination de John Fellows, un vice-président de Postes Canada, à la direction générale de GD Express Worldwide, le service international de messageries dont la société était actionnaire avec de grandes administrations postales européennes et le géant australien TNT Express. En fait, GD Express deviendra justement TNT Express Worldwide.

Ce ne sont pas les initiatives qui manquaient à Postes Canada à l’époque.

Entre temps, à Postes Canada…

Il n’y avait pas que le projet Ubi qui retenait mes énergies. Postes Canada était et est encore une organisation nationale qui touche chaque Canadien. Cela suppose des millions de regards qui nous épient quotidiennement et, à l’époque surtout, les gens aimaient bien nous critiquer et nous pendre sur la place publique,

Charlie Greenwell, de CJOH, par exemple, m’avait téléphoné le 17 février 1994 pour me questionner sur la présence d’un lave-auto pour les cadres supérieurs dans le garage de la nouvelle Place Postes Canada. Il voulait savoir si les cadres devaient déposer de la monnaie pour le faire fonctionner. Il n’avait pas grand-chose à faire ce jour-là et cherchait scandale, comme c’était son habitude.

À la même époque, d’autres négociations se préparaient, cette fois avec deux syndicats moins gros… l’Association des officiers des postes et l’Association des maîtres de poste et adjoints. Mais les grèves de ces deux syndicats sont plutôt rares. Une grève en régions rurales, autour de la mi-mai, ne ferait pas l’affaire de l’actionnaire. Les négociations se poursuivraient pendant plusieurs mois, comme c’était la coutume.

La Poste suédoise demande au consortium Ubi la permission d’utiliser notre vidéo de promotion. Le concept intéresse fortement cette administration postale scandinave. À Postes Canada, le groupe des langues officielles s’énerve un peu et craint que les services d’Ubi, exclusifs au Québec en premier, ne soient unilingues… L’actionnaire n’aimerait pas ça étant donné que Postes Canada était assujettie, bien sûr, à la Loi sur les langues officielles. Mais les services d’Ubi avaient été conçus pour être bilingues de toute façon. Le 14 mars 1994, j’apprends que mon collègue Réjean Loiseau, le représentant principal de Postes Canada au comité directeur du consortium, a « quitté Postes Canada pour aller chercher d’autres opportunités » (en jargon de la Société… le type a été remercié de ses services). On m’annonce que son remplaçant est un collègue de Québec, Michel Labrèque. Michel et moi tisserions des liens d’amitié qui se prolongeront au-delà de nos retraites respectives 20 ans plus tard.

McIntyre & Dodd Marketing Ltd est une multinationale de marketing par catalogue qui a une succursale à Hawkesbury. Une de mes anciennes journalistes, alors rendue au quotidien Le Droit, Dianne Paquette-Legault, m’appelle pour me demander si la fermeture de cette succursale nuira au bureau de poste de Hawkesbury dont les transactions postales de McIntyre & Dodd représenteraient le quart du volume des colis à Hawkesbury. Au siège social, on m’assure que cela ne changera rien dans l’emploi du personnel local.

Le 7 mars, je reçois un appel d’une chasseuse de têtes qui m’avait déjà parlé pour d’autres possibilités d’emploi hors de Postes Canada. Cette fois, le poste semble intéressant; directeur des communications externes et porte-parole national francophone, en plus d’appuyer le président de l’organisation et de développer des stratégies pour la haute direction. Il était aussi question d’assurer la liaison avec les membres de l’organisation et avec l’appareil gouvernemental (sous-entendons le lobbying). Le bilinguisme était obligatoire bien entendu. Je répondais pas mal à toutes les exigences du poste… jusqu’à ce que la madame me dise qu’il s’agissait du Canadian Tobacco Manufacturing Council. Pour un gars qui avait cessé de fumer plusieurs années auparavant et qui était devenu, forcément, un antitabac… c’était une offre « qu’il fallait refuser ».

Lors d’une réunion sur le développement de notre service Omnipost, quelqu’un souligne qu’Internet compte alors 25 millions d’utilisateurs à travers le monde et que les utilisateurs commerciaux sont de plus en plus nombreux. 25 millions…, ça frise le ridicule à peine 20 ans plus tard. C’est quasiment le nombre de Canadiens qui sont internautes aujourd’hui. Nous songeons même à offrir le Guide postal… la bible des entreprises de publipostage… sur cédéroms ou sur disquettes. Disquettes… un mot pratiquement disparu du langage informatique.

Lors du lancement du projet Ubi, en janvier 1994, j’avais jasé un peu avec Gilles Vaillancourt, celui-là de grande notoriété qui était alors maire de Laval et dont le sort, 20 ans plus tard, ne serait plus le même. Il m’avait demandé s’il était possible de venir visiter notre Centre national de contrôle avec son directeur général et deux conseillers municipaux, et possiblement d’autres. Je lui avais dit de m’appeler quand il serait prêt à venir visiter et que je m’occuperais du reste. C’est ce qu’il avait fait le 13 mars. Il serait aussi accompagné de Jean-Paul St-Denis, alors président de Vidéoway Multimédia, une filiale de Vidéotron, et grand ami de Vaillancourt. J’avais tout organisé et, un jour, Georges Clermont, mon PDG, apprend que j’amène le maire de Laval… une vedette politique très connue… À partir de ce moment-là, il m’avise que quand il arrivera au siège social, c’est lui qui le prendra en charge. La visite avait eu lieu le 11 avril.

Trop de monde s’invite…

Le groupe des relations publiques voulait quelque chose de simple, de très commercial et le moins politique possible. Nous étions naïfs… quand il y a une bonne chose à l’horizon, tout le monde veut sa place sur le bateau.

Le maire de Montréal de l’époque, Jean Doré, voulait inviter les partenaires à dîner. Daniel Johnson, qui allait devenir premier ministre du Québec le 11 janvier 1994, voulait être là au lancement, comme Pierre Dupuis, le ministre libéral des Communications au fédéral. Et notre ministre responsable, David Dingwall, y tenait lui aussi. Nous sommes alors le 20 décembre et à un mois du lancement officiel. Il y aurait du monde à la messe.

Mais Hearst Communications n’était toujours pas sûr d’être du nombre de partenaires. Il fallait donc prévoir deux scénarios… « un sans Hearst, un avec Hearst ». Ça commençait à taper sur les nerfs.

Entre les branches, nous commençons à entendre que le Conseil du trésor n’est peut-être pas d’accord avec la participation de Postes Canada. Retenez que le projet avait d’abord été autorisé sous le règne des progressistes-conservateurs; les libéraux étaient au pouvoir et, à mon avis, certains se croyaient encore dans l’opposition et réagissaient ainsi. Ils n’aimaient pas Postes Canada. Nous attendions la réponse du Conseil du trésor le 20 janvier. Nous avions l’air de beaux caves auprès des autres partenaires.

Ah, j’allais oublier! Le 10 janvier 1994, le choix de nom se limite à UBI (en tête), Virtuo, Odessa (pourquoi par prendre le nom de code) et Affiniti. UBI semble le choix de la majorité. So be it! Et la date du lancement est fixée au 24 janvier à 11 h… puisqu’il est impossible de plaire à tout le monde et de réunir tout le monde.

Mais il fallait que l’annonce se fasse parce qu’en soirée de cette même journée, le projet CANARIE (l’autoroute de l’information canadienne) serait annoncé au grand public. Le projet serait complémentaire à UBI et non pas concurrentiel. Ça tombait à pic.

(J’ouvre une autre parenthèse. Lors d’un remue-méninges, j’étais le seul qui avait accepté de me « regrouper » avec André Chagnon lui-même… dans son bureau; les autres petits groupes étaient éparpillés ici et là dans les bureaux de Vidéotron. Je n’oublierai jamais cette rencontre. Après quelques minutes de conversation, Chagnon me dit préférer UBI… qui était aussi ma préférence. Le remue-méninges ne s’était pas éternisé. Mais le reste du temps, Chagnon, qui approchait de la retraite, mais qui demeurait un grand visionnaire, me parlait justement de sa vision des télécommunications et, surtout, de la téléphonie. À un certain moment, il va chercher une grosse boîte et m’explique qu’il y a à l’intérieur son prochain projet d’avenir. Il en sort un bidule avec un écran et un clavier… un téléphone avec moniteur… le « FaceTime » bien avant son temps. À l’époque, je vous l’ai écrit, Vidéotron offrait un service de téléphonie en Angleterre. C’est là qu’il voulait d’abord implanter ce téléphone vision… qui ne sera jamais mis en marché, mais dont l’idée serait reprise par Skype et par Apple au début du XXIe siècle. Chagnon avait vu juste. Fin de la parenthèse.)

Sur UBI, Loto-Québec aurait offert du vidéo-poker et, par conséquent, préférait conserver le profil le plus bas lors de l’annonce. Quant à Hydro-Québec, elle était « habituée aux cris et aux flèches »… un peu comme Postes Canada d’ailleurs. En passant, le consortium avait maintenant ses propres bureaux et c’est là que nous tenions nos réunions dorénavant et pendant toute la durée de l’étape de développement qui se prolongerait encore pendant quasiment une année.

Le 19 janvier 1994, nous énumérons les derniers détails de la grande conférence de presse, qui sera finalement animée par Jacques Moisan, animateur-journaliste bien connu de TVA. L’hôtel Skydome à Toronto recevrait des invités et de grands clients qui assisteraient au lancement par vidéoconférence, en collaboration avec TVA Sales & Marketing. Le consortium avait réservé du temps sur le satellite ANIK-E1, celui de TSN, pour le 24 janvier.

Je n’ai pas pris de notes sur le lancement comme tel. Il y avait beaucoup trop d’activités et j’étais le porte-parole de Postes Canada pour l’occasion. Je serais fort occupé avec les journalistes et ce serait ainsi pendant quelques jours.

En passant, Postes Canada avait obtenu l’autorisation de participer au consortium du Conseil du trésor par ordre du gouverneur en conseil (en d’autres mots, par le cabinet Chrétien) à 13 h le 21 janvier… Un peu plus et nous avions perdu deux années de discussions et de préparations.

UBI n’était plus un projet, mais une initiative commerciale dont on élaborait progressivement et minutieusement la mécanique. Cela se poursuivrait longtemps. Il y avait même maintenant un conseil d’administration formé d’un représentant de chacun des partenaires : Raymond Godbout, d’Hydro-Québec; Charlotte Sauvé, de la Banque Nationale; Réjean Loiseau, de Postes Canada; Charles Shott, de Hearst; Robert Thivierge, de Loto-Québec; Suzanne Renaud, de Vidéotron; Jean-Paul St-Denis, de Vidéotron Multimédia. Alain Philippe en était le directeur général intérimaire.

Personnellement, je présenterais aussi des conférences à des chambres de commerce et à nos équipes des ventes, à Chicoutimi et à Québec notamment, afin d’expliquer le nouveau service et comment Postes Canada s’y intégrerait. Je vous avais dit, au départ, que ce fut sans doute le projet le plus intéressant auquel j’ai été affecté alors que j’étais aux relations avec les médias de Postes Canada. J’y reviendrai de temps en temps.

Emprunt du latin : partout, n’importe où

La recherche du nom était importante, mais elle était aussi secondaire à cette étape du développement. Nous préparions toujours le lancement, prévu au départ pour novembre 1993. La conférence de presse se fera aussi par liaison satellite, à cause des besoins de Hearst Corporation à ses bureaux de New York.

Nous avions déjà dressé la liste des invités de marque et l’idée était d’éviter la carte politique et de s’en tenir à la carte commerciale ou société d’État. Au moment du lancement, notre « nouveau » ministre responsable viendrait brouiller les cartes, au grand déplaisir de tous les partenaires. (J’ouvre une parenthèse. Le 25 octobre 1993 avait chambardé le paysage politique à Ottawa. Jean Chrétien et ses libéraux avaient donné une leçon à la première ministre progressiste-conservatrice sortante Kim Campbell, en poste depuis le 25 juin précédent. Les Canadiens avaient élu 177 députés libéraux, 54 du Bloc québécois et l’Opposition officielle, alors que le Parti réformiste en faisait élire 52 et le NPD 9. Il ne resterait que deux conservateurs et un député indépendant.) J’y reviendrai.

Au départ, le lancement devait se tenir aux studios de Télé-Métropole le 18 novembre à 11 h. Télé-Métropole, le cœur du réseau TVA, était la propriété de Vidéotron depuis 1987 et en 1992, Télé-Métropole, donc Vidéotron, avait pris le contrôle du nouveau Groupe TVA. Ce ne sera qu’en 2000 que Quebecor se portera acquéreur de Vidéotron et par ricochet, l’année suivante, obtiendra l’aval pour le Groupe TVA. Quoi qu’il en soit, le réseau TVA n’était pas, en soi, un partenaire du consortium, mais un diffuseur comme les autres dont le signal ferait nécessairement partie de l’offre de services. GemPlus était un partenaire technologique et ferait évidemment partie des invités de marque, au même titre que Vidéoway Communications.

À notre réunion du 29 octobre, à Montréal, nous discutons de divers préparatifs, dont la production d’une vidéo promotionnelle par nulle autre que Pixar, moins connue à l’époque qu’aujourd’hui. Et nous lançons en l’air d’autres idées de noms : Top Télé, Immédiat, Merlin, Sesame, Passsages, Odyssey, Téléroute, Agora, In-Touch… des propositions précédentes qui avaient retenu l’attention. Une semaine plus tard, d’autres noms circuleraient par téléphone : TéléRoute, Viatel, I-D, Immédiate, Hamlet, ClienTel, MédiaRoute… Toujours rien d’intéressant. (Ce même 4 novembre 1993, nous apprenons que notre nouveau ministre responsable est le député d’East Richmond, au Cap Breton, David Dingwall. Je précise le lieu d’origine parce que cela aura une certaine importance dans une autre histoire que je vous raconterai plus tard.)

Les dates de lancement de novembre sont annulées, à cause du trop grand nombre d’absents. Des neuf dates suggérées en novembre, rien ne va. L’option est d’organiser le tout pour la mi-janvier. Entre temps, Odessa continue et trois architectes de système y travaillent assidûment. Quant aux choix de noms que nous avions retenus, aucun n’est disponible selon les recherches du groupe Geyser (Cossette Communications) à qui nous avions confié le mandat.

Des partenaires sont mécontents contre Postes Canada. Georges Clermont, le président-directeur général, et André Malo, le vice-président responsable du Québec, auraient présenté une vidéo sur Odessa à un groupe de visiteurs, ce qui était beaucoup trop prématuré. La Commission des valeurs mobilières est très exigeante en matière d’annonces publiques pour des entreprises cotées en bourse. Pas moins de 45 fournisseurs de services, déjà identifiés, attendaient eux aussi la confirmation de la nouvelle afin de se préparer adéquatement à leur participation.

Pour Postes Canada, le partenariat procure déjà certains avantages de marketing. Ainsi, le 10 décembre 1993, André Chagnon, le président de Vidéotron et inspirateur du consortium, visite le Centre national de contrôle (l’ancien)… et il est accompagné d’une équipe de Télé-Métropole.

Le 20 décembre, dans les bureaux de Loto-Québec cette fois, il faut prendre une décision. Les noms suggérés : ubi, avantel, virtuo et amio. La liste devient plus courte. J’aime bien « ubi », un emprunt à l’adverbe latin « ubique » qui veut dire partout, n’importe où… une belle description de ce que doit être le nouveau service interactif. Mais à mesure que la date du lancement approchait, les complications commençaient à se manifester…

TéléMaison, TéléTransac, Divertimento… quel nom choisir?

Nous sommes treize autour de la table de la salle de conférence de Vidéotron le 21 octobre 1993. Nous représentons les différents partenaires, sauf Hearst, qui n’est toujours pas « embarqué » officiellement, et nous avons des professionnels des boîtes de publicité TamTam (« on en a des tonnes de copies ») et de Publicité Martin. André Chagnon, le proprio de Vidéotron, est là aussi.

L’exercice de « baptême » était complexe. Il ne fallait pas tomber dans les pièges qui entraveraient la créativité; tout était permis au niveau des idées, mais il fallait quand même penser au sens pratique et, surtout, éviter toute ambiguïté du nom choisi.

Il fallait trouver quelque chose qui cadrerait avec de grandes pistes de réflexion : le réseau, l’universalité, le lien maison-foyer, l’autoroute de l’information, la télévision, le terminal intelligent, la relation transactionnelle, l’application commerciale, les consommateurs, le partenariat, la présence d’une télécommande. Il fallait aussi considérer l’aspect bilingue et la « signifiance positive ». Nous n’y arriverions pas au premier remue-méninge.

Les suggestions ont rapidement surgi d’autour de la table : TéléRoute, TIT, TéléMaison, Mercue, OmniServices, Transtélé, TéléTransac (inspiré d’Interac), Télé2000, Vidéo2000, Millenimum, Optimum, Stimulus, Réaction, TéléActions, Vision XXI, VidéoTransac, TransVidéo, Transac Plan, Divertimento. Il y avait aussi 3T ou TTT pour télévision, transaction, télécommunications.

Mais rien ne ressortait ou ne plaisait particulièrement. Il y a donc eu : Trio, Triaction, Mediapolis, Kyri, AccèsServices, Transax, Steffi (personne ne connaissait Stefie Shock à l’époque), Opus, TMT, Transactel, Synaps, Interaccès, Magellan, Synergie, Proxi, Myriade, TVS, Trad, Servis, Fusion, VidéoActions, Omniservices (qui revient une deuxième fois et qui semble calqué sur Omnipost), Imaction, Euphoria, AMT (pour accès multimédia interactif), Pronto, U-LYS, QRIB, Nestor, Devin, Transervice, Unitad, Odyssée, Lien, TéléActions (qui revient aussi une deuxième fois), Stimulus, ACT, Bysance, Multiales, Merlin, Symbiose.

Assurément, l’exercice devient de plus en plus pénible. Cette fois, les suggestions sont les suivantes : Euréka, Agora, Centurion, Polyglotte, Octobus, Interplus. Puis arrive SMIT, SMAT et SMART. Rien ne va. L’échange se porte alors vers les acronymes : VICTOR (vidéo interactif de communications transactionnelles avec option résidentielle) ou VICTOR (vidéo interactif de communications transactionnelles avec option commerciale); puis UNTAD (réseau universel de transactions à domicile), ADOC (accès direct d’options au comptoir), CAR (comptoir d’accès rapide), CAMO (comptoir d’accès multioptions), UNIMO ou UNIMA (universel multioptions ou multiaccès), Top-Télé (transactions offertes), OZER (le mot réseau prononcé à l’envers) et SADAT (système d’accès direct aux transactions).

Décidément, nos cerveaux commençaient à s’essouffler. L’exercice se poursuivait malgré tout avec des noms comme Système Télécomptoir, Réseau Accès Direct, Réseau Univers, Pluribus, Nomade, Polytrac, InterRoute, Interface, Vision Air, Neuronet, Computel, Passages, OptionsDirect, TéléAccès, Téléguichet, Téléactif, Transactif, Consommactif, Interact (trop semblable à Interac, bien sûr), Entract, In-Touch, Incom, TV-Dial, Lessix, Épicentre, Éminence.

La soirée est déjà longue et nous ne sommes toujours pas capables de nous entendre sur un nom qui sortira de l’ordinaire. Certaines propositions ressortent : Agora, Magellan, Octobus, Télébus, T.R.A.D., Transax, Vision-Ère (nouvelle épellation); mais aucune ne fait l’unanimité. Et les idées fusent encore : Allegorie, Databus, Nimbus, Bidibus, Sesame, Vidéonet, Télémag, Téléface, Direx, Transtec, Telac, Télicar, Omnibus, Rebus, Columbus, Télémax, Polybus, Taxicom, Téléroute, Pénélope (?). Le suffixe « bus » revient souvent parce qu’en informatique un bus est un système de communication entre les éléments d’un ordinateur. Odessa était en fait un système informatique, mais relié à la télévision au lieu de l’ordinateur.

Devant notre incapacité de nous entendre, nous remettons la réflexion à la semaine suivante… ce qui nous permettra de réfléchir et de valider certaines options parmi nos collègues respectifs.